Textes de Juliette

28 Avril 2012
Zoomtchad


Le Tchad se déculotte, le Cameroun tape sur la table et exige la renégociation des droits de passage du pétrole tchadien: Paul Biya exige d'être payé en barils de pétrole et non plus en espèce.


 

Certains médias occidentaux ont l’habitude de dire tout haut que le pétrole est une malédiction en Afrique, parce que, nous dit-on, il a été synonyme de guerres interminables et de pauvreté.  Une assertion qui prêterait  à sourire, si elle n’était pas reprise en boucle par beaucoup d’entre nous. Ainsi, le pétrole en tant que ressource la plus stratégique au monde serait une malédiction ? Dans ce cas, pourquoi ne l’a-t-il pas été pour l’Arabie Saoudite, pour le Qatar, pour les Emirats Arabes Unies, pour l’Algérie, et pour tant d’autres. La vraie malédiction pour l’Afrique et surtout pour les pays qui ont eu la chance de posséder cette richesse extraordinaire, c’est de voir à leurs têtes des dirigeants positionnés pour que le pétrole coule et profite avant tout à la puissance dominante. On l’a vu au Gabon, où après 40 ans de règne Feu Omar Bongo s’interrogeait cyniquement: « Je ne sais pas ce qu’ils ont fait avec l’argent du pétrole gabonais ? ». Le Gabon qui a engrangé des milliards et des milliards les a utilisés à arroser la classe politique française plutôt que d’augmenter le taux de scolarisation des enfants gabonais cantonné à 20% pendant plus de 35 ans.

 

Son alter ego, Idriss Deby ne fait pas autre chose ; lui aussi, a encaissé (et continue d’encaisser) des milliards et des milliards, et n’a pas été capable de donner à manger à son peuple, qui souffre de famine aggravée. Le gouvernement tchadien est obligé de mendier des sacs de riz pour limiter les conséquences d’une situation alimentaire qui relève du désastre dans certaines régions du Tchad.

 

Un désastre humanitaire dont nous avons parlé et qui est d’autant plus scandaleux que, depuis peu, deux nouveaux exploitants à savoir China National Petroleum Company et  Griffiths International  interviennent avec l’exploitation du pétrole du site des Rôniers, synonyme d’importantes royalties pour le régime Deby. Sans compter l’arrivée, dans peu de temps, du pétrole du Niger qui va être acheminé via le pipeline Tchado-Camerounais.

 

Autant d’évènements importants qui n’ont pas échappé au  gouvernement camerounais, vigilant et sourcilleux quand il s’agit de défendre les intérêts de son pays. Et la riposte n’a pas tardé, le gouvernement camerounais va lancer, a annoncé le ministre Essimi, le chantier de la révision de la convention sur le droit de passage du pétrole tchadien sur le territoire camerounais. Confirmation donc de l'intention de l'Etat du Cameroun d'accroître ses retombées du pipeline Tchad-Cameroun. Sauf que, cette fois-ci, Paul Biya souhaite désormais que les fonds représentant le droit de passage du pétrole tchadien sur le territoire camerounais, qui lui sont payés par Cotco, ne soient plus versés en espèces, mais en  barils de pétrole.

 

On apprend aussi que déjà à plusieurs reprises, l’Etat camerounais a obtenu une réévaluation en hausse des droits de transit en termes d’argent frais pour le Trésor public camerounais. Aujourd’hui, les choses ont évolué et le Cameroun exige l’équivalent en pétrole brut. Le ministre des finances a expliqué, très clairement, que le gouvernement veut voir les  membres du Consortium ajouter à la part de pétrole qui revient déjà à la Société nationale des Hydrocarbures du Cameroun (SNH), selon les contrats de partage de production, un surplus de barils qui équivaudra au montant des droits de transit. Il reviendra alors à la SNH, bras séculier de l'Etat du Cameroun dans le secteur pétrolier, de revendre elle-même cette cargaison sur le marché international, en tirant profit de la fluctuation des coûts du baril. Ce qui permettrait d'engranger plus d'argent.
 En tout cas, troquer les droits de transit contre du pétrole brut recèle l’avantage de pouvoir permettre au Cameroun de tirer profit de l’embellie des cours mondiaux de l’or noir, en vendant lui-même la cargaison reçue.

 

Il faut avouer que l’initiative bien réfléchie et calculée, rejette  l’hypothèse de recevoir une quantité de pétrole correspondant au droit de transit mais cédée au  prix du marché international..

 

Pour lancer son offensive « Droit de passage du pipeline contre pétrole », les experts camerounais sont montés au créneau avec force arguments chiffrés qui démontrent que les Camerounais sont parfaitement au fait des colossaux enjeux financiers et de leur rôle dans ce projet et ne comptent pas se taire et être bêtement exploités comme le sont les Tchadiens. Des sources crédibles révèlent, en effet que 3 ans seulement après l’entrée en activité de l’oléoduc, le consortium constitué d’Exxon-Mobil, Petronas et Chevron-Texaco avait réussi à empocher l’équivalant de la totalité des 2300 milliards investis dans le projet. Et ce, à la faveur d’une embellie des cours du pétrole brut sur le marché mondial. Ce qui veut dire que le consortium ayant amorti son investissement assez rapidement, depuis lors, les ressources tirées de la vente du pétrole tchadien par ces multinationales sont enregistrées dans la rubrique «bénéfice».

 

Alors que le Cameroun, sur 8 ans, s’est contentée seulement de 85,5 milliards CFA. Une somme que certains estiment ridicule, au vu des revenus encaissés. Dés lors, tout doit être mis en œuvre pour que les «revenus du Cameroun ne soient plus inversement proportionnels à l’embellie des cours mondiaux du pétrole», comme l’a affirmé Adolphe Moudiki, l’administrateur directeur général de la Société nationale des hydrocarbures (SNH). Le Consortium a réussi à amortir la totalité de ses investissements (l'ouvrage a coûté plus de 1600 milliards de Fcfa), et économisé 2300 milliards de FCFA. Les bénéfices engrangés par le Cameroun, comparés aux gains réalisés par le consortium, en si peu de temps, sont insignifiants et nous devons les dénoncer tout haut. D'où, a-t-il indiqué, la nécessité de «réviser le contrat portant sur les droits de transit de l'oléoduc tchadien», afin de rétablir ce qu'il a appelé «la justice économique».

 

La cité balnéaire de Kribi a déjà abrité une importante réunion regroupant les responsables de la SNH, les représentants de COTCO et les mandataires des différentes administrations concernées par l’exploitation du pipeline.

 

Il est utile de rappeler que les droits de transit du pipeline ont été calculés au prix de 0,41 dollars par baril de pétrole enlevé. Ce sont les droits de transit payés jusque-là en espèces. Mais attention, le Cameroun a aussi 8,7% de la COTCO, à ce titre, elle touche les dividendes de sa part de COTCO et ce, en pétrole sur la base du contrat de partage de production. Pour bien comprendre, vous imaginez que vous avez une voiture qui appartient donc à 3 personnes (Consortium, Cameroun, Tchad regroupé dans la Cotco) ensuite, vous mettez de la marchandise dans la voiture qui doit la transporter ; on paie les propriétaires de la voiture pour l’utilisation de la voiture, puis on paie aussi le passage du véhicule sur le territoire utilisé jusqu’à destination de la marchandise. Vous remplacez la voiture par le pipeline, la marchandise c’est le pétrole et vous comprenez que les camerounais ont été attentifs à tirer le maximum de ce projet en étant copropriétaires du pipeline, en ayant déjà une part de la production, et en exigeant aujourd’hui de ne plus être payé en espèces pour les droits de passage mais en barils de brut.

 

Le Tchad, quant à lui, s’est engagé par écrit sur un baril de pétrole à 15,27 dollars sur une période allant de 2004 à 2032 !!  La part du Tchad dans la COTCO est de 6%, il a 12,5% de la valeur de la production, ainsi que les taxes sur les bénéfices et ses dividendes de sa part de COTCO. Il faut ici très vite préciser que la liste invraisemblable d’exonérations accordées par le Tchad, a ruiné, par exemple, les dispositions sur les taxes sur les bénéfices, car l’exonération accordée est de 10 ans. Le diamètre du pipeline a été revu à la hausse par le Consortium pour être porté à 76 cm afin de pomper le maximum de pétrole  pendant qu’on ne paye pas de taxes, et ce, au nez et à la barbichette de nos caïds négociateurs.

 

Pour avoir une idée de la répartition des revenus pétroliers scellés par le clan au pouvoir dans tous ses démembrements et complicités, le Consortium touche 71%, (en ayant 85,3% des parts de la Cotco) le Tchad a 22% et le Cameroun récolte 7% et vient d’afficher sa détermination à augmenter sa part déjà extraordinairement bien négociée.

 

Ce qu’il faut bien comprendre c’est que ce scandale autour de la liquidation des intérêts du Tchad dans ce projet pétrolier, n’a été possible qu’avec la corruption de tous ceux qui ont joué un rôle dans la « négociation » de ces accords. Dans ce Tchad dévasté par la prévarication et la concussion, où la vertu est congédiée, où les pratiques dévastatrices gangrènent toute la caste qui tient les rênes du pouvoir, une caste, par ailleurs, étroitement soudée par un système de distribution des prébendes a vendu le Tchad, sans aucune dignité et s’organisant pour être les attachés de presse de sa propre légende honteuse..

 

Le tout concourant, chaque jour, à créer  plus d’inégalités, de pauvreté et de famine au sein des populations tchadiennes et une ivresse, une démesure et une fuite en avant au sommet de l’Etat.

 

Y aura t-il un sursaut qui  relève et élève le pays ?

 

C’est possible. Constatons l’occultation volontaire, voire le black out total entretenu autour des questions liées au pétrole qui, pourtant, devraient être posées et débattues au sein des différentes institutions. Institutions se signalant, par ailleurs, aux citoyens par leur totale démission et leur docile servitude au pouvoir de Deby.

 

Il est important que nous ne nous laissons pas divertir et entrainer dans de faux débats liés, par exemple, comme récemment, à la nationalité française du ministre de la justice. Ayons à l’esprit qu’en ce qui concerne, la plus grande opportunité offerte au peuple tchadien d’améliorer ses conditions de vie, c’est-à-dire, tirer profit des richesses nationales, eh bien,  ce sont bien des Tchadiens (non détenteurs d’une double nationalité à l’époque de leurs implications pour certains) qui ont posé les actes de trahison nationale les plus ignobles contre leurs populations actuelles ; en hypothéquant et en sacrifiant  l’avenir de la jeunesse de leur pays et celle des générations futures sur l’autel de leurs ambitions vampiriques et antinationales.

 

C’est là que réside notre malédiction à nous Tchadiens !

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