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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 22:23

15 février 2010
Tchadactuel

Acheikh Ibn-Oumar, réfugié en France, est le représentant pour l’Europe de l’Union des forces de la résistance, la principale opposition armée basée à l’Est du Tchad. Il a été ministre des affaires étrangères du Tchad sous Issène Habré et représentant du Tchad auprès des Nations Unies sous le président Idriss Déby Itno, contre qui il se bat aujourd’hui.

Qu’est-ce que l’UFR ?

L’Union des forces de la résistance regroupe huit mouvements armés qui opèrent à la frontière tchado-soudanaise. Il n’a pas été facile de fédérer ces groupes car, comme toujours, le chef est contesté. C’est le cas aujourd’hui de Timane Erdimi, le président de l’UFR. En effet, il y a eu en mai dernier des combats assez violents (dans la ville d’Am Dam, à l’Est du Tchad, ndlr) qui n’ont pas été bien gérés. Ca a créé un mouvement d’humeur parmi les troupes, mais pas de scission.

Quelles sont les revendications de l’UFR ?

Il n’y en a pas. L’objectif est de faire partir le général Déby du pouvoir car on estime qu’il est illégitime. Il a violé la Constitution après que ses deux mandats ont expiré (le président a modifié en 2005 le texte constitutionnel pour lui permettre de briguer indéfiniment la présidence, ndlr). Il a commis beaucoup de crimes et d’assassinats d’opposants. Donc notre volonté est clairement de le faire partir ou de refaire un gouvernement de transition dans lequel il aurait un rôle limité et serait sous contrôle de l’ensemble de la classe politique. Cet objectif général est partagé par les huit groupes de l’UFR. Mais le drame avec les Tchadiens est que plus ils sont d’accord sur le plan politique, plus il leur est difficile de s’organiser ! Les mouvements ont pour la plupart des bases ethniques donc il y a entre eux des problèmes d’honneur, de bienséance… Le moindre incident prend vite une importance disproportionnée par rapport aux enjeux politiques. Et il y a aussi des querelles de leadership. Mais, pour une fois, sur le plan des idées, les groupes armés comme l’ensemble de la population tchadienne sont d’accord pour qu’il y ait un changement. Il faut réorganiser l’armée, établir un Etat de Droit, qu’il n’y ait pas l’ethnie du président qui domine toutes les autres.

Quelle est la stratégie de l’UFR pour renverser Déby ?

La lutte militaire et la pression diplomatique. On se fait régulièrement rappeler au bon souvenir du gouvernement par des opérations militaires et, en même temps, on mène des offensives diplomatiques en essayant de mobiliser la communauté internationale, l’Union africaine et les pays voisins par des propositions de conférences de paix pour sortir avec un compromis.

Avez-vous des enfants soldats dans vos rangs ?

Non. Ce bruit que fait courir le gouvernement est une arme politique. Tant qu’on se prépare aux combats, personne ne dit qu’il y a des enfants soldats dans nos rangs. Mais dès qu’il y a des combats, le régime exhibe des enfants en disant que ce sont ceux de la rébellion ! On a ouvert nos camps aux journalistes, et on a même demandé à l’Union africaine de venir inspecter nos troupes. Ils n’en ont pas vu.

Donc vous dites qu’il n’y a aucun enfant soldat dans vos rangs ?

Evidemment, il peut y avoir le cas de garçons qui mesurent 1m75 et qui disent qu’ils ont 19 ans alors qu’ils en ont 16… Mais il faut savoir qu’il y a des enfants en armes, même dans des camps de réfugiés. Les forces des JEM (rebelles soudanais soutenus par N’Djamena et qui visent Khartoum, ndlr) qui sont au Tchad, d’où viennent-elles ? Des camps de réfugiés ! Recrutés, formés et équipés au Tchad.

Quand les FUC se sont ralliés au gouvernement en 2007, il y avait quelque 370 enfants soldats en leur sein…

Toutes les forces des FUC étaient des novices. Elles se sont constituées à la suite d’un recrutement massif réalisé en très peu de temps. Vous savez, il y a aussi un aspect culturel lié à la définition de l’enfant. En France, on est majeur à 18 ans. Chez nous, dans les zones rurales, le passage à l’âge adulte n’est pas lié à l’âge mais à la circoncision, entre 14 et 16 ans. Pendant la cérémonie, on reçoit un turban, un javelot, un couteau et on annonce à tout le monde qu’on est un homme. Les enfants, de par leur rôle dans la société, ne sont donc pas des enfants. Et ça marche à l’inverse pour les femmes : la femme n’est réellement majeure qu’après la ménopause, quand elle ne peut plus faire d’enfant. Malgré cet environnement culturel, on a adhéré aux conventions internationales : au sein de l’UFR, il faut prouver qu’on a plus de 18 ans. Mais souvent, il faut donner foi à la parole du candidat.

Après les derniers combats de mai 2009, quel est l’état militaire de l’UFR ?

Après la bataille d’Am Dam, on a perdu 10% de notre capacité matérielle et 20% de nos hommes. Pas mal de combattants ont été découragés et se sont ralliés au gouvernement (qui offre depuis mai une prime de 400 000 francs CFA à tous ceux qui acceptent de déposer les armes, ndlr). Pour des groupes de lutte de style guérilla, ce nombre n’est pas important. Dès le départ, nous n’alignons que 5000 à 6000 hommes quand l’armée d’en face en a 40 000 et a des avions ! Dans le type de conflit que nous menons, ce n’est pas disproportionné.

Mais la suprématie aérienne de l’armée nationale tchadienne vous empêche désormais de prendre N’Djamena (qui est tout à l’ouest du Tchad) par la route, comme vous aviez déjà tenté de le faire en février 2008…

La suprématie aérienne ne nous gène pas tant en tant que puissance de feu – nous avons des armes antiaériennes - que parce que les Français, officiellement neutres, mettent leur matériel aérien d’écoute et d’observation au service de Déby. On pense aussi que les Français aident aussi l’ANT (armée nationale tchadienne) dans le calcul des angles de tir, dans la formation, le soutien logistique, le transport de blessés, etc. Si, jusqu’à présent, Déby a réussi à s’en sortir malgré les tentatives de coup d’Etat, c’est grâce à son joker français.

Et-ce que les responsables de l’UFR ont des contacts avec les affaires étrangères en France ?

Officiellement non. Mais disons que les points de vue circulent… Et quand il y a des combats, il y a des contacts. Ne serait-ce que pour qu’on sache où sont les expatriés, pour qu’on évite de les prendre pour cible. On évite de toute façon au maximum de combattre dans les centres urbains. On est certes entré à N’Djamena en février 2008 mais parce qu’on pensait que, comme on avait cassé le dernier cordon de l’armée à 70 km de la capitale, on avait gagné. Et c’est justement parce qu’on pensait avoir gagné qu’on a perdu. On s’est laissé aller à des discussions interminables, dans des AG, pour savoir qui allait être président. Et on n’a pas réussi à se mettre d’accord ! Une des leçons qu’on a tirées, c’est la mise en place de l’UFR en janvier 2009 avec la désignation d’un Etat-major, d’un président, d’un vice-président… On a un gouvernement de l’ombre, avec un bureau exécutif.

Quel est projet votre politique pour le Tchad ?

La situation est tellement catastrophique qu’on n’a pas besoin d’avoir un projet. Il y a deux impératifs : le premier est l’égalité des citoyens devant la loi et l’administration, pour qu’on cesse de donner des privilèges en fonction de l’origine ethnique. Le second est que si quelqu’un détourne de l’argent, enlève un opposant, le tue, enlève une fille (dans les zones rurales, les fidèles de Déby pratiquent une sorte de droit de cuissage), il doit être jugé. On est en Afrique, donc les gens comprennent qu’il y ait un peu de corruption, de tripatouillage. Mais que le président, sa famille et ses affiliés soient au-dessus de la loi, que leurs gens pillent ouvertement les biens de l’Etat, vendent des sociétés nationales et jusqu’aux véhicules de fonction… Bref, que les responsables de violations des droits de l’Homme et de détournements soient poursuivis et sanctionnés, ce sont les deux principales revendications. Le reste, la démocratie, le régime présidentiel ou bicaméral, ça nous vole au-dessus de la tête. Les besoins sont basiques.

Quels sont vos liens avec le Soudan ?

Pour tous les mouvements de guérilla, la réponse côté cour est nous sommes des révolutionnaires, nous nous alimentons sur les prises faites sur l’ennemi. Côté jardin, nous avons deux types de force : des forces de type guérilla, dans les régions de Salamat et de Dar Sila, dispersées à l’intérieur du Tchad dans des zones difficiles d’accès, qui n’ont pas ou peu de logistique et vont à pied, à cheval, en chameau et qui vivent sur la collecte auprès de la population… Nous avons aussi un groupe de type classique, avec une armée mécanisée, basée à la frontière soudanaise, qui mène les actions les plus spectaculaires. Cette branche-là est financée par les Soudanais.

Quel est l’intérêt du Soudan ?

C’est lui qui a permis à Idriss Déby de prendre le pouvoir depuis le Darfour avec le soutien de la Libye et de la France, en 1990. Mais Déby s’est mis, après pas mal de rebondissements, à soutenir les rebelles soudanais. Et donc, par réaction, le Soudan a armé l’opposition tchadienne. Les Soudanais ne nous ont cependant jamais poussés à prendre le pouvoir. Leurs rapports avec nous sont assez distants. Ils nous soutiennent quand Déby donne beaucoup d’aide aux JEM (rebelles soudanais soutenus par N’Djamena et qui visent Khartoum, ndlr) pour les attaquer. Et ils arrêtent leur soutien en fonction de leurs rapports avec Déby.

L’UFR recrute-t-elle en ce moment ?

Il n’y a plus de recrutement depuis plusieurs années. Les gens affluent d’eux-mêmes, et en grande partie ce sont des gens qui désertent l’armée et nous rallient en plein combat.

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Published by Juliette Abandokwe - dans Tchad
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