La libération de l’Afrique ne peut se faire que par les africains

11 novembre 2008
Juliette Abandokwe

  

Au Congo, à Goma et sur le terrain, tout le monde sait parfaitement que l'infanterie angolaise est sur place, avant même qu'on en parle dans la presse et sur internet. Kabila veut rester discret sur la question, c’est un choix politique qui a ses raisons. La Monuc à son tour, au bénéfice d’un service de communication plus ou moins probant, avec ses choix politiques également, n'a qu’une maîtrise infime de la situation en fin de compte, en tout cas pas plus que les rebelles et les milices du terrain! Et surtout, pour des raison de crédibilité internationale, ne veut surtout pas l'avouer haut et fort. L'ONU ne peut pas connaître les collines environnantes de Goma mieux que les autochtones qui ont pris les armes. 

Les oui et les non à ce sujet, ainsi que les accusations mutuelles diverses, ne sont que des manigances ethnopoliticiennes de surface, auxquelles nous devrions même refuser de nous intéresser, puisque manifestement une fabrication pour induire l’opinion publique internationale en erreur. Le plus important dans l'urgence, c'est l'intégrité immédiate et souveraine du territoire congolais, ainsi que la résolution du problème des centaines de milliers de réfugiés et déplacés, jetés sur les routes sans nourriture et sans soins. Une épidémie de choléra est d'ores et déjà déclarée. Les violences inouïes sur les femmes et les enfants, dans l'impunité la plus totale, ne connaissent plus de limites! 

Sur un plan purement stratégique, si Kabila tente de contourner le chantage occidental en invitant les angolais à la rescousse, c'est une manière comme une autre de montrer à l'Occident que personne n'est indispensable. Dans l'absolu ce n'est pas mauvais. Il se retrouve ainsi dans une position similaire à celle de Mugabé, qui s'étant débarrassé des colons blancs du territoire zimbabwéen dans un élan libérateur de l'Occident, reste néanmoins un bourreau pour son peuple à travers une gouvernance dévastatrice. 

Dans le cas du Congo, la condition du peuple congolais doit figurer en place no1 sur la liste des priorités. Mais voilà, là n'est pas sa place actuellement. On en parle certes, mais ce n'est pas en toute vérité la priorité no1. L'immobilisme de la communauté internationale présente sur le terrain, ainsi que de l'opinion publique internationale, est complètement intolérable. Tant que l’approvisionnement mafieux en ressources minières est préservé, et tant qu'on est bien chez soi et confortablement installé sur ses lauriers, en ce qui concerne particulièrement les diasporas, le reste n'a qu'une importance très minime, sinon inexistante. 

Ce manque de responsabilité est extrêmement grave, et surtout rend la tâche très difficile, de par le manque de soutien intellectuel et de moyens, aux quelques uns qui cherchent à s'organiser pour agir. Car si certains s'évertuent, s'épuisent et se mettent en danger pour mobiliser leurs congénères, pour tenter de provoquer un sursaut véritablement et sincèrement patriotique, mais avec un succès si limité, c’est que le découragement a vraiment gagné du terrain. 

Comment se motiver lorsqu'on fait face systématiquement à des compatriotes qui se désintéressent complètement de leur patrie après en avoir fui la misère. Comment lutter efficacement lorsque les gens qui, par la distance, auraient les moyens intellectuels de lutter contre la propagande et les manigances ethnopoliticiennes des dirigeants de nos pays, que nous connaissons tous, tombent dans les rouages machiavéliques des pouvoirs en place, en jouant leurs jeux, de gré ou à l'insu de leur plein gré. 

Car les forces de libération africaine qui sont là, sont complètement désintégrées et dispersées, à la grande joie des prédateurs qui font mine de ne rien voir, puisque tant qu'on ne leur fait pas trop ombrage, ils sont bien installés là où l'instinct de prédation les a installé, qu'il s'agisse des autochtones ou de ceux qui les soutiennent. 

Nos pays sont vendus aux multinationales, soit minières soit pétrolières. C’est elles, avec l’appui de la BM et du FMI, qui nous dirigent. Les dirigeants-vautours ne sont en aucun cas l'expression de la volonté du peuple dont on se sert abusément. Comment peut-on faire croire au monde qu'un peuple a dit oui, alors qu'en réalité il a dit non. C'est une insulte monumentale aux peuples qui paient par leur sang et celui de leurs enfants, des dettes qui ne leur appartiennent aucunement; c'est un complot international, qu'on le veuille ou non. Ne sait-on pas que le oui n'a de la valeur si le peuple est en mesure de dire non? 

Les pouvoirs en place sont devenus des monarchies avant l'heure. Avant que les inutiles rejetons – sorti du moule occidental - de ceux qui sont là aujourd'hui ne prennent le pouvoir, le système monarchique est déjà mis en route, et en plein fonctionnement. Le peuple n'a rien à dire. Il n'a qu'à se débrouiller avec la misère qu'on lui impose sciemment. 

Les quelques uns qui tentent de composer dans le cadre d’un dialogue politique, choisissant une voie plus institutionnelle, n’ont pas choisi une voie beaucoup plus facile, si on exclu les motivations intéressées. Certes les moyens d’actions sont plus larges, mais un dialogue composé partiellement d’intervenants mafieux, et manifestement prêt à tous les coups pour garder leur pouvoir, ne peut pas avoir un résultat profondément réformateur et positif. Machiavel disait qu’en politique le choix est rarement entre le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal. On ne peut donc qu’espérer qu’il enclenchera une dynamique de changement et d’évolution politique, forçant en quelque sorte le régime en place à sortir de sa cristallisation prédatrice et autoproclamée. Il fait bien sûr toutes les grimaces du monde pour éviter la confrontation, car celle-ci met forcément son équilibre en danger. Accessoirement, on n’apprend pas à un vieux singe à faire la grimace. Donc, à bon entendeur !
 

Mais pendant ce temps, les massacres plus ou moins institutionnalisés, perpétrés soit par les autorités elles-mêmes, soit par des milices armées alliées politiquement des uns et des autres, et la fuite de dizaines de milliers de personnes, sans compter la vie de misère radiculaire, sans même eau potable, deviennent une responsabilité dont personne ne veut s'affubler. Même les acteurs soi-disant à objectif humanitaire sont là pour des motifs inavoués, mais certainement pas pour ceux qu'on aimerait croire. D'où encore l'endormissement accru de l'opinion publique occidentale qui aime déjà tant dormir. 

Elle se réveille d'un oeil indifférent, lorsque les cadavres accostent les rives occidentales de la Méditerranée, à moitié mangés par les requins. Elle s'offusque lorsqu'elle voit trop de peaux noires dans son étroit champ de vision. Ah non! Tout mais surtout pas ça! Chacun chez soi. Et à chacun son assiette !
 

Encore une insulte monumentale aux peuples qui n'ont rien, parce que les plus avides leur ont vidé leur assiette alors qu'ils tentaient même de la défendre. On a sorti les fourchettes pour manger, mais l'occident les a cassé avec leurs couteaux. 

A l'heure qu'il est, ce son les baguettets des chinois qui envahissent le terrain. C'était prévisible depuis des décennies! Au temps de la Guerre Froide, les soviétiques craignaient déjà les baguettes des Chinois. 

Dans cet immobilisme général, il est vraiment urgentissime que ce qui reste valide en Afrique, se redresse, lève le poing, et s'organise véritablement pour lutter de plus belle contre une situation à laquelle des millions se sont soumis depuis si longtemps. L'Afrique a perdu beaucoup de choses, mais elle n'a pas perdu sa Jeunesse. C'est une force inestimable sur laquelle elle doit pouvoir compter. Mais c'est aussi une force en danger, car déjà passablement prise en otage par les prédateurs qui cherchent à tout prix à paralyser tout élan de libération africaine. 

Puisque les mouvements de lutte sont si difficilement viable sur le plan local, pourquoi pas alors s'organiser sur un plan transnational et panafricain. Car les obstacles, à quelques nuances près, sont similaires partout. Les prédateurs aussi se sont organisés, à l'instar de l'UA, de la CEDEAO, ou de la CEMAC pour n'en citer que quelques unes. Donc, qu'attendons-nous!?
 

Personne ne prétend qu'il est tâche facile de s'organiser, de s'associer de façon défensive, dans le cadre d'un système existant et bétonné. Mais nous savons tous que l’africain est très coriace! Preuve en est que, malgré tous les cyclones et les tsunami, il est encore là. Et l'Afrique n'a absolument rien à perdre, au contraire, elle a tout à gagner. Et surtout sur le plan de la conscience. Car si sa conscience africaine a été anesthésiée depuis des siècles, imaginez sa force si elle se réveille. L’Afrique pourra largement gagner sur un plan offensif, soyons-en sûrs.
 

Mais il y a des conditions. Il faut agir de façon différente, de façon inattendue, et de façon surtout profondément intègre et patriotique, dans le respect de l'africanité qui caractérise l'Afrique profonde. La renaissance de l'Afrique ne peut se faire qu'uniquement dans ces conditions. Si elle tente de se faire sur le même chemin que les prédateurs de l'Afrique ont utilisé, l'échec sera garanti. L'Afrique doit à tout prix retrouver ce qu'elle a perdu dans son occupation par l'Occident. Elle doit renier et refuser tout ce qui ne correspond pas avec son identité propre. Car ce sont les armes d'annihilation de la culture et des traditions africaines qui ont pour la plupart contribué à la ruine que l’Afrique connaît aujourd'hui.

Le Temps du Réveil....

« L’arme la plus puissante dans les mains des oppresseurs, est la mentalité des opprimés ! »


Stephen Bantu Biko

Textes de Juliette

 
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