Pius Njawé, la preuve vivante que le Cameroun est debout!

26 novembre 2008

Juliette Abandokwe

 

 

Arrêté 126 fois en 27 ans de carrière, sanctionné par des privations de liberté allant de 3 mois par sursis à 10 mois ferme, Pius Njawé ne se décourage pourtant toujours pas! Copieusement inquiété par un pouvoir qui le harcèle et le menace sans relâche, M. Njawé continue à faire paraître le Messager, tiré à 7000 exemplaires, et dont il rappelle également la vocation de projet de société, en plus du simple journal. Malgré le pessimisme de certains quant à la progression du Cameroun et de l’Afrique, Pius Njawé prouve au quotidien que le progrès avance à pas très mesuré, et surtout que le Cameroun et l’Afrique sont debout.

 

Invité par l’Association Survie, principal détracteur en France de la Françafrique, dans le cadre d’une tournée française, Pius Njawé était le 25 novembre 2008 de passage à Annemasse à deux pas de Genève, en France voisine. Animant une conférence intitulée « Business et dictatures », il témoigne de ce qu’il vit au Cameroun en terme de censures et autres pressions du régime Biya sur le journalisme indépendant, dans un pays si immensément riche en ressources naturelles. Il dénonce ainsi la dépendance du Cameroun de Paul Biya de la Françafrique par le biais des grandes entreprises françaises Bolloré notamment, mais aussi Rougier, Castel, Orange et les autres. Plus de 200 entreprises françaises règnent sur le Cameroun, contribuant avec la complicité du régime Biya, à la paupérisation et à l’endormissement du peuple camerounais.

 

Pourtant les « émeutes de la faim » de février dernier dans tous le pays, provoquées par l’augmentation soudaines des prix des denrées les plus basiques, ainsi que la modification de la Constitution abrogeant la limitation du nombre de mandats présidentiels, prouvent que les camerounais en ont assez que l’on se moque d’eux éternellement. Trop c’est trop ont-ils dit, zigzagant entre les tirs des l’armée camerounaise, la terreur, et les arrestations. Certains ont payé de leur vie. Que notre devoir de mémoire soit éternel.

 

Pius Njawé, en tant que journaliste indépendant, est un réveilleur des consciences, et aussi un porteur de ce devoir de mémoire, avec lequel le régime Biya est obligé de compter. Et ça dérange !

 

 

La conférence d’Annemasse commence à 20h comme prévu. La petite salle du Centre Martin Luther King est pratiquement comble. Parmi un public majoritairement français arrivé petit à petit, sont entré quatre gaillards habillés en manteaux sombres, chaussures dernier cri et bien cirées, les mains dans les poches, et avec un air un brin prétentieux et belliqueux à vrai dire. Pius Njawé arrive accompagné du coordinateur Rhône-Alpes de Survie, s’installe et commence à parler d’abord du rôle socio-économique des entreprises françaises au Cameroun. Il poursuit avec son expérience en tant que témoin oculaire de ce que le régime dictatorial de Biya inflige au peuple camerounais quand il cherche à se rebeller, et à la censure systématique de la presse indépendante.

 

Arrive le temps des questions et du débat. Les messieurs en manteaux sombres s’étaient installés au dernier rang. Le premier se lève, et s’appuyant nonchalamment contre le mur d’un air suffisant, se présente comme un membre de la diaspora. Il invective Pius Njawé d’un ton mesuré sur son exposé « si on peut appeler ça un exposé », lui demandant de quel droit il parle pour les camerounais, et de quel droit il prétend trouver des solutions pour le Cameroun. M. Njawé répond posément. Se lève ensuite le second, qui continue sur la même lancée, faisant des remarques sarcastiques sur le « projet de société » du Messager, et sur le rôle douteux du Messager dans la vie quotidienne camerounaise. M. Njawé répond encore. Le reste du public assiste effaré à ces attaques verbales, ne comprenant pas d’où diable ces hommes si agressifs sortent ! Et pour cause.

 

Car nous sommes en plein délire ! La politique intimidative du RDPC et la dictature africaine à l’état pur, là à Annemasse dans une petite salle devant une assemblée d’une cinquantaine de personnes souvent inconscientes de ce qui se passe en Afrique aujourd’hui, et surtout ignorantes de la violence des dictatures qui y sévissent.

 

Le responsable de Survie se lève et essaie de calmer le jeu en cherchant à recadrer le débat sur le thème de la soirée : le rôle de la Françafrique. Dans ce sens, il rappelle que par exemple le massacre de 400 000 bamiléké au cours de la guerre d’indépendance ne figure dans aucune mémoire française. Le troisième larron du fond de la salle, manifestement le doyen et mentor du groupe, tente d’étouffer la discussion par effraction, se mettant carrément à tutoyer M. Njawé, en l’accusant de victimisation ethnique.

 

Ç’en est trop, le public se manifeste en faveur de Njawé, et se rebelle contre ces effractions verbales agressives et ridicules pour certaines. L’ennemi de l’Afrique est bel et bien l’africain, dis-je. Les querelles interpersonnelles de bas étage, voilà ce qui tue le progrès en Afrique. Avec véhémence, je refuse la dérive ethnique de la conversation, et demande que l’on respecte la mémoire des 400 000 bamilékés bombardés au napalm par les français pendant la guerre d’indépendance, au même titre que l’ensemble des victimes camerounaises toutes ethnies confondues. Et je questionne enfin le rôle de la diaspora qu’ils prétendent représenter, mis à part les attaques de casse sur les initiatives existantes.

 

Pas de réponse. Les quatre sbires, sentant que le temps est venu de partir, sortent en ne lésinant sur aucun effort d’intimidation sur le chemin de la porte de sortie.

 

Un ouf de soulagement envahit la salle. La pression diminue, et les uns et les autres réalisent qu’ils ont été témoin de ce que Pius Njawé explique dans son exposé. La volonté délibérée du régime dictatorial camerounais d’éliminer toute forme de levée de conscience. Nos quatre corbeaux se révèlent être des employés du Consulat du Cameroun à Genève, et sont donc payés par leur gouvernement pour casser la résistance camerounaise, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur.

 

En tout cas les spectateurs d’un soir ont mieux compris ce qui se passe au Cameroun en terme de pression. Ils ont compris sous quelle botte est écrasée la volonté d’un peuple de se lever. Ils ont compris l’enjeu de la résistance qu’offre Pius Njawé depuis des années à un gouvernement qui ne veut en aucun cas que des troublions ne viennent déranger la quiétude du Palais d’Etoudi.

 

Qu’à cela ne tienne. La lutte continue. Pius Njawé sera à Grenoble le 26 novembre, et ensuite à Lyon. Nul doute aura-t-il encore affaire à des hommes en noir. Il a l’habitude d’être contrarié et insulté pour le courage civil qui est le sien, comme tous ceux qui luttent au péril de leur liberté et de leur vie, pour un Cameroun meilleur, et pour une Afrique où les peuples sont enfin écoutés et respectés.

Le Temps du Réveil....

« L’arme la plus puissante dans les mains des oppresseurs, est la mentalité des opprimés ! »


Stephen Bantu Biko

Textes de Juliette

 
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