Prix Moumié, lauréats 2009/2010: Un centrafricain et trois camerounais

Juliette AbandoKwe
3 mars 2010

 

Felix-Moumi-.jpgLa Fondation Moumié, à travers le Prix Moumié – 3ème édition, développe cette année la panafricanité de sa vision, permettant à feu Maître Goungaye Wanfiyo, avocat et fervent militant de la société civile centrafricaine, assassiné près de Bangui en décembre 2008, de sortir de l’arène locale qu’est le Centrafrique. 

Avec lui ont été récompensé également Jean Bosco Talla,
sa Majesté
 Rameau Jean-Philippe Tchendjou II Sokoudjou, ainsi que feu Albert Mukong, tous trois camerounais. Ces personnalités ont toutes marqué, chacune à sa manière, une scène sociopolitique empreinte d’une mal gouvernance profondément indécente, d’une impunité institutionnalisée, et de violations systématiques des droits humains les plus élémentaires.

Ce Prix est décerné à des personnes qui se sont particulièrement distinguées par leur courage civil et leur détermination, dans le cadre d’un travail d’édification des valeurs démocratiques et des droits humains au Cameroun et en Afrique. Cette récompense a jusqu’ici été attribuée à des citoyennes et citoyens camerounais, à l’instar en de Madeleine Afité de d’ACAT-Littoral (Action chrétienne pour l’abolition de la torture), de l’ADDEC (Association de défense des droits des étudiants au Cameroun), et de feu Samuel Minkyo Bamba et René Jam Afané, auteurs de l’hymne national du Cameroun, ainsi que de Mboua Massok, combattant historique du régime de Paul Biya. Par un choix dépassant les frontières du Cameroun, la Fondation cherche à montrer que le Camerounais Felix Moumié est aussi le martyr de tous les africains.

Le Prix Moumié, hommage au nationaliste camerounais assassiné par les services secrets français en 1960 à Genève, se donne la mission de rappeler aux peuples camerounais et africains, que rien n’a changé en 50 ans en termes de nécessité d’une lutte coriace contre l’oppression.
De 1960 jusqu’à aujourd’hui, des hommes et des femmes se sont battus, ont souvent péris, et se battent encore, au péril de leur vie, pour que leurs concitoyens puissent un jour jouir d’une vie de dignité et de respect.

C’était ainsi le grand espoir de Maître Goungaye Wanfiyo dans sa défense des victimes de massacres, de viols et d’exécutions sommaires en Centrafrique dans les années 2002-2003. Avocat et ardent défenseur des sans voix centrafricaines, les investigations sur sa disparition sont aujourd’hui plus que jamais entravées par une justice locale et internationale à deux vitesses.
La Fondation espère donner un nouvel élan à la lutte contre un oubli délibéré.

De son côté, Albert Mukong a vécu une vie de sévices, de tortures physiques et morales sous la colonisation et ensuite sous le régime néo-colonial, à travers un combat acharné dès 1956. Natif de Bamenda, il aura ainsi connu les plus redoutables prisons politiques du Cameroun.  Décédé en avril 2004, le Cameroun a perdu un homme de la trempe des plus grands.

Quant à sa Majesté Sokoudjou Jean Philippe Rameau, chef supérieur de Bamendjou, vétéran de l’institution cheffale traditionnelle de l’Ouest Cameroun, cet homme brillant a toujours refusé la corruption des autorités politiques du régime.  Autant acteur que témoin dans la lutte contre les administrations coloniales dans le commandement traditionnel, il a également connu les plus célèbres prisons du pays.
Aujourd’hui, son engagement dans la lutte contre le SIDA, fait de lui un véritable héros de la société civile camerounaise. 

Enfin Jean Bosco Talla, journaliste et fondateur de « Germinal », symbole récent de la persécution continuelle du régime Biya contre ceux qui disent ce qu’il cherche à dissimuler, s’est distingué ces dernières années par son indépendance d’esprit, son opiniâtreté et son courage dans la dénonciation systématique des dérives du régime en terme de corruption et de violations diverses. Co-auteur du rapport de Ccfd-Terre Solidaire intitulé « Biens mal acquis. A qui profite le crime ? », publié en juin 2009, il s’emploie, malgré les pressions, la prison, et au péril de sa vie, à mettre infatigablement la légitimité du pouvoir de Biya en question. 

Le Prix Moumié offre donc cette année une très brillante palette de lauréats, dans la plus pure tradition du symbole de la lutte pour une émancipation du Cameroun et de l’Afrique, dans le cadre d’une Afrique encore profondément déniée de son droit à la souveraineté.  

La cérémonie de remise du Prix aura lieu à Genève le 29 mai prochain, avec  en marge une conférence internationale commémorant le 50ème anniversaire de l’assassinat de Felix Moumé, en même temps que le 50ème anniversaire de ce que les anciens colonisateurs ont appelé Indépendances. 

La Fondation Moumié compte donc  bien marquer cette année  l’histoire du Cameroun et de l’Afrique d’une manière toute particulière.

Le Temps du Réveil....

« L’arme la plus puissante dans les mains des oppresseurs, est la mentalité des opprimés ! »


Stephen Bantu Biko

Textes de Juliette

 
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