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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 19:02

21 avril 2013
Juliette Abandokwe

L’annexion de la RCA par le Tchad réaffirmée

 

L'opposant tchadien Ismail Idriss Ismail, arrêté à Bangui le 16 avril dernier, a été livré dans la journée dusamedi 20 avril aux autorités de N'djamena, après avoir séjourné dans lesquartiers généraux de la FOMAC.

http://tchadpages.com/wp-content/uploads/2013/04/Ismael-Idriss-100x100.jpgAncien Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères et Vice-président du FUC (Front Uni pour le Changement), Ismail Idriss Ismail avait été enlevé le 16 avril dernier à Bangui par les agents d'Idriss Deby qui quadrillent la capitale centrafricaine ces derniers temps. Dans ce même cadre, les autorités congolaises ont arrêté plusieurs membres de la communauté tchadienne le mercredi 17 avril 2013 au Congo, soit plus de 70 personnes qui ont été arbitrairement interpellées à Oyo, village natal de Sassou Nguesso.

A Bangui, l'heure s'aggrave.... 

Idriss Deby est bel et bien en train de réaffirmer son annexion de la République centrafricaine. Le tout jeune et encore immature gouvernement centrafricain est d’ores et déjà infiltré par fait accompli. En effet, au Ministère (centrafricain) de la Défense, on retrouve dans les nouvelles nominations du 17 avril 2013 –prononcées sans aucun doute pour certaines avec le couteau sous la gorge - en charge de la réorganisation des FACA comme chef du 2ème Bureau, un Tchadien pur souche, le Général de Brigade Mahamat Bahar du « Bataillon de Soutien etde Services ». Or Mahamat Bahar n'est autre qu'un agent secret Tchadien, responsable des éléments de l’Agence Nationale (tchadienne!) pour la Sécurité (ANS), envoyés à Bangui  pour traquer les membres de l’opposition tchadienne en République centrafricaine, qui seraient tentés de s’allier à Michel Djotodia contre Idriss Deby.

Mahamat Bahr a entre autre pour mission d’identifier les anciens rebelles tchadiens qui circulent dans la sous-région, donc d’assurer la main mise d’Idriss Deby sur sa « bouée de sauvetage ».  Sa nomination au Ministère (centrafricain) de la Défense lui permet de bien s’acquitter de sa mission dorénavant.

Le Centrafrique est aujourd’hui occupé par Idriss Deby et ses sbires, militairement et politiquement, provoquant et encourageant un désordre indescriptible fait de pillages, abus et violations en tout genre, avec la bienveillante collaboration des éléments restés fidèles à François Bozizé. Alors que beaucoup de Centrafricains ne voient ce désordre qu’au premier degré, à travers le mal fait à leurs parents et à leurs  voisins, l’envers du décor est bien plus complexe qu’en apparence.

Djotodia est au coeur d’une pression qui ne dit pas son nom, un chantage immonde qui lui dit : 

Soit tu te plies à notre volonté à la lettre,soit nous te détruisons et te faisons porter le chapeau pour le sang qui coule à Bangui dans les quartiers

En d’autres termes, les violences perpétrées à Bangui font partie d’une très cynique stratégie de provocation qui vise à asseoir la domination du Tchad sur la RCA, avec l’assentiment intéressé du gouvernement français. 

Suite à la déclaration de Laurent Fabius conditionnant l'aide de la France en RCA à la légitimation du chef de l'Etat centrafricain actuel,  nous devons donc comprendre que le chef de l’Etat présent de mars 2003 à mars 2013 était légitime, et que par conséquent nous étions à cette époque dans un Etat de droit qui ne pouvait pas souffrir d’une ingérence style Barracuda ou Licorne quelle qu’elle soit. Voilà donc l’histoire de la République centrafricaine « made in France » !

Les crimes de l'Etat français en Afrique accompagnés de légitimations ubuesques et révisionnistes – qui ont entre autre permis à l’Afrique d’entrer dans l’histoire n’en déplaise à notre révisionniste-en-chef à talonnettes - sont bien connus de tous. Les négations en tout genre, à l'instar du Premier ministre François Fillon qui qualifie en 2009 les bombardements français au napalm de plusieurs centaines de mille citoyens camerounais pendant la guerre, de foutaise, continuent. Le pédantisme et l'arrogance des autorités françaises en République centrafricaine aujourd'hui sont dans la parfaite continuité du terrorisme politique institutionnel que nous vivons depuis plus d'un demi-siècle.

Nous sommes en RCA aujourd’hui au coeur d'un véritable bras de fer à relent très nauséabond de chantage et de mise devant le fait accompli. Alors que le peuple Centrafricain aurait pu, dans d’autres temps et sous autres cieux choisir son chef, c’est en réalité Fabius, Zuma, Yayi et Deby qui s’amusent dans la cour de récréation centrafricaine et qui décident de la direction à prendre.

Le désordre qui règne à Bangui en ce moment n'est qu'une pure fabrication politique pour faire comprendre aux Centrafricains qu'ils sont impuissants, très nuls et surtout superflus. Les détracteurs du peuple centrafricain n’aiment que la culture de médiocratie. Bozizé était donc un très bon président. Si un autre s’avise de vouloir changer le cours de l’histoire, on va donc tout faire pour le rendre médiocre et misérable, à moins qu’il ne se montre très respectueux du pré-carré établi, en attendant en tout cas.

Chers Compatriotes, ne nous leurrons surtout pas. Djotodia ne fera l’affaire de la France et du Tchad que le jour où il aura déposé ses tripes sur la table des "négociations". Les divers crimes commis aujourd’hui sur la place banguissoise ne sont là que pour lui rappeler qu’il n’est rien et qu’il ne peut rien. Au lieu de demander à Deby d’arrêter de semer la désolation en RCA, on est obligé de lui demander de l’aide pour mettre de l’ordre. Il n’y a pas donc pas deux moyens d’arrêter les exactions.

Entre les déclarations colonialistes de Laurent Fabius et les ricanements d’Idriss Deby, nous comprenons que nous sommes gravement manipulés. Le sort du Centrafricain lambda n’intéresse pas ces gens-là. Ils ne voient que le pétrole et autres sources d’enrichissement. Pour mieux s’amuser, ils s’évertuent encore à jeter l’huile sur le feu de la division.

Quand RFI nous parle d’une RCA « contrôlée par Seleka », nous avons une preuve supplémentaire de la duplicité des médias français. Les débris de Seleka sont devenus des instruments de recolonisation et d’annexion.

La position et la qualité de Michel Djotodia depuis le coup d’Etat du 24 mars dernier a déjà fait couler beaucoup d’encre. Les critiques et les qualifications en tout genre jonglent avec la grave crise humanitaire sur le terrain. Les uns l’accusent de vouloir instaurer une république islamique (avec 15% de Centrafricains musulmans !), les autres de manque de carrure, et beaucoup s’estiment plus "qualifiés" et "honnêtes" que lui. 

Tous les qualificatifs du monde ne changeront rien au fait que n’importe quel individu aurait essuyé les mêmes réflexions à sa place. L’angoisse sur l’avenir de laRCA en cas de chute de Bozizé avait paralysé bon nombre de Centrafricains soucieux de leur patrie. D’imaginer un coup d’Etat était impensable pour beaucoup, même si l’évidence faisait qu’il n’y avait pas d’autre issue à la massive prédation de Bozizé. Un changement à la tête du pays signifiait un immense espoir et surtout l’idée un peu naïve qu’on allait sauter de l’enfer au paradis le même jour.

Quand on chasse un monsieur qui se moque gravement de tout le mondeouvertement, il est difficile de lui demander de légitimer et de proclamer sonpourfendeur, d’où l’autoproclamation du nouveau chef, au moins dans un premiertemps. Certains, comme les "messieurs Afrique" de l'Elysée, s'amusent à jongler avec le concept d'autoproclamation. On ne se rappelle plus très bien qui avait proclamé François Bozizé président le 15 mars 2003... mais bon! c'est du passé ça, n'est-ce pas...

Nous sommes aujourd’hui dans un débat d’opinion très important - qui pourrait si on le voulait, nous faire évoluer  - où il parait léger de considérer au premier degré les exactions perpétrées dans certains quartiers de Bangui. Nous sommes nombreux à ne pas cacher que le chef précédent était devenu complètement insupportable dans tous les sens du terme, et qu’il fallait impérativement qu’il parte. Si les qualités de son potentiel remplaçant étaient depuis longtemps dans toutes les bouches, un dénouement dans le drame était à prévoir. 

Puisqu'ils font partie de l’Histoire, nous sommes forcés de continuer avec les faits et de nous accommoder des événements qui ont eu lieu, même si dans un premier temps ils nous ont permis de dégager un chef avéré profondément nuisible. Le degré de nuisance de son remplaçant ne peut pas être proprement jugé aujourd’hui, dans des circonstances où l’opposition démocratique officielle ne rencontre pas l’unanimité, où beaucoup de jeunes souhaitent « autre chose »  mais ne sont pas en mesure de s’organiser concrètement avec des projets réalistes, où la société civile est inaudible donc inefficace, et où le tyran déchu, qui voulait malgré toutes les pressions se représenter illégalement à la présidence, réclame depuis chez Paul Biya à côté, le retour à l'ordre constitutionnel. Dans ces conditions, nous resterons donc toujours les dindons de la farce, victimes des circonstances, et nous seront toujours obligé d'incriminer les actions d’individus qui ont décidé, à tort ou à raison, de marquer l’Histoire de leur empreinte. Nous sommes tous des individus !

C’est ainsi donc qu’avant de condamner et de cataloguer les responsabilités dans les exactions en ville de Bangui, posons-nous d’abord la question sur les circonstances et les objectifs stratégiques de ces activités de déstabilisation, ainsi que le degré d’importance aux yeux des véritables maitres de Bangui, du sort des populations. Avant de vouloir envoyer les « responsables » à la CPI, demandons-nous d’abord qui sont les véritables responsables. Enfin, réfléchissons bien sur l’existence d’une justice à deux vitesses, et questionnons d’abord la non-existence d’un dossier Bozizé pour la CPI pour ses tueries, séquestrations arbitraires et tortures à Ngaragba et à « Guantanamo » - Bossembele, qui auront au moins marqué une fois chaque famille centrafricaine, et qui, surtout, sont à la source de la situation d’aujourd’hui.

Sur un plan indispensablement plus global, en vertu d’un destin géopolitique inextricablement lié, rappelons-nous que nos frères et soeurs Tchadiens vivent depuis plus de 20 ans sous la férule d’un Deby complètement sanguinaire, et que plus que jamais aujourd'hui, il rafle,torture et tue tout ce qui ne baisse pas la tête pour lui lécher les pieds. La République centrafricaine représente sa bouée de secours et il ne veut évidemment pas la laisser s’échapper.

Ismail Idriss Ismail a été livré aux appétits diaboliques d’un Deby très mal à l’aise et qui a besoin de tout maitriser pour se protéger. C’est ainsi que l’ombre de l’ancien chef d’Etat-major, assassin de milliers d’opposants en 20 an set complice des crimes contre l’Humanité d’Hissène Habré, plane au-dessus de Bangui qui devient le théâtre de crimes qui nous concernent tous qu’on le veuille ou non.


Ismail Idriss Ismail suit aujourd’hui les mêmes traces que Charles Massi dont les circonstances avant sa mort par torture ont été similaires. La responsabilité des autorités centrafricaines sont en jeu, même si nous savons que les services secrets tchadiens règnent en maitre à Bangui, de gré ou de force.

Ismail Idriss Ismail sera-t-il torturé à mort comme Ibn Oumar Saleh ou Charles Massi ? Les précédents sont là, incontournables et immuables, sans que la moindre enquête indépendante n’ait abouti à ce jour dans ces deux disparitions.

L’impunité omniprésente, la brutalité abyssale, le diabolisme développécontre toute forme d’opposition, c’est cela que nous devons condamner avanttout aujourd’hui. L’intolérable. 

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 21:55

6 janvier 2013
Juliette Abandokwe


Après des jours de brouillamini, voilà que des négociations auront bel et bien lieu à Libreville au Gabon dès le 8 janvier prochain, entre le régime du général Bozizé, l'opposition démocratique, et Seleka, coalition armée hétéroclite, dont le bruit de bottes à travers les 3/4 du pays, menace Bozizé depuis le 10 décembre dernier.

Ces négociations sont depuis quelques jours au centre des plus âpres discussions, où se rejoignent les partisans du boycott de négociations qui, disent-ils, ne mèneront qu'à une nième victoire psychologique de Bozizé le Boulanger - rouleur dans la farine - sur ceux qui rêvent de le désactiver, et ceux qui disent qu'au contraire la politique de la chaise vide ne peut être que contre-productive, et qu'échanger, malgré les risques de farine partout, sera toujours la seule alternative face à la violence, même si leur rêve est le même: désactiver Bozizé définitivement.

Il y a encore ceux qui ne rêvent que de mangeoire, à l'instar des infiltrés payés par Bozizé pour affaiblir les "ennemis de l'Etat", qui se fâchent bruyamment quand on les démasquent et qui ne rêvent de rien d'autre que 
de notoriété, de vengeance, et de dormir sous une pluie de billets de banque.  Une vraie caricature, hélas!

Libreville: les conditions

Tout porte à croire que ces négociations ne seront pas particulièrement paisibles et qu'elles ressembleront plutôt à un bras de fer très loin d'être amical. Bozizé a accepté l'idée d'un gouvernement d'union nationale, certes, mais tous connaissent son éternelle soif de revanche et son pouvoir de nuisance. Il manipulera un vocabulaire pourtant universel, à son image, faux et illégitime. Il cherchera forcément à faire payer les uns et les autres pour l'humiliation devant la face du monde qu'il subi depuis le 10 décembre 2012. Les exactions à relents génocidaires en ville de Bangui depuis le 31 janvier 2012 ne risquent d'être qu'un avant-goût, si d'aventure la liberté d'action lui était laissée à son retour de Libreville.


Suite à son refus formel de quitter le pouvoir maintenant, et pour que la RCA se retrouve dans un semblant de dynamique de non-sclérose, il devrait être exigé de Bozizé qu'il quitte son poste de Ministre de la Défense, et qu'il soit défait des pouvoirs qui lui permettent de détruire le pays. Néanmoins, on devine déjà que le "gouvernement d'union nationale" pourrait, si on n'y prend garde, se retrouver conditionné par un Bozizé plus sanguinaire que jamais, et sans une once de volonté de concession de quoi que ce soit. Le roi de la politique de l'autruche et des fausses promesses risque bien de chercher, pour gagner du temps, à empêcher que les négociations aillent jusqu'à la composition de ladite "union nationale", sachant qu'en vérité il s'agit d'un gouvernement de transition et qu'il n'en obtiendra donc aucun bénéfice. Rouler ses interlocuteurs dans la farine et provoquer leur énervement impuissant semble être le fleuron de ses manies. 

Quoi qu'il en soit, la grande question sera de savoir comment ces négociations de Libreville pourront devenir un état des lieux net et clair des responsabilités dans la crise que vit le pays aujourd'hui, de la liquéfaction actuelle de l'Etat centrafricain, et surtout, de savoir quel organe de pression pourra être mis sur pied pour forcer les récalcitrants à s’accommoder de conditions qu'ils n'auront pas forcément dictées eux-même.

Libreville, place publique

Ceux qui se plaignent amèrement qu'une fois de plus le linge sale de la RCA sera lavé en public, ne peuvent que s'en prendre à l'irresponsabilité, l'inconscience et l'irrespectabilité de ceux qui ont été soi-disant élu "dans la liberté et la sérénité" par les électeurs centrafricains, et qui en réalité ne représentent rien d'autre que leur petit cercle familial. Dans un climat où aucune parole n'est respectée, où des résolutions prises publiquement et à grand bruit sont systématiquement violées, où les institutions de l'Etat sont utilisées comme instruments personnels du clan au pouvoir, où les gêneurs sont assassinés ou confinés dans des conditions intolérables, comment peut-on s'imaginer qu'un dialogue quel qu'il soit, puisse devenir un outil de progression pour le Bien de la Nation.

Quand le chef de l'Etat appelle d'autres chefs d'Etat à la rescousse par téléphone, ce n'est pas seulement le peuple centrafricain qu'il humilie - ce qu'il fait déjà depuis 10 ans -. Il se ridiculise lui-même profondément à travers la démonstration publique de son incompétence abyssale et de la non-fonction par sa faute des principaux organes de l'Etat, dont l'armée notamment, qui devaient pourtant servir à donner à la RCA une allure respectable. En fin de compte, il est donc utile que le linge sale, très très sale, soit justement bien exposé sur la place publique, avant même d'être lavé. 

L'exposition de ce linge sale à Libreville sera également utile pour démontrer publiquement qui est le principal responsable dans le désastre centrafricain d'aujourd'hui, dont Seleka n'est finalement qu'un résultat collatéral, et pour rendre limpide le degré de volonté des uns et des autres de trouver la meilleure façon de laver la situation, publiquement toujours. 

Les pairs de Bozizé

http://www.centrafrique-presse.info/admin/config/images_infos/1231.jpgLa légitimité de Bozizé et de ses "activités" a aujourd'hui trouvé ses limites définitives aux yeux de ses pairs de la sous-région, qui nagent tous, chacun à sa façon, dans la boue de leur illégitimité propre. La déclaration de François Hollande, "la France ne protège pas un régime", quel que soit l'avenir historique proche de ces mots, n'est pas faite pour rassurer les crocodiles d'Afrique centrale dans la légitimité de leur illégitimité auprès de l'hétéroclite Concert des Nations. Le réveil progressif des consciences au sein de leurs populations respectives, avec des oppositions maltraitées et ridiculisées, mais néanmoins représentatives d'un mouvement populaire potentiel non négligeable, peut-être pris, s'ils sont réalistes, pour une réelle menace. 

En fin de compte, le linge sale qui va se laver à Libreville dès lundi prochain, ne sera pas uniquement celui de Bozizé et de sa clique, mais pourrait bien aussi être pris pour celui des autres Etats pseudo-démocratiques du voisinage, au vu de certaines étranges ressemblances.

Bozizé n'a pas été suffisamment discret à leur guise, c'est certain. Il est décidément le "villageois" par excellence de leur groupe, le type pas du tout élégant dans son langage et ses manières, pas du tout joyeux de vivre sa vie de consommateur privilégié de son butin de guerre, qui met le pied dans le plat dans tout ce qu'il fait, et qui maintenant se noie dans la mangeoire. Ils n'en veulent plus, c'est évident; il est trop salissant au sein de leur association de malfaiteurs. Et surtout, il contribue activement à mettre le doigt de l'opinion publique internationale sur un genre de gouvernance qu'ils auraient préféré garder le plus discret possible, le plus longtemps possible. Pour eux, même s'il est tard, Bozizé doit partir, et au plus vite. Mais parce que quelque part, ils  s'identifient un peu à lui quand même, ils ne veulent pas lui faire ce qu'ils n'aimeraient pas qu'on leur fasse. Donc il partira "en négociant", tout en ayant en apparence son mot à dire. 

Et comme le phénomène Seleka est fumeux dans ses projets et son organisation, ils ne pouvaient pas non plus laisser le territoire centrafricain, tampon de la sous-région, tomber dans un chaos géostratégique. Ceci vaut également pour la position de la communauté internationale, qui finalement trouve moins d'intérêts économiques en RCA que l'essence d'une plateforme d'observation stratégique de la sous-région. 

Les enjeux de la rencontre

L'enjeu des négociations de Libreville sera donc pour les autres locataires illégitimes des palais présidentiels de la sous-région de laver l'opprobre à leur avantage, et pour chercher à maitriser une alternative un peu acceptable pour eux. 

Pour le général Bozizé, cristallisé au pouvoir depuis 10 ans à travers un putsch militaire et deux putsch électoraux, l'enjeu des négociations sera de ridiculiser tout le monde et de reprendre sa position assise sur le pactole de Bangui sans trop perdre de plumes, afin de pouvoir vider les petits coins des tiroirs-caisse d'ici 2016. 

Pour l'opposition dite démocratique, l'enjeu sera de limiter au mieux le pouvoir de nuisance d'un Bozizé plus affaibli que jamais, malgré son arrogance résiduelle, et de se servir des 3 années à venir comme programme de transition pour aboutir à des élections aussi libres et transparentes que possible en 2016.

L'enjeu de Seleka s'opacifie au gré de ses divisions et du nombre de ses "représentants". Victime d'une désinformation de masse de l'intérieur par le biais d'infiltrations clairement établies, et de l'extérieur par un Bozizé diffusant la haine raciale et xénophobe dans les esprits naifs, nous verrons à Libreville si la coalition arrive encore à tenir un certain cap. Malgré le questionnement ambiant sur la qualité de son leadership et sur l'absence de planning publiquement exposé, certains de ses acquis sont formels. Seleka a réussi à extirper le "je ne modifierai pas la Constitution" et le "je ne représenterai pas aux élections de 2016" de la bouche de Bozizé. Même si la pression et le pouvoir de persuasion de Seleka n'est plus le même, et quelques soient les motivations des différents chefs rebelles invoqués par les uns et les autres, Bozizé a quand même accepté contre toute attente de "former un gouvernement d'union nationale", même si pour l'instant il ne s'agit que de mots. 

La grande absente de ces négociations est la société civile, qui n'a pas su démontrer à temps la cohésion nécessaire pour devenir une force incontournable. Certains leaders de la société civile, qui côtoient les gens de Bozizé à Bangui, n'ont pas de valeur de représentation populaire. Des efforts réels existent ailleurs, même s'ils servent quelquefois de couverture à des intentions qui tendent à rester dans le flou. Des mouvements et associations se forment, souvent à la dernière minute, et ne réussissent pas exprimer la maturité nécessaire pour représenter équitablement la société civile. Par conséquence, les attitudes consensuelles peinent à émerger, et les mandats créés manquent parfois d'une transparence suffisante pour convaincre le Citoyen.

Supputations

Malgré tous les enjeux et les obstacles prévisibles, les dites négociations de Libreville pourraient bien servir de point de départ à toutes sortes de réflexions innovantes, en mettant en exergue les manques en terme de capacités et de compétences. Néanmoins les obstacles seront évidemment énormes, à commencer la manière d'organiser les pourparlers ainsi que la diffusion transparente du programme. Josué Binoua, ministre de l'administration du territoire, omniprésent dans les dernières déclarations présidentielles, et qui n'a pas été capable d'administrer le territoire centrafricain ni de promouvoir l'intégrité de ce territoire, exprime pourtant toute l'arrogance d'un pouvoir qui règne par la force et la violence depuis 10 ans. Il cherche à nous faire croire que le général Bozizé maitrise parfaitement les commandes et qu'il imposera forcément toutes ses volontés lors des pourparlers. Et pourtant, à un moment ou à un autre il faudra bien que Bozizé et son ministre fantoche comprennent que ce ne sont plus eux qui sont aux commandes, malgré ce dont ils semblent être persuadés. Les différentes troupes militaires arrivées sur le terrain ne sont pas là pour les beaux yeux de Bozizé et des siens. Néanmoins, ce ne sera qu'à l'issue des négociations, que nous saurons véritablement quel aura été le rôle des acolytes de Bozizé de la sous-région, et surtout quel sera le sort des espoirs et des vies des uns et des autres.

Libreville devient donc pour quelques jours le théâtre de toutes les supputations et aussi de toutes les craintes du monde, agrémenté par les leçons de l'Histoire à travers l'ombre morbide des contentieux ethno-claniques, les espoirs de changement mais aussi la lassitude et la résignation, et surtout le désir incommensurable et irrépressible de paix malgré un pessimisme latent et presque inévitable. 

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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 18:45

1er janvier 2013

 

A mes lecteurs et à ceux qui m'encouragent, je souhaite tout le meilleur en 2013.

Que l'unité et la paix règnent dans vos foyers et vos familles, car c'est la première pierre d'un monde meilleur.   

La lutte contre l'inconscience et l'irresponsabilité continue plus que jamais! 

 

Merci et très bonne année!

Juliette Abandokwe

 

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 00:30

29 décembre 2012
Juliette Abandokwe

 

 

Aujourd'hui Bozizé exploite la psychose de la population de Bangui qui en a tellement marre de la violence et des brutalités en tout genre. Il lave le cerveau de ceux qui veulent bien encore l'écouter, dont beaucoup de jeunes – par définition banguissoise, désœuvrés - pour leur inculquer la haine comme arme de guerre. Une arme qui tue sans distinction, et dont chaque coup de machette s'enregistre silencieusement dans l'âme et la mémoire d'un peuple déjà profondément martyrisé.

Bozizé nous prouve mieux que jamais aujourd'hui qu'il ne partira JAMAIS de son plein gré et qu'il est prêt à tout, y compris à utiliser la population comme bouclier humain pour se protéger, à défaut pour se venger de ses propres échecs. Même perdu, il fait comme si chaque coup de feu ou de machette contribue à le réinstaller sur son butin de guerre déchu.

Comme un psychopathe qui a perdu les pédales, Bozizé est plus que jamais le danger immédiat no 1 pour la population civile de Bangui. Les exactions gratuites et les représailles aveugles constitueront désormais son dernier argumentaire.

Ce qui doit venir après, viendra après, même si l'anticipation de la conceptualisation de la suite est obligatoire. Cependant, sur le plan de l'urgence humanitaire, l'objectif primordial reste invariablement la mise hors d'état de nuire au plus vite de l'ennemi public no 1.

Les plus avides, les plus pressés d'obtenir une place à la mangeoire, semblent avoir zappés ce premier pas, pourtant préalable obligatoire, diabolisant parfois une coalition qui, loin d'être parfaite, a pourtant commis très peu d'exactions dans sa traversée du pays, qui a envoyé plusieurs appels de paix à la population de Bangui, mais dont le tort est de ressembler à une sérieuse tendance dans l'Histoire de la RCA : la prise de pouvoir par l'épée suivie d'une gouvernance plus ou moins sanguinaire et prédatrice des caisses de l'Etat.

Mais les tendances nous le disent aussi, la prédation n'est pas seulement l'apanage de ceux qui renversent le pouvoir par la force. Il y a également tous ceux qui rêvent que ce sont eux qui prennent le pouvoir, pour ensuite se rouler dans une opulence sans limites. Des rêves vraiment fous, que des pensées obsessionnelles rêvent de voir devenir réalité.

Ces derniers jour, les rumeurs assourdissantes de profito-situationnisme aigu, sous forme de réunions à huis clos, de manigances clanoformes, de suspicions d'arrangements financiers, et autres courses opportunistes à tort et à travers, sont en train de nous rappeler que les leçons du passé ne se sont toujours pas imprimées dans l'esprit du Centrafricain moyen.

La ruine du pays ne représente finalement qu'un fond de commerce pour certains, au profit de leurs petits intérêts personnels. La clanisation du paysage politique centrafricain, à travers l'instrumentalisation de contentieux historiques non-digérés et source de frustrations rageuses, liés à des questions de pouvoir et de spoliation économique, est devenu un bon alibi dans un horizon bouché par une atmosphère de guerre larvée en permanence.

Demander aux uns et aux autres de penser au pays et à l'avenir de la jeunesse centrafricaine semble peine perdue dans un contexte où la psychose de départ a révélé ensuite une avidité extrême et un nombrilisme indécent. Pendant que la population au pays se meurt dans la misère, la maladie et le désespoir total, une tendance de meute de chiens enragés, le sang aux yeux, s'affiche de plus en plus dans les différents milieux.

Nous devrions tous nous demander ce que nous voulons vraiment finalement. Les divers slogans et discours sur la misère au pays qu'on entend par ci par là depuis des mois et des années, deviennent creux et vides de sens. Chacun veut son petit pré carré, au détriment du Bien de la Nation. La naissance de nouveaux partis et de nouveaux mouvements ne font que répéter les mêmes manières de faire, pour les mêmes objectifs, entérinant les fameuses tendances historiques. De l'extérieur, on espère d'abord, optimiste et candide, et ensuite très rapidement, on reconnaît les symptômes profito-situationnistes déjà habituelles. Beaucoup de ceux qui se plaignent sans cesse de la répétitivité des tendances prédatrices sont souvent les mêmes qui justement perpétuent ces phénomènes.

En vérité, personne ne détient le monopole de la connaissance de ce qui est bon pour la Nation et la communauté. Ce ne sont pas les leaders qui décident pour le peuple, se crêpant le chignon les uns les autres pour réclamer l'unique expertise pour le Bien national. Ceux qui proclament leurs compétences comme futurs leaders s'engouffrent systématiquement dans la même rengaine coloniale : « c'est moi le chef, c'est moi qui sait le mieux, et toi tu te tais. ».

Un proverbe, africain en plus, nous dit que pour faire grandir un enfant, il faut tout un village.

Comment pourront-nous trouver un minimum de sincérité et d'honnêteté intellectuelle, permettant de mettre l'ego environnemental de côté de temps en temps, pour tempérer l'instinct d'animal omniprésent et penser au bénéfice et au renforcement des capacités de la communauté ? Or, on ne voit souvent que le développement de capacités personnelles, qui laissent le reste en friche.

Sommes-nous vraiment obligé de nous ridiculiser aussi profondément dès que nous en avons l'occasion, publiquement et devant le concert des Nations....? Où est notre fierté de Centrafricain et d'Africain?  Pourrions-nous pas imaginer de faire un effort pour casser ce cercle diabolique fait uniquement d'individus affamés ? Pourquoi ne pas envisager que la RCA devienne un exemple pour les autres pays d'Afrique centrale ? Nous aurions là l'occasion de voir notre nom gravé dans l'Histoire de l'humanité. Évidemment, et on peut le comprendre, cela ne serait pas très lucratif, dans un premier temps en tout cas !

L'esprit du colonisé, encore et toujours.... On nous a tellement répété depuis des siècles qu'on est nul, médiocre et indigne, que finalement on n'a pas d'autre choix que de produire un comportement devenu pour nous étiquette universelle.   

En fin de compte, la profonde insalubrité provoquée par les instincts bestiaux omniprésents, dépasse largement les raisons de la psychose dûe au pouvoir de nuisance de Seleka sur les populations de Bangui. La situation n'est malsaine que parce que les contentieux historiques divers et les tendances de cercles vicieux sont devenus le bouillon de culture des vrais prédateurs de la terre centrafricaine.

Le vrai danger pour la population centrafricaine n'est pas la coalition Seleka, qui n'en représente finalement qu'une toute petite part. Les vrais dangers sont d'abord un Bozizé qui voit rouge et qui tire sur tout ce qui bouge, et ensuite des individus, centrafricains, patriotes, qui se plaignent depuis des années de la situation désastreuse au pays, et qui en réalité sont en permanence à l'affût de la moindre petite brèche qui pourrait leur laisser entrevoir ne serait-ce que l'ombre de la Mangeoire. Le leitmotiv dans leur esprit « c'est à nous maintenant.... » est devenu leur religion, scandé aussi automatiquement que le rythme de leur respiration.

La meilleure dans tout ça, est que ce sont les nantis qui vivent avec cette obsession de la mangeoire et du pouvoir. Les petites gens, ceux-là même qui n'ont pas l'argent pour se soigner, ni même pour payer le carburant du taxi qui va emmener à la morgue l'être cher qui vient de mourir, les petits artisans qui se débrouillent dans les arrière-cours, les vendeuses au bord de la route qui s'éclairent à la lampe-tempête la nuit tombée, au pays où le poulet est une viande de luxe, ceux-là ne pensent qu'à la paix et à une vie sans violences étatiques. Juste ça.

Les nantis ont déjà tout, ils ont l'eau courante, l'électricité, une maison confortable, une assurance maladie et une bonne éducation pour leurs enfants. Mais tout cela ne leur suffit pas...... 

Le malheur des uns finalement fait le fond de commerce des autres.

A bon entendeur. 

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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 18:41

26 décembre 2012
Source: AFP 


Centrafrique: les rebelles s’affichent en maîtres

J'ai failli ne pas publier cet article, vu les nombreuses inexactitudes et approximations que j'ai trouvé très médiocre pour un grand organe étatique comme AFP. Mais finalement je me suis dit qu'il illustre bien la manière de révisionner la réalité par certains médias, et combien le choix des mots peuvent induire des réflexes insoupçonnés.

On ne mentionne pas les noms de certains leaders de la "rébellion", en grande partie centrafricains, mais on mentionne le nom du responsable du CICR à Bangui, signe indéniable de mépris pour les "autochtones" et de la négrophobie instutionnalisée de la politique africaine de la France. 

En parlant de "rébellion" en tant que mouvement de contestation aux diktats de Bozizé (pour son bien personnel), si on sondait la population centrafricaine, on trouverait probablement que plus des 3/4 des Centrafricains sont des "rebelles" ou des "insurgés", en désaccord avec le grand Bozizé et souffrant de ses exactions économiques et socio-politiques depuis bientôt 10 ans. 

Quels que soient les motifs et la diversité dans le mâquis, est-ce qu'on a un jour, en France libre, traité les Résistants de rebelles? Pourtant ils n'étaient pas d'accord avec le gouvernement de Vichy, sans parler des nombreux dérapages après la capitulation.

Tout ça pour dire, que les mots sont souvent une arme redoutable en terme de propagande et que nos esprits devraient toujours rester vifs et conscients dans nos lectures et nos partages. J. A.

(Annotations de Juliette en rouge dans le texte).

 

*  *  *


La coalition rebelle du Séléka (= mouvement armé non étatique) s’est affichée (une rébellion illégitime contre un gouvernement légitime "s'affiche", mais un mouvement armé d'envergure, expression d'un raz-le-bol global contre un régime illégitime "se déclare"...) mercredi en maître de la Centrafrique, affirmant que le président François Bozizé « avait perdu le contrôle du pays » (c'est un fait vérifiable) alors que des manifestants proches du pouvoir (plutôt des banguissois crédules, transformés en bouclier humain, répondant à l'appel à la guerre de Bozizé)  ont attaqué l’ambassade de France à Bangui pour dénoncer la passivité de Paris. (La RCA est un pays indépendant non?)

Les renforts tchadiens qui campent sur leurs positions aux portes de Bangui semblent être le dernier rempart contre une avancée des insurgés vers la capitale. (Deby a reçu l'ordre de Paris de ne pas toucher aux "rebelles")

Après plus de quinze jours d’opérations et de conquête de villes (soit plus des 3/4 du territoire centrafricain), le Séléka (Alliance en sango, la langue nationale), a affirmé que « par mesure de sécurité et de protection des populations civiles, nous ne considérons plus nécessaire de mener la bataille de Bangui et d’y faire entrer nos troupes, car le général François Bozizé (…) a déjà perdu le contrôle du pays » (En réalité, Bozizé n'a jamais eu le moindre contrôle sur le territoire centrafricain).

« Nous demandons à tous les fils et filles de Centrafrique, à tous les éléments de forces de défense et de sécurité encore fidèles au régime de François Bozizé (…) de déposer les armes immédiatement », ont ajouté les rebelles.

Les insurgés (fait partie du vocabulaire qualifiant ceux qui ne sont pas d'accord avec Bozizé!), qui ont pris les armes le 10 décembre pour réclamer « le respect » d’accords de paix conclus entre 2007 et 2011, se sont rapidement emparés de villes stratégiques, Bria (ville diamantifère du centre), Bambari (ville aurifère du centre sud), avant de prendre Kaga Bandoro (centre nord) mardi, s’approchant dangereusement de Bangui par le nord et par l’est.

Sous-équipée, démotivée et mal organisée, l’armée régulière n’a opposé que peu de résistance.
(les derniers "combattants" ayant été recrutés il y a quelques jour par le fils de Bozizé pour 300 000 fr CFA par tête!)


Tout en affirmant vouloir négocier à Libreville, comme l’avaient demandé vendredi les chefs d’Etats d’Afrique centrale (association de malfaiteurs par excellence, et attendant chacun son tour!), la rébellion a continué à avancer, refusant de quitter les villes conquises sans un cessez-le-feu préalable, que le président (ex-insurgé lui-même) centrafricain ne semble pas prêt à accorder.

Au moins 2.000 Centrafricains se sont réfugiés dans le nord de la RDC voisine pour fuir l’avancée de la rébellion, a indiqué mercredi une source officielle congolaise. En Centrafrique, des ONG humanitaires se sont inquiétées du sort des déplacés (normal, c'est leur travail! Mais on ne s'inquiète pas de la source de tous ces malheurs!).

« Nous avons constaté un mouvement sur le terrain devenu assez régulier avec la progression du Séléka, avec peu de blessés ou de conséquences humanitaires graves, mais des déplacements des populations par peur des combats », a déclaré à l’AFP le chef adjoint de délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à Bangui, Arnaud de Baecque.

A Bangui, plusieurs centaines de personnes proches du pouvoir ont lancé mercredi des projectiles vers l’ambassade de France pour dénoncer la passivité de l’ancienne puissance coloniale, a constaté l’AFP. Ils avaient auparavant fait un sit-in devant l’ambassade des Etats-Unis.

« La France nous lâche »
(éh oui, toutes les bonnes choses ont une fin! et d'ailleurs c'est qui "nous"?)


« Nous sommes ici à l’ambassade de France, parce que c’est la France qui nous a colonisés. Mais la France a tendance à nous lâcher. On n’a plus besoin de la France, la France n’a qu’à prendre son ambassade et partir », a affirmé une manifestante. (Elle zappe complètement la responsabilité personnelle de Bozizé dans le sort de la RCA)

Plusieurs jeunes ont jeté des projectiles sur les locaux dont certains ont cassé des vitres, ainsi que sur la représentation d’Air France. Une trentaine de soldats français sont arrivés en milieu d’après-midi pour sécuriser l’ambassade et éviter d’éventuels débordements (ils ne sont pas arrivés, puisqu'ils sont là depuis 1959!)Selon le ministère français de la Défense, 200 militaires français sont basés en Centrafrique, en majorité à Bangui. L’ambassadeur de France à Bangui a qualifié la manifestation de « particulièrement violente » et Air France a fait faire demi-tour à son vol hebdomadaire Paris-Bangui « en raison de la situation en Centrafrique ».

Les effectifs et la puissance de feu de la rébellion demeurent flous (quantité et qualité des effectifs difficiles à évaluer, vu que le mouvement avance de façon dispersée). Selon un enseignant dans la ville occupée de Bambari, Eudes Azouaka, « le nombre de rebelles (à Bambari) se situe entre 300 et 400 hommes », armés de lance-roquettes, mortiers, avec des véhicules équipés de mitrailleuses lourdes et des Kalachnikov (comme le bon président Bozizé à chacun de ses passages en ville de Bangui!)

Le Tchad, allié historique de Bozizé (Deby... pas le Tchad!)

Un contingent de l’armée tchadienne, arrivé la semaine dernière à l’appel du président Bozizé (après avoir été rappelé par Deby - ordonné par Paris - il y a quelques semaines, après 9 ans de bons et loyaux services en tant que moitié de la garde présidentielle de Bozizé), doit servir de « force d’interposition » selon N’Djamena et s’est positionné sur le dernier axe routier menant à Bangui. Présents sur les deux derniers « verrous », Sibut (130 km de Bangui) et Damara (60 Km), les soldats tchadiens, rompus au combat et plus lourdement équipés (supposition, puisqu'évaluation floue!), pourraient être le dernier rempart à une victoire des rebelles. (A noter que c'est au conditionnel).


Le "Tchad" (= Idriss Deby, bourreau du peuple tchadien), allié historique de François Bozizé, avait déjà envoyé ses troupes en 2003 pour l’aider à prendre le pouvoir (sur ordre de Paris), et à nouveau fin 2010 pour combattre des rébellions dans le nord. (sur ordre de Paris!)

La Centrafrique – 5 millions d’habitants (4.2 millions selon l'ONU, avec 42% d'habitants en-dessous de 15 ans et 1 500 000 de réfugiés internes) – était engagé depuis 2007 (c'est qui "le Centrafrique"?) dans un processus de paix après des années d’instabilité, de rébellions multiples, mutineries militaires et putschs. (en réalité le "processus de paix" concernait uniquement les années Bozizé; pratiquement tous les putschs, y compris celui de Bozizé, sont de facture française).

 

MERCI AFP!!

 

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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 15:15

2 octobre 2012
Juliette Abandokwe 

 

Quand j'ai lu le titre dans la presse internautique "Affaire Etat du Cameroun contre les Combattants Mboua Massok et Yon Mbock", je me suis d'abord interrogée sur le sens exact de "Etat" du Cameroun. 

  

L’Etat, selon Wikipédia:

 

"L’État a une double signification: l'organisation politique et juridique d'un territoire délimité ce que la première édition du dictionnaire de l’Académie française de 1696[2] appelle l'État en tant que « gouvernement d’un peuple vivant sous la domination d’un prince ou en république » ou bien le pays lui-même, c'est-à-dire, l'État entendu « pour le pays même qui est sous une telle domination ».

 

En Droit international, un État souverain est vu comme délimité par des frontières territoriales établies, à l'intérieur desquelles ses lois s'appliquent à une population permanente, et comme constitué d’institutions par lesquelles il exerce une autorité et un pouvoir effectifs. La légitimité de cette autorité devant en principe reposer - au moins pour les États se disant démocratiques - sur la souveraineté du peuple ou de la nation.»

 

Comme j’aime souvent tourner les choses à l’envers pour en comprendre les dessous, je me suis surtout attachée aux deux dernières lignes de cette définition wikipédique de l’Etat, soit «La légitimité de cette autorité devant en principe reposer - au moins pour les États se disant démocratiques - sur la souveraineté du peuple ou de la nation. » 

 

En ce qui concerne le Cameroun, voici les constats qui en découlent, et qui justifient obligatoirement le questionnement du concept d’« affaire » entre l’Etat du Cameroun contre Mboua Massok et Yon Mbock :

 

1.   L’Etat du Cameroun se dit bien démocratique.

2.   L’autorité de l'Etat du Cameroun n’est pas légitime.

3.   Le peuple camerounais n’est pas souverain.

 

En bref, l’Etat du Cameroun est illégitime.

 

CQFD.

 

En vertu de ce constat synthétique, on peut se demander quelle est la légitimité de la formulation de « L’Etat du Cameroun contre Mboua Massok et Yon Mbock », et donc la légitimité des débats menés par une Justice tout aussi illégitime que le pouvoir qu’elle sert. 

 

Nous sommes donc en plein vice de forme, avant même d’examiner les chefs d’accusation portés contre ces deux citoyens camerounais.

 

Certains Camerounais bien-pensants pourraient réfuter ce constat, pourtant implicitement majoritaire, sur la base de raisons qui leur sont propres. Ils pourraient même tenter de faire diversion, et chercher à éloigner le regard des questions qui importent, stratagème qui a d’ailleurs longtemps fait la force d’un lavage de cerveau très efficace.

 

Par les questions suivantes je voudrais donc contribuer au maintien de l’église au milieu du village comme on dit, ou des yeux en face des trous si on préfère, en évoquant certaines questions essentielles dans le cadre de ce que certains appellent la démocratie camerounaise. 

 

-     Quelles sont dans l’absolu les manifestations d’une démocratie ?

(L’étymologie de « démocratie » pourra aider à répondre).

 

-     Qui décrète la légitimité d’une autorité, si ce n’est le peuple ?

 

-     Est-ce qu’un Etat étranger peut légitimer valablement un choix qui manifestement n’a pas été celle du peuple ?

 

-     Si un peuple est massivement en faveur de son dirigeant, quelle est la nécessité pour ce dernier de modifier la Constitution et de supprimer la clause du nombre de mandats ?

 

-     Si un peuple est massivement en faveur de son dirigeant, que celui-ci est donc forcément sûr de gagner les élections, quelle est la nécessité d’organiser des fraudes électorales à grande échelle ?

 

-     Si les instruments de légitimation d’une autorité se place au cœur de l’Etat, soit dans la Constitution, qui a le pouvoir de garantir le respect de la Constitution sinon le peuple ?

 

-     Quel est le rôle de l’Etat auprès du peuple ?

 

-     Quel lien entre la souveraineté de l’Etat et la souveraineté du peuple ?

 

-     Si un dirigeant a la certitude que son peuple est en totale emphase avec lui, au point de l’avoir choisi à plus de 70% aux élections présidentielles, quelle est donc la nécessité pour ce dirigeant de criminaliser des modes d’expression des plus essentiels au sens de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

 

C’est ainsi qu’au Cameroun, le citoyen sera réprimé dans les cas de figures suivants (liste non-exhaustive), notamment :

 

-     La distribution de tracts sur la voie publique.

 

-     Les rassemblements de certaines entités citoyennes, pour analyser et exprimer le droit à l’autodétermination.

 

-     Les rassemblements publics, spontanés ou non, réclamant le droit à l’autodétermination.

 

-     La libre-circulation de citoyens qui expriment publiquement leur résistance.

 

La répression utilisée par l’Etat camerounais est multiforme et concerne chaque citoyen, à travers notamment :

 

-     Les interpellations abusives, tortures, brimades, et gardes à vue sans limite dans le temps.

 

-     Le maintien arbitraire et l’humiliation en prison de citoyens qui expriment publiquement leur résistance.

 

-     Le matraquage disproportionné de citoyens désarmés lors de manifestations publiques de résistance et de protestation, amplifié par la non-interpellation de citoyens ainsi battus et laissés pour morts.

 

-     Les exécutions arbitraires, ciblées ou non, de citoyens désarmés.

 

Avec tous ces constats, que chaque Camerounais sur terre connait, l’Etat du Cameroun se permettra, le 8 octobre prochain, de prononcer des sanctions contre les citoyens camerounais Mboua Massok et Yon Mbock, qui sur le plan du droit pénal, autant camerounais qu’international, n’ont à vrai dire commis aucun délit. Ils ont même, au contraire, toutes les raisons du monde de porter plainte contre ledit Etat camerounais, pour la violation de leurs droits fondamentaux, qui soit dit en passant sont garantis par l’Etat dans la Constitution. Mais comme le diront certains, le Cameroun c’est le Cameroun !

 

Les deux citoyens sont aujourd’hui tout simplement réprimés pour avoir réclamé le droit de réclamer leurs droits fondamentaux, et surtout de l’avoir fait en public.

 

Si d’aventure Mboua Massok et Yon Mbock, deux citoyens agissant avec uniquement l’arme du verbe, étaient accusés de trouble de l’ordre public et/ou d’atteinte à la sûreté de l’Etat, je souhaiterais que nous réfléchissions encore sur les définitions de « trouble », « ordre » et « public » dans un contexte où l’Etat est scientifiquement illégal, donc incompétent pour justifier ce genre de délit, et encore plus pour le sanctionner.

 

Pour finir, si des Camerounais bien-pensants s’avançaient à dire qu’il n’y a pas de raison de résister ou de se révolter au Cameroun puisque tout va bien et donc que l’espace public est en ordre, je pense qu’il est utile de rappeler que dans un Etat dit démocratique, même si tout va bien, le citoyen a le droit d’exprimer sa résistance, d’autant plus si sa vision que ledit Etat voudrait rendre subjective, s’avère être parfaitement objective. 

 

Il a même la possibilité en tant qu’être humain, selon le philosophe anglais John Locke du 17ème siècle, de s’arroger le droit de se révolter dans certaines conditions.

 

Dans « Traité du Gouvernement Civil », John Locke dit que si l'Etat provoque ce contre quoi les citoyens ont essayé de se protéger en le créant, alors il est possible d'envisager l'idée d'un droit à la révolte. Même s'il n'existe aucune loi explicite invitant les citoyens à se révolter quand l'Etat se retourne contre eux, ils peuvent y être tout de même invités. Autrement dit, c'est un droit implicite.

 

Ainsi, dans certaines circonstances - quand un ou plusieurs individus légifèrent sans avoir reçu le mandat du peuple, quand les dépositaires du pouvoir législatif exercent des voies de fait contre la propriété des sujets - les citoyens ont le droit de résister au pouvoir, de se révolter.

 

Si le pouvoir politique n'est pas à même d'accomplir la tâche pour laquelle il a été créé, ou pire, s'arroge des droits qu'il n'a pas, nuisant ainsi au peuple, alors ce dernier doit pouvoir se révolter contre lui.

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1 septembre 2012 6 01 /09 /septembre /2012 17:21

1er septembre 2012
Juliette Abandokwe


"L'arme la plus puissante dans les mains des oppresseurs, est la mentalité des opprimés." 
Steve Biko

 

La profonde disqualification culturelle et morale du peuple qui a "librement et démocratiquement élu le Choix du Peuple", est l'arme de diversion principale d'un pouvoir qui ne cherche qu'à tout casser pour mieux exister. Comme le disait Etienne de La Boétie, "Ils ne sont grands parce que nous sommes à genou".

 

http://www.africandictator.org/wp-content/uploads/2011/11/Untitled-2.jpgLa jeunesse africaine agissante, à l'aube du 2ème cinquantenaire des pseudo-indépendances gracieusement offertes par des colons qui ont fait semblant de partir mais qui ne sont en réalité jamais parti, se réveille et s'appuie sur des luttes possibles puisqu'elles ont existé, sur des idéologies qui ne peuvent jamais mourir, et sur la mémoire d'une Histoire qu'aucun révisionniste ne pourra changer. Une vérité ne se change pas. Elle se camoufle tout au plus, et jamais pour toujours. 

 

Les jeunes, qu'ils soient togolais, sénégalais, camerounais, centrafricains, congolais, gabonais, commencent à comprendre chaque jour davantage que tout est possible. Ceux qui font semblant depuis 52 ans d'être infallibles donc immuables, savent aussi que tout est possbile. Ils n'arrivent plus à cacher leur nervosité et leur peur, et leur comportement s'en ressent. Les actes de désespoir qui expriment autant l'aveu que les derniers soubresauts de tentatives de diversion ne leurrent pas ceux savent déjà à qui ils ont affaire. L'extrême belliquosité de certaines décisions ne sont que des preuves d'impuissance devant une roue qui tourne inexorablement.  

 

Pour reprendre un cas typique au Cameroun, l'enfermement dans une prison puante et moisissante d'un Enoh Meyomesse qui n'a fait que son devoir de citoyen en dénonçant les dysfonctions d'une machine d'Etat qui méprise un peuple tout entier, ne changera strictement rien. Tant qu'il sera emprisonné, et tant qu'une condamnation à mort planera sur sa tête comme une épée de Damoclès, il sera un martyr. Et si d'aventure l'Etat camerounais commettait l'erreur de mettre ou de laisser arriver une fin à ses jours, à l'instar de ceux que son responsable suprême Paul Biya a déjà fait assassiner tout au long de ses mandats successifs, l'évolution de la pensée résistante camerounaise ne pourrait que s'en nourrir et accélérer sa diffusion comme une tache d'huile. 

 

Museler le droit d'expression des citoyens agissant d'une Nation, en les intimidant par l'emprisonnement, les procès fantoches, les traitements dégradants, l'arrogance et le mépris, l'interdiction de diffusion de leur expression écrite, les "avertissements" et menaces de mort, le lavage de cerveau et la corruption de proches, ne changeront rien du tout à l'évolution du droit de penser individuel. 

 

La répression omniprésente n'arrivera pas à contrôler indifiniment la pensée de l'individu. 

 

Quand un petit groupe de citoyens comprend que les tyrans et leurs sbires sont des humains comme eux, mangent et dorment de la même façon, fredonnent ou chantent à la cantonnade le même hymne national, et voient dans le comportement de leurs oppresseurs une peur indicible devant la perspective d'une masse résistante et par eux potentiellement incontrôlable, les autres citoyens se joindront rapidement jusqu'à devenir une masse invincible. 

 

La mentalité de l'opprimé dont parle Steve Biko, qui est en majeure partie le résultat d'une manipulation systématique et historique de la peur, du sentiment de médiocrité et du manque collectif d'estime, n'est pas inaliénable contrairement à ce qu'essaient de faire croire les oppresseurs, et ceux qui ont perdu la clairvoyance de se poser les questions cruciales. 

 

Rien qu'à force de vivre, la conscience de l'intolérable évolue, et permet de dépasser la peur et les fragilités parfois imaginaires, et le plus souvent fabriquée dans un souci d'oppression efficace et durable. C'est ainsi qu'au Togo, les femmes ont montré leurs fesses dans la rue, contredisant ainsi ceux qui pensent que la soumission d'un peuple est éternelle. 

 

Le dépassement de toute cette manigance psychologique par des citoyens devenus conscients, est donc le meilleur moyen de déconstruire les armes des oppresseurs, et de permettre en même temps de repérer l'utilisation de ces mêmes armes par de nombreux soi-disant opposants et soi-disant résistants. 

 

"On peut tromper une partie du peuple tout le temps et tout le peuple une partie du temps, mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps." Abraham Lincoln.

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19 août 2012 7 19 /08 /août /2012 14:33
19 août 2012
Juliette Abandokwe


Chronique annoncée du viol de la Constitution centrafricaine
 

18 août 2012.
Thierry-Ndoyo.jpgArrestation arbitraire de Thierry Ndoyo, coordinateur général du collectif «Touche pas à ma constitution», par le Commissaire de l'aéroport de Bangui.

Résidant au Sénégal, il rentre à Bangui pour enterrer son petit frère, et serait en ce moment-même détenu dans une cellule à l’Office central de Répression du Banditisme (ORCB).


Force est de conclure donc qu'en République centrafricaine, vouloir protéger la Constitution de son pays contre la prédation sans limite d'un régime aux abois, est dorénavant considéré comme du banditisme. En exerçant une force asphyxiante qui ne surprend plus personne, expression brute d’un diabolisme abyssal, François Bozizé continue donc à tuer l’espoir de milliers de Centrafricains.

Le 13 août dernier à Paris, un nouveau front s’est officiellement ouvert contre la tyrannique et profondément destructrice gouvernance du général-président François Bozizé.

Lors de l’illustre allocution présidentielle, à l’occasion de la fête nationale que le président avait choisi de passer avec la diaspora centrafricaine de France, Godfroy-Luther Gondje, citoyen centrafricain de son état, et membre du collectif «Touche pas à ma Constitution», s’était levé pour demander à son président s’il avait l’intention de changer la Constitution. La question était parfaitement justifiée vu les illégalités massives et systématiques pratiquées depuis 2005 par l’ancien chef rebelle devenu miraculeusement président en mars 2005, illégalement puisque par la fraude, procédé réitéré en janvier 2011 pour son second et dernier mandat. Accessoirement, plus personne d’ailleurs n’ignore les crimes de guerre commis lors de sa course au butin de Bangui de 2001 à 2003, et dont il devra forcément un jour ou l’autre rendre compte devant la Justice.

Donc, fauché dans son élan oratoire patriotique, François Bozizé, bredouillant et surpris par la question du compatriote Gondje, avait alors innocemment demandé où le jeune homme avait vu qu’il allait changer la Constitution.

Et pourtant, cinq jours après son innocente réponse à une candide question, le général-président Bozizé fait arrêter le coordinateur général du collectif « Touche pas à ma Constitution », voulant de toute évidence faire comprendre au peuple centrafricain que de vouloir défendre un droit fondamental et constitutionnel relève du banditisme. Inutile de dire au passage que rien que pour sa petite question candide de patriote bien pensant, Godfroy-Luther Gondje sera immédiatement jeté en prison s'il met les pieds à Bangui. 

L’arrestation du citoyen et patriote Thierry Ndoyo n’est que la preuve noir sur blanc que Bozizé a bel et bien l'intention de modifier la Constitution à son avantage. Nous n'avons même plus besoin de lui poser la question, puisqu’elle a été posée et que le général-président y a aujourd’hui clairement répondu.

Bozizé ouvre donc publiquement la chronique annoncée de la violation de la Constitution centrafricaine.

http://2.bp.blogspot.com/_JF8UtJK3aog/SOp3vb7IM-I/AAAAAAAAF4Y/9VFZpGVVCkQ/s400/a.jpgL'ancien chef rebelle, porté au pouvoir par le Tchad et la France en 2003, n'a aucune autre intention que celle de modifier la Constitution, de violer une institution sacrée, de violer l’espoir d’autodétermination du  peuple centrafricain tout entier. La limitation prévue de deux mandats présidentiels, deviendra donc de facto un seul mandat ad eternum. Aucun autre dirigeant centrafricain n'avait osé aller jusque-là depuis les pseudo-indépendances.

Cette nouvelle étape de la violation annoncée de la Constitution nous certifie que François Bozizé a commencé l’organisation d’une nouvelle fraude massive en 2016, qui le conduira dans son ultime mandat, éternel celui-là.

Nous pouvons déjà oser deviner, qu'au nom de leurs intérêts et biens mal acquis en RCA, les puissances occidentales, toutes représentées à Bangui donc témoins de tout ce qui s’y passe, ne feront pas grand cas de l'assassinat virtuel de la Constitution centrafricaine, et valideront tacitement l'acte illégal posé une fois encore par François Bozizé. S'en suivra son 3ème coup d’Etat électoral en 2016, lui aussi dans le sac des validations ubuesques occidentales.

Corollairement, le constat que nous pouvons faire à la nouvelle de l’arrestation d’un compatriote Thierry Ndoyo déjà très affecté par la mort de son frère cadet, est que tous les jeunes Centrafricains, qu’ils soient en RCA ou à l’extérieur, seront dorénavant considérés comme des bandits quand ils débattent ouvertement pour une vie meilleure en Centrafrique et pour l’intégrité de la Constitution centrafricaine, notamment sur Facebook, forum par excellence pour une expression libre et démocratique. Chaque Centrafricain conscient, patriote et fier de l’être, à l’instar de Thierry Ndoyo, sera donc automatiquement arrêté à sa descente d’avion à Bangui, et envoyé en prison, considéré comme un ennemi de l'Etat. 

Tout ceci m’amène à mettre cette nouvelle formule de domination des esprits en lien avec la question du nouveau passeport CEMAC biométrique, obligatoire pour tout citoyen centrafricain depuis le 1er avril 2012, et pour lequel  le dépôt des empreintes digitales ne peut se faire qu'à Bangui. Aucune disposition n’a encore été prise pour organiser cette prise d’empreintes dans une quelconque représentation diplomatique centrafricaine. Ce qui nous fait  comprendre que le Centrafricain conscient, patriote et soucieux du profond désastre que vivent ses compatriotes au pays,  et qui veut se procurer son nouveau passeport obligatoire, se fera arbitrairement arrêter à Bangui ce faisant. Ou alors, il sera privé de passeport dorénavant. Bozizé est donc en train d’immobiliser et de pratiquement rendre apatride des milliers de Centrafricains de la diaspora.

La plupart l’a déjà compris, la nouvelle procédure pour obtention du passeport CEMAC sert à Bozizé de stratégie pour arrêter, paralyser et supprimer toute velléité de résistance contre son régime.

Bozizé confirme encore une fois très clairement sa position d’ennemi public no 1 du peuple centrafricain,  entravant notamment les jeunes dans leurs efforts de développement et de formation. Par exemple, un médecin centrafricain, diplômé de l’Université de Bangui, exerçant à l’extérieur, et qui prévoit de se spécialiser sous des cieux où l’apprentissage d’une médecine de pointe lui permettrait ensuite de travailler pour le bien et le progrès de ses compatriotes sur la terre de ses ancêtres, est fauché net dans sa démarche de progression. Il n’a plus de passeport pour se déplacer. En se rendant à Bangui en tant que citoyen éclairé qui exprime librement son discernement, il est donc présumé « bandit » et « ennemi de l’Etat », et risque fort de se faire arrêter en descendant de l’avion.


Chers Amis,

Cessons donc de nous leurrer et de feindre de croire que François Bozizé laissera le pouvoir démocratiquement en 2016, quelle que soit la valeur et la popularité de ses ces co-candidats.

Changeons de stratégie et tirons les leçons des expériences précédentes, qui ne sont pas forcément des échecs puisque pourvoyeuses d'une Histoire et de leçons. Le pouvoir en place à Bangui est en train de suivre les traces de ses pairs, comme notamment celles du Paul Biya national camerounais, qui avait, implacablement et dans le sang, transformé en 2008 la limitation des mandats en un unique mandat éternel. Nous avons ensuite vu le résultat en octobre 2011. Paul Biya s’était carrément autoproclamé le «Choix du Peuple » dans sa campagne préélectorale, étalant son sourire béat à côté de son slogan annonciateur sur d’immenses affiches à travers le pays.

L’arrestation à Bangui aujourd’hui du jeune Thierry Ndoyo n’est que l’introduction à l’autoproclamation du général-président Bozizé en tant que le « Choix du peuple centrafricain » en 2016.

A bon entendeur. 

 

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15 juin 2012 5 15 /06 /juin /2012 19:06

15 juin 2012
Juliette Abandokwe

 

 

"Les combattants Mboua Massok – Secrétaire général du NODYNA -, et Yon Daniel - militant - sont détenus depuis le 11 juin 2012 au groupement de gendarmerie, vers la direction des douanes à Douala." (SMS reçu aujourd’hui).


Mboua-Massok2-copie-2.jpgC'est dans des circonstances extrêmement électriques que le Combattant Agissant Mboua Massok a été interpelé lundi dernier 11 juin au niveau de l’axe Liberté, avec un de ses militants Yon Daniel, alors qu’il distribuait des tracts appelant ses compatriotes à la résistance. Ils auraient été arrêtés par la Brigade de Gendarmerie, et détenus non loin de la Direction des Douanes à Douala.

 

Poumon économique du Cameroun et des pays riverains enclavés, et traditionnellement premier fief de la grogne anti-Biya, la ville de Douala est sous tension depuis le début de la semaine. En effet, pour tenter d'enrayer la montée anarchique du « phénomène » des mototaximen, les autorités ont décidés de bloquer leur accès aux grands axes de la ville. Officiellement considérés comme une menace pour l’ordre public, ils représentent en vérité une masse populaire potentiellement non maîtrisable, et donc un gros danger pour le régime d’Etoudi qui a encore besoin de faire semblant de parfaitement contrôler la situation. Les grandes artères sont donc quadrillées par les forces de l'ordre, et le délégué du gouvernement, Fritz Ntoné Ntoné, a publié une liste de quartiers désormais interdits aux mototaximen. Ils n'ont droit de rouler qu’en périphérie dorénavant, ce qui correspond évidemment à une véritable déclaration de guerre. Une riposte a d’ailleurs été d’ores et déjà promise.

 

Des mesures clinquantes et démagogues qui ne font que simuler une résolution de symptômes d'un malaise profond et grandissant, et qui ne servent qu’à jeter la poudre aux yeux du peuple camerounais, comme d’habitude.  Dans un contexte où le taux de chômage, chez les jeunes particulièrement, est devenu un secret d'Etat tant il est scandaleux pour un régime « librement et démocratiquement élu », au pouvoir depuis 30 ans, le peuple Camerounais a une fois de plus la preuve que « son Choix » n’a jamais eu la moindre intention de travailler pour le bien de la Nation.

 

Paul Biya, locataire à temps partiel du 6ème étage de l’Hôtel Intercontinental de Genève, se montre une fois encore incapable de juguler une crise qu’il estime racailleuse et ponctuelle, alors qu’elle n’est qu’une manifestation des plus naturelles de l’absence d’avenir d’une jeunesse sans formation et sans emplois. A vrai dire, l’augmentation du nombre de mototaximen, alimentée par l’accès facilité aux motos chinoises inondant le marché camerounais, n’est que le signe d’une situation socio-économique qui s’aggrave exponentiellement. L’Etat n’arrive pas à gérer un problème qu’il a lui-même provoqué à travers une monumentale malgouvernance depuis 30 ans. La brutalité et la répression, seul langage qu’il connait et dont il use avec application, risque à tout moment de déclencher l’explosion d’une véritable bombe à retardement que le pouvoir cherche à présenter comme une simple crise sociale d’un instant.

 

S’étant appliqué pendant 30 ans à faire croire aux Camerounais qu’ils étaient bons à rien, profondément impotents et surtout superflus, Biya joue à l’autruche comme toujours, sautillant avec insouciance de crises en émeutes à l’aide de sa Brigade d’Intervention Rapide (BIR), qui n’est autre qu’un groupe paramilitaire de tonton-macoutes. Il fait semblant que tout va bien au Cameroun, mais sait parfaitement que sa démarche de gain de temps est très limitée et qu’il joue avec le feu au quotidien.

 

Aucune solution de rechange n’est donnée à des milliers de jeunes dont « le choix du peuple » Paul Biya confisque brutalement le revenu de survie, hypothéquant le droit à la vie tout simplement.

 

Camille Parfait Mboua Massok, la voix du petit peuple, est bien davantage qu’un combattant. Malgré les campagnes d’intimidation répétées du pouvoir dont il fait l’objet depuis des décennies, et les sarcasmes dont l’affublent certains de ses compatriotes en mal d'initiatives véritablement porteuses propres, il est devenu un mythe, l’expression de plusieurs générations, et donc d’une tranche importante de la population. Biya sait très bien que si d’aventure il osait toucher à un seul cheveu d’une telle icône, il le paierait très cher.

 

Les matraques et la barbarie du BIR, d’un système qui veut faire croire à un peuple entier qu’il est impuissant, ne peuvent rien dans une guerre d’usure où les esprits apprennent à s’émanciper au prix du sang.

 

Qui vivra verra.

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17 mai 2012 4 17 /05 /mai /2012 12:48

17 mai 2012
Juliette Abandokwe

 

Chant de Ralliement
Hymne National du Cameroun

 

Utilisé officieusement depuis 1948, il fut adopté officiellement en 1957. La musique a été composée par René Djam Afame, qui écrivit aussi les paroles avec Samuel Minkio Bamba et Moïse Nyatte Nko'o. Ses paroles furent modifiées en 1978.

 

 


 

 

 

Réapproprions-nous une fois encore les paroles de l'hymne national du Cameroun, et boycottons la "fête" du 20 mai où que nous soyions!

 

Nous savons tous parfaitement qu'il n'y a strictement rien à fêter, et que les festivités, à l'étranger notamment, sont "offertes" par les autorités consulaires, qui arrosent copieusement ceux des Camerounais qui ne pensent qu'à boire et à manger à vil prix. 

 

Ne soyons pas de ceux-là. Ne mangeons pas l'argent sale que le pouvoir a volé au peuple Camerounais, et qui, recyclé et blanchi, revient dans la bouche même des millions de Camerounais qui se sont exilés pour trouver une vie meilleure ailleurs. 

 

Un régime d'assassins, qui ne pense qu'à cultiver la diversion à tous les niveaux, pour que la pilule soit moins douloureuse à avaler. 

 

Ne nous leurrons pas. Le pouvoir de Paul Biya méprise son peuple jusqu'à la lie. Ne jouons pas son jeu. 

 

Restons chez nous le 20 mai, ou allons boire à la santé du Cameroun des Camerounais entre amis, dans une ambiance de recueillement qui doit nous permettre de penser très fort à tous ceux qui ont perdu la vie pour leur patrie.

 

Pensons notamment à ceux qui ont été massacrés par le pouvoir en février 2008. Pensons à tous ceux pour qui l'heure n'était pas vraiment l'heure. Pensons également à tous ceux qui sont mutilés dans leurs droits essentiels parce qu'ils ont osé rappeler à Biya et au peuple que la démocratie ce n'est pas ce que nous voyons, et que le "choix du peuple" n'est pas du tout le choix du peuple camerounais. Paient de leur liberté ceux qui tentent par leur réflexion de réveiller des esprits que Paul Biya ne veut en tout cas pas réveiller.

 

Ne nous laissons pas aveugler par la mangeoire le temps éphémère d'un jour ou d'une soirée! Les festivités du 20 mai font partie de la narcose...

 

Le 20 mai est bel et bien un jour de deuil.

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