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17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 16:06
16 juillet 2013
Astrid Garaude


La République centrafricaine traverse l'une des pires crises humanitaires de son histoire, dans l'indifférence générale. 
La crise humanitaire en République centrafricaine est chronique, mais depuis la chute du président François Bozizé en mars 2013, la situation s’est davantage aggravée. Explication.

 

1. Comment expliquer l'instabilité politique en RCA?

Depuis l’indépendance de la Centrafrique en 1958, le pays de 4,5 millions d’habitants est plongé dans l’instabilité politique. Les dix ans de règne de François Bozizé ont été marqués par une contestation grandissante qui s’est matérialisée par le mouvement Seleka.Ce dernier est né de l’agrégation de cinq groupes rebelles, unis dans la volonté de faire tomber Bozizé. Une fois la tâche accomplie, le groupe a placé Michel Djotodia à la tête de l’Etat, gageant qu’il serait un rempart efficace contre l’insécurité.
Un combattant rebelle dans le nord de la Centrafrique.
Un voeu pieu. Le nouveau chef d'Etat n'a aucune autorité sur la Seleka qui répand la terreur à travers le pays, multipliant les exactions et les pillages. "Il s’agit d’une milice très hétérogène dont certaines composantes ont une grande autonomie", explique Philippe Hugon, directeur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques. 

2. Quelle est la situation humanitaire?

Tous les indicateurs sont au rouge. Le pays a la deuxième espérance de vie la plus faible du monde (48 ans) et un taux de mortalité trois fois supérieur au seuil qui définit une urgence humanitaire. Le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés dénombre 206.000 personnes déplacées et près de 50.000 Centrafricains réfugiés en République démocratique du Congo, au Tchad et au Cameroun. Ce qui provoque une situation sanitaire intenable.Cinq des ONG présentes sur place se sont réunies le 9 juillet 2013 pour lancer un cri d’alerte. "La situation humanitaire, déjà très difficile, a empiré depuis mars", affirme Mego Terzian, président de Médecins sans frontières (MSF).
 
> L'effondrement du système de santé"Les centres médicaux sont abandonnés et il n’y a plus d’approvisionnement en médicaments y compris pour les traitements de base contre la diarrhée et le paludisme. De plus, plusieurs patients séropositifs ne sont plus soignés, faute de traitement disponible", rapporte Mego Terzian. Les structures de santé soutenues par MSF dénombrent 33% de cas de paludisme supplémentaires par rapport à 2012.> Une crise alimentaireAction contre la faim (ACF) évoque une situation alimentaire déplorable, par la voix de son directeur régional Alain Coutant: "Nous recensons deux fois plus d’admissions dans nos centres nutritionnels en 2013."Un constat partagé par Bérangère Tripon de l’ONG Solidarités international (SI). Elle observe "uélargissement des populations touchées par la précarité alimentaire dans un contexte de mauvaise récolte et de pillage des semences". Si bien que les réserves alimentaires des populations sont réduites à un mois d'après l'ONG. En cas de pénurie, elles mangent les semences telles quelles. 

3. Pourquoi la communauté internationale n'agit-elle pas?

Les cinq ONG dénoncent le désintérêt de la communauté internationale et l’exhortent à "réinvestir l’espace humanitaire", comme l’assène, Rafik Bedoui de Médecins du Monde (MdM).> L'insécurité pour justifier l'inertie internationaleIl semble que la RCA ne soit pas la priorité de l’agenda international. Jeffrey Feltman, Secrétaire général adjoint aux Affaires politiques de l'ONU s'est rendu à Bangui en avril 2013, mais aucune aide concrète n'a suivi cette visite. Il a simplement appelé "les nouvelles autorités du pays [à] assumer leurs responsabilités en contrôlant les éléments sous leur commandement." Or, l'Etat centrafricain semble incapable de maîtriser les milices de la Seleka.  L'absence d'un engagement clair de l'ONU est particulièrement montrée du doigt. "Les Nations Unies ont payé cher leur complaisance envers Bozizé. Leurs locaux ont été pillés et leurs agents malmenés", analyse Roland Marchal, chargé de recherche au CNRS, basé au Centre d'études et de recherches internationales de Sciences-Po Paris. Cela a conduit l’organisation à réduire son équipe à 40 agents, un protocole strict qui affaiblit ses capacités d’action. Outre les bureaux de l'ONU, les "ONG sont pillées et les exactions se multiplient", rapporte Thierry Mauricet de l’ONG Première urgence - Aide médicale internationale. Trop d'insécurité pour la communauté internationale mais également pour les bailleurs de fonds. Ils seraient peu enclins à apporter une aide potentiellement détournée ou volée. Cet argument ne tient pas selon Roland Marchal. Plusieurs pays gangrenés par la violence ont bénéficié d’une aide importante.C'est le cas en Libye où l'ONU s'était engagée à "soutenir le peuple libyen dans tous les domaines". Au Soudan, depuis 2010, l'ONU a doublé son financement en faveur du renforcement des capacités sécuritaires nationales pour gérer la crise humanitaire au Darfour et au Kordofan. Roland Marchal ajoute que "la Seleka est un groupe armé à la puissance de feu limitée, rien à voir avec l’armée rwandaise, par exemple". Rétablir la sécurité est donc possible, selon lui.> La RCA, "un intérêt géostratégique très faible" pour la FranceRoland Marchal s'indigne de l'inaction française: "Où est la responsabilité de protéger? C’est bien sous cette bannière que sont intervenus les Français en Lybie et au Mali. Les troupes sont sur place mais les instructions envoyées par Paris les cantonnent à une action a minima. Les Centrafricains sont des citoyens comme les autres, ils doivent être traités comme tel."En avril 2013, le président Michel Djotodia a appelé la France au secourspour restaurer la stabilité dans le pays. Un appel qui fait écho à celui de son homologue malien, Dioncounda Traoré, lancé en janvier 2013. Mais contrairement au dirigeant malien, le sien est resté lettre morte.La France s'engage faiblement en RCA. Entre 2006 et 2010, les engagements de l'Agence française de développement se sont élevés à 37.5 millions d'euros. A titre de comparaison, au Togo, ils ont atteint 131 millions d'euros entre 2005 et 2011. Comment expliquer ces différences de traitement?Pour Philippe Hugon, la France n'intervient pas à cause du "caractère interne de la crise, à la différence du Mali où se trouvait plusieurs éléments étrangers." La réalité est peut-être plus prosaïque: "Ce petit pays enclavé représente un intérêt géostratégique très faible." En dépit de quelques ressources minières, la RCA est très pauvre, explique le chercheur. Les échanges commerciaux entre la France et la Centrafrique ne s'élèvent qu'à 52.000 euros par an, d'après le Quai d'Orsay.

4. Vers un sursaut de la communauté internationale?

Face à la dégradation de la situation humanitaire, la communauté internationale paraît enfin se réveiller. L'ONU a annoncé une aide d'urgence de 7 millions d'euros en juin 2013 afin de répondre à la crise humanitaire. L’UE quant à elle, va débloquer une aide supplémentaire de huit millions d’euros, nous apprend Kristalina Georgieva, commissaire européenne à la coopération internationale et à l'aide humanitaire.Cela porte sa contribution pour 2013 à 20 millions d’euros. En 2012, au Sahel, alors que 10 millions de personnes étaient confrontées à une pénurie alimentaire (soit deux fois plus qu'en RCA), l'Europe a débloqué plus de 330 millions d'euros. C'est-à-dire 15 fois plus que celle apportée en RCA. 
Camp de réfugiés à Sam-Ouandja, au nord de la République centrafricaine.

 Les 11 et 12 juillet 2013, celle-ci s'est rendue sur place, ccompagnée de Valerie Amos, secrétaire générale adjointe des Nations Unies chargée des affaires humanitaires."L’Union européenne a le devoir de faire bouger les choses. Le monde ne peut pas continuer à ignorer cette crise comme ce fût le cas en Somalie", a expliqué la commissaire à Youphil.com. L'engagement européen est salué par les ONG: "Il faut reconnaître l'implication de l'UE en RCA", souligne Bérangère Tripon, responsable pour la corne de l'Afrique à l'ONG Solidarités international.La commissaire a affirmé vouloir être la porte-parole de ce petit pays: "Mon ambition est de porter la cause de la RCA à l’ONU et notamment au Conseil de sécurité. Il faut mobiliser d’autres partenaires pour rétablir la stabilité." L’urgence, selon elle, est "d'assurer la sécurité, un préalable à tout action humanitaire." Cela va notamment passer par un renforcement de la Micopax, la Mission de consolidation de la paix en République centrafricaine, d'après elle.Cette visite marque le début d’une réaction internationale concertée mais qui devra, dans les faits, être confirmée par une action concrète.

Crédit photos: Hdptcar/Flickr, 2007.
Crédit carte 1: Crédit: CIA/WikimédiaCommons 
Crédit carte 2: Crédit UNHCR 
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Published by Juliette Abandokwe - dans Centrafrique
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7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 16:14

2 juillet 2013
Source: Sozowala



Depuis Dimanche 30 Juin au soir, on assiste dans les avenues et rues de Bangui la capitale à une grande parade de toutes les armées étrangères en Centrafrique. Un évènement sans précédent depuis le début des atrocités avec l’arrivée de la SELEKA au pouvoir le 24 Mars. Ce spectacle marque, dit-on, le lancement officiel des opérations de désarmement et de cantonnement des « éléments incontrôlés et autres » en détention irrégulière d’armes à feu et munitions de guerre.

A première vue, nous, populations exaspérées des exactions, avons poussé un ‘’enfin‘’ et un 'ouf' de soulagement. Surtout après le n forfait commis par les éléments de la tristement célèbre SELEKA peu avant le week-end dernier à Gobongo et qui a débordé le vase déjà plein des Banguissois. En effet, depuis les évènements de Vendredi 28 Juin, on assiste à des manifestations insolites de dimension populaire à travers les arrondissements de Bangui. Dénonciations des ‘’quidams’’ et ‘’complices’’, leur désarmement spectaculaire(comme à Boy-rabe) mais aussi des concerts de sifflets et casseroles à chaque irruption ‘’des barbares’’ dans les quartiers. Ces faits démontrent réellement une prise de conscience générale et la détermination à en finir avec les exactions de la SELEKA.

Seulement , pour les autorités de la SELEKA cette atmosphère est malsaine et n’augure pas un lendemain meilleur pour elles. C’est pourquoi nous avons assisté le week-end dernier et assistons encore, quasi au même moment des réactions de la population, à une activation de ce que j’appellerais les plans B et C de la SELEKA.

I. Le plan B : limogeage de DHAFFANE et démarrage de désarmement-cantonnement

Des indices décèlent que ces manœuvres manquent d’authenticité et font croire de facto à une vraie parodie. Daignons scruter quelques unes.

Après l’intervention du super ministre d’Etat, le numéro 4 de la coalition au pouvoir sur les antennes de RFI au lendemain du pogrom de Gobongo réclamant un dialogue inter factions, celui-ci est immédiatement viré du gouvernement Tiangaye III. On nous fait comprendre qu’il est auteur de comportements et actes indignes de foi : recrutement de pseudos mercenaires, séquestration de multiples villas privées, ‘fraudes fiscales ou confiscation de recettes’, usurpation de titre ou d’honneur réservé… Le distingué malfaiteur arrêté est passible d’etre transféré au Tchad. Aussitôt un assaut est lancé à l’endroit de ses partisans de combattants. Conjointement le désarmement officiel est lancé à Bangui dans la journée de Lundi 1er Juillet.

Mais, chers compatriotes, quel genre de désarmement ? Tous les Centrafricains ne sont pas des jobards. Hier, j’étais présent, dissimulé dans la foule qui délirait, au quartier Sara dans le 5e arrondissement de Bangui. Mes yeux ont pu voir les vrais premiers désarmés et arrêtés. C’étaient tous des Centrafricains de pure souche. Ils étaient fourrés comme des bœufs dans le gros camion de convoyage de la SEGA destiné à cette besogne. J’ai remarqué à la tête des éléments Tchadiens de la FOMAC chargés des dites opérations, un tout rayonnant Noureddine ADAM, le tout puissant ministre d’Etat à la Sécurité Publique et le numéro 2 de la SELEKA de même nationalité( Tchadienne) que les autres qui composaient les équipes sur place.
Alors, nous sommes en droit de nous poser un certain nombre de questions :

- Pourquoi le limogeage de DHAFFANE intervient juste au moment du réveil des populations ? 
- Pourquoi prétendre transférer DHAFFANE au Tchad au lieu de le juger et le condamner par la justice Centrafricaine si réellement tel a commis des forfaits qui vont à l’encontre de la Nation Centrafricaine ? Ainsi faisant, ne serait-ce pas démontrer l’autorité de la SELEKA d’obédience vraiment Centrafricaine ? 
- Pourquoi le contingent Tchadien de la FOMAC et surtout Nourredine pour désarmer alors que les éléments Français et Congolais présents à Bangui sont ceux-là mêmes qui nous ont volés au secours dans les jours passés contre les attaques et braquages de la SELEKA enregistrés çà et là ?
- Que se cache-t-il derrière tout ce grossier montage ?

En tout cas, les éléments Tchadiens de la FOMAC que nous voyons dans ce désarmement ne sont pas différents des enturbannés de la SELEKA qui terrorisent : même look , même langage. Cela renforce la pensée que « les oiseaux de même plumage vont nicher ensemble ».

A vrai dire tout ce méli-mélo n’est qu’une comédie pour nous distraire et nous endormir la conscience en vue du passage de la SELEKA a son plan C. Autrement, l’idéal avec ce plan B serait de dépouiller les centrafricains de tout résidu d’armes de légitime défense. Si non, où est la place des FACA dans tout ce spectre ? Matière à réflexions…

II. Plan C : prévisions et avant-garde

Oui ce plan C de la SELEKA concerne des perspectives dont nous pouvons ‘conjecturer’ à volonté. Persuadés que depuis l’arrivée de cette coalition assassine nos devinettes et prophéties se réalisent jour après jour.

D’autant que le grand pousseur de pions sur notre échiquier demeure le ‘grand soudard’ du nord aux dents rougies de kola, il n’est pas surprenant de voir que toutes les cordes tirent vers lui. Nos conjectures ne seront jamais des vérités fondées sur les apparences.

Ce plan C prévoit des actions et applications dans les cas suivants :

- La tete de la SELEKA pourrait être décapitée par un coup de force(extérieur ?) par les armes ou par la procédure judiciaire(CPI)
- La SELEKA pourrait être interdite de se présenter aux élections prochaines
- La SELEKA devrait diriger par la présence d’un ‘Va-t-en guerre ‘ de souche Tchadienne
- La SELEKA devrait scinder le pays en cas de reprise de la situation par les vrais centros…
- La SELEKA pourrait… Complétez la liste.

Chers compatriotes, la situation à Bangui tend à s’améliorer comme par coup de baguette magique. On l’espère aussi pour l’arrière pays. Mais sincèrement pas pour bientôt. Je demande à la diaspora centrafricaine de continuer les marches et autres manifestations pour pousser les pressions. Nos actions de part et d’autre commencent à porter fruit mais que nos cerveaux ne dorment pas. Par la désobéissance civile nous freinerons la nébuleuse SELEKA en attendant la victoire finale. Vive la Centrafrique.

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 02:17

2 juillet 2013
Bêafrika Sango


Les Représentants des entités sociopolitiques et les experts internationaux ont examiné minutieusement le projet de la Charte Constitutionnelle de Transition en République Centrafricaine au cours d’un atelier qui s’est tenu du vendredi 28 au dimanche 30 juin 2013 à l’hôtel Ledger à Bangui. 

La Charte de la Transition remplace en lieu et place des Actes Constitutionnels. Elle déterminera le rôle des acteurs majeurs de la Transition et la mission de la Cour Constitutionnelle. C’est dans ce contexte que le Représentant Spécial du président du Comité de Suivi de la Crise Centrafricaine, le général Léonard Essongo a dans son mot d’ouverture, mis un accent particulier sur la portée de ce document et a souhaité que ledit document soit conforme aux normes internationales. « Ce document doit être validé avant la rencontre du 8 juillet à Addis-Abeba », a ajouté M. Essongo. Le Premier ministre Nicolas Tiangaye est revenu sur la particularité de ce rendez-vous du donner et de recevoir : « l’œuvre commune, que nous sommes appelés à réaliser, est celle de faire régir la transition politique dans laquelle le pays s’est engagé, par des règles qui assurent une bonne organisation de notre Etat et qui fluidifie son fonctionnement, en adéquation avec les enjeux de la reconstruction de notre pays ». Il a ensuite précisé que « c’est la qualité et la hauteur de votre travail, qu’on mesurer ensuite, par le vote du Conseil National de Transition, la force du consensus que vous aurez. C’est du résultat qui sortira de vos travaux, que toute décision et législation à venir, dans le cadre de cette transition, se réaliseront nécessairement en fonction de la force consensuelle que vous saurez dégager ». 
Au cours de cet atelier, les participants ont passé en peigne fin les différents points contenant dans le document afin de doter le pays d’un document fiable. Nous publions ci-dessous le Rapport général de cet atelier. 

Atelier de concertation sur la Charte de la Transition 
Tenu du 28 au 30 juin 2013 à l’hôtel Ledger Plazza à Bangui 

Rapport Général des travaux de l’Atelier de concertation sur le projet de la Charte Constitutionnelle de Transition 

Le 28 juin 2013 à 16h 20 minute, à l’hôtel Ledger Plazza à Bangui, s’est tenu l’Atelier de Concertation sur la Charte Constitutionnelle de la Transition en Centrafrique. 

La cérémonie d’ouverture de cet atelier, a été placée sous la Présidence de M. le Premier ministre, chef de Gouvernement de Transition, Me Nicolas Tiangaye, qui, pour la circonstance, était entouré du Président du Conseil National de Transition (CNT), Alexandre Ferdinand Nguendet; de la Représentant Spécial du Secrétaire Général de l’ONU en Centrafrique, Mme Margaret Vogt ; de l’Ambassadeur, Représentant Spécial du Comité de Suivi des Accords de Libreville, M. Léonard Essongo. 

Deux allocutions ont marqué cette cérémonie. 
La première est celle de M. Essongo qui a tenu, tout d’abord, à féliciter les participants au présent Atelier au nom des membres du Comité de Suivi des Accords de Libreville. 
Il a poursuivi ses propos ensuite en soulignant que le Premier ministre, Chef du Gouvernement, a d’une part sollicité l’appui technique et logistique du Comité de Suivi des Accords de Libreville, pour mettre à contribution, des experts tant nationaux qu’internationaux, dans l’examen du projet de la Charte ; et d’autre part demandé également le concours du Comité de suivi des Accords de Libreville pour la tenue d’un Atelier réunissant les Forces Vives de la Nations, en vue de s’approprier le Projet de la Charte à examiner. 
Il a terminé ses propos en exhortant les participants à un débat constructif, prenant en compte les exigences de la Communauté Internationale qui permettra à la Transition d’avancer dans le sens souhaité par tout le monde. 

Le Premier-ministre, quant à lui, a souligné la non-linéarité de l’Histoire Politique et Constitutionnelle des nations dont les effets peuvent modifier le cours de leur destinée. 
Il a relevé que la République Centrafricaine, notre pays n’a pas échappé à cette réalité puisque, a-t-il dit, que depuis 1958 jusqu’à nos jours, son Histoire Politique et Institutionnelle sont émaillées des formes brutales et, donc antidémocratique de prise de pouvoir de l’Etat, avec pour conséquence : suspension des constitutions, paralysie des instances constitutionnelle nationales. 
C’est encore le cas, depuis le 24 mars 2013. 

Mais la ferme volonté des chefs de l’Etat et des Gouvernements de la CEEAC, exprimée aussi bien à Libreville, le 11 janvier, qu’à Ndjamena les 03 et 18 avril 2013, pour la relance des solutions à la crise née, a pesée sur les nouveaux gouvernants de notre pays, les obligeant à doter la Transition centrafricaine d’un Cadre Constitutionnel et Institutionnel Transition, adapté aux impératifs d’une bonne gouvernance de l’Etat jusqu’aux prochaines élections. 

C’est de cette démarche qu’est né le Projet de la Charte Constitutionnelle, initié par le Conseil National de Transition (CNT), et transition au Gouvernement pour examen et d’éventuelles contributions. 
Mais, a précisé M. le Premier Ministre, c’est le souci de réunir un large Consensus autour du Projet de la Loi Constitutionnelle, qui a l’a poussé à soumettre à l’appréciation de toutes les entités qui se sont impliquées dans la résolution de la crise centrafricaine. C’est donc la raison fondamentale de la tenue de cet atelier, qui devra donner l’occasion, selon M. le Premier Ministre, aux participants d’organiser efficacement un débat contradictoire, éclairé et respectueux des arguments des différentes parties duquel sortira un travail de qualité, expression du consensus que vous aurez atteint devant servir de mesure de vote au Conseil National de Transition (CNT). 

Après une brève suspension, les travaux ont repris par la présentation de trois communications, balisant la suite du programme de l’atelier. 

Le premier intervenant, M. Pierre Yves Monet, a entretenu les participants sur la méthodologie suivie par les experts pour l’examen de la Charte Constitutionnelle de la Transition. 

En substance, du point de vue de la méthodologie du travail des experts, l’orateur a souligné que le Projet de la Loi Constitutionnelle, soumis a examen trouve sa base dans celui du Conseil National de Transition (CNT), enrichi par la proposition du Gouvernement dans le souci de la recherche de l’équilibre entre les deux têtes de l’Exécutif. 

Du point de vue du contenu et de la philosophie du projet du Texte, le régime qui en découle est du type Semi-présidentiel, avec les risques y inhérents ; mais des risques nécessaires, propres à faciliter la collaboration entre le chef de l’Etat et le Premier Ministre. 

L’orateur a mis en exergue que l’applicabilité de la Loi Constitutionnelle qui sortira des débats dépend de la bonne volonté et du Président de la République, et du Premier Ministre. 
Pour terminer ses propos, il a fait remarquer la nouveauté de ce présent projet, la gouvernance se fera non par ordonnance mais par la Loi. 

Le deuxième intervenant est celle de M. Emile Ndjapou, porté sur les transitions en République Centrafricaine. 
L’orateur a fait un condensé remarquable de toute l’histoire des transitions en République Centrafricaine ; élaboré à partir de cinq périodes correspondant aux cinq transitions qui marquent l’histoire constitutionnelle de notre pays.

Il s’agit : 
De l’accession par coup d’Etat de Jean Bedel Bokassa au pouvoir, le 1er janvier 1966 ; De la Transition de David Dacko II, le 20 septembre 1979 après le renversement de l’Empereur Bokassa Ier ; De la Transition de Kolingba qui a mis fin le 1er septembre 1981 au régime de Dacko II en proie à de grandes tensions sociales et politiques ; De la Transition de François Bozizé, qui fera partir Ange Félix Patassé, dans les mêmes conditions ; De la présente Transition de M. Michel Djotodia Am Nondroko, qui est à la tête de la coalition Séléka, et a mis fin au régime de François Bozizé. 

L’intervenant a mis en relief, à chaque fois les caractéristiques de chaque transition se terminant toujours par des élections marquant la fin de la période d’exception. 

Le dernier intervenant, le Professeur Théodore Olo a entretenu les participants sur les régimes de transition à travers le monde. 
Un bureau a été mis en place pour la direction des travaux de l’atelier, et se compose comme suit : 
Président : Me Aristide Sokambi, 
Vice-président : Eloi Anguimaté, 
Rapporteur Général : M. Bernard Kpongaba 
Rapporteur Général Adjoint : Mme Marie-Annick Service 

Cette dernière intervention a clôturé les travaux de la journée. 
Le samedi 29 juin 2013, à 10h00, les travaux ont repris en plénière par l’examen de quelques préalables liés à la situation d’insécurité de la veille dont les conséquences sur les participants sont manifestes. 
En tout état de cause, les travaux se sont poursuivis jusqu'à 14h et ont porté sur l’examen Titre par Titre du Projet de la Charte de la Transition. 

L’examen du Titre I, sur l’Etat et la Souveraineté n’a pas soulevé de problèmes majeurs, et ce Titre a été adopté sans amendement. 
Par contre, autours des articles du Titre II, qui porte sur les bases fondamentales de la société, notons que les articles 8, 12 al 4, 15 et 18, al 4, ont donné lieu à des échanges fructueux. 
Outre les contributions d’amélioration de forme, sur le fond des amendements pertinents ont été apportés. 
Le climat de franches discussions a permis d’aboutir à ces résultats. 
C’est à 14h que les travaux de la journée se sont terminées. 
Les travaux de la journée du 30 juin 2013 ont repris à 9h avec la poursuite de l’examen des autres du Projet de la Charte de la Transition. 
Les 28 articles du Titre III ont été passés au peigne fin par une analyse successive des deux Chapitres de ce Titre III. 

Au chapitre 2, principalement les articles 24 al 1 ; 27 al 2, 31 al 1, 2,5 ; ont retenu l’attention des participants. 
En substance, l’examen du Droit de grâce du Président de la République se fera après la consultation et la non-concertation du Premier ministre, chef du gouvernement de transition et le Conseil Supérieur de la Magistrature. 
De même, à l’article 33, seul le Premier Ministre bénéficie de la Délégation de Pouvoir et non les autres membres du Gouvernement. 
Des discussions sur ces articles, d’importantes contributions et amendements ont été apportées. 
L’examen du chapitre é, également a donné l’occasion à de fructueux échanges on raison de son objet notamment les articles 36, 39, 40, 47 et 48. 
Principalement la question du contreseing du Premier Ministre au bas des décrets du Président de la République et le pouvoir, à lui reconnu. 
Mais au finish un consensus a été dégagé sur chacune de ces questions. 
Il importe de noter que le contreseing ne doit pas être pris comme un instrument de contrôle, mais comme une expression du consensus au sommet de l’Etat. 
Ces questions de fond traitées, sur la forme, des contribution et amendements ont été également apportés par les participants. 

Le Titre IV du projet de la Charte Constitutionnelle de Transition est passé à l’examen. 
Les participants ont exprimé d’importantes préoccupations et inquiétude au sujet du contenu de certains articles, en l’occurrence les articles 51, 53, 55, 56, ainsi que l’article 60. 
La votation en l’état par le Conseil National de Transition (CNT) d’un certains nombres de textes tel que prévu à l’article 56, a été la préoccupation fondamentale puisqu’elle semble, selon certains participants limiter le CNT dans l’exercice de ses fonctions. 

Toutefois, il a été rappelé les accords de Libreville et de N’Djamena comme fondement de toutes les actions à conduire pendant la Transition, considérant que les possibilités de concertation hors session entre le Gouvernement et le CNT sur certaines questions ne sont pas exclues. 
Le Titre V, traitant de rapports entre les pouvoirs exécutif et législatifs, examiné à la suite des précédents, n’a pas soulevé beaucoup de questions. 

Les quelques questions et observations exprimées par certains participants ont trouvé éclairage et réponse apportés par les experts dont la contribution pendant le déroulement de ces travaux de l’atelier a été considérable. 

Le Titre VI, relatif à la Cour Constitutionnelle de Transition, dans certains de ses articles a subi également certains amendements de forme. 
Fondamentalement, c’est la question de la composition de la Cour Constitutionnelle qui a soulevé de véritable discussions la tendance étant en faveur des membres plutôt juriste bien que l’expertise des membres non juriste soit également nécessaire. 

Au Titre VII, les questions soulevées portent essentiellement sur la question de l’immunité des membres du Haut Conseil de la Communication et sur la composition, article 86. 
Des discussions, il est retenu qu’il convient de limiter l’immunité accordée dans l’exercice des fonctions des membres du Haut Conseil de la Communication, pouvant être levées par leurs paires. Egalement, des propositions de recomposition du Haut Conseil de la Communication ont été faites. 
Les dispositions des Titres VIII et IX ont été adoptées sans amendement. 

Le Titre X sur les Accords Internationaux, structuré en quatre articles, aussi, a été adopté avec de légers amendements en dépit d’abondants échanges. 
Les travaux du séminaire ont pris fin avec l’examen des Titres XI et XII dont le contenu a soulevé plus d’éclairage et échanges que d’amendements profonds. 

Fait à Bangui le 30 juin 2013 

Les Rapporteurs 

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Published by Juliette Abandokwe - dans Centrafrique
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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 15:07

   

Relu pour vous.
Publié le 1er mai 2013
Masalamag

 

Sur instruction du ministre centrafricain de la Justice, garde des sceaux, chargé de la réforme judiciaire Mr Arsène Sende, une procédure de poursuites judiciaires en date du 30 avril 2013 vient d’être ouverte auprès du Procureur Général près la Cour d’Appel de Bangui, aux motifs de crimes de sang, et crimes économiques durant son règne de 2003 à 2013. 

 

A lire ci-dessous le détail du réquisitoire.

MINISTÈRE DE LA JUSTICE REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE 
CHARGE DE LA REFORME Unité-Dignité-Travail 
JUDICIAIRE 
****** 
CABINET 
******* 
N°_MJRJ.13/ 

Fran-ois-Boziz-.jpg  

 

LE MINISTRE DE LA JUSTICE CHARGE DE LA REFORME JUDICIAIRE, GARDE DES SCEAUX 

Monsieur le Procureur Général près la Cour d’Appel de Bangui 

Objet : Crime graves commis sous le règne de l’ex-Président BOZIZE François 

Des crimes et autres graves violations des droits humains ont été commis et continuent de l’être par l’ex-président François BOZIZE, les éléments de sa garde rapprochée et certains de ses proches. 

Ces actes qui ont été perpétrés aussi bien à Bangui que dans les provinces, continuent de l’être et se traduisent par : 

des assassinats ; 
des arrestations, séquestrations, détentions arbitraires et tortures ; 
des destructions et incendies des maisons d’habitation ; 
des enlèvements, exécutions sommaires et extrajudiciaires ; 
des incitations à la haine et au génocide ; 
des crimes économiques ; 
des actes de nature à compromettre la paix publique. 


1. Des assassinats 

Dès sa prise de pouvoir en Mars 2003, le régime de François BOZIZE a commencé par s’illustrer par des assassinats ciblés qui sont restés impunis jusqu’à son renversement comme peuvent l’attester les cas ci-dessous : 

Le Capitaine KOYANGAO a été abattu au PK 12 à Bangui en 2004 ;
Le Lieutenant ASSOMBELE a été assassiné dans son bar à Bangui en 2005; 
Le Lieutenant MAMADOU NGAÏSSONA Alfred, assassiné en 2005; 
Le Lieutenant MARZANE Apollinaire a été assassiné, et son corps jeté dans la rivière M’poko en 2006; 

Le Sergent-chef SANZE qui s’était réfugié au Bureau des Nations Unies en Centrafrique (BONUCA) suite à une rixe mortelle avec le Lieutenant YANGO KAPITA, a été livré à la gendarmerie. Il sera torturé, puis exécuté dans les locaux de la Section de Recherches et d’Investigation de la Gendarmerie, et BOZIZE lui-même déclarera plus tard sur les ondes de la radio nationale «ce n’est que justice », preuve qu’il a lui-même commandité cet assassinat;

Maître Ignace BANDASSA Avocat a trouvé la mort suite aux bastonnades des éléments de la Sécurité Présidentielle le 12 Février 2006 à l’Aéroport Bangui-M’poko ; 
Les commissaires de Police Daniel SAMA et Hervé SETHE TREPASSE ont été assassinés en 2009 ; 

Charles MASSI, Colonel de l’armée et Ancien Ministre, en désaccord avec le Général François BOZIZE, a été arrêté au Tchad en 2009 et remis aux autorités centrafricaines qui, sans autre forme de procès, l’ont exécuté ; 

Le Lieutenant HASSAN ALKAL, l’Adjudant KAMIS et plus d’une dizaine de personnes ont été froidement abattus par le lieutenant DOKABONA au cimetière de N’DRES le 23 Mars 2013 ; 

Des arrestations, séquestrations, détentions arbitraires et tortures

Les cas d’arrestation, séquestration, détentions arbitraires et tortures étaient très fréquents : 

Après l’incendie du magasin appartenant à son ami libanais El AKRAS BASSAM, le Général François BOZIZE s’est personnellement déplacé sur les lieux du sinistre avant de passer par le Parquet où il a ordonné le »charcutage » de Me Symphorien BALEMBY alors Bâtonnier en exercice de l’Ordre des Avocats, et de Monsieur NDENGOU Jean Daniel, alors Premier Vice Président du Conseil Economique et Social, dénoncés par le commerçant libanais en l’absence de toute enquête judiciaire. Ces derniers étant contraints à l’exil, leurs familles et leurs employés ont été pris en otage et emprisonnés pendant deux ans à la prison militaire de BOSSEMBELE, sur instructions du Général François BOZIZE avant d’être libérés par la Cour de Cassation ; 

Une dizaine de douaniers et autres personnes étaient maintenus au Camp de Roux sur instruction de François BOZIZE pendant plusieurs mois en dépit d’une décision définitive de relaxe de la Chambre Correctionnelle de la Cour d’Appel. Ces personnes n’ont recouvré la liberté qu’à la faveur du renversement du régime de BOZIZE ; 

Le capitaine David NGAÏTOUA son pilote d’hélicoptère est devenu son prisonnier personnel depuis le 14 Mai 2012, sans aucune inculpation; 

Sous le fallacieux prétexte d’atteinte à la sureté de l’Etat certains expatriés ont été arrêtés, dépouillés de leurs biens, avant d’être expulsés manu militari à l’exemple du français COHEN; 

Les douaniers BESSARANGAÏ Gilbert, HOPO GRENGBO Elie, BANDATIA Alain et autres ont été arrêtés à Bouar et déportés à Bossembélé sans aucune procédure par le Commandant Aimé Vincent BOZIZE alias Papy ; 

Des prisons spéciales ont vu le jour au Camp militaire le Roux à Bangui et à la garnison militaire de Bossembélé, ville située à 155 kms de Bangui. Ces deux prisons n’ont aucune existence légale et judiciaire dans le sens où elles existent en dehors de tout contrôle judiciaire. Elles dépendent directement et uniquement de l’autorité de l’Ex-président BOZIZE ; 

C’est dans cette prison de BOSSEMBELE qu’avait été détenu Serge MAGNAN, ancien collaborateur de l’ex-ministre d’Etat aux finances Sylvain NDOUTINGAÏ. Ce dernier avait été enlevé et séquestré pendant plusieurs mois sans que ses proches aient des nouvelles de lui au point que son épouse Anita Fernande Nelly née Ndamo étudiante au Sénégal, soit morte de soucis en laissant orphelin un bébé de 5 mois ; 

D’autres compatriotes, Serge BIANGA, Crépin MOUSSA, Hassan OUSMAN, Abdel Kani DJIME, Brice Quentin GOUHOUTOU, et plus récemment Abdoulaye SENTENE, Nouhtou, Yaya Idriss, Amadou Tidjiane, Abdoulaye Hamat, Dido Hamat, Chaïbou Abraham, Théophile Malembo, Marcel Nzelou, Onun Egibe, Arthur Humé, Goni Mandja, Junior Ogrembé, Tano Max, les proches et familles des membres de la coalition SELEKA et des opposants étaient également détenus dans cette sinistre prison destinée à recevoir les prisonniers personnels de BOZIZE et de sa famille. Prisonniers personnels, car kidnappés par les militaires à la solde du clan Bozizé, sans aucun motif connu de la justice centrafricaine, ni mandat d’arrêt ; 

Aimé Vincent Bozize alias papy, Joseph François Bozize alias Jojo, Rodrigue Bozize et le capitaine GBANGOUMA arrêtaient, torturaient et séquestraient impunément des dizaines d’innocents à Bangui et en provinces où ils régnaient en maîtres absolus; 

Son fils Joseph François BOZIZE avait procédé à l’érection du Centre National de Basket-ball en un lieu de détention où il incarcérait les personnes qui le contrariaient ; 

Monsieur Joseph BENDOUNGA, Président d’un parti politique de l’opposition démocratique, le MDREC a été violemment passé à tabac sur ordre du Président de la République, après qu’il eut donné l’ordre à sa garde de l’expulser manu militari de la salle où se trouvaient également des diplomates. Il fut grièvement blessé à la tête ; 

DEDE SOMBO a été enlevé et torturé au cimetière de N’DRES par Teddy BOZIZE. 

Des destructions et incendies des maisons d’habitation 

- Depuis décembre 2005, les forces gouvernementales, en particulier la Garde Présidentielle, ont été pratiquement les seules responsables de l’incendie de plus de 10.000 habitations dans le nord-ouest de la RCA. Des centaines de villages ont été détruits à travers de vastes étendues du nord-ouest du pays. Les troupes arrivent dans les villages et tirent au hasard sur la population civile, forçant les habitants à fuir avant de réduire en cendres leurs maisons, les pillant parfois au préalable. En décembre 2005, les forces de la GP ont incendié de 500 à 900 maisons dans la région de MARKOUNDA. Dans la région de BATANGAFO-KABO-OUANDAGO-KAGA BANDORO, il a été recensé 2923 habitations incendiées, dont plus de 1000 rien que dans la circonscription de OUANDAGO. A certains endroits, toutes les maisons de chaque village avaient été incendiées, sans exception. 

- De même, des destructions à grande échelle peuvent être constatées tout autour de la ville de PAOUA, sur toute la route vers l’est menant à NANA BARYA soit des centaines de kilomètres de villages détruits par les forces de sécurité gouvernementales. 

Les forces gouvernementales ont commis des violations graves des droits humains, notamment des incendies d’habitations, lorsqu’elles ont repris le contrôle de villes et de villages fin 2006, ce qui s’est répété en mars 2007. 

Dans le conflit de l’Eglise Protestante de Kina où le Général François BOZIZE a pris fait et cause pour son frère TOUANGAYE en faisant arrêter par les éléments de sa Garde Présidentielle des diacres de cette Eglise et en ordonnant l’incendie de leurs maisons en guise de vengeance ; 

Des exécutions sommaires et extrajudiciaires 

Des informations recueillies, il ressort que 119 exécutions sommaires imputables aux éléments de la garde présidentielle dans le nord-ouest et le nord-est dont 51 au moins commises depuis fin 2005  par une seule et même unité militaire, l’unité de la Garde Présidentielle basée à Bossangoa et commandée à l’époque par le lieutenant Eugène NGAIKOISSE alias « le boucher de Paoua », assisté du Lieutenant Eric Danboy, et du soldat NGANAWARA, tireur d’ armes lourdes qui s’est illustré par des meurtres de femmes et d’enfants abattus à la mitrailleuse sur l’axe Nan-Barya et Bémal en 2005 et 2006. On estime que les décès sur lesquels des informations ont été recueillies ne représentent qu’une infime partie des crimes imputables à cette unité ; 

Certains militaires ont également perpétré des exécutions sommaires de civils assimilés aux insurgés courant Décembre 2012; 

Des squelettes humains ont été découverts dans une fosse à la résidence privée de BOZIZE à Sassara, après sa fuite. 

5. De l’incitation à la haine et au génocide 

A l’instigation de l’ancien président François BOZIZE, les nommés YAKETE Levy et Stève YAMBETE ont mis en place deux organisations criminelles dénommées (COCORA et COAC) qui ont distribué des armes à la population civile, et ont incité celle-ci à agresser une communauté ciblée ; de même son fils Socrate BOZIZE a distribué des milliers de machettes, don de la Chine aux paysans centrafricains afin de commettre un génocide; à cet effet, un communiqué de protestation contre l’usage de ces machettes a été publié par l’Ambassade de Chine à Bangui ; 

Des appels au crime courant Janvier 2013 contre certaines personnalités et communautés ciblées ont été lancés sur la voix de la radio nationale par certains griots du régime (ZAMA Javon Papa, Aurélien Simplice ZINGHAS, David GBANGA, FLAMINDJI, etc…) et lors des meetings organisés et présidés par le Général François BOZIZE. Ces appels étaient relayés aussi bien par les associations COCORA et COAC déjà citées, que par d’autres associations suscités par l’ancien pouvoir comme le Mouvement Citoyen pour la Défense de la Patrie, en abrégé MCDP, avec Marcel MOKWAPI les anciens ministres Fidèle OGBAMI et Vincent SAKANGA. 

6. Des crimes économiques 

Le régime défunt se caractérisait par la prédation des deniers publics : 

Les différents rapports de l’Inspection Générale d’Etat ont mis en évidence des cas de détournement de deniers publics imputables à des proches parents de l’ancien président BOZIZE François. Mais ces préventions sont restées impunies comme le prouve le cas de la Mairie de la ville de Bangui. 

François BOZIZE, ses maîtresses, ses fils et certains de ses proches se sont adjugés des marchés publics qu’ils n’ont pas réalisés bien que les prix ont été perçus à l’instar du marché de réhabilitation du building administratif et celui de la construction du siège de l’Agence de Régulation des Télécommunications (ART) par Edouard NGAISSONA, qui s’est par ailleurs illustré par le siphonage du Trésor Public par le biais des faux marchés d’Etat, de surcroit surfacturés. Le préjudice au détriment du Trésor Public qui peut s’estimer à plusieurs en milliards de francs CFA reste à évaluer. 

La construction de l’immeuble abritant le Ministère des Mines a été confié par un marché de gré à gré par l’ancien Ministre des Mines Sylvain NDOUTINGAI à une entreprise dont ce dernier et son épouse étaient les actionnaires; 

BOZIZE et ses proches dont Fidèle NGOUANDJIKA se targuent de détenir plusieurs milliards à titre de fortune personnelle sans en justifier l’origine ; 

La boulimie du défunt régime s’est également traduite par une opacité dans la passation des contrats miniers et pétroliers, et dans l’octroi des licences d’importation des produits de première nécessité. La même pratique a fait rage dans le secteur des télécommunications, notamment dans le cadre de l’octroi et de la gestion des licences de téléphonie mobile, et du système de contrôle des appels internationaux dit Gateway. 

Des détournements importants dument documentés par des rapports tant des services nationaux de contrôle que par la coopération internationale, ont été opérés dans les régies financières (Trésor Public, Douanes, Impôts, Budget) et les sociétés du secteur parapublic (Socatel, ART, ENERCA, SODECA, SOCAPS, ARSP, COMIGEM, Fonds Minier, etc.). Ces rapports doivent être désormais exploités et une suite judiciaire donnée. 

Les prêts souscrits auprès de l’Inde pour la construction d’une cimenterie et la constitution de la Société Nationale de Transport Urbain (SONATU), avec ses installations techniques d’exploitation, a fait l’objet d’importants détournements. Le préjudice pour l’Etat centrafricain, qui doit rembourser ce prêt alors même que l’investissement prévu n’est pas réalisé, est important et les responsabilités rélles doivent être situées . 

D’importantes quantités de diamants et autres pierres précieuses ont été illégalement saisis dans des bureaux d’achat à travers le pays sur ordre de François BOZIZE et de son ancien Ministre des Mines Sylvain NDOUTINGAI courant 2008 et 2009. Le préjudice reste à évaluer ainsi que la destination des valeurs saisies. 

Le rapport de l’Inspection Générale des Finances sur les fonds publics alloués à la Commission Electorale Indépendante mise en place fin 2009 pour les élections de janvier 2011, a mis à jour des détournements importants de deniers publics. L’ex-président François BOZIZE, de son propre aveu, a délibérément mis sous le boisseau ce rapport. Il doit être exhumé et mis a la disposition de la justice. 

En violation des lois de la République, François BOZIZE a créé en association avec son ami Armand IANARELLI une société censée lutter contre la fraude douanière, la SODIF, qui s’est plutôt érigée en administration parallèle des douanes en prélevant illégalement à son profit 33% des produits des saisies en douanes et revendues. De même des pratiques de fraudes à la Taxe à la Valeur Ajoutée ont été pratiquées à large échelle par cette société au profit de la famille BOZIZE. 

D’importants détournements de fonds ont été opérés au détriment du Bureau d’Affrètements Routiers Centrafricain (BARC) par l’ancien Ministre Parfait Anicet MBAY, et ont donné lieu à des procédures judicaires dont l’exécution des décisions ont été bloquées par l’ancien président François Bozizé. 

De même d’importants détournements de deniers publics ont été opérés sur ordre de l’ancien président François Bozizé dans le cadre de la gestion du Guichet Unique de Douala. Le préjudice exact reste à évaluer. 

Des prélèvements importants ont été opérés en toute illégalité par l’ancien président François Bozizé dans les caisses du Trésor Public et des sociétés du secteur para public pour des dépenses injustifiées, en sa qualité de Président du Comité de trésorerie et de Président du Conseil de surveillance des entreprises et offices du secteur parapublic. Comptable de fait, il doit justifier des dépenses non causées. 

Des actes de nature à compromettre la paix publique 

Depuis la chute de l’ancien régime, des informations concordantes et récurrentes font état des réunions tenues par certains membres du personnel de l’Ambassade de la République Centrafricaine au Cameroun avec les militaires déserteurs, en particulier NGAIKOUMON OGUERE, Pascal KOYAGBELE, Lévy YAKITE, Joachim KOKATE, Stève TANGOA et autres qui se sont réfugiés au Cameroun dans le but de mener des actions terroristes ou de déstabilisation de la République Centrafricaine. Des actions de même nature sont entreprises depuis le territoire de la République Démocratique du Congo. 

Leurs complices à Bangui qui entreprennent des actions de désobéissance civile, déjà identifiés et suivis par les services de renseignements, qui communiquent chaque jour avec eux à l’effet de coordonner les actions de transfert d’argent et autres moyens seront bientôt arrêtés les mains dans le sac ; 

Vu l’ampleur et la gravité des crimes et violations des droits humains, je vous demande de faire ouvrir immédiatement une procédure judiciaire par le parquet du Tribunal de Grande Instance de Bangui afin d’en fixer les éléments probatoires ainsi que les différentes responsabilités et de prendre toutes les mesures qui s’imposent. 

Fait à Bangui, le 30 Avril 2013 

LE MINISTRE DE LA JUSTICE, GARDE DES SCEAUX, CHARGE DE LA REFORME JUDICIAIRE 
Arsène SENDE.

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 17:54

20 mars 2013
Jean-Pierre Redjekra sur Facebook

 

A ita ti mbi essayons de:

- regrouper les manifestations, les réunions, les actions pour agir avec un effet puissant d'unité et de mobilisation nationale;

- ne cherchons pas qui est à la tête de telle ou telle initiative, mais l'objectif qui est visé, est-il noble ou pas?

- passer le message qu'il n y a pas de guerre de religions en Centrafrique, toutes les religions ont leur place à condition qu'aucune n'impose aux gens des convictions auxquelles ils n'adhèrent pas;

- nous accorder sur l'essentiel: un Etat laïc, une administration régie par le droit, une place citoyenne pour tous, les mises à l'écart de partie entière de citoyens de la République ont généré ce que nous vivons, Education et possibilité de produire des richesses, y'en a marre de la pauvreté et de l'exil socio-économique;

- osons dire à celles et ceux qui ont gravement fauté aux affaires STOP et même si ce sont des amis, des frères, des beau frères...Non à l'impunité, non au tribalisme!

- enfin, ne sélectionnons pas les responsabilités, nos responsables d'hier et d'aujourd'hui ont occasionné des atteintes massives aux droits de l'homme, à Bangui et en provinces, ne faisons pas comme si on découvre cela maintenant... C'est depuis au moins 15ans que ce pays est "tailladé" par des groupuscules de voyous, bandits, apprentis sorciers de la politique politicienne...Viols, meurtres extrajudiciaires, spoliations diverses sont le lot des compatriotes qui vivent dans nos provinces;

- ne pas oublier que nous sommes tous des ita ti kodro oko!

SOLIDARITE, COURAGE, FRATERNITE, VIGILANCE, RESPONSABILITE!!!

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 17:25

4 avril 2013
Mouvement Panafricain pour la Démocratie et la Justice

 

Communiqué de presse N° 006/MPDJ/2013

 

Il est sur tous les fronts en Afrique malgré le péché originel : son régime militaire non entièrement civilisé, demeure toujours hybride, la chenille n’étant encore que chrysalide et non papillon ; et lui-même en son temps ne s’était-il pas autoproclamé « chef de l’Etat » ? Ironie du sort, feignant oublier de regarder dans le rétroviseur, il dit qu’il n’est pas question de reconnaitre le régime d’un homme « autoproclamé » président de la République.

Pire encore ; hier il demandait à Bozizé de ne pas modifier la constitution, pour pouvoir se représenter à un troisième mandat. De qui se moque-t-il ? De quel droit se permet –il de refuser aujourd’hui aux autres ce qu’il s’était allègrement permis hier ? Qui a dit dans un passé pas très lointain « à la fin de mon mandant, je me retirerai avec élégance », pour se dédire quelques années plus tard en modifiant la constitution notamment l’article limitant le nombre de mandats ? Peut-on ainsi constamment tourner tout le monde en bourrique ?

Les suggestions pour ne pas dire les diktats, plutôt les oukases sont doublement sibyllins et équivoques dans leurs motivations réelles : d’une part on fait un clin d’œil à un camp « ne vous en faites pas, je travaille dans  vos intérêts » et d’autre part au camp adverse : « je suis avec vous, je leur joue une farce, vous verrez les résultats » ; quelle duplicité !

Peut-on logiquement attendre, dans ces conditions, d’éventuels résultats positifs ? Croisons les doigts et attendons.

 

Fait le 04 Avril 2013
Le Coordinateur Général Provisoire

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 16:41

20 avril 2013
AfriqueNews

 

Crise en RCA: qu'est-ce qui fait courir Yayi Boni?

Le Chef de l’Etat a participé, hier à N’djamena, à un sommet sur la Centrafrique.

Il s’agit là du troisième voyage effectué par Boni Yayi dans l’affaire de la chute de Bozizé.  Sans mandat, ni de l’Union Africaine, ni de la Cedeao ou d’autres organisations sous-régionales, non-membre de la Cemaac, son immixtion assez poussée dans la résolution de la crise politique «post-Bozizé » étonne plus d’un.

Depuis le 24 mars où la Seleka a déposé le Président François Bozizé, le Président béninois Boni Yayi se montre très « préoccupé » par la résolution de la crise en Centrafrique. Le Bénin est le premier et le seul pays à avancer l’idée de lui accorder l’asile, après une hypothétique demande que le Président Bozizé a fini par démentir.

Le Chef de l’Etat fait partie des rares présidents de l’Afrique de l’Ouest à s’être rendu en Afrique du sud, lors d’un sommet des Brics au cours duquel le cas centrafricain a été débattu dans des coulisses. Quelques jours après, il est du côté de N’djaména où les Chefs de l’Etat de la Ceeac se penchaient sur ce pays.Le revoilà encore à N’Djamena hier pour la même cause.

Si loin du Bénin, on est bien curieux que la Centrafrique attentionne tant le Chef de l’Etat. Les annales diplomatiques entre le Bénin et ce pays ne sont pas si riches que ça. Les relations économiques aussi ne sont guère mieux entre les deux pays qui, néanmoins, ont des relations séculiers.
Les hommes politiques centrafricains ont une grande estime pour le Bénin qu’ils ne manquent pas de visiter ; parfois même ils s’y installent pendant des années. Les présidents Boni Yayi et François Bozizé ont tissé de solides relations amicales, avec les descentes fréquentes de ce dernier à Cotonou, pour participer, en tant que chrétien céleste, au pèlerinage de Sèmè et pour d’autres raisons diplomatiques.

C’est à peine exagéré de dire que les deux sont devenus très liés sur le plan spirituel, au point où Boni Yayi a déclaré tout récemment au magazine « Jeune Afrique », qu’en 2016, son ami Bozizé et lui iront prêcher la bonne nouvelle, une fois qu’ils auraient quitté le pouvoir. On peut donc penser que le Président Yayi est préoccupé par le sort de son ami isolé par ses pairs de l’Afrique centrale. Et qu’il travaille pour les amener à être plus conciliants avec Bozizé. On pourrait bien penser cela, mais en vérité, Yayi a un autre problème qui est Michel Djotodia.

Le dilemme de Yayi

Si Yayi se démène autant sur le dossier centrafricain c’est moins à cause de François Bozizé. C’est qu’il est plus inquiet de l’arrivée de Michel Djotodia. Et pour la bonne cause. Le nouvel homme fort de Bangui est un ancien prisonnier politique qui a fait ses « bagnes » à Cotonou.

Arrêté en 2008 grâce au soutien du Président Yayi, Djotodia n’a été libéré que trois ans après. Mais au lieu de repartir dans son pays, il reste à Cotonou où il mène une vie austère et fonde une famille, ne rejoignant la Séléka qu’en 2012.

Dans les environs de Cocotomey, quelques Béninois racontent qu’il a souvent la dent dure contre Bozizé, mais aussi contre son ami Yayi. Le voilà président. Yayi, en plus du fait qu’il vient de perdre un ami dans cette région, craint l’arrivée d’un « ennemi ».

Et dans le cercle très fermé des présidents, ce n’est pas souvent payant. Plus inquiétant pour Yayi, Djotodia est épaulé par Idriss Déby, un des plus influents présidents de l’Afrique francophone aujourd’hui. Mais Déby est aussi l’ami de Yayi. Et de ce point, il craint que l’ami de son ennemi ne se transforme aussi en son ennemi.

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3 mars 2013 7 03 /03 /mars /2013 22:34

3 mars 2013
Mamadou Sakhir Ndiaye 

pour RFI (vigilance!)

 

Cocora annonce qu'elle va durcir son action

 

En Centrafrique, après la scission au sein de la coalition Seleka et la reprise des hostilités par l’une de ses deux branches, la tension monte d’un cran à Bangui. Les jeunes pro-Bozizé, regroupés dans la « Coalition citoyenne d’opposition aux rébellions armées », la Cocora, se mobilisent. Ces jeunes qui érigent des barrières dans la capitale centrafricaine pour filtrer la circulation ont annoncé le durcissement de leurs actions. La Cocora a également lancé un ultimatum d’un mois au gouvernement d’union nationale : il doit cantonner les rebelles, faute de quoi la Cocora demandera sa démission.

La Cocora, née fin décembre, face à la percée des rebelles de la Seleka qui se rapprochaient de Bangui, revient sur la scène. Fouiller les voitures, procéder à l’arrestation des personnes jugées suspectes ou en lien avec la rébellion, et mener des actions de vigilance, telles sont ses actions. (Monsieur Ndiaye, ne confondez pas Cocora avec le M23 du Sénégal. Le M23 n'a jamais tué à la machette des ressortissants de l'ethnie de Wade...)

Lévy Yakité, son coordonnateur, veut être explicite : « Lorsqu’on active la flamme du nationalisme, c’est une flamme qui brille, qui brûle et qui ne s’éteint pas vite ! Et rien ne nous dit encore aujourd’hui que tout est fini ! Si le danger est loin de nous, ces barrières vont disparaître d’elles-mêmes ! »

Lévy Yakité enfonce le clou. Un ultimatum d’un mois est donné au gouvernement d’union nationale. Il doit veiller au cantonnement des rebelles et passer à leur désarmement. Sinon, la Cocora demandera sa démission à tout prix, selon son chef : 

« D’ici la fin du mois de mars, si rien n’est fait pour délivrer nos parents des exactions en tous genres, de la part des éléments du Seleka, nous allons demander la démission, pure et simple de ce gouvernement ! Ce gouvernement aura brillé par son incapacité de sauver les Centrafricains ! » 

La Cocora va plus loin. Elle demande que la médiation de la crise centrafricaine soit retirée des mains de la CEEAC, pour être confiée à l’Union africaine, à cause de l’implication de certains Etats dans la crise. Une manifestation est prévue dans les prochains jours par les jeunes, en soutien aux forces sud-africaines présentes dans le pays. Les jeunes partisans de François Bozizé entendent également interpeller le président Jacob Zuma, pour qu’il renforce la présence de ces troupes en Centrafrique, afin de contrer une possible entrée des rebelles dans la capitale. 

 

Note de Juliette:

Il est utile de rappeler que le gouvernement d'union nationale, dirigé par Tiangaye, l'ennemi no 1 de Bozizé, est intensivement saboté par celui-ci. Après avoir été "sauvé" par les sud-africains, les chefs d'Etat d'Afrique centrale et les accords de Libreville, Bozizé se retourne dans son trou puant l'impunité, avec un médiateur "Sassou" qui refuse de faire une médiation digne de ce nom. Les accords ne sont pas respectés, les prisonniers politiques ne sont pas libérés, le nouveau gouvernement est une fabrication illégitime de Bozizé qui, grâce à une petit tour de passe-passe dont seul lui connait le secret, n'est pas le gouvernement que le PM avait désigné. 

De toute évidence, nous sommes retourné à la case départ, tous les ingrédients pour faire reprendre les hostilités sont là. Les milices pro-Bozizé à Bangui reprennent leurs machettes, certains groupes rebelles sont prêts à reprendre là où on était arrivé avant le mic-mac de Damara: Bozizé dehors ou rien.

 En outre, il est inutile de blâmer Seleka aujourd'hui pour tout ce qui se passe! Nous le savons tous parfaitement, le seul et unique responsable de toute cette gabegie c'est François Bozizé et son cerveau dépravé de prédateur sanguinaire. Ceux qui blâment Seleka ou qui font une équation de violation des droits humains de 2 poids 2 mesures, doivent rapidement prendre leur carte de membre du KNK s'ils ne l'ont pas déjà, puisque de toute évidence, ils supportent mieux les exactions de Bozizé depuis 10 ans que celles de Seleka depuis moins de 3 mois. 

Les violences doivent cesser, c'est clair, mais de tous les côtés en même temps. Ne nous trompons pas de cible et ne jouons pas à la diversion. Nous risquerions très vite de nous transformer en autruches........

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 05:11

14 janvier 2013
Raphaël de Benito



Au fil des tutelles coloniales, néocoloniales et régionales, empoisonné par la Françafrique, l’embryon d’État centrafricain a dérivé vers une militarisation et l’ethnicisation de sa politique. A cet égard, le pouvoir de François Bozizé n’échappe pas à la règle.

Sa gestion clanique et brutale du pouvoir, les détournements en tout genre au profit de sa famille, n’ont fait que perpétuer cet état de fait et il subsiste toujours des foyers insurrectionnels comme l’a montré l’émergence et l’offensive éclair de la coalition Séléka. Composé de factions rebelles dissidentes, le Séléka a pris les armes le 10 décembre et contrôlait la majeure partie du pays le 31 décembre.Comment s’en étonner alors, qu’en plus des prébendes présidentielles, François Bozizé, « réélu » en 2011, au terme d’une mascarade électorale n’a jamais respecté les accords de paix conclus entre 2007 et 2011 qui prévoyaient un programme de désarmement, de démobilisation et de réinsertion. De même, leDialogue politique inclusifde 2008 qui avait permis de réunir à une table de négociations, pouvoir, société civile, opposition et rébellion est resté lettre morte. Qui plus est, l’opposition soupçonnait Bozizé de préparer un troisième mandat en modifiant la Constitution.Tous les ingrédients étaient donc réunis pour assister à une nouvelle poussée de fièvre même si l’apparition et les succès fulgurants de la coalition Séléka en ont surpris plus d’un.

Un Etat décomposé

L’offensive Séléka a eu le mérite de révéler la fragilité du régime Bozizé défait militairement en à peine trois semaines et contraint de quémander une intervention militaire française, à renoncer publiquement à un troisième mandat et proposer un gouvernement d’union nationale. Toutefois, « Boz » se donnait un peu d’air début janvier alors que le chef d’Etat-major de la Force multinationale d’Afrique centrale (FOMAC), Jean-Félix Akaga prévenait la coalition Séléka que la prise du verrou de Damara, à 75 km de la capitale était ligne rouge à ne pas franchir. Ce gel de la situation sur le terrain est la conséquence de l’intervention de la France et des luttes d’influences entre Etats d’Afrique centrale. En revanche, le Séléka réclamait toujours le départ de Bozizé.

L’influence française

En premier lieu, le Tchad, qui a installé Bozizé avec l’aide de la France en 2003 et considère la Centrafrique comme son vassal. Alors que ces derniers mois, Bozizé était moins docile envers le président tchadien Idriss Déby, celui-ci est accusé d’avoir armé et financé la coalition Séléka lui permettant sa conquête éclair. Plusieurs témoins racontent que les forces tchadiennes, acheminées sous le prétexte d’interposition, avaient l’arme au pied durant l’offensive rebelle. En réalité, les Tchadiens avaient besoin de contrôler le terrain pour jouer les arbitres. Les prétentions régionales et le double jeu de Déby ont eu le don d’irriter ses homologues d’Afrique centrale qui ont donc cherché à le contrer.Le Cameroun, le Gabon, le Congo-Brazza, l’autre parrain de Bozizé, et la RDC, pourtant incapable de défendre son territoire dans les Kivus, ont donc envoyé d’urgence quelques centaines d’hommes pour soutenir ce qu’il restait de l’armée centrafricaine prise en charge par trois ex-officiers français de la société militaire privée EHH LCC (Billets n°219, décembre 2012). L’Afrique du Sud également, dans son rôle de puissance continentale a envoyé, début janvier, deux cents soldats à Bangui.Mais, c’est la France, qu’on le veuille ou non, qui, la première, a envoyé un signal aux rebelles en déployant 300 légionnaires basés à Libreville pour renforcer son détachement militaire déjà présent à Bangui (Voir ci-dessous). Officiellement, et selon le refrain bien connu, les soldats français ne sont là que pour protéger les ressortissants français et européens de Bangui.Sauf que des militaires français se sont inquiétés, en visitant la rebéllion, du devenir du gisement d’uranium de Bakouma en attente d’exploitation par Areva ! Certainement les intérêts français que François Hollande appelait à défendre en Centrafrique.La présence militaire tricolore s’est donc révélée assez dissuasive pour amener la coalition Séléka dont la représentation extérieure est à Paris, à accepter de négocier à Libreville début janvier.

Aujourd’hui, en l’absence de réflexion sur les fondements de sa politique en Afrique, la France est plus que jamais prisonnière de ses contradictions. La France est la moins bien placée pour intervenir en Centrafrique en raison de son une ingérence permanente dans le pays depuis l’indépendance il y a plus de 50 ans. C’est même un officier des services secrets français, Jean-Claude Mantion alias « Lucky Luke » (voir ci-dessous) qui gouverna la Centrafrique entre 1980 et 1993.La France appelle aujourd’hui au dialogue en Centrafrique mais a cautionné le vol électoral de 2011. En janvier 2010, son ambassadeur, Jean-Pierre Vidon, faisait preuve d’une lucidité sans pareil en chantant les louanges du général-président Bozizé, faisant don de sa personne à la patrie, tout en estimant que « la situation politique s’était apaisée (…) tandis que la situation sociale et sécuritaire considérablement amélioré à Bangui ». A croire que l’ambassadeur écumait le Plantation ou le Zodiaque, hauts-lieux de la vie nocturne banguissoisse, tant les observateurs du pays, y compris dans les milieux diplomatiques, tenaient des propos pessimistes sur l’avenir du pays.On pourra objecter que Hollande a remplacé Sarkozy à la tête de l’Etat et qu’une nouvelle politique est à l’œuvre.

Il n’en demeure pas moins que si la France semble plus discrète dans le dossier centrafricain, elle maintient une coopération sécuritaire étroite avec des acteurs peu reluisants dans le long dossier centrafricain. Ainsi le Gabon a « parrainé » les pourparlers de paix centrafricains de 2008, le Congo-Brazza jouant le médiateur dans les négociations entre la rébellion et Bozizé début janvier. Quant au Tchad de Déby, constatant qu’il n’y avait plus aucun avantage à tirer de la situation en Centrafrique, il a carrément dicté sa conduite à la coalition Séléka lors des pourparlers de Libreville. L’accord qui en a découlé ne satisfait personne : Bozizé allant jusqu’au bout de son mandat en 2016, flanqué d’un premier ministre de l’opposition civile tandis que la coalition Séléka rentre bredouille au grand dam de ses chefs militaires qui contrôlent la majeure partie du pays. On imagine bien la cohabitation durant les trois prochaines alors qu’à la veille des pourparlers, Bozizé traitaient les rebelles de mercenaires terroristes tandis que ceux-ci exigeaient des chefs d’Etat centrale qu’ils saisissent la Cour Pénale Internationale pour juger les crimes du président centrafricain. A vrai dire, l’application de cet accord au forceps ne repose que sur la bonne foi des uns et des autres. Autant dire que la prochaine crise en Centrafrique est déjà en gestation avec toujours le risque de l’effondrement complet d’un Etat si fragile.

« Boz », évangéliste suprême et putschiste dans l’âme

Le général-président centrafricain François Bozizé, est arrivé au pouvoir par les armes en 2003.Aide de camp du sanguinaire Jean-Bedel Bokassa, Bozizé devient, à 32 ans, le plus jeune général de l’armée. A la chute de Bokassa en 1979, il part alors à l’école de guerre en France. Il revient en 1981 à la faveur d’un putsch qui verra le général André Kolingba remplacer David Dacko, qui avait succédé à Bokassa. Ministre de l’Information, ce taiseux et piètre orateur tentera, deux ans plus tard, de renverser Kolingba. Il fuiera au Bénin d’où il sera extradé en 1989. Emprisonné deux ans, il échappe de justesse en 1990 à une tentative d’assassinat dans sa cellule et prendra la fuite vers le nord du pays. En 1993, Bozizé se présente aux présidentielles qui seront remportées par Ange-Félix Patassé. Réintégré dans l’armée, Bozizé soutient Patassé dont il devient en 1997 le chef d’état-major. En octobre 2001, il tentera de le renverser et ratera son coup d’Etat avant de pendre la fuite pour le Tchad, puis la France, avant de revenir dans le nord de la Centrafrique lancer la rébellion des "Patriotes".Il prendra enfin le pouvoir en 2003 grâce à l’armée tchadienne qui lui a fourni sa garde rapprochée jusqu’à l’automne dernier. Depuis 2003, « Boz » comme le surnomme les Banguissois, a été confronté à de nombreuses poussées de fièvres.En 2006-2007, c’est la France qui lui sauve la mise à Birao. Fin 2010, c’est l’ami de toujours, le Tchad, qui l’aide à se débarrasser des rebellions du nord. En 2011, Bozizé, « évangéliste suprême » de l’Eglise du christianisme céleste Nouvelle Jérusalem qu’il a fondée, affirmait que le pays s’était pacifié sous sa présidence, et qu’il pouvait désormais le « relancer » grâce aux richesses du sous-sol encore inexploitées : uranium, or, pétrole et diamants.

Zoom

Avec une population de près de 5 millions d’habitants, le pays, enclavé au cœur de l’Afrique centrale, est l’un des plus pauvres du monde malgré ses énormes richesses potentielles, minières et agricoles (uranium, diamants, bois, or). L’économie a été dévastée par les multiples crises politico-militaires qui ont empêché le pays d’assurer le minimum à ses habitants. Le pays, dont près de 70% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté avec un PIB par habitant de 483 dollars (2011), est à 80% rural et produit du coton, café et tabac. Selon l’Institut international des études stratégiques (IISS, 2012), les forces armées comptent 2.150 hommes et les paramilitaires 1.000 hommes.

Micopax

Les 250 militaires français déjà présents à Bangui sont chargés de l’assistance de la Mission de consolidation de la paix en Centrafrique (MICOPAX), placée sous l’autorité de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC). La MICOPAX bénéficie du soutien financier de l’Union Européenne et logistique de la France. Elle a pour mandat de consolider le climat de paix et de stabilité, d’aider au développement du processus politique et de soutenir le respect des droits de l’homme. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le bilan n’est pas brillant. Son mandat doit se terminer le 31 décembre 2013.

Lucky Luke

Le lieutenant-colonel Jean-Claude Mantion, agent des services secrets français, débarque à Bangui, le 2 décembre 1980. Chargé d’encadrer le président David Dacko installé par Paris pour succéder à Bokassa, puis son remplaçant le général André Kolingba, il déjouera dès 1982 une tentative de coup d’État fomentée par Ange-Félix Patassé et deux généraux en vue, François Bozizé et Alphonse Mbaïkoua. Les représailles sont terribles et les fiefs de Patassé au nord de pays sont rasés et nombreux habitants massacrés donnant à naissance à une 1ère fracture entre populations du nord et du sud. Kolingba confie à « Lucky Luke » Mantion un nombre toujours plus importants d’attributions au point d’être un 1er ministre de l’ombre. Il gouvernera de facto la Centrafrique pendant treize ans. C’est pendant cette décennie que le Yakoma Kolingba a instillé le poison de l’ethnicité, plaçant ses proches et les membres dans tous les rouages de l’Etat et de l’armée. Cette instrumentalisation de l’appartenance tribale à des fins politiques, la Centrafrique la paye encore.

Entre 2003 et 2006, le volume global de l’aide consentie par la France était de 95 millions d’euros, en incluant le soutien apporté à la force de paix de la CEMAC. Somme importante dans le contexte centrafricain à laquelle il faut ajouter le coût de près de 70 conseillers techniques français, placés aux postes névralgiques de l’appareil d’État, des cabinets ministériels à la Garde présidentielle. Auprès du chef de l’État, un général français s’occupait – officiellement – de la « refonte » de l’armée centrafricaine. Il faut aussi prendre en compte les « privés » employés dans la sécurité du palais présidentiel jusqu’à la douane en passant par les services de renseignement.
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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 04:30

5 janvier 2013
Source: RFI    

 

La haine de Bozizé unit la Seleka

 

Louisa Lombard, chercheuse, spécialiste de la Centrafrique, où elle a effectué plusieurs séjours depuis 2009, vient de publier une thèse d'anthropologie sur la région nord-est de la RCA intitulée «La souveraineté des razzias aux confins de la Centrafrique». Elle répond aux questions de Sonia Rolley.

« La Seleka est une coalition composée de différents acteurs (les Rungas et les Goulas) qui ont des histoires et des revendications différentes. Mais, pour la plupart des membres de la coalition, il y a un facteur important qui les unit, c'est le fait qu'ils ont tous une haine contre Bozizé ».

RFI : Avez-vous été surprise par l’offensive rebelle de ces dernières semaines ?

Louisa Lombard : Non, je ne peux pas dire que j’ai été surprise par les événements récents. Quand j’ai été au nord-est du pays, j’ai fait des recherches avec des rebelles du FPR (Front populaire pour le redressement). Ils m’ont dit que si le gouvernement ne respectait pas les promesses qui leur ont été faites au cours des dialogues dans les différents accords de paix, ils allaient reprendre les armes, pour choquer le gouvernement et pour attirer l’attention de la communauté internationale sur leur situation.

Ce qu’on voit dans le pays, c’est qu’il y a eu une politique de promesses, où le gouvernement a fait des promesses envers des rebelles différents, et ces promesses ont convaincu les rebelles de remettre leurs armes. Après, ces promesses n’ont pas été respectées. Donc, c’est une politique qui peut marcher pendant quelques années, peut-être, mais ce n’est pas durable.

Ndélé, Sam Ouandja, Tiringoulou, ou Kaga Bandoro, ce sont vos terrains de recherche, et ce sont aussi les premières villes prises par les rebelles. Peut-on véritablement dire qu’elles ont d’ailleurs été prises par les rebelles ?

Il faut un peu faire la différence entre les différentes villes, parce que dans la ville de Tiringoulou, par exemple, il n’y a aucune présence gouvernementale. Il y a peut-être un professeur dans l’école primaire. Mais à part ça, il y a vraiment très, très, très peu de présence gouvernementale. C’était une ville du groupe des rebelles du FPR. Donc, c’était déjà une ville rebelle.

À Samouandja, il y avait une présence militaire du gouvernement national, mais en même temps, c’était aussi une ville des rebelles, déjà. Dans toutes ces villes, on peut dire qu’il y a une présence très, très, très faible du gouvernement.

Il est vrai que les rebelles sont venus dans les villes, mais en même temps, ce n’était pas une situation où il y avait une présence gouvernementale très forte qu’il a fallu abattre. Le gouvernement national fait très peu pour cette région.

Vous écrivez, justement, que dans certaines régions de la Centrafrique, le courrier n’a pas été distribué depuis le milieu des années soixante-dix. Comment circule-t-on dans cette zone des trois frontières ?

Les personnes circulent très, très difficilement dans cette région, parce qu’il n’y a presque pas de routes. Ce n’est pas par hasard si cette rébellion que l’on voit maintenant a débuté au mois de décembre. C’est parce que c’est le début de la saison sèche. Et pendant la saison pluvieuse, qui varie du mois de juin jusqu’au mois de novembre, à peu près, dans toute la région du nord-est, les routes de Bangui ne sont pas passables. Il est très, très difficile pour ces gens-là de circuler dans le pays pendant la moitié de l’année. C’est une région vraiment oubliée par le gouvernement central. Il y a très peu de gens qui habitent dans la région, c’est vrai. Mais en même temps, ces gens-là ont été abandonnés par le gouvernement.

C’est un problème aussi de géographie mais depuis l’époque de la colonisation, cette zone est assez isolée du reste des pays voisins, que ce soit du Soudan, du Tchad ou de la Centrafrique. Vous avez d’ailleurs étudié les archives coloniales d’Aix-en-Provence. Et justement, vous avez retrouvé un texte d’officiel militaire français, qui juste avant la fin de la colonisation, disait qu’il se méfiait de cette zone. Qu’elle était «mangeuse d’hommes», et qu’elle était, finalement, très difficile à administrer. Donc, la difficulté d'administrer cette zone ne relève peut-être pas seulement de la faute de Bangui ?

Vous avez tout à fait raison. La géographie est très importante. Ça, il faut le dire, parce que, comme je l’ai mentionné déjà, c’est une zone où il y a très peu de peuples, très peu de gens, et c’est une zone très, très vaste ! Toute cette région du nord-est est à peu près aussi grande que le Portugal. Cela donne peut-être une idée de la difficulté d’administrer une zone qui est aussi grande que le Portugal, mais avec peut-être moins de 100 000 individus dans la zone, et avec une géographie extrêmement difficile à pénétrer, une brousse très dense.

Quelle est, justement, la situation sécuritaire, dans cette région de la Centrafrique, donc avant la crise, et quelles sont les évolutions marquantes que vous avez pu constater depuis le début de vos recherches ?

J’ai débuté les recherches dans la zone en 2009. On peut dire que pendant toute cette période, c’était un peu la crise. Dans les années soixante-dix, par exemple, et même au début des années quatre-vingt, eux ce qu’ils craignaient, c’était les attaques des lions, des éléphants, et des autres animaux sauvages. À partir des années quatre-vingt, il y a eu une circulation des armes, majeure, dans la zone, en liaison, selon les gens, avec les guerres au Tchad, par exemple, et aussi au Soudan. Et en même temps, les gens disent qu’ils ont été abandonnés par le gouvernement à Bangui, que c’est devenu pire, depuis ces deux dernières décennies.

Quels types de groupes armés peut-on trouver dans cette région, qui d’ailleurs compose un peu la Seleka d’aujourd’hui ?

On peut mentionner, par exemple, l’UFPA, qui se trouve à Tiringoulou et Samouandja, et dans d'autres villes au nord-est du pays. Il y a aussi l'APRD, qui se trouve à Kaga Bandoro, et plusieurs autres villes qui se trouvent plus au nord-ouest du pays, donc de l’autre côté, un peu. Et il y a le CPJP aussi, qui était au nord de Ndélé.

Ce sont les trois groupes qui sont les plus connus. Tous ces groupes sont un peu l’évolution des groupes locaux d’autodéfense, qui existent un peu partout dans le pays.

Mais est-ce que les groupes rebelles, dont vous dites qu’ils étaient plus organisés, administraient vraiment ces zones ? Remplaçaient-ils un petit peu le gouvernement ou pas du tout ?

Oui, ils ont remplacé un peu le gouvernement. Par exemple, à Tiringoulu, c’était une petite ville de peut-être 2 000 personnes. On y trouve des gendarmes, mais des gendarmes de l’UFPA. Et il y a d’autres fonctionnaires qui sont des fonctionnaires rebelles, qui ne reçoivent pas de salaire de la part du gouvernement, mais ils ont pris ces positions.

Cette nouvelle rébellion est un peu aussi l’échec des accords de paix, signés par les différents groupes armés et le gouvernement. Comment vous expliquez cet échec-là ?

L’une des raisons est que l'on n’a pas vraiment vu de bonne volonté de la part du gouvernement et aussi des autres leaders des groupes armés, qui ont participé au comité de pilotage du DDR (Désarmement Démobilisation Réinsertion).

Mais en même temps, on peut dire que les attentes des rebelles n’ont pas été réalistes non plus. Eux s’attendaient à tous recevoir des positions dans l’armée, ou bien des sommes d’argent vraiment énormes. Dès le début, on voyait qu’il y avait des problèmes majeurs.

Par exemple, le DDR a marché un peu au nord-ouest du pays, où on peut circuler un peu mieux et où la situation sécuritaire est meilleure. Mais au nord-est du pays, d’où vient la rébellion Seleka, la situation sécuritaire était très difficile. Cela a fait que les personnes qui allaient diriger le programme DDR ne pouvaient pas circuler comme ils le voulaient dans la région. Même s’il y avait eu plus de bonne volonté de la part du comité de pilotage, pour débuter ce programme au nord-est, il y avait aussi des contraintes, pas seulement géographiques mais aussi sécuritaires, qui faisaient qu’ils n’étaient pas réalistes.

On va un peu parler, maintenant, de cette rébellion de la coalition Seleka. Qui la compose, à la fois du côté des officiers et des hommes de troupe ?

Les hommes de troupe, ce sont des gens que j’ai connus quand j’ai fait des recherches dans la zone en 2009-2010. Et ce sont, pour la plupart, des gens de la région. On a entendu aussi des rumeurs sur la présence de Tchadiens et de Soudanais, qui feraient partie de ces troupes, mais je n’ai pas pu vérifier si tel est le cas.

Le problème auquel font face les gens de la région, c’est que lorsqu'ils vont à Bangui, le pouvoir central les voit comme des étrangers. Ils disent que ce ne sont pas des Centrafricains, que ce sont des Tchadiens ou des Soudanais. Alors que ce sont des gens qui sont nés en Centrafrique et qui sont des Centrafricains. Et s’ils vont au Tchad ou bien au Soudan, ils sont de nouveau des étrangers et sont alors des Centrafricains. Ils se trouvent un peu, comme je l’ai dit, abandonnés, oubliés par les pouvoirs, dans les différentes capitales de la région.

Pour les officiers, les porte-paroles, par exemple, ce sont des gens qui se trouvent en France, à Paris, et qui ont des liens avec les grandes familles politiques de la Centrafrique.

L
a relation entre les porte-paroles et les troupes qui sont sur le terrain, est souvent difficile, dans la mesure où ceux qui négocient pour le groupe n’ont pas été sur le terrain avec les hommes.

Ça, c’est aussi vrai pour la coalition Seleka aujourd’hui ?

D’après ce que je peux voir, oui, je pense que c’est vrai.

On parlait souvent, en tout cas, des affrontements intercommunautaires, entre les Goulas et les Rungas. Dans cette rébellion Seleka il y a les deux communautés. Comment se passent les relations entre les deux ?

Les Goulas et les Rungas sont ces groupes ethniques qui habitent un peu côte à côte dans le nord-est du pays. Ce sont des groupes qui ont eu des méfiances entre eux. Mais en même temps, ils ont aussi pu collaborer. Les confits entre les deux groupes ne sont pas des conflits de très, très longue durée.

Cela ne me surprend pas qu'ils aient décidé maintenant de collaborer pour montrer leur force au gouvernement. Parce que déjà en 2010, on a entendu qu’il y avait peut-être la possibilité de collaboration entre ces groupes, parce qu’ils voyaient que les Goulas seuls ou bien les Rungas seuls, n’avaient pas assez de force pour vraiment faire peur au gouvernement. Mais s’ils travaillaient ensemble, ils allaient peut-être réussir à faire un choc, comme ils disaient qu’ils voulaient faire.

Pour simplifier et pour schématiser, les Goulas sont plutôt UFDR et les Rungas plutôt  CPJP...

Oui.

Pensez-vous que la Seleka soit une coalition solide ?

Il y a des parties qui sont solides et peut-être d’autres parties qui sont un peut moins solides, parce qu’il y a des facteurs différents, des histoires différentes, et des revendications différentes. Mais je pense que pour la plupart des membres de la coalition, il y a un facteur important qui les unit, c'est la haine de Bozizé. Donc cette haine contre Bozizé les réunit tous, et rend la coalition plus solide qu’elle ne l’aurait été, s’il n’y avait pas ce ras-le-bol.

Comment pensez-vous que la crise actuelle puisse se résoudre ? Pensez-vous que cette rébellion va aller jusqu’à Bangui ? Que des négociations sont vraiment possibles ?

Je pense que les négociations sont possibles. Mais les termes de la discussion doivent être sérieux. Il va falloir que le président Bozizé fasse des concessions qui soient plus grandes que ce qu'il s’est montré capable le faire jusqu’à maintenant.

Mais est-ce que ce n’est pas aussi le cas des rebelles, puisque quand vous parliez de l’échec de la politique de DDR, vous nous disiez que les rebelles avaient aussi, à l’époque, une vision un peu fantasmagorique de ce qu'ils pourraient obtenir de Bangui ? Est-ce qu’il n’y a pas plus de réalisme à avoir, tant du côté du gouvernement que du côté des rebelles ?

Oui, c’est vrai. Les rebelles attendent de prendre le pouvoir, ou bien, s’ils ne le prennent pas, qu’ils reçoivent des sommes d’argent et des positions dans le gouvernement. Et ça aussi, ce n’est pas très réaliste. Le dialogue va être un processus très sensible et très difficile aussi. Il n’y a pas de garantie que cela va marcher.

Il y a des dynamiques dans le pays qui se sont mises en place depuis les dix dernières années, où les gens pensent que prendre les armes est une façon de trouver des opportunités, de s’enrichir. Cela, ce n’est pas quelque chose qu’un dialogue puisse vraiment changer. Pour que cela change, il va falloir que le mode de gouvernance à Bangui change énormément, et que cela devienne beaucoup plus transparent et inclusif. Ça, ce n’est pas quelque chose qu’un dialogue peut garantir et mettre en place. Mais c’est quelque chose que l’on peut espérer pour le peuple centrafricain, qui a vraiment trop souffert ces dernières années.

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