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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 03:40

5 janvier 2013
Source: Centrafrique-Presse.

 

 

La peur. Les Centrafricains la ressentent tous. Elle est encore plus présente, en raison de la crise actuelle. Il est toujours difficile de les emmener à se livrer sur la situation de leur pays. La plupart refuse de parler de la politique et du régime en place par peur des représailles et d’être mis sur écoute. Ici, pas question d’émettre la moindre critique contre le président Bozizé. Certains ont néanmoins osé se confier, à condition toutefois qu’on modifie leurs noms.

http://www.dna.fr/fr/images/E85586BF-4B22-486A-8CB6-79673D3ADA36/DNA_03/(afp).jpgEpuisés par les troubles qui touchent régulièrement leur pays, les centrafricains sont à bout de souffle. « La Centrafrique est une jungle ! Rien ne va ici. Nous sommes fatigués de ces crises politiques à répétitions ! Tous les cinq, huit ans, c’est la même chose ! », fustige Dolomo, 32 ans, étudiant en sciences économiques et sociales. « Quelle est la raison de ces nouveaux troubles ? On ne le sait même pas », questionne le jeune homme. Le plus grave, selon lui, « c’est que les Centrafricains ne savent pas pourquoi est ce qu’il y a des échauffourées, des manifestations un peu partout dans le pays ! ».

Comme certains de ces compatriotes, Dolomo est aussi prêt à soutenir les rebelles s’ils ont un projet précis pour sortir le pays de ce bourbier : « En Afrique, il y a partout des révoltes, mais les raison sont claires sauf en Centrafrique. Les rebelles n’ont qu’à dire leurs revendications ! Le problème est que les Centrafricains ne savent pas régler les problèmes autrement que par la brutalité, ce qui cause des dommages énormes au pays et retarde son développement ». Il pointe aussi du doigt le manque de conscience politique des étudiants, censés tirer le pays vers le haut : « Chacun reste dans son coin. Personne ne veut se mêler de la politique par peur de la répression du régime ! »

Les activités économiques sont ralenties. Les rues de Bangui, la capitale du pays, sont très peu peuplées. « Il y a des gens qui ne vont même plus au travail ! Les magasins sont fermés, c’est effrayant », constate Christ, 28 ans, étudiant en sciences politiques. « Nous avons peur que les rebelles s’en prennent à nous, qu’ils arrivent sur Bangui. Nous voulons la paix, des négociations », affirme ce pasteur de 30 ans ».

« L’islamisation guette la Centrafrique » (intox bozizesque?)

Cette insécurité galopante ne rassure guère les Centrafricains, malgré les mesures prises par le président Bozizé, qui a repris la main sur l’armée, après avoir limogé son fils au ministère de la Défense et le chef d’Etat-major. Nombre d’entre eux estiment que la France doit intervenir pour mettre un terme à l’imbroglio politique. C’est le cas de cette assistante de direction de 32 ans :« Nous vivons constamment dans l’angoisse, c’est une peur bleue. Nous sommes des enfants de la France. Nous souhaitons qu’elle intervienne. Il faut qu’elle réagisse ! Comme ça nous serons plus rassurés. »

Même son de cloche pour ce pasteur de 42 ans, qui a quitté récemment la ville de Bambari, sous le contrôle des rebelles, pour Bangui. « La France doit intervenir ne serait-ce que pour protéger les institutions du pays ! » Le pasteur va même plus loin. Selon lui, « un terrible danger guette la Centrafrique à majorité chrétienne : l’islamisation » La plupart « des rebelles du Séléka sont musulmans. Il y a une main extérieure qui est derrière eux. Ils sont originaires de plusieurs nationalités. Certains viennent de Libye, du Soudan, du Tchad », affirme-t-il. « Nous vivons dans l’angoisse. Nous vivons la conquête de l’islam en Centrafrique ! », renchérit-il. D’après lui, « chaque fois que les rebelles sont arrivés dans les villes qu’ils ont prises, ils ont tout détruit : les gendarmeries, les mairies, sauf les boutiques tenues par les musulmans. »

Kaleb, 28 ans, salarié au sein d’une ONG, qui lutte contre le sida, « condamne aussi vivement l’action des rebelles. La paix doit revenir au plus vite dans le pays », estime le jeune homme. «Il est très facile de manipuler la population à majorité analphabète et vivant de l’agriculture. Tous nos partenaires sont en train de partir ! Les Centrafricains ne veulent plus qu’on règle les problèmes par les armes. Même si le régime a des défaillances ce n’est pas la solution ! » Selon lui, « la Centrafrique est encore devenue plus pauvre qu’avant. Les Centrafricains ne mangent pas à leur faim et vivent en majorité en dessous du seuil de pauvreté ! Ils ne mangent qu’un repas par jour ! Et n’ont même pas un dollar par jour pour subvenir à leurs besoins ». Les routes et les hôpitaux sont dégradées, ajoute-t-il. 

« En Centrafrique on ne vit pas, on survit ! » Une phrase qui résume bien, selon lui, la situation de son pays.

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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 03:02
4 janvier 2013
La Nouvelle Expression


Le texte de la déclaration de Bangui datée du  31 décembre 2012 et signée par les responsables des partis de l’opposition démocratique centrafricaine.

Le 30 décembre 2012, le Président Boni Yayi, en sa qualité de Président en exercice de l’Union Africaine, a rencontré à Bangui le Général Bozizé. Suite à cette rencontre, le Général Bozizé s’est dit disposé à se rendre toutes affaires cessantes à Libreville pour des négociations et à former un gouvernement d’union nationale.

L’opposition démocratique exprime son étonnement le plus total face à subite inclination de Bozizé à aller aux négociations, lui dont l’agenda si changé n’a pas permis depuis sept mois d’accéder à la demande de tenue d’un dialogue inter centrafricain.  

S’agissant de la formation d’un gouvernement d’union nationale, l’Opposition démocratique dénonce cette incohérence qui consiste à vouloir aller aux négociations et en même temps à en annoncer déjà les résolutions à la place des deux autres organisations parties à ces négociations.

La profondeur de la crise actuelle impose à tous les acteurs conviés à se rendre à Libreville sans sujets tabous. Par conséquent, c’est ensemble que les sujets à débattre, en dehors de ceux qui coulent de source tels le niveau d’exécution des différents accords, l’échec du Dialogue Politique Inclusif, seront retenus.

Le Général Bozizé aurait tort de croire qu’il lui suffira, comme à son habitude, de parler de gouvernement d’union nationale pour que tous les problèmes cessent. Certes, il se trouvera toujours des personnes, sans grande base, dans les différentes organisations, pour trahir leurs engagements vis-à-vis de la nation en termes de défense de la démocratie pour se rallier sans conditions et prolonger les souffrances du peuple. Mais la grande majorité, exaspérée par l’Etat du pays, restera fidèle pour poursuivre cette lutte.

L’opposition démocratique réaffirme donc sa disponibilité à aller aux négociations de Libreville, en restant très vigilante face à un Général Bozizé  qui n’a jamais tenu parole et n’a consenti à négocier que contraint et forcé.

Ont signé :  

  • Honoré Douba  pour l’Alliance pour la Démocratie et le Progrès (Adp)
  • Christophe  Mbremaidou pour  l’Alliance pour la Solidarité et le Développement
  • Maître Nicolas Tiangaye, Londo et Jean-Paul Sekola pour la Convention Républicaine pour le Progrès Social (Crps)
  • Joseph Bendouga  pour le Mouvement Démocratique pour la Renaissance et l'Evolution de Centrafrique (Mdrec)
  • Martin Ziguele pour le Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain (Mlpc)
  • Maître Crépin Mboli - Goumba pour le Parti pour la Transformation Radicale et l'Intégration des Etats (Patrie )
  • Louis Pierre Gamba pour  le Rassemblement Démocratique Centrafricain (Rdc)
  • Maitart  Djim-Arem pour l’Union Démocratique du Peuple pour le Progrès (Udpp).
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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 00:16

4 janvier 2013
Témoignage anonyme

 

Situation inquiétante a Bangui, plusieurs personnes d'origine ethnique proche de la rébellion sont portées disparues. 

Voici quelques noms (liste non-exahaustive):

AHABA Gotran Djono, ancien Ministre et Député de Birao, porté disparu.

KHALITE Joseph, Ministre arrêté avec toute sa famille et relâché plusieurs jours après, sans doute à cause de ses ennuis de santé.

KOUDOUFARA Dieudonné Ramadane, Député de Ouadda- Djallé (relaxé).

YOUNOUS Sidick, ancien Député du MLPC, résidant dans le 5eme arrondissement.

GARBA Aladji Oumar, homme d’affaire et ancien membre du Conseil Economique et Regional, et toute sa famille (femmes et enfants).

GARBA Ziber, homme d’affaire (Frère cadet de Oumar Garba) résidant au quartier Miskine.

GOUVELA Bidine, élément des forces armées centrafricaines (FACA).

ATIM Miskine Georges, élément FACA.

SENDE Elian, Gendarme.

COME Aroun, responsable au centre de dépistage volontaire du VIH/SIDA.

RAKHAS Soumaine, militaire.

RAKHAS Akoutou, élève (22 ans) enlevé et disparu.

RAKHAS Danie, élève (18 ans) enlevée et disparue.

DJIDOU Affis, élève (20 ans) enlevé et disparu.

SAM-DJOUDOU Djeme, élève.

 

*  *  *  *  *

 

4 janvier 2013
Dieudonné Koudoufara
Député de Ouadda Djallé

 

Communiqué de presse




Dimanche 30 Décembre 2012 vers10 h, je rendais visite à un neveu soldat loyaliste atteint par balle dans l’attaque de Batangafo, évacué à Bangui à l’hôpital militaire Camp Fidèle OBROU. Comme revenu à la maison, d’autres parents visiteurs étaient déjà là avant moi. Brusquement nous voyons apparaitre un véhicule militaire de couleur panthère se diriger à notre niveau. Des éléments lourdement armés descendent en toute vitesse nous ramassent pour nous jeter dans le véhicule et nous intimer l’ordre de se coucher. Avec une vive allure ils nous conduisent à une de leurs bases appelée 124. Nous sommes maintenus de 10h à 18H. C’est ici que nous avons écouté toutes les injures à caractères purement xénophobiques et revanchards en notre endroit. 

Ce Commando ne nous a pas seulement entraîné et froissé mais a également extorqué 130.000 F contenus dans mon portefeuille. Mes deux téléphones cellulaires et ceux de mes neveux ont été confisqués.

Mission accomplie nous sommes transférés à la Section de Recherches et d’Investigations (SRI) à 18 H 40 pour audition. Avant de nous remettre à ce service, le chef de mission déclare: 

"Nous les avions surpris en train de faire une réunion subversive au quartier." (fin de citation). 

Aussitôt des gendarmes sont désignés pour nous entendre. Le lendemain 31 Décembre, le Commandant de brigade judiciaire fait la synthèse des procès-verbaux et la présente au Capitaine responsable de la SRI. C’est ici un réel motif de fierté de féliciter et d’encourager ces concitoyens officiers de police judiciaire de cette section d’avoir déclaré le dossier vide aboutissant à notre relaxe. 

En dernière analyse, tous les propos tenus par les bérets verts en mon endroit et les autres interpellés relèvent de la xénophobie, de la vengeance et de la division. L’accusation de réunion subversive est un prétexte. Nous sommes arrêtés parce que nous sommes originaires de la Préfecture de la VAKAGA. 

J’ai l’habitude de dire que je forme des hommes, en cette qualité d’éducateur, rien ne me poussera de prendre les armes ou inciter des hommes à prendre les armes pour accéder au pouvoir. La seule voix d’accès au commande sont les élections. Que le Gouvernement cesse d’accuser la Vakaga toute entière de complicité de rébellion. Les auteurs de ces conflits armés perpétuels sont bien connus. Il faut rappeler qu’ un GOUVERNEMENT d’union nationale est formé après la signature des accords de paix de Libreville, dans ce Gouvernement, aucun cadre de la Sous-préfecture de Ouanda Djallé est nommé Ministre ou placé à un postes de responsabilité au nom d’une rébellion quelconque. L’acharnement du régime sur ma personne est un règlement de compte politique. Il doit rougir de la violation de mon immunité parlementaire aux yeux du monde. 

Député à l’Assemblée Nationale Centrafricaine, Membre du Parlement Africain (PAP) considéré comme un fonctionnaire de l’Union Africaine, avec double immunités, je ne mérite pas d’être traité de cette manière par les Forces de Défense et de Sécurité censées assurer ma protection. 

A ce titre je lance les appels suivants : 


1. A l’endroit du Gouvernement : 

- Pour son implication directe et efficiente dans le processus du dialogue afin de ramener la Paix en République Centrafricaine. 

- Pour la cessation des arrestations arbitraires accompagnées des exactions sur les ressortissants de la VAKAGA innocents. 

- Pour l’interdiction en ce temps de crise grave les émissions radiophoniques à caractère partisan et injurieux qui ne fera qu’augmenter les tensions. 


2. A l’endroit de la coalition SELEKA:

- Pour qu’elle accepte ce dialogue et fasse preuve d’humanisme dans les zones qu’elle occupe et de s’abstenir à des déclarations de nature à nuire aux ressortissants de la VAKAGA résidant à Bangui.



3. A l’endroit de l’Union Européenne, du BINUCA, de l’Union Africaine, de la communauté Economiques des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC), du Gouvernement Français et l’ensemble des corps diplomatiques présents à Bangui:

- De peser de tout leur poids sur le Gouvernement et la coalition rebelle SELEKA d’accepter le dialogue pour éviter au peuple centrafricain le bain de sang. 

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 21:21

31 décembre 2012
Maître Ignace OUNDA-MEYBI

 

N'oublions pas nos compatriotes victimes de disparitions criminelles orchestrées par le régime Bozizé! 


En ces jours d'effervescence militaro-politique,

En ces jours décisifs où notre pays risque à tout moment de basculer dans un gouffre de tourments insondable,

En ces jours critiques où notre pays ne doit pas manquer le train vers l'espoir d'un avenir meilleur,

En ces jours où beaucoup croient pouvoir tirer leur épingle du jeu politique en se prévalant d'une expérience politique sans égale dont manifestement eux seuls sont convaincus des bienfaits,

Nous appelons les Centrafricaines et Centrafricains à se départir de ces expériences mortifères dont le seul résultat, après plus de 50 ans d’indépendance tronquée, est une cohorte de malheurs : un pays à l'abandon, une capitale qui ressemble à une poubelle à ciel ouvert, des provinces purement et simplement oubliées, un État totalement désarticulé, dépareillé, des infrastructures inexistantes etc.

Nous appelons nos Chers Compatriotes à la vigilance à l'égard de loups qui, bien planqués aujourd'hui, commencent à tenter de sortir du bois, en se parant des atours d'agneaux inoffensifs.

Nous invitons nos Chers Compatriotes à ne pas oublier toutes celles et tous ceux qui, soit ont déjà perdu la vie, soit risquent de la perdre si rien n'est fait pour les sauver des griffes assassines de ce pouvoir brutal et étranger à toute humanité.

Il faut imposer à ce régime aux abois la constitution immédiate d'un Conseil de Surveillance des Centres Privatifs de liberté, doté des pouvoirs les plus élargis pour pouvoir connaître de toutes les demandes des familles tendant à établir la vérité sur tous les enlèvements,  disparitions, arrestations, détentions arbitraires, tortures et autres exactions commis par ce régime qui ne manquera pas d’assouvir une vengeance meurtrière et implacable si une seule chance de survie lui était par malheur accordée.

Gardons toujours à l'esprit qu'il s'agit d'un des régimes les plus brutaux et violents que nous ayons jamais connus.

Pour tous nos compatriotes qui croupissent encore, pour certains, dans des lieux que nous ne pouvons imaginer et pour leurs familles meurtries, nous requérons une célérité sans laquelle le pire est à craindre.

Il est urgent d'agir. Le temps presse.

 

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 20:46

2 janvier 2013
Source: L'Humanité

 

Alors que la coalition rebelle du Séléka a annoncé ce mercredi suspendre son offensive vers Bangui pour participer à des pourparlers de paix avec le gouvernement centrafricain, Thierry Vircoulon, chercheur associé à l’Ifri, par ailleurs directeur du programme Afrique centrale d’International Crisis Group, décrypte la crise centrafricaine. 


Quelle est la genèse de la crise en République centrafricaine?

Thierry Vircoulon. C’est une crise née des frustrations de la gouvernance du régime. Les groupes armés qui forment le Séléka sont, pour la plupart, des groupes qui avaient déjà signé un accord de paix avec le pouvoir. Mais les conditions de cet accord de paix n’ont pas été appliquées. Notamment tout ce qui concernait le volet « Désarmement/Démobilisation/Réintégration » (DDR) n’a pas été mis en œuvre. L’UFDR est un mouvement qui avait signé un accord de paix en 2007 prévoyant la démobilisation de ses combattants…


Comment analysez-vous la réponse de François Bozizé, qui se dit prêt à négocier et àformer un gouvernement dunion nationale?

Les rebelles se rapprochent de plus en plus de la capitale. L’armée centrafricaine n’est pas en mesure de les contrer. La déclaration de Bozizé montre que le pouvoir n’a absolument plus d’alternative. Cela traduit sa faiblesse. Il a cédé aux conseils et aux injonctions de l’Union africaine et de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC).


Existe-t-il un lien entre l’opposition à Bangui et la coalition du Séléka?

Ils n’ont pas grand-chose à voir. Les mouvements qui forment le Séléka sont composés de groupes armés du nord-est du pays et qui ont très peu de liens avec l’opposition démocratique qui se trouve à Bangui. Les revendications du Séléka, axées sur le DDR, n’ont pas grand-chose à voir avec un agenda politique plus large.


La crise centrafricaine est-elle le révélateur de tout un tas de crises qui éclatent en ce moment en Afrique, et particulièrement en Afrique centrale?

C’est révélateur de l’extrême faiblesse d’un certain nombre de régimes en Afrique centrale dont celui de la République centrafricaine où les mêmes événements se répètent. Des rebelles qui défient le gouvernement et sont plus forts que lui sur le terrain, on a déjà connu ça. Le général Bozizé lui-même est arrivé au pouvoir par un putsch en 2003. Ce qui se passe est, en réalité, la conséquence logique du non-règlement de problèmes de fond.


Bozizé est-il lâché par tous ceux qui le soutenaient peu ou prou?

On sent cela. La France n’interviendra pas. Mais la région est beaucoup plus décisionnelle que Paris sur ce qui se passe en République centrafricaine. On a senti, lors de la réunion le 21 décembre de la CEEAC à N’Djamena, que les présidents de la région étaient très mécontents et ont pris la crise en main en imposant une feuille de route au gouvernement centrafricain, à savoir les négociations et le renforcement de la mission Micopax (Mission de consolidation de la paix en République centrafricaine, sous la responsabilité de la CEEAC). Mais ils ne veulent pas la chute du régime Bozizé.


Si la crise perdure, quelles pourraient être les conséquences régionales?

Les conséquences seraient importantes parce que c’est un test pour les capacités de la région à gérer les crises. Ce serait un discrédit et un défi forts lancés à la CEEAC et à l’Union africaine par les rebelles. On se retrouverait dans une situation de face-à-face entre la mission de la Micopax, les rebelles et l’armée tchadienne. Car à l’heure actuelle, le verrou qui protège Bangui, c’est Damara où se sont positionnés l’armée tchadienne et le reste de l’armée centrafricaine, la Micopax étant positionnée en protection directe de Bangui. Si les rebelles arrivaient jusqu’à Bangui, on risquerait de retrouver les heures sombres de 1996, 1997 ou 2003: la guerre dans la capitale.


Vous avez fait allusion à la faiblesse de larmée et, paradoxalement, stationnent en République centrafricaine des bataillons de larmée française là officiellement pour«défendre les ressortissants français», dixit François Hollande. Mais à lorigine quelle est la mission de ces troupes françaises?

La mission actuelle du détachement sur place est essentiellement une mission de soutien aux troupes de la Micopax. La France y contribue également financièrement. La présence française en République centrafricaine a diminué fortement depuis des années. La dernière intervention militaire française date de 2007. Le pouvoir centrafricain a cru qu’il pouvait de nouveau contraindre Paris à l’aider. Mais François Hollande a clairement donné une fin de non-recevoir. La France ne fera qu’évacuer ses ressortissants. La main est vraiment laissée à la région pour la gestion de cette crise. Ce qui est testé, c’est l’architecture de paix et de sécurité en Afrique où les Occidentaux ne sont là qu’en appui. Les Africains doivent gérer la crise.

La France en réserve. Si François Hollande s’en tient à la ligne du « dialogue » intercentrafricain, refusant d’apparaître comme le sauveur de François Bozizé, ceux qui assurent la sécurité du président contesté sont… des Français. L’instructeur attitré de la garde présidentielle est un certain Francis Fauchart, passé par le Gabon. Il est lié à la société de mercenariat EHC, dirigée par un ex-général français, Jean-Pierre Pérez. Cette firme spécialisée dans les « services de sécurité » a récemment ouvert un « bureau de liaison » à Bamako, ses prestations dans le Mali en crise allant de la simple escorte jusqu’aux missions de conseil.

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Published by Juliette Abandokwe - dans Centrafrique
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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 19:24

2 janvier 2013
Alain Lamessi

 

 

Il est certes bien loin aujourd’hui ce temps où jeunes étudiants centrafricains en Europe, en Afrique ou en Amérique, nous nous gavions parfois jusqu’à l’indigestion, de théories révolutionnaires fumeuses comme seuls substrats de changement  qualitatif en République centrafricaine. L’idéalisme des uns doublé de la sincérité des autres a nourri les débats et les discussions souvent interminables mais toujours passionnants pour nous préparer à l’intégration des masses. Cette propension à la lutte révolutionnaire n’était jamais dénuée de toute naïveté au point de faire de nous des admirateurs inconditionnels des dictateurs comme Staline, Castro, Mao, etc. Même le tristement célèbre Enver Hoxa de l’Albanie devint le modèle à imiter. Quelle candeur ! Peut-on dire, avec le recul. Mais mieux vaut se tromper de bonne foi que de se complaire dans l’ignorance par faiblesse intellectuelle.

 

Avec pour seule grille de lecture le marxisme-léninisme nous rêvions, les yeux ouverts, de la révolution nationale démocratique et populaire pour changer radicalement les bases structurelles permettant d’apporter rapidement  bien-être social et progrès économique au peuple centrafricain.  L’hypothèse fondamentale étant celle bien connue de la dialectique matérialiste et historique. A savoir : c’est la superstructure qui détermine l’infrastructure ou ce sont les conditions matérielles qui déterminent la conscience des peuples.

 

Les mouvements étudiants furent une grande école de patriotisme où chacun se formait à la lutte contre l’impérialisme, contre la dictature et surtout pour la défense des intérêts du peuple en cultivant l’esprit de sacrifice et de solidarité. A la vérité cette velléité révolutionnaire a été comme exacerbée par la lutte contre la dictature en Centrafrique dans les années 70 et le mouvement étudiant devint la seule force d’opposition externe lorsque la parole fut bâillonnée en interne. La commission nationale des bourses (CNB) devint rapidement la tribune où étaient portées  les revendications, au-delà des étudiants, des masses populaires. Les camarades Alphonse Blague, Marguerite Petrokoni Zeze, Focky Ndoungouma, et Romain Sopio en payèrent hélas très chèrement le prix par la case prison pour avoir osé dénoncer l’Empire centrafricain. L’anachronique réhabilitation de l’empereur Bokassa est une injure à l’histoire et au droit de l’homme, soit dit en passant.

 

Des cadres techniquement compétents et politiquement conscients (?)

 

Des études payées avec l’argent du peuple centrafricain étaient comprises non pas comme une fin en soi mais comme  moyens d’accélérer le développement intégral de la République Centrafricaine. L’objectif minimum admis était de devenir des cadres techniquement compétents et politiquement conscients.

 

Rendons à César ce qui est à César. De jeunes étudiants centrafricains, certes à l’étranger, ont marqué leur génération d’une empreinte indélébile dans les années 70 et 80 : Jean-Paul Ngoupandé et Zarambaud Assingambi d’une part, Sissa Le Bernard, Henri Pouzere, Tobi Ngaragba et Sévérin Ngouda d’autres parts n’ont pas ménagé les efforts pour mobiliser, encadrer et former leurs jeunes compatriotes aux thèses nationalistes et anti-impérialistes. Leur capacité à théoriser et surtout à convaincre  fit d’eux  de véritables ténors qu’il fallait suivre. D’autres encore : Sioke Reynaldi, Mabingui Joseph, Karim Meckassoua, Balenguele Abel, Ndouba Prosper, Siotene Martin, Bélibanga Clément, Répago Goneyo, Kiwi Makouri, pour ne citer que ceux-là, ont fait de la solidarité la règle de leur  vie au point de tout sacrifier pour venir en aide aux autres. Pour mobiliser, ils étaient prompts à sacrifier bourses, tickets de restaurant et chambres de campus au profit de quelque centrafricain que ce soit se trouvant dans le besoin. Le tribalisme était proscrit aussi bien dans le discours que dans le vécu car on ne mobilise pas le peuple sur une base si étriquée, encore moins avec une conception si rétrograde. De même l’adoption d’une nationalité autre que centrafricaine était passible de bannissement car synonyme de trahison à la cause nationale.

 

Les personnes qui ont pris la relève ont montré de grandes capacités au dépassement de soi qui forcent respect : Tiangaye Nicolas à Orléans, Maka Gbokossoto et Sonny Léonard à Dakar, Albert Ndode, Dieudonné Salamatou à Bangui, Emmanuel Touaboy à Abidjan et Alain Lamessi à Brazzaville. Nourris au lait du maoïsme, ces  compatriotes voulaient changer la République centrafricaine pour changer la vie du peuple.

 

Dans tous les ministères comme dans les institutions nationales et internationales on retrouve cette génération de centrafricains formés à l’école du « centrafricanisme  militant » largement en cours dans les années 70 et 80. Ce sont généralement de grands technocrates connus et reconnus pour leur rigueur, leur patriotisme et surtout leur sens de l’intérêt national. Ils sont tous devenus, à quelques exceptions près, de personnalités incontournables dans leur domaine de compétence. Beaucoup d’entre eux ont servi l’Etat à un très haut niveau : Président de la République (AFP), Premier ministre, Ministres, secrétaires d’Etat, Ambassadeurs, Directeurs de cabinet, etc...

 

La faillite des intellectuels centrafricains a fait le nid de de la dictature

 

A l’heure de l’autocritique, peut-être dirons-nous aujourd’hui que le passage aux différents postes de responsabilité des intellectuels émérites n’a pas laissé  que de bilans positifs que l’histoire pourra  faire valoir. Bien au contraire : Lorsque le détournement des deniers publics et la prédation des biens  de l’Etat sont érigés en exercice national  alors comment s’étonner qu’il n’y a pas de route, pas d’électricité, pas d’eau courante, pas d’hôpitaux, pas d’école, pas de ponts? Lorsque les intérêts personnels sont placés au premier rang des valeurs qui doivent guider l’action publique, alors comment s’étonner que le peuple ne croit plus à rien, encore moins aux intellectuels et devienne prompt à tout détruire à la moindre occasion pour se venger ? Lorsque faute d’argument politique on caresse honteusement les bas sentiments tribalistes ou pseudo nationalistes, alors comment s’étonner qu’il n’y a plus ni paix, ni unité nationale ?

 

La refondation de la démocratie centrafricaine moderne s’origine dans la chute de l’empire avec l’opération « barracuda ». De même nous avions applaudi des deux mains l’armée française qui nous a aidés à vaincre la dictature de Bokassa en 1979, de même nous en sommes aujourd’hui réduits  à soutenir le SELEKA dont personne ne connaît le leader (c’est à croire que c’est une rébellion sans tête, ni visage),  après avoir été de fieffés zélateurs du Général Président Bozize.

 

Les intellectuels, c’est comme le phare dans la nuit. Lorsque le phare ne s’allume plus, ce sont des aveugles qui sont aux commandes. Dans ce cas tomber dans le précipice devient inévitable. Il n’y a pas de honte à faire son autocritique. Nous avons collaboré peu ou prou avec tous les régimes qui se sont succédé à la tête de l’Etat avec les résultats que chacun sait. Par couardise ou par opportunisme nous avons accompagné les dictateurs dans leur ascension et n’avons pas toujours été à la hauteur de l’attente du peuple. Aujourd’hui nous devons nous réconcilier avec le peuple centrafricain, regagner sa confiance. Faire amende honorable avant de proposer une alternative crédible à la situation de non Etat qu’est devenue la République Centrafricaine. Lorsque, comble de malheur, des intellectuels se pourlèchent déjà les babines, faisant des pieds et des mains pour hériter de quelque strapontin dans un hypothétique gouvernement d’union nationale à la faveur du dialogue nationale, c’est tout simplement pathétique !

 

Comparaison n’est pas raison, certes ! La République centrafricaine, géographiquement, c’est 20 fois la Belgique, 22 fois le Burundi, 29 fois l’Etat d’Israël avec en plus de l’or et du diamant à l’Est, à l’Ouest, au Nord, au Sud et au Centre, du pétrole au Nord, à l’Est et peut-être au Sud, du Fer depuis Bambari jusqu’à Damara,  de l’uranium à l’Est, sans oublier du bois, du café, du coton, du tabac, etc. Donnez toutes ces richesses au Japon ou tout simplement au Burkina Faso à côté et vous verrez la face du monde changée. Personne ne croit plus un seul instant à cette argutie qui consiste à dire que c’est l’Occident qui nous empêche de nous développer. Le plus souvent nous ne savons même  pas ce que nous voulons à défaut d’avoir de l’amour du peuple comme seul étalon de valeur. Nous avons l’impérieux devoir de mettre fin à la souffrance du peuple centrafricain. Notre responsabilité historique, c’est de calmer le jeu et de promouvoir le dialogue, encore le dialogue et toujours le dialogue. Et Martin Ziguélé, leader de l’opposition, de reconnaître avec lucidité : « il n’y a pas de solution militaire » à la crise que connaît notre pays.

 

Non à la chasse aux sorcières ! Nous sommes tous des Rongas, nous sommes tous des Goulas. Nous sommes tous des Bandas. La démocratie, d’accord ! Mais l’unité nationale d’abord !

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Published by Juliette Abandokwe - dans Centrafrique
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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 16:37

31 décembre 2012
Pr. Bégong-Bodoli Betina
Maître de Conférences, Université Gaston Berger
Saint-Louis, Sénégal

Au général Bozizé: Qui sème le vent, récolte la tempête

http://img.over-blog.com/154x166/1/72/87/46/Betina-copie-1.jpgDepuis une décennie, à l’occasion du coup d’État qu’il a fomenté le 15 mars 2003 contre le président défunt Ange-Félix Patassé, le général François Bozizé a depuis lors pris les Centrafricains pour des béni-oui-oui.

Rappelons les faits :

1-    Lorsque le général rebelle est entré à Bangui, il a promis au peuple centrafricain qu’il est venu « mettre de l’ordre dans la maison » et que, dès que son travail sera fini, il s’en ira. Résultat : contre vents et marées, non seulement il n’a pas respecté sa parole d’officier en se retirant après la période de transition, mais il tente aujourd’hui de s’éterniser au pouvoir en voulant tripatouiller la Constitution ; 

2-    Lorsque son fauteuil a été menacé par les rebelles en 2006 et 2010, il s’est rendu successivement à Libreville et y a signé des accords dits de Libreville avec les rebelles et autres oppositions centrafricaines. Résultat : aucune application des accords sur le terrain. Au contraire, il a profité de ce moment d’accalmie pour affaiblir les Forces Armées Centrafricaines (FACA) et armer sa garde présidentielle ; 

3-    Lorsqu’il a accepté de négocier avec l’opposition démocratique et de mettre en place le Code électoral et la Commission Electorale Mixte et Indépendante (CEMI), à deux reprises en 2005 et en 2011, il a vidé ces organes de leurs contenus en les truffant de ses parents et affidés. Résultat : Bozizé lui-même, son épouse, sa copine, ses enfants ont pris d’assaut l’Assemblée Nationale. À elle seule, la famille Bozizé constitue un groupe parlementaire ! 

4-    Enfin, l’objectif de toutes ces manœuvres c’était la modification de la Constitution alors que l’article 108 de celle-ci est explicite et catégorique là-dessus : « Sont expressément exclus de la révision : 


-  la forme républicaine et laïque de l’État ;

-  le nombre et la durée des mandats présidentiels ;

-  les conditions d’éligibilité ; 

-  les incompatibilités aux fonctions de Chef de l’État ;

-  les droits fondamentaux des citoyens ».  

 

Conclusion 

À force de semer des vents sans véritables conséquences, le général Bozizé croyait que l’histoire oubliait ses détracteurs. Aujourd’hui ce sont les vents semés à longueur d’une décennie de tyrannie et de mensonges qui se sont enflés et ont décidé de se retourner contre lui pour qu’il les récolte. Même le dialogue qu’il propose aujourd’hui est un leurre. Tout Centrafricain qui a de la mémoire sait que le général Bozizé n’appliquera jamais ses résultats. Il n’a jamais respecté sa parole et ne la respectera jamais. Les généraux Amadou Toumani Touré et Pierre Buyoya, qui ont servi par le passé de médiateurs dans les conflits centrafricains, et même le célèbre musicien ivoirien Tiken Jah Fakoly sont bien placés pour témoigner de ce que nous affirmons.     

Aujourd’hui, l’urgence est de chercher une voie de sortie honorable à notre général. Il n’a pas à dire qu’il ne se présenterait pas aux élections de 2016 et considérer cela comme une concession : NON ! Ce n’est pas une concession de sa part car la Constitution ne l’y autorise pas. Il n’a pas à constituer un gouvernement d’union nationale : NON PLUS ! Il veut gagner du temps, armer ses sbires, et rouler une fois de plus le peuple centrafricain dans la boue. Le peuple est meurtri ; il a trop souffert.

Permettre à Bozizé de terminer un pseudo-mandat, pour une élection qu’il a truquée, serait provoquer une inaction à la tête de l’État et empirer la souffrance du peuple. Car, en réalité, le général Bozizé n’a jamais gagné aucune élection en Centrafrique. C’est ça la vérité ! 

L’unique option, si l’on veut que la RCA renoue avec la démocratie qu’il a interrompue en 2003, est que Bozizé emprunte une voie de sortie honorable.

Que l’on mette en place un Haut Conseil de la République à la tête duquel on désignera un président ;

que l’on nomme un premier ministre qui aura effectivement les prérogatives de chef de Gouvernement ;

et, enfin, que l’on compose un gouvernement qui sera l’émanation de toutes les sensibilités, y compris les partisans du général Bozizé.

Toute autre solution incluant le général Bozizé en personne sera vouée à l’échec et entraînera ipso-facto un piétinement au niveau de l’Exécutif et, partant, une aggravation des souffrances du peuple.   

En effet, le général Bozizé est un récidiviste. C’est un homme qui a prouvé aux yeux des Centrafricains, de l’Afrique et du monde entier, que non seulement il n’a pas de parole d’honneur, mais, en plus, ne croit en rien : sa seule religion est le POUVOIR. (par la violence.... rajoute Juliette)

 

 

PS./DERNIERE MINUTE : 

Voici le message que nous venons de recevoir d’un Centrafricain résidant à Bangui qui vient de nous contacter, sous couvert de l’anonymat :  

« Bonjour, Nous sommes en train de vivre un génocide plus pire que ce que nous entendons. À vous de faire vraiment une déclaration relative à cette situation. Sinon ça sera trop tard et essayez de prendre contact avec les leaders politiques. Il y a déjà des négociations et des formules pour une transition. Merci ».

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1 janvier 2013 2 01 /01 /janvier /2013 18:20

31 décembre 2012
Jean-Pierre Bejot
La Dépêche Diplomatique


François Bozizé : Il voulait être l’homme de la refondation de la Centrafrique. Il en est le fossoyeur !

 

http://img.over-blog.com/235x288/1/81/85/96/19/bozize-2.jpgA l’instar de beaucoup d’autres, François Bozizé aura fait le mandat de trop. A l’instar de son homologue malien Amadou Toumani Touré, cet officier général aura su organiser la conquête du pouvoir par l’armée mais n’aura pas su résister à une offensive « rebelle ». Bangui n’est pas encore tombée mais on se demande comment Bozizé pourrait non seulement renverser la situation sur le terrain mais, plus encore, envisager de perdurer au pouvoir, politiquement et diplomatiquement.

L’ambassade des Etats-Unis ayant purement et simplement plié bagages hier, jeudi 27 décembre 2012, la France – présente militairement dans la capitale – restant l’arme au pied, le discrédit du chef de l’Etat (sic) est total et il est peu probable qu’il y ait encore quelque chose à négocier le 10 janvier 2013, objectif de la mission de conciliation de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC) : il n’y a personne pour penser que Bozizé est, aujourd’hui encore, l’homme qu’il faut à la place qu’il faut.

Né au lendemain de la fin de la Deuxième guerre mondiale, au Gabon, d’un père gendarme originaire de la région de Bossangoa, dans le Nord-Ouest de l’Oubangui-Chari (aujourd’hui Centrafrique), Bozizé appartient à l’ethnie Gbaya. Son enfance et son adolescence seront marquées par les soubresauts qui caractérisent cette colonie française totalement enclavée, dernier territoire ayant constitué l’Afrique équatoriale française (AEF). Délaissé par l’administration coloniale, ce territoire a été totalement livré aux grandes compagnies concessionnaires qui, soucieuses seulement d’exploiter ses richesses naturelles, ne se sont pas préoccupées de son développement. André Gide, Albert Londres, Louis-Ferdinand Céline, parmi d’autres, ont raconté dans leurs livres cette effroyable exploitation totalement inhumaine.

L’année où va naître Bozizé, Barthélémy Boganda (dont le centenaire de la naissance a été célébré le 4 avril 2010), avait été élu, pour la première fois, député à l’Assemblée nationale à Paris. Dix ans plus tard, lors de la création de la République centrafricaine, il sera nommé chef du gouvernement provisoire étant appelé, du même coup, à devenir le premier président de la République dès que l’indépendance aurait été acquise. Mais quelques mois plus tard, à la veille de cet événement, le 29 mars 1959, le Noratlas 2014 dans lequel il revenait de Berbérati explosait en plein vol. Ce drame va marquer durablement la population centrafricaine. Boganda va devenir le symbole de l’homme d’Etat qui aura cruellement fait défaut au pays. Sa mort va ouvrir la porte du pouvoir à son « cousin » David Dacko (qui a été préféré par Paris à Abel Goumba, plus engagé à gauche). Qui, le 13 août 1960, proclamera l’indépendance de la République centrafricaine. On le dira « l’homme des Français ». Il le sera. Un temps !

Ayant choisi de servir au sein de l’armée, Bozizé sera formé par les Français à l’Ecole militaire de Bouar. Le 1er janvier 1966, le colonel Jean Bedel Bokassa, chef d’état-major de l’armée, s’emparera d’un pouvoir que Paris destinait à Jean Izamo, commandant de la gendarmerie nationale. C’est la fin du règne de Dacko. Et le début de celui de Bokassa qui, souvent mal conseillé, plus souvent encore instrumentalisé par ceux qui ont des visées sur les ressources naturelles considérables de la Centrafrique, ne sera pas ce qu’il promettait d’être.

Bokassa sera président à vie en 1972, maréchal en 1974, musulman en 1976, empereur en 1977 (après s’être « reconverti » au catholicisme). Le 20 septembre 1979, l’Elysée va décider l’opération Barracuda qui va permettre de le renverser en douceur. Paris ramène Dacko au pouvoir. Sous Bokassa, Bozizé avait été promu capitaine en 1975 puis commandant. Mais, repéré par le chef de l’Etat, il s’était retrouvé… général de brigade à 32 ans, en 1978, et deviendra son aide de camp. Quand Dacko reviendra au pouvoir, Bozizé sera nommé ministre de la Défense. En 1980, il va aller se perfectionner à l’Ecole de guerre en France. C’est à Paris qu’il apprendra le coup d’Etat du général André Kolingba. Dacko avait été réélu, en mars 1981, président de la République avec seulement 50,23 % des voix ; le 1er septembre 1981, il est renversé par un coup d’Etat militaire.

Kolingba va gouverner le pays sous le strict contrôle du lieutenant-colonel Jean-Claude Mantion, officier français ancien des services secrets, chef de la sécurité présidentielle. Dans le gouvernement Kolingba, Bozizé sera ministre de l’Information et de la Culture, mais les relations entre les deux hommes seront difficiles. Les 2-3 mars 1982, ayant été accusé d’avoir voulu le renverser, il s’exilera au Tchad puis au Bénin (pendant son séjour au Bénin, Bozizé deviendra adepte de l’Eglise du Christianisme Céleste-Nouvelle Jérusalem). En juillet 1989, arrêté au Bénin, extradé vers Bangui, il sera emprisonné, torturé, accusé de complot et de menées subversives. Mais la roue de l’Histoire tourne vite en cette fin de décennie 1980. Le multipartisme sera légalisé à la suite de grèves et de manifestations. Bozizé, acquitté, sera libéré en décembre 1991.

Le 19 septembre 1993, Ange-Félix Patassé est élu président de la République centrafricaine après près de 54 % des voix, devançant son principal adversaire, Abel Goumba. Bozizé, candidat lui aussi, fera un score peu significatif, pour ne pas dire insignifiant. Recevant le nouvel ambassadeur de France à Bangui, Patassé avertira : « L’échec de Patassé et de son gouvernement sera l’échec de Mitterrand et du peuple français ». Patassé échouera ; mais de son seul fait. Dans un contexte politique déliquescent, et alors que certains pays voisins (le Tchad mais aussi et surtout la Libye) ont des visées sur Bangui, la Centrafrique va être confrontée aux mutineries militaires et autres affrontements armés. La première mutinerie remonte au 18 avril 1996 ; de nouveaux affrontements auront lieu en 1997. Une Mission interafricaine de surveillance des Accords de Bangui (Misab) sera mise en place puis une Mission des Nations unies (Minurca) en 1998.

Dans la nuit du dimanche 27 au lundi 28 mai 2001, Bangui devra faire face à une tentative de coup d’Etat. L’ex-chef d’Etat, Kolingba, s’avérera en être l’instigateur. Il faudra dix jours, le soutien des Libyens et des troupes du zaïrois Jean-Pierre Bemba, opposant armé au régime de Kinshasa, pour que « l’ordre » soit rétabli dans la capitale centrafricaine. La résidence de Kolingba étant attenante à l’ambassade de France, Patassé ne manquera pas de mettre en cause la France, accusée d’avoir fourni des armes aux « rebelles ». Du même coup, Patassé devra annuler son voyage à Paris, prévu pour la fin de l’été. Il déléguera dans la capitale française son premier ministre, Martin Ziguelé, tandis que Kolingba se réfugiera en Ouganda.

Effet collatéral de cette tentative de coup d’Etat, le 26 octobre 2001, Bozizé sera limogé de son poste de chef d’état-major de l’armée. Il s’enfuira au Tchad avec cinquante-six hommes, quelques véhicules et ce qu’il a pu trouver comme moyens de subsistance. Il s’agissait pour lui d’échapper à l’arrestation après s’être réfugié dans sa résidence de Bangui : pendant plusieurs jours, il s’opposera par les armes à ses agresseurs. Le 25 octobre 2002, à la veille du premier anniversaire de son limogeage, il revendiquera une première tentative de coup d’Etat. Qui échouera. Mais le samedi 15 mars 2003, cependant, accompagné d’un groupe de « libérateurs » d’un millier d’hommes, il va renverser le régime de Patassé et prendre le contrôle de la capitale en moins de deux heures. « Une révolution, pas un coup d’Etat », dira-t-on, tant il est vrai que le départ de Patassé soulageait tout à la fois la population centrafricaine, sa classe politique, la communauté africaine (à commencer par Libreville en charge de la médiation) et la « communauté internationale ».

 

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 23:26

 

28 décembre 2012
Source: Makaila

 

http://img.over-blog.com/500x333/2/23/39/99/arm-e/tchad-guerre-22_n.jpgLes soldats tchadiens dans leur soit disant mission d’interposition ont profité de la coupure des réseaux téléphoniques des zones occupées par les rebelles pour opérer des pillages systématiques.

 

Ils récupèrent au passage tous les biens précieux (véhicules, motocyclettes diamants, or et argents liquides) des paisibles citoyens.  Quatorze (14) véhicules remplis des biens des centrafricains ont déjà traversés la frontière tchadienne. En plus de ces pillages systématiques organisés par les forces du mal (ANT), une vingtaine des femmes ont été violées dans les différents lieux de passage de ces sinistres mercenaires. Mais un cas d’un viol collectif de quatre (04) soldats tchadiens sur une fillette de 13 ans nous a marqué énormément. La pauvre mourante et sanguinolente,  couchée par terre est abandonnée sur la voie publique. Ces soldats mercenaires ont déjà montré leur intention de tirer sur ceux qui s’opposent aux pillages et aux viols.  

Nous alertons l’opinion nationale et internationale qu’avec ces mercenaires tchadiens, nous sommes presque dans la même situation de ceux de Jean Pierre Bemba en 2002 qui avaient soutenu Patassé. Le Président tchadien est tombé dans le piège mortel du dictateur Bozizé. Avec ce comportement des mercenaires d’Idriss Deby en RCA, inévitablement son dossier ne tardera pas d’être admis sur la table de la CPI ou du TPI. 

Automatiquement, Bozize et Deby seront décimés par la même maladie de Patassé ou de Bemba. En attendant, la victime est la population civile centrafricaine qui est quotidiennement maltraitée, pillée et violée par les mercenaires tchadiens.

Humainement, nous nous posons la question de savoir pourquoi ce silence de la présence de ces forces du mal tchadiens et sans aucun mandat qui font subir aux civils des pures exactions extrajudiciaires ?  La présence de ces mercenaires n’est ni plus ni moins une aide d’un dicteur à un autre dictateur aux abois.

Pourquoi ce silence complice des organisations internationales telles que :l’ONU, les USA, l’EU, l’UA, les ONG, le HCR  et en particulier celui de François Hollande. En coulisse, les SELEKA disent si jamais les mercenaires tchadiens tirent sur eux ou sur la population, ils extermineront tous les ressortissants tchadiens en RCA.

Il y a lieu de grouiller nos esprits et organes de faire en sorte que l’année 2013-2014 ne soit pas comme celle du génocide de 1994 au Rwanda.  

 

Note de Juliette: Comme nous le savons, Seleka est une coalition de plusieurs groupes, tant centrafricains que tchadiens, donc potentiellement pas parfaitement uniforme dans les réactions. D'autre part, certains responsables de la coalition étant de la région de Birao, ils savent parfaitement faire la différence entre les Deby et les civils tchadiens en RCA, qui sont souvent leurs voisins de quartier et buveurs de thé comme eux. Tout le monde sait aussi que Deby n'en a strictement rien à cirer des civils tchadiens en RCA, puisqu'il s'en fiche déjà royalement des Tchadiens du Tchad! Donc je ne vois pas trop bien comment des représailles contre les civils tchadiens en RCA pourrait être d'une quelconque satisfaction pour les hommes de Seleka. 

 

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 03:45

28 décembre 2012
AFP

WASHINGTON - Les Etats-Unis ont annoncé jeudi soir avoir fermé leur ambassade en Centrafrique et fait évacuer leur ambassadeur et son équipe, en raison des troubles dans ce pays d'Afrique.

L'ambassade des Etats-Unis à Bangui a provisoirement suspendu ses opérations le 28 décembre (heure de Bangui, Ndlr) en raison de la situation sécuritaire en République centrafricaine (...). L'ambassadeur Wohlers et son équipe diplomatique ont quitté Bangui aujourd'hui avec d'autres ressortissants américains, a annoncé dans un communiqué un porte-parole du département d'Etat, Patrick Ventrell.

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