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28 août 2011 7 28 /08 /août /2011 21:56

28 août 2011
Alain Lamessi
Docteur en Psychopathologie-CAFDES
Directeur MAS


M’inspirant de la théorie de la rationalité limitée de Herbert A. SIMON, prix Nobel d’économie en1978 qui, dans une synthèse complexe de psychologie et d’économie, soutient que « le dirigeant ne peut pas avoir réponse à tout », je suis enclin à moins de radicalité mais à plus de modération et de mesure dans mes propos : Refusant par tempérament de m’ériger en donneur de leçons. Certes il est toujours plus facile de dénoncer que de proposer mais je ne perds pas de vue le contexte historique par trop velléitaire de de la RCA qui est à la fois dans une période post-conflit et une période de rébellions armées. Je reste néanmoins convaincu que l’union sacrée des centrafricains est le plus petit commun dénominateur. Par conséquent, j’ai la faiblesse de croire que mon pays peut dans un sursaut patriotique, se rassembler dans l’unique intérêt du peuple centrafricain. Aussi faut-il  mettre tout en perspective et contextualiser chaque prise de position d’autant plus qu’il n’y a pas de surhomme au sens nietzschéen du terme. L’essentiel n’est-il pas que le dirigeant soit moins mauvais et toujours à la quête du moindre mal comme l’indiquent les théories modernes de management ?

 

Ceci étant, des faits divers d’une exceptionnelle gravité doublée d’une singulière banalité qui ont défrayé la chronique ces temps derniers ne peuvent laisser indifférent : élections contestées, corruption passive de certaines élites, détournements supposés ou réels des deniers publics, baccalauréat galvaudé et marchandé, enfants assassinés, droit de cuissage érigé en conditionnalité, des soins refusés aux malades qui n’ont pas d’argent, groupuscules politico-militaires sans assises populaires, ni idéologiques  dictant la loi de la baïonnette, des pans entiers de la population contraints à l’exil dans leur propre pays, des rebellions exogènes s’installant impunément sur le territoire national comme dans un moulin, des filles et des fils du pays assassinés, violés ou enlevés aux fins de servir d’esclaves aux étrangers, etc… Nous assistons au règne souverain de la dictature des contre-valeurs où les moins vertueux sont applaudis tandis que l’honnête citoyen est acculé jusqu’à son dernier retranchement. Disons-le tout net : Toutes ces avanies ne font pas rire. Loin s’en faut. Elles sont révélatrices, si besoin en était, du déficit chronique de l’éthique qui est l’une des causes du bégaiement continu de l’histoire de notre pays.

 

L’Ethique : De quoi s’agit-il ?

 

Une parenté étymologique rapproche morale et éthique mais la morale n’est pas l’éthique. La morale se rapporte au bien et au mal, à la norme et à la loi. Elle varie dans l’espace et dans le temps. La morale, c’est ce que l’on fait par devoir tandis que l’éthique est ce que l’on fait par amour en mettant en œuvre le sentiment. Elle renvoie à l’idée du juste  et de l’injuste. Paul RICOEUR, philosophe et humaniste chrétien, définit l’éthique comme «une  visée de la vie bonne, avec et pour autrui, dans des institutions justes ». L’action politique doit par conséquent être sous-tendue par l’éthique qui est une quête permanente du bien-être du citoyen. Cette quête se fait avec les autres et pour les autres.

 

Je participais l’autre jour à Paris, à un séminaire de formation sur la rhétorique organisé par un grand parti politique français. L’un des orateurs a posé une question qui est loin d’être anodine tant elle est récurrente depuis l’époque helléniste : Fait-on de la politique pour s’enrichir au plan personnel ou pour apporter des solutions aux problèmes du peuple ? Il y en a qui pense que la politique, c’est d’abord conquérir le pouvoir pour le pouvoir avec tous ses avantages et ensuite le conserver par tous les moyens en utilisant mensonges, tromperies, assassinats, etc. Cette tendance semble majoritaire chez bon nombre de dirigeants africains depuis les indépendances. Même le très brillant président, Maître Abdoulaye WADE, récemment pris en flagrant délit de tripatouillage de la constitution sénégalaise, n’est pas très différent du Président Laurent GBAGBO à qui il conseillait  pourtant avec beaucoup d’éloquence de quitter le pouvoir. Ne parlons pas du président Faure GNASSINGBE EYADEMA du Togo, dont on a pu voir sur les télévisions du monde entier, les militaires courir dans les rues de Lomé avec des urnes volées et bourrées lors de l’élection présidentielle du 24 avril 2005. Nicolas MACHIAVEL, théoricien politique italien du XVIe siècle, a soutenu cette idée dans son livre  Le Prince  qui a influencé beaucoup d’hommes d’état au nom de l’efficacité plutôt que de la morale. (…)

 

Pour moi le but de la politique, c’est d’assurer le bien public. En d’autres termes, on ne peut faire de la politique que si l’on est apte à apporter des solutions ou des débuts de solution  aux préoccupations concrètes et quotidiennes du peuple. Vivre ensemble dans une communauté historique implique, pour le dirigeant, la recherche continue du bien-être de tous, si ce n’est de la majorité. C’est en cela que l’éthique trouve sa pleine justification dans la mesure où elle met l’homme au centre des préoccupations et recherche en permanence ce qui est meilleur pour lui.

 

Passons maintenant à une autre dimension non moins importante: L’éthique est avant tout recherche du sens. Le dirigeant indique le chemin à suivre, impulse une dynamique et montre l’exemple. Aussi toute action posée doit-elle avoir un sens. Que puis-je faire pour apporter un  peu de bonheur autour de moi ? A travers ce prisme, la politique est  recherche de l’excellence par la disqualification de la médiocrité. A tout le moins, elle  cesse d’être simplement la récompense des thuriféraires et zélateurs mais devient la promotion des compétences, même des adversaires putatifs. A cet égard, la France peut être un modèle pour nous. Comment ne pas apprécier que la commission des finances de l’Assemblée nationale de ce pays soit présidé par un député de l’opposition et la cour des comptes par un opposant socialiste ? Pourquoi par exemple le conseil économique et social ou même l’inspection générale d’Etat de la République centrafricaine ne serait-il pas présidé par Jacob MBAITADJIM, Joseph KOYAGBELE, Jean Edouard KOYAMBOUNOU, que sais-je encore? Ils ont le savoir (diplômes), le savoir-faire (expériences) et le savoir-être (bonne moralité). Nous n’avons pas le droit de gâcher toutes nos valeurs et compétences au nom d’on ne sait quelle clé de répartition manichéiste. Je préjuge que ces compatriotes, politiquement mûrs, seront à même de discerner l’intérêt national de l’intérêt partisan. Si intérêt partisan il y a.

 

L’éthique comme fondement de la politique serait stérile si elle n’est pas nourrie par l’empathie, cette disposition subjective et intuitive à se mettre à la place de l’autre,  de celui ou celle qui n’a rien à manger, qui n’a pas de vêtement, qui ne peut se soigner, qui ne peut s’instruire, qui ne peut se loger. D’ailleurs il ne peut y avoir de politique digne de ce nom sans la compassion du prochain, compassion dont Jésus-Christ en a parlé dans la parabole du « Bon samaritain » de l’Evangile. Dès lors l’impératif catégorique cher à Emmanuel KANT s’impose d’emblée. Loin d’être le repère des aventuriers ou autres braconniers de tous poils en mal de recyclage, la politique est l’expression ultime de l’amour du prochain. Faire de la politique, c’est d’abord aimer le peuple. Et aimer le peuple, c’est rechercher son bonheur. Le contraire, c’est de l’imposture.

 

Des institutions justes pour l’égalité de tous

 

Il n’y a pas d’éthique sans institutions justes. Le rôle des dirigeants est de favoriser les conditions d’existence des institutions justes où l’égalité et l’équité sont des vertus cardinales. Il est difficile de comprendre que la justice centrafricaine ait pris un si grand marteau pour vouloir écraser « de minuscules mouches » que sont les journalistes Faustin BAMBOU et Syrus SANDY (que je salue amicalement) mais ne s’autosaisisse pas pour faire éclater la vérité sur de gravissimes crimes économiques présumés évoqués par une certaine presse courageuse. Seule la justice peut nous dire, au nom du peuple, si cela est vrai ou pas. Mais on ne peut pas faire comme si de rien était.

 

La corruption et le passe-droit sont, aujourd’hui comme hier, érigés en règles. On ne peut faire aucun papier administratif sans « graisser les pattes ». A l’église, ce dimanche j’écoutais avec fierté le compte-rendu d’un pasteur de retour de Bangui où il était allé en mission pour deux semaines. J’étais moins fier lorsqu’il déclara  que la corruption et le détournement gangrènent la République centrafricaine. Ils sévissent même dans les églises. Beaucoup de pasteurs sont hélas corrompus, a-t-il péroré avec consternation. Merci pasteur pour la publicité! Ce constat est corroboré par le classement de Transparency International qui situe en 2010 la RCA au 154e rang sur 178 pays selon l’indice de la perception de la corruption.

 

Que dire de ce jeune fonctionnaire qui, à peine intégré dans la Fonction publique et affecté à la frontière ouest du pays, au bout de quatre années seulement, construit une luxueuse villa à Bangui et fait  l’honneur de sa famille, de son quartier ? Tandis que le professeur d’université qui, après 28 ans de bons et loyaux services mais trimballant vaille que vaille plusieurs mois d’arriérés de salaires  n’a pu construire ne serait-ce qu’une petite bicoque en semi dur. Il est l’objet de moquerie de la famille aux places mortuaires. Moralité, pour être bien vu, il faut voler. Quel contre-exemple !!

 

A ce stade de réflexion,  je prends la liberté pour faire une digression : Je me souviens d’un jeune centrafricain brillamment reçu au bac C avec mention Assez Bien mais dont le nom a été purement et simplement rayé de la liste des admis, après la délibération du jury mais avant la proclamation officielle à la radio, à cause de la consonance de son nom qui laissait supposer qu’il appartînt à la « mauvaise ethnie ». Une de ses connaissances haut placée, fort des témoignages concordants de certains membres du jury, est allé plaider son cas  auprès du Ministre. Après vérification des copies, ce compatriote était rétabli dans ses droits. Dieu merci, il est aujourd’hui médecin quand bien même le coupable de la forfaiture n’ait jamais été inquiété. Cette histoire authentique soulève  nombre de questionnements : Et ceux qui n’ont pas de bonnes relations sont-ils condamnés à subir une telle injustice? Combien de  centrafricains meurent-ils de faim, croupissent-ils en prison, sont-ils recalés aux examens et concours, ne sont-ils pas recrutés dans les entreprises, n’ont-ils pas de promotion dans leur travail ni bénéficié des soins à l’hôpital ou des bourses d’études à cause de la consonance  de leur nom ? Cela est injuste ! Le tribalisme est une maladie qui tue. Nous devons le combattre au même titre que le SIDA.

 

Pour terminer, je vous convie à faire avec moi un détour jusqu’à la Grèce antique pour retrouver PLATON. En effet, dans son livre, La République, ce philosophe soutient que le but de l’Etat est de faire régner la vertu, c’est-à-dire instaurer une société juste gouvernée par des « philosophes-rois » qui doivent avoir les qualités suivantes: sagesse, courage, tempérance et justice. A partir de là, une question se pose avec acuité et actualité: Ya-t-il encore un « sage », au sens de Platon, pour sortir la république centrafricaine de la misère morale et matérielle dans laquelle croupit le peuple? La réponse qui vient spontanément à l’esprit est oui tant il y a beaucoup de cadres éminents avec une probité intellectuelle au-dessus de tout soupçon, pris individuellement aussi bien dans la majorité que dans l’opposition. En vérité, la meilleure réponse vient de BORDEAUX où mon ami Céphas MABADA MABAYE a affirmé, dans un article publié sur internet, que « revenir à Christ » est la condition préalable de la refondation de la République Centrafricaine. Je souscris entièrement à cette thèse. 

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Published by Juliette Abandokwe - dans Centrafrique
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19 août 2011 5 19 /08 /août /2011 14:05

19 août 2011
Centrafrique-Presse

 

Note de Juliette: Voici la liste des 11 personnes détenues arbitrairement dans cette affaire. Certains n'étaient que de passage dans le bureau de Me Balemby au moment de la rafle de la Garde Présidentielle!


Albertine BALEMBY née KALAYEN
Bienvenu NGARO
Prosper NGBANGA
Michelle BENGBA
Lin Maximin CROZON CAZIN
Austin MOUDJIKEM
Michael BODA MAKPEVODE
Mathurin NGOZOUA MAMADOU
Gabin DENGOU
NGERE KOUNDANGBA
Mathurin Francisco WILIBONA

 

En date du 21 juillet dernier, la Chambre d’Accusation de la Cour d’Appel de Bangui, statuant en toute indépendance, a invoqué les dispositions de l’article 97 alinéa 1er du Code de  Procédure Pénale, rappelant qu’aucune détention ne peut excéder la durée d’un an sauf à titre exceptionnel lorsque le Juge d’Instruction envisage de prolonger le délai de détention par une ordonnance motivée et pour une durée qui ne saurait excéder une période de 4 mois. La Chambre d’Accusation a pu constater qu’aucun acte n’avait suivi les interrogatoires de première comparution, que le Juge d’Instruction n’avait pris aucune ordonnance motivée en vue d’une prolongation de la détention, et que, dès lors, cette détention était manifestement illégale. C’est pourquoi la Chambre d’Accusation a rendu une ordonnance de mise en liberté immédiate de Mme Albertine BALEMBY née KALAYEN et autres qui avaient arbitrairement été déportés et illégalement détenus plus d’une année pour rien à la prison spéciale de BOZIZE et FEINDIRO de Bossembélé.

 

Comme on est en bozizie, ils ont été récemment ramenés à Bangui suite aux diverses pressions mais le magistrat Modeste Martineaud BRIA bloque depuis, l'exécution de la décision de justice prise le 22 juillet 2011 de les remettre en liberté, pour faire sans doute plaisir à son ministre, toujours le demi-dieu Firmin FEINDIRO ainsi qu’au président BOZIZE, et aussi dans une certaine mesure à son pourvoyeur de fonds, le libanais El Akhras Ali 1er, nouvel empereur de Centrafrique, qui détient par délégation de pouvoir de BOZIZE, le droit de vie sur les Centrafricains opprimés et résignés. Il s’est dernièrement permis de frapper et passer à tabac jusqu’à lui casser le bras, un de ses employés qu’il a accusé d’avoir volé son iPAD acheté à Doubaï ou en Chine.  Ainsi continuent tranquillement les pratiques de république bananière en bozizie.

 

Ci-dessous, l'ordonnance de mise en liberté dont l'exécution est bloquée par Modeste BRIA

ordonnance-affaire-RAYAN-1.JPGordonnance-affaire-RAYAN-2.JPGordonnance-affaire-RAYAN-3.JPGordonnance-affaire-RAYAN-4-copie-1.JPG

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18 août 2011 4 18 /08 /août /2011 23:35

Relu pour vous

Publié le 14 mars 2008
Amandine Marie

 

 

Entretien avec Jean-Paul Ngoupandé, ancien Premier Ministre centrafricain

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcQa41BQaSF9pe4h6Ey-M32mZY1b4KXMCQMxdN-w7vErps0smeFzPremier ministre de République centrafricaine (RCA) de juin 1996 à janvier 1997, Jean-Paul Ngoupandé nous donne aujourd’hui sa vision de l’avenir de l’Afrique et de la RCA au lendemain de l’Indépendance, vision teintée d’espoir grâce notamment au rôle à jouer de l’agriculture.

 

Grain de sel : Pouvez-vous nous rappeler les actions que vous avez menées lors de votre mandat et votre parcours jusqu’à aujourd’hui ?


Jean-Paul Ngoupandé : Je suis philosophe de formation. J’ai commencé ma carrière professionnelle dans mon pays en 1980, comme professeur à la faculté des lettres et sciences humaines de Bangui, puis doyen de cet établissement. Puis, en septembre 1985, j’ai été nommé ministre de l’Éducation. Ensuite, j’ai passé sept années en diplomatie, comme ambassadeur en Côte d’Ivoire (de 1989 à 1994) puis en France (de 1994 à 1996). En juin 1996, suite aux mutineries au sein de l’armée centrafricaine, qui ont secoué le régime du président Ange-Félix Patassé et mis à mal l’unité du pays, j’ai été appelé pour diriger un gouvernement d’union nationale (GUN) dont la mission était de ramener la paix et la concorde, de tenter de résoudre la crise de l’armée et renouer avec les partenaires au développement par des réformes économiques hardies. Cette mission était inscrite dans un « Protocole d’Accord Politique » signé par tous les protagonistes de la crise. L’expérience a duré à peine huit mois, du fait des blocages et des tensions de toutes sortes, notamment avec le camp présidentiel. Après cette expérience, j’ai clairement pris position. Je suis rentré véritablement en politique partisane et je suis devenu leader de l’un des partis du pays. Je le suis toujours d’ailleurs... J’ai été élu député en 1998, et réélu en 2005. Puis, après le changement de 2003 et les élections de 2005, je suis entré à nouveau au gouvernement comme ministre d’État aux Affaires étrangères. Enfin, un grave problème de santé m’a contraint à suspendre mes activités politiques et professionnelles. Je vais mieux à présent..

 

GDS : Vous avez écrit plusieurs essais ( notamment "L’Afrique sans la France", "L’Afrique face à l’Islam"), ainsi que des articles remarqués dans la presse parisienne ("L’impossible unité africaine", "L’Afrique suicidaire", etc.). Des titres plutôt pessimistes. Pourquoi ?

 

JPN : Ces ouvrages sont tout simplement le constat à un moment donné d’une situation qu’il faut changer. Je ne suis pas du tout afro-pessimiste ! Ces titres forts, comme « L’Afrique suicidaire », c’est juste une façon de dire qu’il faut que nous reprenions le bon chemin. Et les titres sont souvent une affaire d’éditeur, c’est-à-dire une affaire, disons... un peu commerciale ! Je pense, au fond, que les Africains doivent être les premiers à reconnaître les choses qui ne vont pas. Aujourd’hui, il y a un discours de responsabilité à tenir. Le temps est venu de reconnaître que nous sommes responsables d’une partie de nos problèmes actuels. Je lutte contre l’afro-pessimisme car entre l’afro-pessimisme et le racisme, il n’y a qu’un pas. L’afro-pessimisme radical signifie que la situation est sans espoir, que l’Afrique noire est en marge, voire hors jeu, de la civilisation et de la mondialisation. Un tel discours mène en réalité vers une approche raciste. C’est cela qui a piégé un peu l’Occident aujourd’hui, lequel a du mal à admettre que l’émergence de pays comme la Chine conduit à la réintégration de l’Afrique dans le jeu de la mondialisation, du fait de l’intérêt que le géant asiatique porte à notre continent.

 

GDS : Êtes-vous donc les seuls responsables de la situation actuelle en Afrique ?

 

JPN : Depuis les dernières décennies, celles qui ont suivi l’indépendance, nous sommes en effet les principaux responsables. Mais il est évident que la responsabilité extérieure a été excessivement lourde pendant trois à quatre siècles. La plus terrible responsabilité portée par l’extérieur débuta avec le plus grand drame que l’Afrique contemporaine ait connu : la traite négrière. Quand vous l’étudiez en profondeur et non de manière superficielle, vous constatez que des séquelles et des traumatismes subsistent à tous points de vue. Puis, il y a eu la colonisation. Elle avait ses mauvais côtés, bien sûr, mais a pu tout de même, sans être une œuvre de philanthropie, apporter une certaine modernité. Depuis, nous sommes indépendants, notre part de responsabilité ne fait que croître. Le poids de l’extérieur reste présent mais c’est à nous de prendre l’essentiel des décisions.

 

GDS : Quelle est votre vision de l’avenir de l’Afrique ?

 

JPN : Aujourd’hui, les Occidentaux se trompent complètement. L’Afrique est un continent qui bouge de manière saisissante. Elle est à un véritable tournant. Elle continue certes d’être confrontée à d’énormes défis : la mal-gouvernance, la déliquescence des Etats, la persistance de quelques conflits internes meurtriers, la non-maîtrise de sa démographie, des crises éducatives et sanitaires aiguës, des risques écologiques, notamment l’avancée de la désertification, etc. Mais elle dispose aussi d’atouts considérables. Le bouleversement induit par la montée en puissance de nouveaux pays émergents, comme la Chine, l’Inde, le Brésil, etc., nous offre une chance en nous permettant une variété d’offres de partenariat, ce que nous n’avions pas du tout il y a une décennie. Il faut saisir cette chance. L’horizon paraissait bouché jusqu’à il y a dix ans. Aujourd’hui, je regarde l’Afrique avec plus d’espoir. Je mesure l’importance des défis mais je tiens compte aussi de nos potentialités et des opportunités. En ce qui concerne les processus de démocratisation, nous sommes toujours dans la période de transition qui a commencé avec la chute du mur de Berlin. Il y a eu et il y aura des hauts et des bas, ce qui me paraît normal. Cela prendra encore quelques années, mais il y aura de plus en plus de pays qui se stabiliseront. Viendra un moment où une masse critique de pays stables entraînera la machine. Je souhaite que l’Afrique, qui a inventé l’agriculture, redevienne une grande terre d’agriculture.

 

GDS : Dans L’Afrique sans la France, vous faîtes le constat de l’échec de l’agriculture africaine. Selon vous, échec dû aux « troubles naturels » (aléas climatiques, guerres civiles), mais aussi dû à l’exode rural et à l’inadaptation des systèmes éducatifs. Pouvez-vous nous exposer votre vision de l’agriculture en République centrafricaine ?

 

JPN : Avant toute chose, je réaffirme qu’en 1960, nous avons manqué le rendez-vous du développement agricole. Il faut savoir que la Chine est partie avec une priorité accordée depuis 1949 à l’agriculture comme base de développement. En ce qui nous concerne, il faut quand même bien reconnaître que nous avons été piégés par une économie agricole coloniale qui était une économie de traite. Les grandes cultures de l’Afrique francophone (les 3 C : coton, café, cacao) n’étaient pas destinées à la consommation locale mais à l’exportation. Elles n’ont pas été introduites de manière locale mais imposées de l’extérieur pour les besoins des métropoles. Le plus grand dérapage, au-delà des problèmes cités auparavant (aléas climatiques, exode rural), est le manque d’effort pour sortir du piège de l’agriculture de traite, qui a eu ses heures de gloire, en particulier en Côte d’Ivoire dans les années 60 et 70. Mais il aurait fallu que, de manière très volontaire, on choisisse de relancer d’autres cultures correspondant prioritairement aux besoins locaux. Par exemple, le début d’industrialisation avec le coton s’est fait uniquement avec les usines d’égrenage. Ça s’est arrêté à ce stade car les efforts de développement d’une industrie textile ont échoué du fait de la très faible compétitivité. En réalité, les quelques usines textile qui ont commencé à voir le jour ont disparu. Le constat de René Dumont dans « L’Afrique noire est mal partie » résume très bien la situation et est plus que jamais d’actualité. Nous avons manqué le rendez-vous du développement agricole mais il n’est jamais trop tard. Nous savons ce qui n’a pas fonctionné. En ce qui concerne la volonté politique, il suffit de dérouler le contenu, la répartition des budgets de l’État en général et vous vous rendez compte que la part consacrée au développement rural, malgré toutes les proclamations, est minime. La RCA est le cas typique du pays dont l’agriculture a des atouts réels. De ce côté, je dois dire objectivement que la colonisation française, malgré son orientation vers les produits de rente, a engagé de gros efforts de formation et de recherche. Le nombre de centres de recherche agronomique réalisés pendant la période coloniale est assez impressionnant. Un maillage qui, certes, était destiné à répondre aux besoins de la métropole, mais ces centres étaient tout de même dans le pays ! Par exemple, à Boukoko, dans le sud-ouest centrafricain, à une centaine de kilomètres de Bangui, un grand centre de recherche agronomique regroupait de très bons chercheurs français. C’est là qu’a été mis au point le mélange d’arabica et de robusta, pour donner l’arabusta, par l’équipe du professeur Sakas. Dans l’élevage, des centres de multiplication ont commencé à initier très tôt les croisements permettant d’adapter des races bovines. Malheureusement, cette tendance s’est brutalement arrêtée avec la « réforme agraire » de Bokassa au début des années 70. Certains des chercheurs sont partis de chez nous pour la Côte d’Ivoire, pour y continuer leur travail de recherche. Bokassa a commencé par être un bon président pour l’agriculture centrafricaine (1966-1970) avant d’en devenir le premier fossoyeur. Au début de son règne, de gros efforts ont été faits pour maintenir les acquis et augmenter la production (coton, café et vivriers notamment), mais en 1971, la fameuse réforme agraire a tout détruit et nous continuons d’en payer les conséquences aujourd’hui. La situation actuelle de l’agriculture est surtout caractérisée par le fait que les principales régions de production sont touchées par l’insécurité, illustrée par exemple par les violences dans le nord-ouest du pays.

 

GDS : Quelles sont les principales difficultés des agriculteurs centrafricains ?

 

JPN : Tout d’abord, il est difficile de cultiver dans des zones troublées par l’insécurité chronique. La seconde difficulté est l’état du réseau routier car pour que l’agriculture soit une activité économiquement attrayante, il faut que le producteur puisse avoir accès aux consommateurs, c’est-à-dire aux grands marchés urbains. Cela suppose d’avoir la possibilité d’évacuer les produits rapidement sur ces marchés urbains. Cela suppose donc des routes en bon état et sécurisées. La croissance de la population urbaine a pour conséquence une concentration des pôles de consommation dans les villes. Puis il y a le problème de l’encadrement. Les réussites durant les premières années de l’Indépendance résultaient d’un bon encadrement, proche de la population rurale. Le ministère du Développement rural à l’époque était présent dans les villages et encadrait les paysans pendant la période de production de coton. Pendant longtemps, le coton a été la principale production. Le coton en Afrique francophone a été introduit chez nous dans les années 20, par un administrateur colonial guyanais nommé Félix Eboué. Pendant de nombreuses années, nous avons été la colonie qui produisait le plus de coton. Nous avons atteint près de 70 000 tonnes pour la campagne de 1969-1970. Depuis au moins deux décennies, nous n’avons fait que décliner, avec nos problèmes politiques. Dans les régions cotonnières, qui rassemblent un tiers des paysans centrafricains, les cultures vivrières accompagnent le coton. Le sol utilisé pour la production du coton bénéficie d’engrais et sert ensuite pour les vivriers (manioc, maïs, arachide, etc.). La crise de la production du coton se ressent donc sur la production vivrière. Enfin, la mondialisation ne permet plus une agriculture figée. Il faut être à l’écoute du marché, ce à quoi les méthodes culturales traditionnelles et le manque de formation des paysans ne peuvent permettre de répondre.

 

GDS : Selon vous, quel rôle doit jouer l’Etat pour améliorer la situation agricole de la RCA ?

 

JPN : L’État doit, en premier lieu, garantir la sécurité de l’activité rurale. Son second rôle est la formation. L’agriculture traditionnelle est une agriculture d’autosubsistance. L’État doit insérer nos agriculteurs dans la mondialisation et les former pour qu’ils soient à l’écoute du marché, capables de moderniser leur gestion et de raisonner en termes de vente pour dégager des gains. Il y a quelques années, en passant dans un village, j’ai vu un paysan dans son petit champ de manioc. Je lui ai demandé pourquoi il n’étendait pas son champ puisque la place était libre. Sa réponse a été nette : « Non, ce n’est pas la peine, c’est suffisant pour nous nourrir, ma femme, mes enfants et moi. ». C’est cette mentalité d’autosubsistance qu’il faut faire évoluer, et pas par des discours. Il faut que les agriculteurs y trouvent leur intérêt, qu’ils comprennent que le profit dégagé permet d’améliorer leur vie. Dans un rayon de 100 km autour de Bangui, on constate déjà un début d’évolution vers le nouveau type de paysans que nous attendons. Tout ce qu’ils cultivent est vendu grâce à la proximité de la capitale et aux routes bitumées qui y conduisent. Des petits paysans ont déjà quitté la campagne pour s’installer à 80 km de Bangui et ont accru leurs revenus monétaires. Finalement, quand les producteurs ont la possibilité de vendre, ils prennent conscience de la possibilité d’améliorer leurs conditions de vie, et on n’a plus besoin de les motiver pour faire des gains. Mais plus on s’éloigne des villes, plus on se rapproche de l’agriculture d’autosubsistance. L’État doit donc faire des choix stratégiques. Certains préconisent le retour à la formule de fermes d’État qu’on a connues à une certaine période. Je doute de leur efficacité, vu la manière dont sont gérées les entreprises publiques. Par contre, je crois à la formation. Si elle est faite en sorte que les ingénieurs agronomes se retrouvent capables, sur le terrain, de se mettre à leur compte, alors le visage de l’agriculture changera. En tant qu’enseignant et ancien ministre de l’Éducation, je suis évidemment conscient du problème du contenu de la formation. L’Institut supérieur de développement rural (ISDR) a certes formé des ingénieurs. D’autres ont été formés à l’étranger, notamment en France. Mais le ministre du Développement rural me donnait, il y a quelques années, les statistiques selon lesquelles 80 % des ingénieurs agronomes se retrouvent à Bangui et « se tournent les pouces » au ministère. Il n’y a pas de problème foncier. Nous sommes en effet à peine 4 millions d’habitants pour 623 000 km2 de territoire non désertique : une partie en forêt équatoriale, une partie en savane boisée, une petite partie au nord-est en savane moins boisée et tendant vers le Sahel. Bien sûr, les démarches administratives sont toujours un inconvénient, mais avoir un terrain en RCA n’est pas difficile. Créer sa ferme n’est pas un problème. Mais un ensemble de choses contrarie : la politique, l’insécurité, l’instabilité, la mentalité. Pour l’agriculture, comme pour d’autres secteurs, le problème réside aussi dans le manque de possibilités bancaires. L’expérience de banque de développement rural a été un échec : Les emprunteurs n’étaient pas des agriculteurs mais des urbains, c’est-à-dire des hauts fonctionnaires, des ministres, qui utilisaient les crédits pour d’autres besoins que l’agriculture (consommation) et ne les remboursaient pas. Tant qu’on ne la financera pas via les circuits bancaires, l’agriculture ne se développera pas.

 

GDS : Quelles sont les marges de manœuvre de la politique agricole nationale quand on sait que la RCA s’inscrit dans les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) ?

 

JPN : Osons penser l’avenir autrement. Aujourd’hui, il est impossible de conduire une véritable politique agricole nationale au sein de chaque État. Le marché nous impose d’adopter une politique agricole sous-régionale car il y a un besoin de complémentarité. Nous devons réellement mettre en place une stratégie communautaire de développement agricole. Les six pays de la Cemac (Cameroun, Centrafrique, Congo-Brazzaville, Gabon, Guinée-Equatoriale et Tchad) sont complémentaires. Trois d’entre eux (Tchad, RCA, Cameroun) ont des potentialités naturelles pour le développement de l’élevage, tandis que le Gabon, le Congo-Brazzaville, la Guinée équatoriale mais aussi le sud du Cameroun et de la RCA peuvent développer la sylviculture. L’eau est aussi une denrée très abondante dans la Cemac. Le bassin du Congo est le second plus grand au monde après l’Amazone. Et les micro-barrages sont un moyen de développer l’agriculture. Mais cela exige évidemment une mise en synergie des volontés politiques, des stratégies de développement et des infrastructures. Au final, le sol africain bénéficie de nombreuses ressources mais manque d’organisation. Je plaide pour une stratégie communautaire. Si, déjà, la Cemac, avec ses 35 millions d’habitants, pouvait mettre en place une stratégie commune, ce serait mieux que chaque pays pris isolément. Pour le moment, j’ai l’impression que la stratégie communautaire est plus axée sur les aspects commerciaux que sur la production elle-même. Bien entendu, il faut intégrer l’aspect commercial. Nous savons qu’en termes douaniers, c’est un espace intégré. Mais en termes économiques, il faut aussi faire jouer les complémentarités. Aujourd’hui, certains des pays de la Cemac ont les potentialités pour développer telle ou telle activité. Il faut que la communauté cible et investisse dans chacune des différentes productions au lieu de créer des concurrences inutiles.

 

GDS : Vous êtes très favorable au développement du secteur agricole mais ne pensez-vous pas qu’il ne faut pas délaisser le tissu industriel, quasi inexistant en RCA, contrairement au Cameroun par exemple ?

 

JPN : Je crois beaucoup en l’agriculture. Malgré la rentabilité à court terme de l’économie minière, si on ne parvient pas à une parfaite maîtrise d’une politique de développement agricole, cela restera aléatoire car il y a d’abord un besoin de nourrir la population. Le développement agricole doit pouvoir servir de rampe de lancement pour l’industrialisation, comme on a pu le voir dans de nombreux pays développés. La croissance rapide de la population entraîne une forte demande alimentaire. La question du pouvoir d’achat en Afrique francophone s’est brutalement posée ces dernières semaines, avec les manifestations violentes qui ont eu lieu au Burkina Faso et au Cameroun. Les revendications, notamment salariales, sont certes légitimes. Mais on constate que dans beaucoup de pays de la zone franc, l’une des causes récurrentes de la cherté de la vie est la faiblesse de l’offre en produits vivriers. Sans un effort considérable sur le chapitre incontournable de l’alimentation, en termes d’augmentation de la production, l’amélioration du pouvoir d’achat est et sera illusoire. Quand je dirigeais le gouvernement de la RCA, j’ai constaté que le salaire moyen du fonctionnaire centrafricain n’était pas parmi les plus faibles du monde. Bien sûr, depuis, le problème de la régularité du versement de salaires s’est aggravé. Mais quand je décomposais les dépenses moyennes du fonctionnaire, je constatais la part incroyablement élevée consacrée à l’alimentation, qui pouvait atteindre 60 à 80 % ! Quand un tel pourcentage est attribué à l’alimentation et que vous disposez de 100 000 francs CFA , que reste t-il pour le logement et le reste ? Or, l’une des meilleures façons de régler ce problème de pouvoir d’achat, est de satisfaire abondamment l’offre vivrière. Quand le prix de la viande monte comme aujourd’hui avec la crise que connaît l’élevage dans mon pays, c’est évidemment intenable. Dans la partie sud de la Centrafrique, la saison des pluies est plus longue, et quand on remonte au nord, elle est plus équilibrée (6 mois sur 12). Traditionnellement, comment cela se structure-t-il ? Dans la vie traditionnelle du village, la saison des pluies est la saison des cultures, des plantations, des récoltes. La saison sèche correspond à d’autres activités : la chasse, la pêche. Aujourd’hui, les moyens techniques permettent de contourner les contraintes saisonnières, ne serait-ce que par la possibilité de l’irrigation. Par exemple, le Burkina Faso s’essaie à l’irrigation et peut faire deux ou même trois récoltes annuelles de certains produits (maïs, riz). Les perspectives de développement agricole sont évidemment bonnes aujourd’hui : l’argent que nous gagnons rapidement grâce au boom de l’économie minière peut être investi dans le créneau durable qu’est l’agriculture, pour la formation, la recherche, l’équipement et l’amélioration des infrastructures. Je suis pour le développement agricole car c’est la première voie pour développer l’industrialisation, par la transformation des produits agricoles. Lorsque nous arriverons à transformer le manioc, afin de le manger autrement que nos aïeux, alors ce sera le départ de l’industrialisation. J’ai l’habitude de dire que nous avons copié beaucoup de choses chez les français mais nous avons oublié de copier ce qu’ils ont certainement accompli de plus remarquable dans leur histoire économique : leur agriculture, qui demeure l’une des plus performantes et des plus riches au monde. La France a su bâtir au fil des siècles un savoir-faire remarquable de ses paysans.

 

GDS : Existe-t-il un nom concret pour la politique agricole menée au niveau national ?

 

JPN : Après l’Indépendance, le Président David Dacko avait donné comme nom « Kwa ti Kodro » (« le travail du pays »). Bokassa est arrivé en 1966 et c’est devenu « Opération Bokassa ». Après, on leur a donné d’autres noms mais le plus important est de revenir à la réalité, plus au contenu qu’à la désignation.

 

GDS : Comment définissez-vous une bonne politique agricole, une politique agricole viable ?

 

JPN : C’est celle qui joue plus sur la qualité des hommes et sur leur inventivité que sur les décisions administratives. C’est-à-dire qu’il faut évoluer vers une responsabilisation des hommes. Le passage du cultivateur à l’agriculteur est pour moi la meilleure définition de la révolution agricole. Le cultivateur, c’est l’habitude, la tradition, l’autosubsistance, la routine rythmée par les saisons. L’agriculteur, c’est le producteur moderne, qui pense en termes d’amélioration de la production, d’adaptation au marché, de gestion rationnelle et de profit.

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13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 23:12

12 août 2011
Clément Boute-Mbamba

 

13 août 1960-13 août 2011: 51 années de gâchis 

 

«L’histoire se moque souvent des individus qui la considèrent comme un terrain vague sur lequel ils peuvent venir se soulager en toute impunité…»

 

«Nous avons connu les ironies, les insultes, les coups que nous devions subir matin, midi et soir, parce que nous étions des nègres. Qui oubliera qu’à un noir on disait “tu”, non certes comme à un ami, mais parce que le “vous” honorable était réservé aux seuls blancs?»Patrice Emery LUMUMBA, Kinshasa 30 juin 1960

 

Le 13 aout 1960, après soixante-dix années de colonisation la France par André Malraux accordait l’indépendance à la République Centrafricaine entamée en juin 1956 par la loi Gaston Deferre et amplifiée par la proclamation de la République le 1er décembre 1958. A l’aube de ce deuxième cinquantenaire de notre indépendance dans lequel nous sommes entrés, l’état de la République et de la Nation exige que nous posions la juste interrogation pour parvenir au bon diagnostic afin de planifier l’élaboration du dosage nécessaire capable d’inscrire durablement notre pays dans le 21ème siècle. Il est vrai que l’état actuel de la République et de la Nation s’est terriblement dégradé depuis le génocide électoral du 23 janvier 2011.

 

En effet, l’actualité de ces six derniers mois inquiète. Nous assistons à une dégradation aiguë de la situation sécuritaire, une montée des mouvements sociaux: militaires et gendarmes retraités, étudiants locaux et expatriés, enseignants(1), personnel médical, etc. Une pénurie d’électricité sans précèdent et une crise d’accès à l’eau potable jamais connue de mémoire d’Oubanguiens et Centrafricains. A cela s’ajoute les affaires de corruption, de détournements, de clanisme, d’acquisition de matériels de guerre et de prédation dont une certaine presse en fait l’écho. Sans oublier cette instabilité financière mondiale qui aura certainement des répercussions dans nos quartiers, cités, hameaux et marmites. Ainsi, analyser l’énorme gâchis qu’ont été les cinquante et une années de notre indépendance à la seule lumière du pouvoir du KNK, serait intellectuellement malhonnête, politiquement sournois et historiquement infondé.

 

De l’empire à l’empire

Toute chaîne de fabrication automatique est régie par un cycle de production. L’accumulation de matière première entrant dans le processus de fabrication (input) n’aura aucune incidence sur la qualité et la quantité de production tant que le cycle n’est pas modifié. C’est hélas le triste constat pour notre pays la République Centrafricaine. Lorsqu’il réalisa son coup d’état en janvier 1966, Jean Bedel Bokassa fut aidé dans l’exécution de son plan par un jeune officier du nom d’André Kolingba. Et dans son 1er gouvernement siégeait Ange Félix Patassé. A la fin des années soixante, un sous-officier des FACA se nommant François Bozizé Yangouvonda fut propulsé Général en violation de tous les principes de promotion militaire et entra dans le ‘lieu très saint’ à savoir la cour du Maréchal puis de l’Empereur. Au milieu des années soixante-dix, l’ancien Chef de l’Etat David Dacko retrouva grâce et fut promu à la cour comme Conseiller Spécial avec rang et prérogative de 1er Premier Ministre.

 

Ainsi, l’histoire de la RCA de ces 45 dernières années n’est que le mouvement d’un seul cycle à savoir celui de la Saint sylvestre 65 avec les mêmes principaux protagonistes, reproduisant les mêmes actes, les mêmes défauts en les amplifiant et se servant du territoire national comme une aire de jeu pour solder leurs comptes personnels ou assouvir leurs passions. Il n’est donc pas étonnant que l’actuel locataire du palais de la Renaissance qui est le dernier survivant politique actif de ce cycle réhabilite l’empereur malgré le verdict de 1987 et tente aussi de restaurer l’empire par sa gestion exclusivement patrimoniale des affaires de l’état et par la dévotion filiale du pouvoir dont les rumeurs enflent tous les jours dans les rues de Bangui. Face à ce cycle qui arrive à son terme mais qui a eu le temps de pondre des œufs dont la nocivité s’annonce plus dangereuse que celle des géniteurs, que faire?

 

Une opposition égarée

Il y a quelques jours par une série d’article de presse, je découvrais stupéfait une proposition de certains leaders de l’opposition centrafricaine appelant à dialoguer avec le pouvoir. A l’argumentation de celle-ci, on pouvait lire: l'exigence d'annulation des élections du 23 janvier 2011, la saisine de la Cour Constitutionnelle par Maître Tiangaye sur le cumul de mandats par François Bozizé, le rapport de la Mouvance Patassé sur les conditions de sa disparition, la réunion des préfets et la politisation de l'administration territoriale, etc, la situation économique et financière de notre pays avec: la Table Ronde de Bruxelles, la dernière visite du FMI, la situation sécuritaire: le DDR et la situation sécuritaire globale …

 

S’il n’était pas question de la vie, que dis-je de la survie du peuple centrafricain, nous rigolerons de cette comédie car en réalité au cœur de l’Afrique le ridicule ne tue pas, ne tue plus. L’histoire se moque souvent des individus qui la considèrent comme un terrain vague sur lequel ils peuvent venir se soulager en toute impunité disait Noel Isidore Thomas Sankara et elle est en train de se moquer de l’opposition centrafricaine condamnant avec elle, le peuple entier. Alors que le pays va mal. Alors que les rues de notre pays sont encombrées de désespoir, de désespérance, d’inquiétude, de misère, d’injustice, d’insécurité, de famine, d’inondation, de catastrophes naturelles… On assiste à la naissance d’une nouvelle magouille pompeusement nommée: «l’opposition prête à dialoguer avec le pouvoir.»

 

Les mêmes qui appellent aujourd’hui à dialoguer avec le pouvoir diront à l’approche de 2016 ou dans les mois à venir que Bozizé est un autiste et que c’est à cause de lui que les résolutions de ce énième dialogue n’ont jamais été appliquées. Les mêmes écriront des textes auxquels ils ne croiront pas. Solliciteront des rendez-vous dans les chancelleries à Bangui ou ailleurs pour plaider la cause de la démocratie lorsque le machiavélique plan de modification constitutionnelle ou de dévotion monarchique du pouvoir sera mis à exécution. Les mêmes, avec leurs familles pour la plupart installé à l’étranger appelleront les enfants des autres à servir de paillasson à leurs ambitions sans idéaux et éthique. Or c’est maintenant qu’il faut préparer demain. C’est maintenant qu’il faut formuler des réponses aux multiples crises que nous connaissons. C’est maintenant qu’il faut être aux côtés du peuple centrafricain qui souffre au lieu de s’enfermer au sein d’un aréopage dont les multiples sessions n’ont fait qu’empirer la situation et d’où le messie n’est jamais sorti.

 

De la nécessite de l’émergence d’une véritable alternative

Le 13 aout 2011 est arrivé et avec lui le 51ème anniversaire de notre indépendance. Il ouvre un double chapitre, d’une part celui des joies, des rêves et des espoirs nés à l’indépendance et d’autre part celui des désillusions, des peines, des injustices et des incertitudes. Les récents développements de l’actualité nous éloignent de la paix et rendent le développement inaccessible. Chaque jour qui passe nous apporte son lot de certitude qui nous fait croire que nous nous approchons du moment où le danger atteindra son paroxysme. Face à cette réalité peu reluisante il est impérieux qu’émerge une nouvelle alternative pour reprendre la construction de ce pays qui est demeurée au stade embryonnaire depuis le 13 aout 1960.

 

J’ai débuté cette tribune en citant Patrice Emery Lumumba. En effet ce 30 juin 1960 à Kinshasa, il a prononcé un discours qui ouvrait des perspectives et renforçait l’espoir du peuple. Hélas l’indépendance a produit une nouvelle colonisation celle des locaux d’en haut contre les masses. La même chose nous est aussi arrivée. La situation ne s’est guère améliorée et l’on entend parfois dans certains soupirs: «il faut que amoundjou a kiri a ga a mou kodoro so». La colonisation a été remplacé par un système local qui perpétue les exactions et par moment est parvenu à dépasser celles commises entre 1890 et 1960. Dans une tribune publiée en mai 2008 (2), j’écrivais: «Dans un monde en mouvement où les Américains vont placer un noir à la maison blanche, où les Français ont élu président un homme dont le grand-père est Hongrois, où les négro-Mauritaniens réfugiés au Sénégal rentrent , où les militants de l’ANC ont imposé Zuma à Mbeki, où le procès de Habré va commencer et bientôt ceux de Patassé et Bemba je l’espère, où les libériens ont élu une femme présidente de la République et où les Zimbabwéens ont dit au revoir à Mugabé. Dans ce monde-là, le dialogue politique inclusif que l’on propose au centrafricain n’est pas la panacée à ses problèmes. Son actualité et sa prochaine tenue sont une insulte à son intelligence et le place devant deux issues: La Fatalité, c’est-à-dire un avenir déjà compromis par l’usure, l’impunité, la corruption, la gabegie, la gouvernance à vue ... et; L’Avenir, c’est-à-dire une nouvelle offre politique. Celle qui nous force à avoir foi en nous, en nos capacités et nous place devant notre tâche principale: engagement et persévérance dans le travail et l'excellence qui est la seule mécanique pour transformer nos potentialités en richesses véritables dans un Centrafrique pacifié, réunifié et en marche, où l’on mettra le savoir et la technique au service du Centrafricain et de son environnement.» L’histoire de ces cinquante et une dernières années a été jalonnée d’occasions manquées. Nous devrons refuser que l’actuel cycle en soit une de trop. Aux quatre coins de la République Centrafricaine et du monde : bonne fête d’indépendance à tous les Centrafricains.

 

1: Il est ironique de constater que la 1ère crise sérieuse à l’université de Bangui depuis 2003 a lieu sous un gouvernement dirigé par un Premier Ministre, Professeur de son Etat et Ancien Recteur de l’Université de Bangui.


2: Le Dialogue Politique Inclusif: Un rendez-vous manqué avec l’histoire

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11 août 2011 4 11 /08 /août /2011 17:46

11 août 2011
Source: Centrafrique Presse

 

Bozizé, coincé par lui-même, cherche des boucs émissaires


La hantise de Bozizé d’être renversé par un coup d’Etat qui viendrait de Paris en général et en particulier du milieu des anciens militaires Yakoma exilés en France et qui seraient en connexion avec ceux de Brazzaville pour l’évincer ne date pas d’aujourd’hui. De ce point de vue, les agitations d’un certaine capitaine Joachim Kokaté et d’un ancien garde-corps du général André Kolingba, un certain  Firmin Zouga  semblent donner de l’insomnie à Bozizé et ses sécurocrates.

 

Boz.jpgUne autre source d’inquiétude pour lui, serait la récente descente des éléments de Baba Ladéjusqu’à 8 kilomètres de Bambari ainsi que près de la ville minière de Bria, avec pour objectif de couper Bangui de tout l’Est du pays et de réduire le champ d’action de Bozizé en l’étouffant à Bangui. Ce schéma dont on parle abondamment dans certains milieux à Bangui, aurait dit-on décidéIdriss Deby à vouloir renverser Bozizé pour installer un autre pantin à sa place, plus malléable encore, avec comme conséquence une quasi-annexion de la RCA au Tchad voisin des régions qui partiraient depuis les confins de l’Ouham-Pendé jusqu’à la zone pétrolifère de Ndélé et Birao où des colonies tchadiennes et des bataillons des FAT s’installeront. Ainsi le Nord et le Nord/Est de la RCA ressembleront désormais aux zones occupées par le Rwanda à l’Est de la République Démocratique du Congo, c'est à dire des zones économiquement utiles pour le Tchad.

 

La troisième  possibilité ou hypothèse d’un coup d’état qui fait aussi peur à Bozizé viendrait de son propre fils Jean Francis dont la soif de s’installer au pouvoir se fait de plus en plus sentir face à la puissance affichée d’un autre qui se verrait bien aussi à la place du Khalife, à savoir le tout puissant et milliardaire ministre d’Etat, Sylvain Ndoutingaï dont les rapports avec le rejeton de Bozizé sont des plus exécrables.

 

Autre préoccupation actuelle du pouvoir bozizéen qui n’a rien à voir avec les questions de coup d’Etat qui est néanmoins un souci majeur, c’est comment casser l’influence de Centrafrique-Presse avec ses révélations quotidiennes si dérangeantes dont la galaxie bozizéenne se passerait bien volontiers. Selon nos informations de source sûre, il a été décidé par le pouvoir de mettre en place une stratégie pour briser l'influence et l'audience de plus en plus croissante de Centrafrique-Presse sur le web. Nous voilà avertis.

 

Pour revenir au réseau d’espionnage mis en place par le pouvoir bozizéen en France dont C.A.P en a parlé dans sa récente parution, il est confirmé que c’est bel et bien Salomon Kotro qui en est le chef de file. Ancien gendarme qui a fui Bangui suite aux troubles de la fin des années 90, il aurait travaillé quelques années comme huissier au Sénat à Paris par le truchement de son grand-frèreMathias Kandas Wabaï, directeur financier à la mairie d’Evreux, enseignant à l’université de Lille et assez proche de Jean Louis Debré, président du Conseil  constitutionnel français.

 

Après la nomination comme ministre de Zingas, Salomon Kotro a démissionné de son boulot et est allé suivre une formation d’expert en diamant en Belgique pour mettre en place une affaire avecZingas. Mais c’est sans compter avec la boulimie du clan Bozizé qui a tout verrouillé dans ce secteur. Dès lors Kotro prend ses distances avec le RDC, descend à Satéma sur instigation deZingas et Socrate Bozizé puis commence à mettre en place le plan de campagne du KNK. C’est donc son profil de gendarme qui a plu aux Bozizé au point de faire de lui, via Elie Ouefiosecrétaire général du KNK dont tout le réseau d’espionnage en France est constitué exclusivement de Yakoma.  Salet Tocky de Bangassou, Mbaya des environs de Limassa et Kotro de Satema.

 

D’ailleurs il se dit à Bangui que vu le danger que représente la place de Paris pour le pouvoir, il se pourrait qu’Elie Ouefio soit nommé Ambassadeur à Paris. Attendons de voir. Cela fait du monde dans les starting-blocks  pour ce poste diplomatique de Paris. Le PM Faustin Touadéra serait aussi un des concurrents ainsi que Désiré Kolingba qui se verrait bien aussi ambassadeur à Paris. Il y a Bruxelles aussi qui n'a pas d'ambassadeur de Centrafrique sinon le pauvre chargé d'affaires et nullissime Abel Sabono qui se bat en vain comme un pauvre diable pour être absolument nommé.

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19 juillet 2011 2 19 /07 /juillet /2011 23:12

19 juillet 2011
Radio Ndeke Luka

 

La ville de Sam-Ouandja (nord-est de la RCA) est coupée du reste du pays depuis lundi 18 juillet 2011. Des hommes armés ont saccagé le réseau de la téléphonie mobile Télécel. Ils ont ensuite pris le contrôle de l’aérodrome de la ville et ont rendu impossible décollage et atterrissage d’un aéronef.

 

http://hdptcar.net/maps/HDPT_Central_African_Republic_Sam-Ouandja.pngL’information est confirmée par le Correspondant de Radio Ndeke Luka à Bria (est) et diffusée dans le journal de 13 heures de ce mardi 19 juillet.

 

Selon le correspondant de la radio qui a recueilli plusieurs témoignages «ces hommes en armes ont procédé à des perquisitions et au ramassage des téléphones cellulaires et satellitaires détenus notamment par des commerçants et des  particuliers ». On ne peut désormais joindre aucun abonné au téléphone à Bria, ce qui rend précaire la situation sécuritaire dans cette zone diamantifère en proie à une insécurité sans précédent.

 

En l’absence de tout moyen de communication, à Bangui, on ignore pour le moment à quel mouvement appartiennent les hommes qui ont pris le contrôle de la ville. On ignore également tout de leurs revendications éventuelles. S’agit-il d’éléments de l’Union des Forces Démocratiques pour le Rassemblement (UFDR) ? Ou alors d’éléments de la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix (CPJP) contre la région de Sam-Ouandja ?

 

Il faut rappeler à ce sujet qu’il y a plus d’une semaine, un accord de cessation des hostilités entre UFDR et CPJP a échoué. Un échec  dont les responsables de la CPJP présents actuellement à Bangui sont rendus responsables pour des raisons qu’on ignore pour le moment.

 

En revanche, la CPJP, branche de Zacko (est) dirigée par Mahamath Sallé a accepté dimanche 17 juillet de déposer les armes. Une cérémonie symbolique s’est déroulée à cet effet en présence du Médiateur de la République Monseigneur Paulin Pomodimo.

 

Cette faction rebelle s’est aussitôt engagée à appuyer le gouvernement dans la lutte contre les éléments de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) de Joseph Koni.

 

Selon le Médiateur interrogé par Radio Ndeke Luka, « il s’agit d’une initiative salutaire. La CPJP au regard de ses expériences de terrain,  pourrait constituer une des pièces maitresses dans les rapts contre la LRA, afin d’atténuer les souffrances des populations locales dépourvues de tout ».

 

A titre de rappel, la CPJP avait signé en juin dernier, un accord de cessez-le-feu avec le pouvoir de Bangui.

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16 juillet 2011 6 16 /07 /juillet /2011 20:47

16 juillet 2011
Les Collines de l’Oubangui
N°239 du 11 juillet 2011

 

Le procès de Faustin Bambou et Cyrus Emmanuel Sandy mis à nu

 

Les débats sur le fond de l’affaire des milliards de l’Union Européenne destinés aux militaires et gendarmes retraités ont eu  lieu dès 9 h 15 mn le mercredi 6 juillet 2011. Il s’agit de la dissertation judiciaire orale sur « l’incitation à la révolte et à la haine » contre la personne du Ministre délégué à la Défense, le Colonel Jean Francis Bozizé et contre les institutions de la République.


(Faustin Bambou à la Maison d'arrêt de Ngaragba)

Bambou3-copie-2.JPGA la barre, comme la terre toute entière le sait, Faustin Bambou, Directeur de Publication du journal «Les Collines de l’Oubangui » et Cyrus Emmanuel Sandy, Directeur de Publication du journal  « Médias + ». La salle était archicomble, d’autres centrafricains ont suivi  le procès de l’extérieur. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le Procureur de la République n’a pas du tout pu donner la moindre preuve de l’accusation portée contre les deux journalistes. Devant le président Jules Gaveaux, les avocats du Colonel Jean Francis Bozizé, Me Jacob Songone et Me Mazou ont tenté péniblement d’expliquer que les fonds reçus de l’Union Européenne ont été utilisés pour payer les arriérés de salaires et de pensions à 655 militaires et gendarmes par les soins d’un Comité mis en place à cet effet. Selon eux, ces fonds ont été versés par tranches successives à 204, 192, 201 militaires et gendarmes retraités, ainsi qu’à 58 ayant-droit (des orphelins et des veuves…).

 

Me Mazou, après avoir affirmé que le Ministre Jean Francis Bozizé n’était pas associé, a cependant appelé l’existence des rébellions dont les éléments doivent être incorporés sur ces fonds octroyés par l’Union Européenne…  Selon Me Mazou, les articles écrits l’ont été sans preuve, d’où la volonté manifeste de nuire à leur client Jean-Francis Bozizé alors que les fonds et les indemnités ont été payés par tranches successives jusqu’à la 4ème tranche. Me Mazou a poursuivi en soutenant que ce sont les articles notamment de Faustin Bambou qui ont incité les militaires et gendarmes retraités à la révolte.

 

13 h 15 mn, une coupure électrique a amené le président Jules Gaveaux à ordonner une suspension des débats. Pendant cette suspension quelques délégués des militaires et gendarmes retraités dirigés par Armand Kéko sont venus contacter les huit (8) avocats de la défense pour demander à intervenir dans les débats. Ils ont expliqué que lors d’une rencontre dans le bureau du Ministre délégué Jean Francis Bozizé, ce dernier leur a avoué, de vive voix, qu’il avait bien reçu les 5.150.000 euros mais qu’il a dû utiliser cet argent pour régler des contentieux.


(Me Tiangaye à la sortie du procès du 6 juillet)

Tiangaye-fin-du-proces-du-6-juillet-2011-copie-1.JPGA la reprise, Me Nicolas Tiangaye a demandé qu’on laisse intervenir les délégués des militaires et gendarmes pour la manifestation de la vérité. Mais le premier substitut du procureur Abazene Arnaud Djoubaye s’est mis en branle pour refuser.

 

Signalons que Faustin Bambou a démontré son professionnalisme : Dès le 3 juillet 2010, il a contacté le Ministre Bozizé à l’Assemblée qui lui a donné le numéro sur lequel il pouvait le joindre pour une discussion préalable à la rédaction des articles. Pendant plusieurs mois, Faustin Bambou a appelé Jean Francis Bozizé qui ne répond qu’aux appels de créatures particulières… Le journaliste indépendant a ensuite démontré que les manifestations des militaires et gendarmes retraités ont débuté en 2010, d’abord au stade municipal puis devant le camp Béal et devant l’Union Européenne. Les articles du journal « Les Collines de l’Oubangui » n’ont vu le jour qu’à partir du 28 février 2011.

 

Par ailleurs Faustin Bambou a exhibé une copie de la Convention relative aux 5.150.000 euros et lu ce que l’Union Européenne voulait réellement faire des militaires et gendarmes retraités. Cela a soulevé un tonnerre d’applaudissements dans la salle qui a confondu et mécontenté le premier substitut du procureur. Faustin Bambou a aussi exhibé le discours de l’ex-Ambassadeur, chef de délégation de l’Union Européenne Jean Claude Esmieu qui précisait que ces fonds n’étaient destinés qu’aux militaires et gendarmes retraités pour faire d’eux de vrais acteurs de développement…En évoquant l’article 11 de la loi n°05.002 du 22 février 2005 sur la liberté de la Communication et les engagements pris par notre pays sur le plan international, le Directeur du journal « Les Collines de l’Oubangui » a démontré que ces articles visaient à inciter le Colonel Jean Francis Bozizé à retrouver ces fonds disparus et à les verser aux militaires et gendarmes retraités. Comme le général André Mazi a dit de vive voix à Jean Francis Bozizé dans son bureau, lors d’une réunion avec les six (6) délégués des retraités.

 

Cyrus Sandy Emmanuel, à son tour, s’est employé à démontrer que son article était écrit dans le respect de la déontologie. Il s’agit, a-t-il précisé, d’un reportage fait suite à un rassemblement des militaires et gendarmes retraités. S’agissant du chiffre des 16 milliards évoqué dans son article, il a expliqué qu’il n’a fait que multiplier le montant que devrait percevoir chacun par le nombre des militaires et gendarmes retraités. Sur le point précis de l’arrestation du Ministre délégué à la Défense en France, le directeur de « Média + » a évoqué les propos interrogatifs tenus par les militaires et gendarmes retraités à la médiature. Il a expliqué l’emploi journalistique du conditionnel eu égard à l’impossibilité de vérifier l’information.

 

Ces explications ont aussi soulevé des brouhahas de soutien dans la salle qui ont rendu furieux notre premier substitut du procureur de la République. Suite à toutes ces explications magistrales, le substitut du procureur, déboussolé, qui pourtant s’est fondé au départ sur les articles 292 et 295 du code pénal, s’est vu obliger de faire recours à l’ordonnance n°05.002 du 22 février 2005 pour tenter, sans succès, de montrer que les deux journalistes indépendants ont failli à leurs obligations. Bien hué par la salle archicomble, il a tout de même après une argumentation peu convaincante requis la peine de 3 ans d’emprisonnement ferme contre les deux confrères suivie d’une amende de 1.000.000 F CFA chacun et de la privation de leurs libertés civiles et politiques. Voilà comment Abazène Arnaud Djoubaye a prouvé le caractère politique et donc illégal de son action au service du Colonel Jean Francis Bozizé !


Suite de l'affaire Faustin Bambou:

 

Certificat-de-liberation-copie-1.JPG

Ordre-de-mise-en-liberte.JPGLe 11 juillet au matin, le juges Jules Gaveaux, prend la décision d'abandonner les poursuites judiciaires menées pour "incitation à la haine et à la violence" contre Faustin Bambou et Emmanuel Cyrus Sandy. Arrêté le 27 mai Faustin Bambou avait été placé en détention à la Maison d'arrêt centrale de Ngaragba dès le 27 mai, rejoint par son confrère Cyrus Sandy le 15 juin. 

 

Voir le réquisitoire du procureur : http://fr.rsf.org/republique-centrafricaine-trois-ans-de-prison-ferme-cinq-ans-07-07-2011,40619.html 

 

Le juge a préféré condamner les journalistes pour diffamation à l'encontre du ministre délégué à la Défense nationale, Jean-Francis Bozizé, un délit de presse moins grave, et à une amende de 300 000 FCFA (458 euros). Après la levée du mandat de dépôt, les journalistes ont été remis en liberté. 

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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 05:20
8 juillet 2011
Afrik.com
Trois ans de prison ferme requis pour deux journalistes
Reporters sans frontières condamne fermement le réquisitoire du procureur Arnauld Djoubaye qui, le 6 juillet 2011, a demandé trois ans de prison ferme pour "incitation à la violence et à la haine" contre Faustin Bambou et Emmanuel Cyrus Sandy, respectivement directeurs de publication des hebdomadaires Les Collines de l'Oubangui et de Média Plus. Le procureur a en outre requis une amende d'un million de francs CFA (150 euros). Selon un des avocats de la défense, il aurait également demandé l'interdiction de l'exercice des droits civiques et politiques des journalistes pendant cinq ans. La cour prononcera son verdict le 11 juillet prochain.
Maître Nicolas Tiangaye, un des avocats constitué pour les deux journalistes, a déclaré à l'organisation : "Si les journalistes venaient à être condamnés, cela constituerait une régression des libertés dans le pays. Nous nous sommes battus pour obtenir une loi réglementant la presse afin que cessent les peines privatives de liberté pour les journalistes dans les cas de diffamation. Aujourd'hui, nous sommes choqués. Nous avons fait un pas en avant pour maintenant reculer de deux".
L'arrestation arbitraire et la manière dont le procès s'est déroulé entâchent sérieusement la crédibilité de la justice centrafricaine, estime Reporters sans frontières. Considérés comme des criminels de droit commun, les journalistes encourent désormais des peines aberrantes. Nous sommons la cour de Bangui de réprouver le réquisitoire du procureur. Il est désormais temps que les deux journalistes recouvrent la liberté.
Faustin Bambou est en détention préventive depuis le 27 mai dernier. Son confrère, Emmanuel Cyrus Sandy, a, quant à lui, été arrêté le 15 juin. A l'issue de l'audience du 29 juin, le parquet de Bangui avait maintenu les poursuites contre les journalistes pour "incitation à la violence et à la haine", un chef d'accusation puni par les articles 292 et 295, selon une procédure de flagrant délit. Demandant que le dossier soit examiné selon l'ordonnance N° 05.002 du 22 février 2005 relative à la Liberté de la Communication, les avocats des prévenus avaient demandé l'annulation de la procédure, une requête rejetée par le tribunal de Bangui le 1er juillet dernier. Ils avaient dès lors dénoncé "un amalgame" juridique manifestement contraire aux lois sur la liberté de la presse. En effet, selon Maître Nicolas Tiangaye, les faits décrits par le plaignant, Jean-Francis Bozizé, le ministre délégué à la Défense nationale, relèvent de la diffamation, un délit dépénalisé depuis 2005. Or, le procureur a choisi de qualifier les faits en termes politiques.
Lors de l'audience du 6 juillet présidée par Jules Gaveaux, Jean-Francis Bozizé ne s'est pas présenté pour justifier le dispositif de flagrant délit d'incitation à la violence. Plusieurs délégués des militaires se sont constitués témoins, en solidarité avec les journalistes, afin de corroborer les faits dénoncés dans les articles écrits par Faustin Bambou à dater du 28 février 2011. Selon eux, le ministre délégué à la Défense leur aurait confirmé l'octroi d'une enveloppe d'environ 5.15 millions d'euros par l'Union européenne pour couvrir les retraites des militaires, or le ministre aurait utilisé ces fonds pour le règlement de contentieux jugés urgents. Manifestement gêné par ces révélations, le procureur aurait fait la sourde oreille et refusé d'écouter ces témoins.
En soutien à leurs confrères journalistes, les journaux Le Confident, Le Citoyen, Le Démocrate et l'Hirondelle avaient décidé d'observer, le 4 juillet dernier, une "Journée sans presse".
Pour tout renseignement complémentaire : 
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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 15:29

18 juin 2011

Bêatrica Sango


Le report du procès Bambou: un autre Directeur de publication, Cyrus Sandy, est arrêté
alors qu'il comparaissait en tant que témoin. 

La salle d’audience du tribunal de grande instance de Bangui s’était apprêté hier, mercredi 15 juin à accueillir le procès BAMBOU dans l’affaire qui l’oppose au ministère public. Cet ordre du jour va être simplement mis de côté.

Le Directeur de Publication de Média+ M. Cyrius Sandy qui était venu prendre part au procès parce qu’il serait lui aussi cité, s’est vu arrêté sur l’ordre du ministère public. En effet, il est reproché au directeur de publication de Média+ les mêmes faits que son confrère du bi-hebdo « Les Collines de l’Oubangui». Seulement il n’a jamais fait objet de poursuite, le plaignant s’étant dessaisi de l’affaire.

C’est le ministère public qui, se basant sur le chef d’accusation de révolte et d’incitation à la haine, décide séance tenante de l’arrestation de monsieur Sandy. Du coup le président de la cour décide du report du procès afin de permettre aux deux prévenus de comparaître en même temps.

Ainsi objecte t-il que M. Sandy soit auditionné au préalable par le Parquet. Mais le procureur va ordonner l’audition immédiate du prévenu avant de le renvoyer à la SRI. Il faudra attendre le 22 juin pour savoir ce que la tenue de l’audience public pourra réserver.
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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 15:02

18 juin 2011

 Bêafrica Sango

 

La maxime selon laquelle "nul n'est au-dessus de la loi" est encore loin de devenir une réalité en République Centrafricaine. C'est triste de constater que la justice ne s'applique pas à tout le monde et de la même manière, surtout quand il s'agit des porteurs de tenues. Ces derniers se comportent en héros, en bourreaux sur la population.

 

BANGUI

Insécurité au quartier Gobongo: un jeune homme torturé par un élément de la garde présidentielle

 

http://www.interet-general.info/IMG/Centrafrique-Garde-Reublicaine-1.jpgPour preuve, une petite incompréhension entre le nommé Serge Rangba et un certain Yannick qui serait sergent-chef de la garde présidentielle s’est transformée en drame. Nous vivons dans un pays où l’on est contraint à beaucoup de réserves et d’autocensure, car une simple bévue suffit pour être inquiété. Il n’est pas rare que pour un oui ou un non l’on soit sérieusement corrigé pour ne pas dire « Torturé ». De fois des problèmes familiaux, purement privés, on en fait un problème d’Etat. La population est toujours sur ses gardes, en évitant d’avoir un problème avec ces « Despérados » dites protectrice de la nation. 

 

Le jeudi 9 juin 2011 vers 15 heures, nous avons assisté à une scène affreuse, déroulée au quartier Gobongo dans le 4e arrondissement de Bangui. En effet, le prénommé Serge Rangba, victime dans cette affaire s’est vu torturé en public au bord du cours d’eau Ngoubagara, à l’endroit dit «base marine » par les éléments de la garde présidentielle. Ils sont connus dans le secteur pour leurs incessants actes de violence sur la population locale. Le tortionnaire du jeune Serge, le sergent-chef de la Garde Présidentielle Yannick est surnommé « Grand machin » pour son héroïsme. Et pour cause ? 

 

Tout a commencé par une affaire de vente des sacs de ciment dont Serge Rangba en est le démarcheur. D’après les informations de sources concordantes, ce dernier avait dix sacs de ciment à démarcher, il a déjà vendu 2 sacs à un pasteur qui n’a pas signalé un quelconque cas de fraude ou alors de contrefaction du produit. Il se trouve par la suite que Serge Rangba a proposé les mêmes services au sergent-chef Yannick alias « Grand-machin » qu’il a rencontré sur son chantier de construction le mardi 7 juin 2011. Ce dernier lui fait la commande de trois sacs en valeur de 27.000 Fcfa puisque l’unité vaut 9.000Fcfa. Le marché étant conclut, Serge qui garde chez lui plusieurs sacs de ciment, repart prendre les 3 sacs pour livrer au sergent-chef. Le preneur charge son maçon de décharger les sacs mais ce dernier, dès réception de ces sacs, après constat a déclaré que les ciments ne sont pas des originaux. Face à la réticence de son interlocuteur, Serge se propose sur le champ de reprendre ses produits. Mais, informé par téléphone, le sergent-chef donnera l’ordre que les sacs de ciment soient réceptionnés et conservés au niveau du chantier pour servir aux travaux. Plus tard, dix autres sacs seront encore livrés. 

 

Deux jours après, le sergent-chef « Grand-machin » débarque chez Serge accompagné d’un autre élément de la garde présidentielle, pour réclamer que les sacs de ciment achetés ne sont pas des originaux. Par la même occasion, il demande à Serge de les suivre. Mais ce dernier leur fait savoir qu’il n’est qu’un simple démarcheur. Sur la pression de ses tracteurs qui insistent de l’amener avec eux, Serge, pour éviter des histoires, leur propose de rembourser l’argent et de récupérer les sacs de ciment. Malheureusement, faute de compréhension le sergent-chef va le traiter de tous les noms d’oiseaux, ainsi que sa femme et ses sœurs. Ils l’embarqueront en fin de compte sur sa moto noire « apache » pour la « base marine » au bord du cours d’eau Ngoubagara. Sur les lieux quatre (4) autres éléments les attendaient. Ils ont déshabillé Serge, l’ont ligoté en « Arbatacha » et commencé à le molester avec des files et certains objets. 

 

Par la suite, ils l’ont attaché solidement contre un arbre où ils ont poursuivi la torture devant une foule nombreuse mais incompétente, jusqu’à l’intervention d’un élément de la gendarmerie qui est de passage. Le gendarme a fait appel à la base où des gendarmes sont déployés sur les lieux. Ces derniers n’avaient même pas pu désarmer le «Desperado » qui fait sortir deux grenades et menace de l’exposer si on le touche. Après plusieurs moments de discussion avec ses amis d’armes, notre héros s’est rendu. Arrivé à la gendarmerie, il cri haut et fort que « si c’était la nuit, j’allais le tuer et qui peut me faire quoi ? » C’est ainsi que va la vie en RCA, pays où les éléments de la garde présidentielle ont la gâchette facile, maltraitant et massacrant la population civile sans être punis par la loi, où son passé le droit de l’homme en République Centrafricain ? Nous Comprenons que l’impunité a fait que ces derniers ne feront qu’exagérer dans leurs gaffes, sachant qu’ils sont à côté du soleil et que rien ne pourra leur arriver. 

 

Le sergent-chef, sur un ton toujours menaçant, restitue les sacs de ciment après être remboursé, et s’en est allé, sans une autre forme de procédure. Le pauvre Serge était quant à lui, conduit dans un mauvais état à l’hôpital de la gendarmerie où il reçu des soins avant d’être mis au gardé à vu pendant quelques minutes avant d’être relâché. Quel pays ?

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