Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

 

 

 

Rechercher

29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 09:24

26 juin 2009
AFP


Des organisations de la société civile gabonaise ont affirmé jeudi que les biens détenus par le défunt président Omar Bongo à l'étranger devaient désormais revenir "à l'Etat gabonais". "M. Bongo a laissé des héritiers. Ces héritiers souhaitent jouir de tous les biens qu'il a laissés" à l'étranger, a déclaré le porte-parole des Acteurs libres de la société civile, Marc Ona Essangui, au cours d'une conférence de presse à Libreville. "Il faut se battre (...) pour que ces biens reviennent à l'Etat gabonais et que les Occidentaux n'en profitent pas", a-t-il ajouté. "Il faut restituer" ces biens, a-t-il insisté.

Cette coalition d'organisations non gouvernementales soutient la procédure judiciaire française sur le luxueux patrimoine immobilier détenu en France par des présidents africains, dont Omar Bongo, ainsi que par leur famille. Les associations françaises dont la plainte est à l'origine de l'affaire estiment que ces biens ont été acquis avec de l'argent public détourné dans leur pays.

L'affaire dite des "biens mal acquis" a tendu les relations entre Paris et son ancienne colonie depuis 2007, le Gabon ayant dénoncé à plusieurs reprises, du vivant d'Omar Bongo, "l'acharnement" des médias français. "Déjà on nous parle de continuité alors que le peuple aspire à un véritable changement. Est-il besoin de rappeler (...) que le Gabon n'est pas une monarchie", a encore déclaré Marc Ona Essangui, conseillant aux "héritiers" d'Omar Bongo de se "retirer" de la vie politique.

Selon plusieurs sources proches du pouvoir, le ministre gabonais de la Défense Ali Ben Bongo, fils du défunt, entend briguer sa succession, mais les médias se sont aussi fait l'écho des ambitions d'autres membres de la famille. "Ali Bongo et tous les membres de la famille sont des citoyens gabonais (...) tout a fait libres de se présenter à une élection démocratique, mais si un membre de la famille pense qu'après le père, c'est automatiquement l'un d'eux qui doit prendre le pouvoir, là nous ne sommes pas d'accord", a expliqué Marc Ona Essangui.

La société civile a demandé une nouvelle fois que le futur scrutin présidentiel soit "clair, transparent, crédible et accepté de tous", et que tout ministre qui se porterait candidat soit contraint de démissionner du gouvernement. Enfin, le porte-parole a annoncé que les Acteurs libres de la société civile soutiendraient la candidature en tant qu'indépendant de leur représentant en France, Bruno Ben Moubamba, si elle est retenue par la commission électorale.

Repost 0
Published by Juliette Abandokwe - dans Gabon
commenter cet article
29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 08:38

26 juin 2009 
RFI


Alors que les candidatures se dessinent pour la succession au défunt président Bongo Ondimba, une frange de la population aimerait voir de nouveaux acteurs politiques face à ces candidats qui ont participé au pouvoir pendant 40 ans. Dans une interview accordée à Radio France internationale (RFI), que nous publions in extenso, Marc Ona, l'un des leaders de la société civile gabonaise, estime que pour garantir un scrutin fiable et crédible, il faut un peu de temps et beaucoup de neuf.


RFI: Depuis la mort d'Omar Bongo la Constitution est respectée, est-ce que cela vous rassure ou bien restez vous inquiet ?

Marc Ona: «Cela me rassure parce que celle qui a été portée à la tête du pays, madame Rogombé, est une femme que tout le monde admire. Jusque-là elle opère avec une dextérité à ce qu'on peut observer depuis qu'elle est à la tête du pays. Je crois que pour le moment on peut lui faire confiance.


La Constitution lui interdit d'être candidate, vous auriez aimé qu'elle puisse se présenter ?

De vous à moi, j'aurais aimé effectivement pour moraliser la vie politique. Malheureusement elle ne peut pas le faire puisqu'elle assure l'intérim.


D'après la Constitution les Gabonais doivent élire leur nouveau président avant la fin du mois de juillet. Le Parti démocratique gabonais propose une prolongation des délais de 15 jours, c'est-à-dire un vote à la mi-août, qu'en pensez-vous ?

Je pense que c'est irréaliste. Les conditions ne sont pas réunies, surtout quand on sait que le fichier électoral a toujours été un élément à l'origine des contestations. Si nous avons la possibilité de nettoyer ce fichier électoral pour organiser des élections transparentes, il n'est pas question pour la société civile que le même fichier électoral soit présenté tel quel. Nous devons avoir suffisamment de temps pour examiner le fichier électoral et aller aux élections avec beaucoup de transparence.


Dans le parti au pouvoir Ali Bongo ne sera certainement pas le seul candidat à la candidature, Jean Eyéghé Ndong, Casimir Oyé Mba, Daniel Ona Ondo, semblent aussi très tentés par le challenge, est-ce que vous avez une préférence ?

Je n'ai pas de préférences. Je constate tout simplement que ce sont les mêmes personnes qui ont géré le pays pendant 40 ans, les Gabonais seront là pour juger. 40 années de gabegie, 40 années de corruption, 40 années de clientélisme, je ne pense pas que les Gabonais soient prêts aujourd'hui à renouveler leur confiance aux mêmes personnes qui sont à l'origine de la situation du pays aujourd'hui.


Si Ali Bongo n'est pas désigné par le parti craignez-vous des remous ?

Je ne peux pas le dire. Je pense qu'il ne faudrait pas focaliser le débat sur la personne d'Ali Bongo. Ali Bongo est accidentellement le fils de feu président Omar Bongo Ondimba mais il ne doit pas utiliser le statut de fils de président de la République pour penser qu'il serait le candidat naturel et que s'il ne venait pas à se présenter à cette élection il y aurait des remous. Et je conseillerais à la progéniture de monsieur Bongo de se consacrer à la gestion du patrimoine qu'il a laissé, de se retirer de la politique, c'est cela que je leur conseillerais.


Donc le Gabon n'est pas le Togo ?

Le Gabon n'est pas le Togo, le Gabon n'est pas un héritage qu'a légué monsieur Bongo à ses enfants, le Gabon n'est pas une monarchie.


Du côté de l'opposition, est-ce qu'un pionnier du multipartisme comme Mba Abessole a ses chances ?

Opposition, majorité, c'est blancs bonnets, bonnets blancs. Nous estimons au niveau de la société civile aujourd'hui que toute la classe politique est disqualifiée.


Vous dites «blancs bonnets et bonnets blancs», mais est-ce qu'un Pierre Mamboundou ou un Zacharie Myboto n'ont pas affronté courageusement Omar Bongo ces dernières années ?


On peut leur reconnaître ce mérite, mais ces derniers temps ces personnes n'ont pas joué le rôle que les Gabonais auraient aimé qu'elles jouent. C'était le consensus, c'était l'unanimisme autour du président Bongo et nous repartions dans un système de parti unique, où les partis de l'opposition n'avaient pas le courage de dénoncer.


Dans les non-dits du Gabon, il y a la question ethnique et 42 ans après la mort de Léon Mba, beaucoup de fang disent que le pouvoir doit leur revenir, qu'en pensez-vous ?

Le pouvoir ne doit pas revenir à une ethnie, le pouvoir doit revenir à un citoyen gabonais qui assure un changement, c'est pas un problème de fang, un problème de punu, un problème de myènè. Le Gabon étant un tout petit pays, 1 million d'habitant, la logique ethnique ne doit pas primer sur l'unité nationale.


Vous Marc Ona vous êtes un leader de la société civile. Parmi les candidats qui se profilent, qui pourriez-vous soutenir ?

Il est évident que nous nous pencherons beaucoup plus sur le candidat de la société civile.


Et à quel candidat de la société civile pensez-vous ?

Je vous ai cité le cas de Bruno Ben Moubamba qui s'est prononcé. Vous m'avez parlé de Casimir Oyé Mba, Ona Ondo et bien d'autres qui ont des intentions. Nous allons choisir là dedans mais il évident que nous nous pencherons du côté de la société civile.


Donc pour l'instant vous n'avez pas fait votre choix ?


Nous ne pouvons pas faire notre choix tant que la commission électorale ne nous a pas officiellement présenté des candidats. Pour l'instant ce ne sont que des intentions.


Au Gabon la présidentielle est en un tour, si une candidature de la société civile s'ajoute à celle d'un Mamboundou, d'un Myboto ou d'un Mba Abessole, les voix anti-PDG ne risquent-elles pas de se disperser au profit du PDG ?


Je vous dis que pour nous, le PDG et l'opposition c'est blancs bonnets, bonnets blancs. Il faut de nouveaux acteurs politiques, et si la société civile a le pouvoir de présenter des candidats, nous soutiendrons les candidats de la société civile.


Est-ce que vous serez candidat vous-même Marc Ona ?


Pas du tout, je n'ai aucune intention, aucune ambition politique pour être candidat. Et je ne serais jamais candidat à une quelconque élection, je n'accepterais jamais un poste ministériel, je ne peux pas à la fois être juge et parti.


Voulez-vous dire qu'en disant qu'il veut être candidat, Bruno Ben Moubamba quitte de fait la société civile ?

Pas du tout, vous avez des exemples à travers le monde d'acteurs de la société civile qui se présentent à une élection. En France par exemple on a connu le cas de José Bové, il n'adhère pas à un parti. Donc s'il y a des candidats indépendants ils peuvent être issus de la société civile comme ils peuvent être issus de partout.


Mais alors pourquoi ne vous présentez-vous pas en tant que candidat indépendant ?

Je n'ai aucune ambition politique, je me sens bien dans le rôle que je joue en ce moment. Un rôle de sensibilisateur sur les dérives et les travers de nos dirigeants».

Repost 0
Published by Juliette Abandokwe - dans Gabon
commenter cet article
24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 13:40

23 juin 2009 
Centrafrique-Presse 


Les hommages à leur défunt président terminés, nombre de Gabonais se prennent à rêver, pour tourner la page de l'ère Omar Bongo qui a duré 41 ans, d'une "vraie" élection qui serait déjà une première concrétisation de leur volonté confuse de "changement".

Le Premier ministre Jean Eyeghé Ndong a reconnu lundi que la présidentielle ne pourrait avoir lieu avant le 25 juillet conformément aux délais constitutionnels, notamment en raison de la nécessaire révision des listes électorales. Une "concertation" de la classe politique, lancée mardi, devrait permettre de régler cette question. Mais déjà, les esprits sont à la future élection. "On veut le changement", dit Anicet, chauffeur d'un taxi déglingué qui vit dans un quartier déshérité de Libreville. "On ne veut plus des mêmes qui sont au pouvoir depuis toujours".

Ce sentiment, diffus parmi les nombreux laissés-pour-compte d'une redistribution marginale et arbitraire de la manne pétrolière, est aussi présent dans la classe moyenne de la capitale - bien qu'exprimé, le plus souvent, sous couvert de l'anonymat. "Les gens ont envie d'un vrai changement", confirme un jeune père de famille. "Beaucoup de jeunes qui ne se sont jamais inscrits sur les listes électorales ont envie d'y aller cette fois, car les jeux sont ouverts".

Et les jeunes sont nombreux, qui n'ont connu que l'ère Bongo, dans un pays où l'espérance de vie est de 56 ans et où 36% de la population ont moins de 15 ans, d'après l'ONU. "Tant qu'il y avait Bongo, les gens étaient résignés, ils prenaient leur mal en patience et acceptaient tout, sachant que rien ne changerait de son vivant", explique une fonctionnaire trentenaire. "Maintenant qu'il n'est plus là, c'est différent, il y a de l'espoir. Mais aussi une certaine crainte car il avait su au moins garantir la paix". 

D'après un universitaire, Bongo avait mis en place un "système monolithique". "Tant qu'il y avait les ressources pour tenir, cela fonctionnait comme une chape de plomb", analyse-t-il. "Mais maintenant, le seul dénominateur commun, celui qui ne pouvait être contesté, est parti, et les ambitions vont s'exprimer".

Rares sont toutefois ceux qui donnent un nom au "changement" tant souhaité, au moment où, en coulisses, la bataille de la succession a commencé, notamment au sein du parti présidentiel qui rassemble une myriade d'ambitions. Les personnes interrogées savent surtout ce dont elles ne veulent pas.  

Un membre de l'ethnie fang, la plus nombreuse avec 30 à 40% de la population? Les autres communautés n'en veulent pas. Un candidat originaire, comme Bongo, du Haut-Ogooué (sud-est)? Le reste du pays s'y dit hostile. Un représentant du parti présidentiel, voire du clan du défunt? Trop dans la continuité. Et les "opposants"? Ils ont perdu toute crédibilité au fil de leurs compromissions avec le régime.

"Si on arrive à une élection fiable, si on a un président bien élu au Gabon, ce sera déjà l'alternance", s'exclame un ministre et ex-opposant. "Même si ce n'est pas un homme neuf, on aura changé de système". Reste le problème de la "dictature du franc CFA" mise en place, d'après ses détracteurs, par Bongo. En 2005, les pétrodollars coulaient ainsi à flots sur la campagne présidentielle.

"Au Gabon, pour gagner un scrutin il faut distribuer énormément d'argent", décrypte un haut fonctionnaire expert des campagnes électorales. "Les mêmes qui veulent le changement cherchent la facilité", admet aussi Anicet le chauffeur de taxi. "Ils veulent l'argent, et l'argent, ce sont ceux qui sont déjà au pouvoir qui en ont assez pour gagner".

Repost 0
Published by Juliette Abandokwe - dans Gabon
commenter cet article
19 juin 2009 5 19 /06 /juin /2009 14:25

18 juin 2009
Eyoum Ngangué
(Journaliste camerounais, fondateur de l'association des journalistes africains en exil)
Libération

L
e président du Gabon est mort. Autour de ce décès, on assiste à une indulgence quasi obscène des médias occidentaux (à quelques exceptions dont Libération NDLR) et un chapelet d’indécentes éloges de la part de la classe politique français (en dehors du propos très critique d’Eva Joly sur le bilan des années Bongo), de ses amis, proches ou lointains, sans aucun égard pour le peuple gabonais qu’il a martyrisé quarante-deux ans. Si l’on cite un à un les attributs que ses thuriféraires lui accolent au lendemain de sa mort, on peut légitimement se demander de qui l’on se moque.

«Le sage». Cet autocrate a manqué de sagesse lorsqu’il s’est agi de gérer la manne pétrolière de son pays. Dans les années 60, le Gabon était membre de l’Opep mais si on le compare à Dubaï, c’est un vaste bidonville où le peuple croupit dans la misère et regarde les 10 000 à 15 000 profiteurs du régime (acheté par le génie corrupteur de cet autocrate) se gaver de l’argent du pétrole et du bois et regardant de loin l’étalage des propriétés privées de la famille Bongo, au Gabon, au Maroc et en Europe.

«Le doyen». Pour sa longévité aux affaires. Dans ce cas, Fidel Castro serait encore plus «doyen» que lui. Par ailleurs, aurait-on qualifié Georges Pompidou (devenu président français en 1969, soit deux ans après l’accession à la présidence gabonaise d’Omar Bongo) de doyen s’il s’était accroché au pouvoir jusqu’en 2009 ? Imagine-t-on un seul instant Helmut Schmidt, Margaret Thatcher ou un autre chef de gouvernement européen ainsi s’éterniser au pouvoir ? Les aurait-on qualifiés de doyen ? Seul le regard condescendant que les hommes politiques européens portent sur l’Afrique permet de justifier qu’un autocrate comme Bongo quitte la scène sous un tel cortège de louanges.

«L’ami de la France» était l’ennemi de son propre pays qu’il a maintenu dans la pauvreté, au point de ne pouvoir y construire un hôpital décent (sa femme étant décédée le 14 mars dans un hôpital marocain et lui-même dans un établissement hospitalier espagnol deux mois plus tard). Combien de Gabonais qui vivent dans les matitis (favelas de Libreville) peuvent se payer des soins à l’étranger ?

«Le facilitateur de la paix dans de nombreux conflits en Afrique». Encore une flibusterie, quand on sait que Bongo et son régime ont soutenu les sécessionnistes du Biafra au début des années 60 (bilan, entre un et trois millions de morts) ou les attaques de Bob Denard contre le régime de Mathieu Kérékou au Bénin quelques années plus tard. Bongo a aussi permis la déstabilisation de plusieurs autres régimes africains. Il a géré de main de maître la transmission monarchique entre Eyadema et son fils Faure Gnassingbé au Togo. Dans son pays, il a muselé la presse, détruit des stations de radio au bulldozer, éliminé physiquement des opposants.

Aujourd’hui, on veut nous présenter Bongo comme un héros. On minimise désormais le fait qu’il a pillé son pays, que sa défunte femme possédait 50 comptes à l’étranger, on appelle à une transition en douceur pour que se perpétuent les souffrances du peuple gabonais. Tout se passe comme si, même la mort ne pouvait pas arrêter le système Bongo.

Pourtant, sa disparition physique devrait constituer une vraie bouffée d’oxygène pour les centaines de milliers de Gabonais qui n’ont jamais pu bénéficier de la nature généreuse de leur pauvre petit pays riche pris en otage par Bongo et ses amis. Ces milliers de personnes à qui on impose la paix des pauvres.

Non, au Gabon, Bongo n’était pas un bon gars.

 

Repost 0
Published by Juliette Abandokwe - dans Gabon
commenter cet article
18 juin 2009 4 18 /06 /juin /2009 15:22

16 juin 2009
Michel Lobe Ewanè
Quotidien Mutations


Antoine Glaser : Bongo se savait instrumentalisé par la France

Directeur de la Lettre du continent, il analyse les conséquences du décès du président gabonais sur les relations France-Afrique.

Omar Bongo était considéré comme l'incarnation de la Francafrique. En quoi une telle affirmation est elle fondée?
Antoine Glaser : Depuis le décès du président ivoirien Houphouët-Boigny, fin 1993, Omar Bongo était, de fait, le doyen de l'ancien pré carré de la France en Afrique, baptisé Françafrique par les détracteurs des relations complices avec certains dirigeants africains. La France a beaucoup utilisé Omar le Gabon pour ses opérations clandestines sur le continent. Il était a toujours répondu positivement aux demandes de Paris en échange d'une reconnaissance de sa position de leader dans le pré carré.

Pour beaucoup sa dépendance à l'égard de la France et de ses responsables politiques s'est progressivement muée en une situation ou il détenait les cartes et était devenu le maitre du jeu. Un journal l'a qualifié de Président de la Françafrique. N'est ce pas un peu exagéré?
"Président de la Françafrique" signifierait qu'Omar Bongo contrôlait totalement le dispositif de la politique africaine de la France et de ses instruments sur l'Afrique. Ce serait simpliste. Les relations entre Paris et Libreville étaient beaucoup plus complexes et ambiguës. Si la France ne dictait pas à Bongo ses décisions, le "doyen" savait bien, sur certains dossiers, instrumentalisés par les dirigeants français qui étaient ses "obligés" depuis de longues années. 

La France officielle - celle de Sarkozy- a donné l'impression a la fin de son règne qu'elle prenait ses distances avec Bongo. Est ce réellement le cas? Est ce parce que l'époque a changé?
Nicolas Sarkozy n'a aucun "goût" ni politique, ni culturel vis-à-vis de l'Afrique qu'il a plutôt ressentie, d'abord, comme une capacité de nuisance avec les problèmes d'immigration. Ceci dit, il reste en "double commande" avec une politique de normalisation des relations franco-africaines sur le conseil de ses diplomates et des "missi dominici" qui gardent un contact direct avec un certain nombre de pouvoirs africains qui affirment préserver les intérêts économiques français. 

Bongo semblait désorienté par les nouvelles orientations de la politique africaine de la France. Les codes ont changé; mais alors quels seraient les nouveaux codes?
Le nouveau "code" des relations franco-africaines, c'est business first, au-delà de l'histoire coloniale de la France en Afrique. Nicolas Sarkozy suit ainsi attentivement les dossiers des pays qui ont un lien avec l'approvisionnement énergétique de la France pour le pétrole (Angola, Nigéria) et l'uranium (Niger, Centrafrique).

La plupart des analystes affirment qu'avec la disparition de Bongo, une page des relations France-Afrique disparait... Qu'est ce qui va changer?
La disparition d'Omar Bongo va forcément accélérer cette Realpolitik de la Nicolas Sarkozy plus intéressé par le Proche et le Moyen orient, avec l'ouverture de la base militaire d'Abou Dhabi, que par l'Afrique.

Repost 0
Published by Juliette Abandokwe - dans Gabon
commenter cet article
16 juin 2009 2 16 /06 /juin /2009 15:03

16 juin 2009
AP / Rukmini Callimachi

A l'intérieur d'une immense salle décorée de marbre et tendue de rideaux rouges, un tapis rouge semé de pétales de roses rouges et blancs -plusieurs milliers de roses ont été acheminées de France, selon le responsable de cette décoration- menait au cercueil recouvert du drapeau gabonais bleu, jaune et vert.

De nombreux autres dirigeants comme le Sénégalais Abdoulaye Wade et le Congolais Sassou N'Guesso, beau-père du défunt, étaient également présents. Le roi du Maroc Mohammed VI s'est fait représenter par le prince Moulay Rachid, accueillis à Libreville par Ali Bongo Ondimba, ministre de la Défense, fils et probable candidat à la succession d'Omar Bongo, qui fut le doyen des dirigeants africains.

Le président gabonais est mort le 8 juin à l'âge de 73 ans dans une clinique de Barcelone où il était hospitalisé depuis plusieurs semaines, après avoir régné sur son pays pendant près de 42 ans. Après une cérémonie militaire un peu plus tard mardi, Omar Bongo sera inhumé dans l'intimité jeudi à Franceville, capitale de sa province natale dans le sud-est du pays.

La présidente du Sénat Rose Francine Rogombé assure la présidence par intérim et devrait organiser, dans un délai de 30 à 45 jours à compter du constat de vacance du pouvoir, une nouvelle élection présidentielle.

L'arrivée de Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac au palais présidentiel, dans une même limousine, a été saluée par des huées dans la foule, d'où se sont élevés des cris de "Non à la France! Non à la France!" Les deux hommes représentent aux yeux de beaucoup la "Françafrique" des relations politico-financières opaques entre la France et ses anciennes colonies. Ils ont toutefois été applaudis à l'intérieur du palais lorsqu'ils se sont inclinés devant la dépouille et ont déposé des couronnes de roses blanches et roses.

Fidèle ami de Jacques Chirac, Omar Bongo avait été le premier chef d'Etat reçu par Nicolas Sarkozy après son arrivée à l'Elysée en 2007. Les bons rapports entre Paris et Libreville avaient toutefois un peu souffert récemment des poursuites engagées contre MM. Bongo, N'Guesso et Théodore Obiang (Guinée-Equatoriale) pour détournement de fonds publics dans l'acquisition d'un impressionnant patrimoine immobilier en France (affaire des présumés "biens mal acquis").

"La France a envie de garder sa proximité avec le Gabon, elle est aux côtés des Gabonais et aux côtés des institutions gabonaises. Elle fera tout pour aider le Gabon à passer cette période en faisant vivre ses institutions démocratiques", a déclaré mardi le secrétaire d'Etat chargé de la Coopération et de la Francophonie, Alain Joyandet, interrogé par France Info. D'Omar Bongo, "quarante ans de présidence, 40 ans, au fond, de stabilité, 40 ans sans heurt, sans conflit civil majeur, c'est ce qu'il faut retenir", a conclu M. Joyandet.

Omar Bongo, qui était arrivé au pouvoir avec le soutien de la France en 1967, est le seul président qu'aient connu la plupart des 1,5 million de Gabonais. 

Repost 0
Published by Juliette Abandokwe - dans Gabon
commenter cet article
15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 15:26
15 juin 2009 
Linternationalmagazine.com

 
Feutrée mais féroce, la guerre de succession qui s’est engagée bien avant le dernier soupir du patriarche Bongo fait actuellement rage au Gabon. Si les généraux, et vieux caciques du pouvoir se déchirent, c’est surtout au sein de la famille que cette guerre risque de causer, à son terme, le plus de dégât entre Ali Bongo, Pascaline Bongo Paul Toungui...et Jean Ping.
Gabon : l'inquiétante guerre de succession...
 
Le 7 mai 2009 au soir, la panique s’empare des "réseaux Françafrique". De sources officieuses viennent de faire état du décès d’Omar Bongo, Président du Gabon. De De Gaulle à Sarkozy, en passant par Mitterrand ou Chirac, "le Vieu" a connu tous les Présidents de la Ve République française et partagé avec eux de petits et grands secrets, que les héritiers menacent de faire émerger. "Une seule déclarations non assumée pourrait faire sauter le baraque", affirme un diplomate français.

Le vent même vent de panique souffle sur le Gabon, où pendant quarante-deux ans, le doyen des Chefs d’Etat d’Afrique a, plutôt que d’éliminer ses adversaires, comme tant d’autres dictateurs, instauré un "consensus gabonais", les achètant à coup de pétrodollars et de maroquins ministériels.


...tu as tué ma fille

Malgré les nombreux démentis du Gouvernement, la rumeur sur le décès de Bongo restent persistant d’autant plus que "Le vieux", épuisé par les conflits de famille et les veillées funèbres, ne s’alimente plus et n’apparait plus en public depuis le décès de sa femme. Au quotidien français "Le Monde", Robert Bourgi affirme que lors de l’une de leurs dernières conversations, le Président gabonais lui avait expliqué : "Je suis malheureux depuis la mort de "maman Edith" (sa femme). Mais ce qui me fait le plus de mal, c’est que je n’ai même plus envie d’aller en France, qui est pourtant mon deuxième pays, à cause de tous vos médias qui me harcèlent avec ces histoires que l’on me fait".

Le Président Bongo est aussi abattu par les conflits de familles. Son fils Ali Bongo qui rêve de le succéder, et sa mère Josephine l’ex-femme de Bongo devenue chanteuse (...elle a commis un tube raillant sa remplaçante intitulé « Le mari est à nous tous »), sont accusés par les congolais d’être à l’origine du "mal mystérieux" qui a frappé Edith Lucie Bongo, la fille du Président congolais Denis Sassou-Nguesso. Un soupçon, en tout cas, partagé par le chef de l’Etat congolais qui, lors des obsèques de sa fille a lancé à Ali Ben : « Tu as tué ma fille ! ».


Ali Ben Bongo : le mal élu.. ?


C’est dans ce contexte tendu qu’intervient la mort d’Omar Bongo (officiellement mort le 7 juin). A l’annonce du décès de son père, Ali Ben Bongo, actuellement ministre de la défense reste presque seul aux commandes. Alors que toute la famille a accouru a Barcelone, lui préfère-t-il rester à Libreville pour verrouiller l’avenir et décide la fermeture des frontières terrestres, maritimes et aériennes, déploie ses troupes autour de tous les sites sensibles : administrations, banques, radios, télévision publique...

Quelques mois plus tôt, celui qu’on surnomme à Libreville " Baby Zeus" a fait le ménage à l’état-major et y a placé ses hommes. Il compte aussi sur l’appui du ministre de l’Intérieur, André Mba Ogame, un ami d’enfance et de surcroît un Fang, la plus importante communauté ethnique du Gabon. Ensemble, ils animent le courant des « réformateurs » au sein du Parti démocratique gabonais (PDG) au pouvoir. En cas de tempête, un tel aréopage peut servir. Sur le front civil, Ali, prénommé Alain jusqu’à la conversion paternelle à l’islam, peut tabler sur les conseils de Guy Nzouba Ndama, le président de l’Assemblée nationale. En France, il peut aussi compter sur Robert Bourgi, un brillant avocat "dauphin" de Jacques Foccart, dont il a en partie repris les réseaux africains.

Mais, la plupart des collaborateurs du président sont contre lui et lui reprochent son manque de charisme et de sérieux, sa passion pour les Ferrari et les parties de Nintendo. Faute de parler la langue des Batékés, sa propre ethnie, sa candidature aux législatives de 2001 dans le berceau familial, rebaptisé Bongoville, se révèle un désastre.

De méchantes rumeurs l’accusent même de ne pas être le fils de Bongo mais un « bâtard », pis, un étranger trouvé dans un camp de réfugiés lors de la guerre du Biafra. Parmi ses ennemis, il y a tous ceux qu’il a évincés au sein de l’armée. A commencer par l’ex-chef d’état-major et actuel ministre de la Santé, le général Idriss Ngari, autre prétendant potentiel, membre de l’ethnie fang et qui dirige une association très influente d’anciens gradés. Tenus à la lisière du pouvoir, les Fangs pourraient sentir l’heure de la revanche arriver, avec le risque d’affrontements interethniques.

Aussi, quand Ali Ben Bongo sera hospitalisé à son tour à Neuilly-sur- Seine, le 23 mai, le bruit court aussitôt qu’il a été empoisonné, ensorceler ou victime d’une attaque cardiaque à l’issue d’un conseil de famille houleux. Mais la réalité est plus prosaïque. L’homme tente de perdre son embonpoint et son anneau gastrique s’est déplacé.


Pascaline : le "Totem" de Bongo

Pascaline Bongo, 52 ans, est présentée comme la fille préférée du Président, son « totem », comme on l’affirme à Libreville. A Barcelone, c’est elle qui veille sur Omar Bongo et filtre les visites. Elle aurait, selon les derniers rumeurs interdit l’accès à la clinique à son frère Ali Ben Bongo.

Diplômée de l’ENA, elle assure la direction du cabinet de son Père et est surtout la gestionnaire de sa fortune, au risque de confondre les caisses de l’Etat et son compte courant personnel. Dans l’enquête parisienne sur les biens mal acquis, il est apparu que l’une de ses Mercedes classe E55 avait été en partie payée par un chèque de 37 320 euros de la paierie générale du Gabon.

L’actuel trésorier payeur général est un de ses proches. Et son concubin actuel, le ministre des Affaires étrangères, Paul Toungui, a longtemps détenu le portefeuille des Finances.

Si Pascaline n’est pas directement déclarée partante pour la succession de son Père, elle compte bien peser sur le choix du prochain président et agite aussi ses réseaux parisiens, notamment dans les milieux d’affaires où elle bénéficie du soutien de Vincent Bolloré, son partenaire dans différents projets. Fortement opposée à la prise du pouvoir par son frere Ali Ben Bongo, elle laisse entendre que « les entreprises françaises auraient beaucoup à perdre » si son frère prenait la tête du pays. « Ali ? Ses adversaires essaient de nous le vendre comme un agent vendu aux Américains », dit-on dans l’entourage de Sarkozy.

Pascaline veut-elle pousser la candidature de son compagnon ou celle de son ex-mari, Jean Ping, un ancien ministre ?

Dans le contexte actuel, "une chose est sur : Pascaline ne roulera ni pour elle, ni pour son Frère" nous affirme un diplomate français. Reste donc une inconnue  : tranchera t-elle pour son compagnon actuel Paul Toungui ? ou pour son ex-mari Jean Ping avec qui elle a eu plusieurs enfants.


Paul Toungui : le sérieux prétendant

Connu pour être un homme discret, Paul Tougui, l’actuel mari de Pascaline Bongo, lui aussi issu du sud-est du Gabon, ne cache plus ses ambitions présidentielles. A 59 ans, celui qui est aussi ministre d’État chargé des Affaires étrangères, rêve de s’emparer des clés du Palais du bord de mer .

Pour cela, il a entre ses main une carte majeure : son appartenance au clan Bongo par son mariage en 1995 avec Pascaline, la fille aînée du président.

Le couple peut compter sur d’importantes ressources. Pascaline Bongo, inébranlable chef de cabinet de son père et gestionnaire des avoirs de la famille, n’ignore rien des méandres financiers du régime. Quant à Paul Toungui, 60 ans, considéré comme l’homme du président, il fut longtemps ministre des Mines, puis des Finances.


Jean Ping : de distant aspirant

Dans les couloirs diplomatiques parisiens, le nom de Jean Ping, le Premier mari de Pascaline Bongo avec qui elle a eu deux enfants est de plus en plus cité parmi les aspirants au fauteuil présidentiel. Né en novembre 1942 à Omboué, au sud de Port-Gentil, ce diplomate Gabonais considéré comme un des collaborateurs les plus écoutés de Bongo (qui l’avait surnommé "Mao" du fait de ses origines asiatiques), est depuis le 1er Février 2008 à la tête de la Commission de l’Union Africaine.

Selon le communiqué de la Commission de l’UA parvenu à la rédaction de International magazine, l’actuel Président de la Commission de l’Union africaine (UA) et ancien ministre gabonais des Affaires étrangères, n’a regagné son pays samedi dernier pour assister aux obsèques du défunt président gabonais. "Ne vous en faite pas, il suit la situation de près" nous confirme une de nos source à la Commission de l’UA. "le moment venu, si la nécessite s’impose, il agira" précise la source.

Aujourd’hui marié à une Italo-Ivoirienne, Jeanne-Thérèse, l’ex-mari de Pascaline entre réellement en politique au Gabon en 1984, lorsqu’il devient le directeur de cabinet du président Bongo. Ministre sans discontinuer depuis 16 ans, et vice-Premier ministre depuis 2007, Jean Ping, 65 ans, est devenu le chef de la diplomatie gabonaise en 1999.

Distingué, brillant et très ouvert, Jean Ping est surtout doté d’un important carnet d’adresses au niveau international. Il a dirigé avec brio selon plusieurs diplomates, la 59e session de l’Assemblée générale de l’ONU en 2004-2005, préparant le sommet sur la réforme de l’institution mondiale).

De part sa longévité aux côtés de Bongo qui le considérait comme de sa famille, il connaît son pays comme sa poche. Seul entorse, on lui reproche de ne pas posséder une base électorale forte au Gabon.


Les outsiders

Dans la famille, il y a aussi Christian Bongo, un fils du président âgé d’une trentaine d’années, qui dirige l’une des principales banques du pays, la Banque gabonaise de développement. Son frère, Anicet Bongo, était jusqu’à ces derniers jours le directeur général du groupe de communication TVSat, dont la présidente du conseil d’administration n’est autre que Pascaline Bongo, qu’il a quitté pour gérer d’autres affaires familiales. Et puis il y a Jeff Bongo, haut fonctionnaire du ministère de l’économie et des finances.

La "famille Bongo" compte aussi d’autres cartes, des seconds couteaux installés à des postes d’importance à l’exemple d’Hervé Ossamy, un gendre d’Omar Bongo, patron de Gabon Télécom, qui, après des années de gestion chaotique. Ou encore Marie-Madeleine Mborantsuo, ancienne compagne du chef de l’Etat, l’indéboulonnable présidente de la Cour constitutionnelle, qui aura à trancher en cas de contentieux au lendemain de l’élection présidentielle. Et combien d’autres...

Mais la rivalité entre les deux enfants Bongo (Ali Ben et Pascaline) et ses beaux-fils (Toungui et Ping) pourrait être compliquée par le jeu du général Idriss Ngari, qui disposerait de soutiens dans l’armée. Les caciques du PDG, l’ancien parti unique, pourraient faire entendre leur voix, de même que les opposants modérés tels Pierre Mamboundou, chef de l’Union du peuple gabonais (UPG), et Zacharie Myboto, ancien proche d’Omar Bongo.
Repost 0
Published by Juliette Abandokwe - dans Gabon
commenter cet article
15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 15:03

15 juin 2009
Honoré Foimoukom
Le Messager

Françafrique: un agent secret français à la tête du Gabon

Issu d’une famille de paysans Batéké (une ethnie minoritaire du sud-est du Gabon et majoritaire au Congo-Brazzaville), Bongo effectue des études primaires et secondaires au Congo (les précisions sur le niveau de ces études ne sont pas connues) avant d’être recruté dans l’administration gabonaise comme postier. Il avait, préalablement, fait son service militaire français au Tchad, où il avait tapé à l’œil des décideurs français, par son caractère vif et ambitieux. Cependant, c’est alors qu’il exerce son modeste emploi dans les postes gabonaises, que Bongo (né en 1935) est adoubé par les Français, qui font de lui un de leurs hommes de main en Afrique. Il est employé par la France dont il sert les intérêts au Gabon et partout dans le continent, dans les écoutes téléphoniques.

Grâce à sa position d’agent secret (membre d’un service de renseignement) français, Bongo gravit très vite les échelons dans la fonction publique gabonaise. De fonctionnaire du service des Postes, il se retrouve directeur de cabinet du président de la République gabonaise, Léon Mba. Outre ses fonctions officielles de directeur de cabinet du président de la République, Bongo a des missions officieuses qui lui sont assignées par les services secrets français, auprès du chef de l’Etat Léon Mba : rester au cœur du système, surveiller son patron (Léon Mba), en faisant remonter tous ses faits et gestes auprès du gouvernement français dont l’un des soucis majeurs est d’être le véritable maître à penser des dirigeants africains. Pour la France, les résultats de Bongo, poulain de Jacques Foccart, sont éloquents.


Servir la France bec et ongles

Satisfaite des multiples rapports que lui font parvenir Bongo, la France décide de faire de lui le véritable dauphin de Léon Mba, pour le préparer à occuper les hautes fonctions présidentielles au Gabon, au cas où… Bongo part du cabinet civil de la présidence de la République, gravit rapidement d’autres échelons, au point de se retrouver au poste de vice-président de la République du Gabon. C’est donc, tout naturellement, que Bongo devient chef de l’Etat du Gabon après le décès de Léon Mba des suites de “ maladie ” en 1967. Son serment de président de la République du Gabon, Bongo le prête dans l’enceinte de l’ambassade du Gabon en France. Preuve, pour ceux qui avaient encore des doutes, que Bongo est un pion de la France au sommet de l’Etat gabonais.

Installé à la tête du Gabon, Bongo continue de servir la France bec et ongles. Les Français sont prioritaires dans tous les domaines. La quasi-totalité des richesses naturelles et minières, et presque tous les marchés juteux venant du gouvernement gabonais sont confiés aux Français. Avec Bongo, les Français passent avant les Gabonais au Gabon ! Plusieurs accords secrets octroyant une bonne partie de la souveraineté du peuple gabonais à la France sont signés entre Bongo et ses mentors français. Ceux-ci le soutiennent mordicus, et sont prêts à tout pour le maintenir au pouvoir à Libreville. Pendant ce temps, c’est le peuple gabonais qui trinque, qui est délaissé et relégué au second plan.

Avec le vent d’Est qui souffle sur le continent africain en 1990, Bongo accepte, la mort dans l’âme, l’instauration du multipartisme. L’issue des premières consultations électorales en 1993, dénoncée par nombre de ses rivaux, est à l’origine des émeutes au Gabon. Une fois de plus, Bongo se réfère à la France et, c’est d’ailleurs en France, qu’il signe un compromis avec ses rivaux, pour aboutir à la fin des émeutes.  

Repost 0
Published by Juliette Abandokwe - dans Gabon
commenter cet article
15 juin 2009 1 15 /06 /juin /2009 14:58

15 juin 2009
Pius Njawé
Le Messager 
 

Ainsi donc, Albert Bernard Bongo, alias Omar fils d’Ondimba, le père de la “ Rénovation ”, s’en est allé ! Foudroyé par un “ cancer de l’intestin ” qu’il a choisi d’aller soigner non pas à l’Hôpital de Val de Grâce en France où se soignent ou meurent généralement les grands de cette Afrique sans hôpital de référence. Mais dans une clinique privée de Barcelone nommée Quiron, que nous avons eu l’occasion de visiter il y a une quinzaine de jours, mais pas la chance de rendre visite à son illustre patient qu’aucun “ étranger ”, en dehors des médecins traitants, ne pouvait voir. Pour bien des esprits la disparition d’Omar Bongo Ondimba, à peine trois mois seulement après celle de sa femme Edith-Lucie survenue au Maroc, ressemble encore à un rêve bien que le vieux sage ait amorcé depuis jeudi passé le voyage sans retour vers sa dernière demeure. C’est qu’il avait marqué son pays et l’Afrique entière par un style de pouvoir qui lui était bien propre, et où la sagesse et la lucidité le disputaient parfois à la tragi-comédie. Avec en toile de fond un paternalisme souvent débridé.

Mourir loin, si loin de cette France qu’il a servie et qui l’a servi et desservi, loin, bien loin de cette terre gabonaise qui l’a vu naître et dont il a, avec la France, usé et abusé les ressources minières et forestières, voilà qui suscite quelques questionnements sur la logique qui a souvent guidé nos dirigeants dans leurs choix ; comment comprendre qu’un pays comme le Gabon, qui compte à peine un million et demi d’habitants, et dont le sol et le sous-sol regorgent encore d’énormes ressources malgré un demi siècle de pillage systématique ; comment, voudrais-je comprendre, qu’un tel pays peut-il manquer d’infrastructures sanitaires certes redimensionnées, mais dignes de la Salpétrière ou de Val de Grâce en France, et de Quiron en Espagne, où les dignitaires peuvent se soigner et/ou mourir en toute quiétude ? A moins qu’il s’agisse simplement d’une question de sécurité ? Cela renverrait alors au problème de confiance envers nos institutions sanitaires, depuis la conception jusqu’aux personnels, en passant par les infrastructures, les équipements, le confort, la qualité du service, etc. Mais s’ils considèrent eux-mêmes nos hôpitaux comme des mouroirs, alors on peut comprendre qu’ils choisissent d’aller ailleurs lutter contre la mort, quitte à y mourir dans un cadre décent si cette mort devient incontournable.


Problème de gouvernance

Problème de confiance, donc problème de gouvernance… démocratique ! Pourquoi, en effet, aurait-on peur de se soigner dans son pays, par des médecins nationaux compétents souvent formés dans les mêmes écoles que ceux en qui on se confie dans ces pays-là, si l’on n’a rien à se reprocher, si l’on a servi son pays et son peuple dans le respect des règles établies, si l’on n’a pas un jour ordonné à l’armée de tirer sur une foule de manifestants sans armes, si l’on n’a pas détourné de l’argent public pour assouvir sa soif de puissance, si l’on n’a pas bradé aux puissances coloniales les ressources du pays contre le maintien au pouvoir, si l’on n’a pas organisé le chaos du pays après soi, si l’on n’a pas modifié la Constitution pour s’éterniser au pouvoir, bref si l’on a la conscience tranquille d’avoir accompli son devoir, rien que son devoir et tout son devoir ? Et puis, aller se soigner ou mourir à l’étranger constitue une autre forme de distraction de fonds publics dont se rendent coupables bien de chefs d’Etat africains qui ne font rien, durant leur règne, pour doter leurs pays d’infrastructures hospitalières capables de les accueillir comme elles accueillent les “ makayas ” que nous sommes. Heureusement qu’ils bénéficient tous de cette immunité posthume qu’impose aux morts la nature elle-même.

Hormis une famille désunie, l’héritage personnel que laisse Omar Bongo est énorme bien qu’une bonne partie fasse aujourd’hui l’objet d’une procédure judiciaire en France. Bien que le Gabon soit souvent considéré comme un émirat pétrolier dans le golfe de Guinée et malgré l’uranium, divers autres minerais et bois précieux, il laisse derrière lui pays sous-développé miné par la pauvreté et ruiné par la misère. Pour avoir mal utilisé l’argent du pétrole, de l’uranium et du bois, le Gabon d’Omar Bongo se classe aujourd’hui au 142è rang sur 177, au palmarès du développement humain dressé par les Nations Unies.


Dispositions constitutionnelles

Si la légère cacophonie crée à la confirmation du décès de Bongo par un communiqué de son fils Ali annonçant, en lieu et place du Premier ministre, chef du gouvernement, la fermeture des frontières, a failli jeter quelque doute sur le respect des dispositions constitutionnelles inhérentes à la succession, tout semble bien se passer sur ce plan jusqu’ici, notamment avec la prestation de serment, en qualité de président de la République par intérim, de la présidente du Sénat. Il faut espérer vivement que les choses continuent de se passer de la sorte, c’est-à-dire dans le strict respect des dispositions constitutionnelles. Cela prouverait que tout n’est pas si mauvais dans l’héritage que laisse Bongo. Mais sera-t-il facile de tenir le difficile pari de l’organisation d’une élection présidentielle entre 45 et 90 jours dans un pays où on avait fini par croire le président immortel après 42 ans de règne sans partage ? D’où viendra le financement de cette élection non inscrite au budget de l’Etat au titre de l’année en cours, personne n’ayant prévu la vacance à la tête de l’Etat ? Si le Pdg (Parti démocratique gabonais) au pouvoir depuis 42 ans peut réunir facilement les moyens humains et matériels pour la campagne de son candidat – dont la désignation s’avère bien compliquée – il n’en est pas de même pour les partis de l’opposition d’ailleurs quasi inexistants. Alors, qui affrontera le Pdg dans cette élection pourtant déterminante pour l’avenir du Gabon ?

Mourir au pouvoir est un rêve fou que caressent la plupart de chefs d’Etat en Afrique, à l’exemple d’Omar Bongo Ondimba qui vient donc de réaliser le sien en mourant “ au front, l’arme à la main ”, ainsi que le prédisait déjà en 2005 un de ses intimes pour qui il ne vivait “ que pour ça ”. A l’exemple aussi de Nyansingbe Eyadema, de Lansana Conté et, un peu plus loin de nous, de Félix Houphouët Boigny, le vieux sage de Yamoussoukro qui malgré sa sénilité et son incontinence garda le pouvoir jusqu’à sa mort.


Immunité posthume

S’il y en a un qui n’aura pas la chance de ceux-ci, c’est Amadou Tandja du Niger ; le pauvre vient de voir son rêve se diluer, tel un morceau de sucre dans la mer, dans une décision courageuse de la Cour constitutionnelle le déboutant de son projet fou de modifier, comme Paul Biya il y a un an, la Loi fondamentale pour se frayer la voie vers une présidence à vie. Encore qu’à la différence de Biya qui modifia dans le sang la Constitution, le chef de l’Etat nigérien voulait recouvrir son projet d’oripeaux démocratiques en organisant le 4 août prochaine un référendum pour se faire bonne conscience. Mal lui en a pris, les membres de la Cour constitutionnelle nigérienne n’ayant rien en commun avec ceux, malléables à souhait, de la caisse de résonance qui chez nous tient lieu de pendant à celle-ci : la cour (anti) constitutionnelle, serait-on tenté de l’appeler.

Mais à vrai dire, à part l’immunité posthume dont je parlais tantôt, que peut bien conférer de spécial à ces gens le fait de mourir au pouvoir ? Les honneurs de nations qu’ils ont servies et desservies ? Tout ancien chef d’Etat devrait logiquement avoir droit à des obsèques dignes de son rang, et à tout le moins à la hauteur des services qu’il est supposé avoir rendus. Si donc mourir au pouvoir n’ouvre pas forcément les portes du paradis aux présidents à vie, pourquoi se livrer à tous ces artifices, à ces tripatouillages constitutionnels, à ces massacres de populations et à ces simulacres de référendums pour y parvenir ? Il faut espérer que comme Bongo, Blaise Compaoré, Idriss Déby, Sassou Nguessou et Paul Biya, qui ont chacun eu recours au tripatouillage constitutionnel, verront aussi leur rêve de mourir au pouvoir se réaliser un jour. De la sorte, ils échapperont aux poursuites judiciaires auxquelles les exposeraient leurs crimes économiques et politiques, leurs scandales multidimensionnels, bref leur “ irresponsabilité ” (pour emprunter à la Constitution du Cameroun) accumulés tout au long de leurs règnes sans partage.

Dans un tel contexte de démocratie de la présidence… à mort, pourquoi ne pas saluer, outre la Cour constitutionnelle du Niger qui vient d’administrer au monde la preuve qu’il peut très bien y avoir en Afrique des contre-pouvoir institutionnels sur lesquels on peut compter pour construire des démocraties solides, un chef d’Etat comme Amadou Toumani Touré du Mali qui a déclaré clairement qu’il n’entendait en aucun cas modifier la Constitution pour rester au pouvoir ; un pays comme le Bénin, qui depuis la conférence nationale souveraine en 1990, ne cesse de s’imposer comme modèle de démocratie dans une Afrique où les démons du totalitarisme hantent encore les allées du pouvoir ; ou un peuple comme celui du Sénégal qui a freiné net Me Abdoulaye Wade dans sa course folle vers la “ dynastisation ” de ce pays qui aura longtemps entretenu les rêves démocratiques des peuples africains.

 

Repost 0
Published by Juliette Abandokwe - dans Gabon
commenter cet article
14 juin 2009 7 14 /06 /juin /2009 21:10

14 juin 2009
Sylvain D.
Balade's blog

Je pensais avoir tout entendu en matière de mensonge et de manipulation politiques lors de cette dernière semaine passée au Gabon, mais en écoutant et lisant différents médias dès mon retour en France, je m’aperçois que j’étais loin du compte : comment peut-on aligner de telles idioties en si peu de mots ? Même en espérant une amnésie et une torpeur humaines (pas toujours naturelles) il faut croire que toutes dignité et honte ont déserté la civilisation.

Que les médias gabonais étouffés par la main de fer de feu Omar Bongo, se contentent de se lamenter sur son décès tout en louant sa grandeur d’âme et sa bonté, énerve certes, mais s’explique facilement.

Qu’un certain nombre de gabonais pleurent leur Papa se comprend aussi, même si tant de comédies sont décourageantes surtout lorsque la récompense pour les pleurnicheurs (plus souvent d’ailleurs “des pleurnicheuses”) n’est souvent rien de plus qu’un tee-shirt à l’effigie du grand Timonier. J’imagine après tout que feu Kim Il Sung et son fiston Kim Jong Il, les dictateurs fous de Corée du Nord, doivent avoir aussi leurs fans…

Mais que les politiques et médias du monde entier louent le fin tacticien qu’était Bongo, grand connaisseur de la géopolitique africaine mais pas seulement, et qu’ils passent au second plan, voire oublient complètement l’état lamentable dans lequel se trouve le Gabon aujourd’hui, ne dit rien de bon sur toutes ces crapules qui nous gouvernent et sont censées nous informer. En parlant de “crapule“, ce qualificatif colle finalement mieux au personnage que “stratège“. Voir ce qu’il a fait de ce petit pays en plus de 40 années de vente de pétrole, de bois en tout genre et de minerais à foison, vous laisse rêveur.

Si Omar Bongo Ondimba a su rester à la tête de son émirat tropical ce n’est pas par calcul complexe ou par génie machiavélique mais surtout et d’abord grâce au fait que le pays est faiblement peuplé. Selon des données officielles il y aurait un million quatre cent mille habitants au Gabon. Je crois même que ce chiffre est délibérément gonflé, entre autres pour des raisons de fraudes électorales à venir. Enfin peu importe, il n’est pas besoin d’user de tactiques complexes pour surveiller à peine plus d’un million de conspirateurs en puissance. L’argent suffit : pour corrompre, pour réprimer. Et comme des mirages et trouffions français ont assuré à Bongo gloire et sécurité, cela est vite devenu un jeu d’enfant.

En 1967 lorsque Bongo est arrivé au pouvoir le nombre de personnes sur le sol gabonais ne devait pas dépasser de beaucoup les 500 000. Ce fut sa chance, comme celle des pouvoirs français de l’époque avec à sa tête le Général de Gaulle, aidé par l’inamovible conseiller aux affaires africaines, Jacques Foccart. Où est ce grand calculateur connaisseur de l’âme humaine ? Tout cela est ridicule. Obiang Nguema, le président actuel de la Guinée Equatoriale, a aujourd’hui la même chance (beaucoup de pétrole et peu d’habitants), et celui-là n’est pas réputé pour sa finesse d’analyse.

Autre grandeur supposée de Bongo : il a maintenu son pays loin des guerres. La stabilité du Gabon, qui n’a jamais effectivement connu de conflits – ethniques (ces fameux conflits ethniques voire tribaux, tant servis et resservis par l’Occident pour expliquer tout ce qui ne va pas sur le continent africain) – s’explique sans doute aussi par cette faible population. Bongo n’a jamais eu besoin de diviser pour régner. A quoi bon ? Tout le monde est mis dans le même panier, arrosé par les mêmes billets ou les mêmes punitions. En fait de grand stratège on aurait plutôt affaire à un grand fainéant…

Et s’il est si fin diplomate pourquoi n’a-t-il jamais conseillé son beau-père, le président du Congo-Brazzaville Sassou Nguesso, au lieu de l’aider financièrement à tuer ses concitoyens congolais ? Non tout cela est ridicule.

Certaines petites anecdotes qui se racontent au Gabon sont délicieuses : A ses débuts à la tête de l’Etat, Bongo choisissait les hauts-fonctionnaires du pays parmi sa famille proche et peu importe que l’heureux élu soit illettré ou presque. Rien de bien surprenant. Enfin il paraît que c’est ainsi qu’il nomma l’Ambassadeur du Gabon au Canada. L’histoire dit qu’une fois sur place, ce nouveau représentant de l’Etat, un peu à l’étroit dans son grand bureau, alla se promener dans un des parcs d’Ottawa. A sa grande surprise il vit des écureuils courir devant lui sans crainte. Il remonta illico dans ses appartements, et prit munitions et fusil. De retour dans l’herbe il mit en joue tous les petits mammifères un peu trop confiants. La police royale intervint et la courte carrière du haut fonctionnaire se termina sans avoir commencer.

Je raconterais peut-être dans d’autres textes ce que j’ai vu du Gabon, en tout cas il m’autorise à croire sur parole cette petite histoire. Et à traiter d’escrocs ceux qui dissèquent en experts les stratégies de ce bon roi OBO [1].

L’ancien président français Valéry Giscard d’Estaing vient de déclarer qu’il avait découvert au début des années 80 qu’Omar Bongo finançait la campagne électorale d’un de ses concurrents à l’élection présidentielle, Jacques Chirac, et qu’il aurait appeler alors Bongo pour lui exprimer son agacement. Je pense que tout cela est faux et qu’il n’y a jamais eu de coup de fil car la précédente campagne électorale française de 1974 de Valéry Giscard d’Estaing a certainement aussi été financée par Bongo. L’inverse serait surprenant. De plus il n’a pas tout dit : un autre concurrent à cette élection de 1981, François Mitterrand, n’a pas dû être oublier par Bongo. Giscard a eu raison d’attendre qu’Omar Bongo soit mort pour bégayer une telle ânerie, au moins il ne sera jamais démenti. Peut-être que la mémoire joue des tours à Giscard, mais pourquoi tous les fins observateurs de la politique hexagonale boivent ce petit lait ? Et ces autres experts du stratège Bongo devraient se rappeler que le petit homme a toujours agit ainsi : distribuer de l’argent dans tous les camps et attendre le vainqueur, qui lui sera forcément reconnaissant. Voilà le grand tacticien. Une fameuse et riche canaille parmi les canailles, rien de plus.

Les richesses du sous-sol gabonais ne seront certainement pas éternelles et j’espère que les gabonais auront la chance de connaître un président plus honnête qu’Omar Bongo avant que celles-ci ne viennent à s’épuiser… Malheureusement la famille Bongo est nombreuse et ne se laissera pas détrôner sans quelques résistances. Et allez savoir, peut-être que nos bidasses donneront un coup de pouce aux rejetons de Bongo, histoire de ne pas changer trop vite les habitudes…

Repost 0
Published by Juliette Abandokwe - dans Gabon
commenter cet article

Textes De Juliette