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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 22:32

25 mai 2013
Christophe Rigaud

 

Francis Laloupo décortique la Françafrique

Un an après l'élection de François Hollande, l'éditorialiste Francis Laloupo se penche sur 50 ans de délicates relations entre la France et le continent africain. Sans complaisance sur les responsabilités des élites africaines, le journaliste  retrace l'histoire des réseaux françafricains et se demande surtout comment établir, à l'avenir, un nouveau partenariat "normalisé" entre la France et l'Afrique.

Nicolas Sarkozy avait promis la "rupture", sans jamais la réaliser. François Hollande a promis le "changement maintenant". En toute logique Francis Laloupo pose la question dans le titre de son dernier ouvrage : "France-Afrique : la rupture maintenant ?" (1). En 264 pages, Francis Laloupo retrace 50 ans de relations "singulières" entre la France et l'Afrique. Depuis De Gaulle, l'inventeur du système d'"indépendance-association", en passant par Chirac le "paternaliste", jusqu'à Sarkozy, le journaliste analyse l'évolution des rapports, parfois complexes, entre la France et ses anciennes colonies africaines.

Valse des mallettes

Sur la définition de ce qu'on appelle la "Françafrique", Francis Laloupo dresse une liste amusante de cette "galaxie mouvante". On y trouve "des politiques, des émissaires officieux, des conseillers en communication auto-proclamés (…), des "chasseurs de CFA", des pseudo humanitaires, des journalistes prébendiers et transmués en agents de publicité de régimes patibulaires , des journalistes "spécialistes de l'Afrique" exerçant occasionnellement la discrète fonction d'agents de renseignement français, des affairistes arborant l'insigne de la Franc-maçonnerie(…) le spectre est large" conclut Francis Laloupo. De gaulle (et son fidèle Foccart), Pompidou, Giscard, Chirac, Mitterrand, Sarkozy… personne n'a échappé aux appels de la Françafrique, note l'auteur. Au menu de ces relations incestueuses : "la valse des mallettes" pour financer les partis politiques hexagonaux. En échange, le chef d'Etat africain se voit gratifié de la bienveillance de Paris… et de ses soldats, toujours prêts à venir défendre un régime chancelant.

Erreurs d'appréciation

La galerie de portrait des présidents français est réjouissante. Chirac est d'un "paternalisme ahurissant". Et de citer ce propos attribué à l'ancien président : "l'Afrique n'est pas mûre pour la démocratie"… tout est dit. Le décryptage des relations entre Nicolas Sarkozy et l'Afrique est sans doute l'un des mieux senti du livre. "Nicolas Sarkozy", écrit Francis Laloupo, "aura eu tout faux, à force de vouloir tout et son contraire". L'auteur rappelle le "limogeage" sans délai de Jean-Marie Bockel, sur demande expresse d'Omar Bongo. Sur la "rupture" promise par le candidat Sarkozy, le journaliste note très justement que "pour rompre, il faut être deux". "La rupture ne pouvait se décréter unilatéralement depuis l'Elysée" sans accord entre Paris et les pays africains, explique Francis Laloupo. Le bilan du quinquennat Sarkozy semble se résumer à cet note de l'ambassade américaine à Paris, qui estima que "la politique de Sarkozy laisse aux Etats-unis les mains plus libres en Afrique". L'auteur dresse ensuite une longue liste des "erreurs d'appréciation" de la France en Afrique. Le soutien "sans faille à Mobutu", la "désastreuse appréciation du conflit rwandais qui déboucha sur le crime absolu", le "plantage des accords de Marcoussis" sous la houlette de Dominique de Villepin, "à la manière d'un gouverneur colonial régentant un procès tribal"…

Pour une "deuxième indépendance"

L'ouvrage se termine par l'arrivée au pouvoir de François Hollande en mai 2012. L'auteur semble plutôt bienveillant concernant le nouveau locataire de l'Elysée (un peu trop ?). Francis Laloupo le présente comme un homme ayant "un sens exceptionnel de la méthode" et "une capacité à construire des perspectives". Et de rappeler les premiers gestes du président français sitôt élu : la réception du Béninois Thomas Boni Yayi, du nigérien Mahamadou Issoufou, tous les deux "démocratiquement élus", ou encore la "poignée de main chaleureuse" à Dakar avec Macky Sall. L'auteur note aussi l'ambiance crispée avec Omar Bongo et cette phrase de François Hollande  sur "l'obligation de transparence sur l'utilisation de l'argent de la manne pétrolière". Selon Francis Laloupo, le message de Hollande à l'Afrique est clair : "bonne gouvernance, non-ingérence et pacte de croissance". Le journaliste tire aussi le signal d'alarme. Si rien ne change, "les jeunes générations se détourneront de la France". Paris n'est déjà "plus la référence", note les diplomates en Afrique, "même si les Français ont du mal à l'admettre". D'après François Hollande, "le changement viendra d'abord et avant tout des peuples". Une idée partagée par l'auteur qui estime que l'heure de la "deuxième indépendance" a sonné. Et de résumé la vision "hollandaise" de l'Afrique par cette phrase prononcée par le président français au Mali : "nous payons aujourd'hui notre dette à votre égard".

Depuis l'écriture de ce livre, François Hollande semble avoir été rattrapé par la realpolitik… et la Françafrique. Le président s'est vu contraindre à défendre le pré carré africain… comme les autres. La guerre au Mali a rendu intouchable le très autoritaire Idriss Déby. Et le palais de l'Elysée a récemment vu défiler les présidents Sassou Nguesso et Paul Biya… tous deux, maîtres ès Françafrique. Mais restons optimistes et retenons que la politique africaine de François Hollande reste encore à écrire.



(1) Francis Laloupo : "France-Afrique : la rupture maintenant ?" - mai 2013 - 264 pages
Editions Acoria - 19 euros.
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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 22:21

26 mai 2013
Reinnier Kazé

Réfugié au Cameroun, un Nigérian dénonce les "exactions" de l'armée dans son pays

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTtq8CqKqwvbClj9ZKDDzdBv4kAu38Xiratskt58dt52TPAZ-7-Xw"L'armée (nigériane) doit cesser les exactions. Boko Haram doit cesser de faire ce qu'il fait. Les deux parties ont détruit le pays", enrage Ali Elhadji, riche commerçant nigérian réfugié au Cameroun pour fuir les violences qui secouent son pays.

Ali Elhadji, 56 ans, a fait fortune dans le commerce à Bama, dans le nord-est du Nigeria, où il s'est installé il y a près de trente ans. Le 16 mai, au lendemain du début d'une vaste offensive menée par l'armée nigériane contre les insurgés islamistes de Boko Haram, il a tout abandonné pour rejoindre Gancé, le village camerounais de ses parents.

Ici comme dans d'autres villages de la zone frontalière de Kolofata, l'action de l'armée nigériane a eu pour conséquence "une arrivée massive de gens", explique à l'AFP Seiny Boukar Lamine, sultan de Kolofata, un chef coutumier local.Le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) sillonne l'extrême-nord camerounais à la rencontre des réfugiés depuis plusieurs jours déjà, selon une autorité administrative de la région.D'après le sultan, le nombre total de réfugiés dans la région ces derniers jours est "difficile à quantifier", certains préférant se rendre directement dans leurs familles.

C'est le cas de M. Elhadji, arrivé avec quelques 80 personnes à bord de ses deux véhicules.
Le commerçant est l'un des rares à accepter d'évoquer les violences qui se sont déroulées sous ses yeux. La plupart des autres réfugiés observent un mutisme total, de peur de subir à leur tour les foudres des insurgés et des militaires nigérians.Située à une centaine de kilomètres de Maiduguri, fief de Boko Haram, la ville de Bama a la triste réputation d'héberger de nombreux jeunes recrues de cette secte."Les gens de Boko Haram ont fait beaucoup d'attaques à Bama. Lorsqu'ils tuent, ils ne font pas de distinction entre musulmans et chrétiens. Il s'en prennent aussi beaucoup aux militaires et aux policiers", raconte M. Elhadji.

Mais il y a un mois, l'armée a décidé d'intervenir pour mettre de l'ordre à Bama. "Les militaires sont arrivés dans la ville et ont commencé à sillonner les routes. Chemin faisant, ils tuaient tous ceux qui paraissaient jeunes et qu'ils croisaient dans les rues (...) ils ont tué beaucoup d'innocents", accuse-t-il.

"Ca nous fait du mal d'être assimilés à des Boko Haram. L'armée ne faisait plus de distinction: tous les jeunes étaient à abattre", affirme également Bakoura, 25 ans, qui vient lui aussi de Bama."Lorsque les gens de l'armée venaient dans la nuit, ils posaient des échelles pour escalader les clôtures et rentrer à l'intérieur des maisons pour chercher les jeunes garçons", poursuit-il.Né au Nigeria, Bakoura dit avoir réussi à s'échapper "par la grâce de dieu" pour rejoindre le Cameroun, son pays d'origine. "J'ai beaucoup d'amis qui ont été tués. D'autres ont été arrêtés et emprisonnés", soupire-t-il. "Quand les militaires ont quitté la ville, nous sommes sortis de nos cachettes et avons découvert qu'il y avait des corps de jeunes partout dans la rue. Les gens pleuraient. Les familles ont récupéré les corps pour les enterrer", ajoute M. Elhadji. Son neveu faisait partie des victimes, assure-t-il, sans cependant donner de bilan précis.

Cette vague de violences ne suffit pas à décourager M. Elhadji et sa famille, qui décident de rester, espérant que la situation va "se calmer". En vain. "Elle ne faisait que se détériorer", explique-t-il. "Le jour précédant notre fuite au Cameroun, c'était très tendu. L'armée a commencé (son offensive contre Boko Haram) à Maiduguri (...)"."Par la suite, de nombreux militaires sont arrivés à Bama (...). Ils allaient de quartier en quartier. Toute la ville était agitée et chacun cherchait sa direction" pour fuir, poursuit-il. "Quand les militaires sont arrivés dans notre quartier, nous nous sommes cachés pour qu'ils ne nous repèrent pas. Au petit matin, nous avons voyagé. C'est presque toute la ville qui s'est vidée", dit-il, assurant avoir aperçu de nombreux cadavres sur la route. "Lorsque nous partions, ma famille et moi, beaucoup de gens ont couru vers mes deux voitures", ceux qui n'ont pas pu trouver de places étaient "désespérés", selon Elhadji.

"Sur la route conduisant au Cameroun, nous avons traversé beaucoup de barrières tenues par les militaires et les policiers. Nous avons voyagé durant deux jours et étions obligés de payer à chaque fois près de 120.000 Francs CFA (183 euros).

Depuis que le Nigeria a décrété l'état d'urgence le 14 mai dans les Etats voisins de Borno, Yobe et Adamawa, la circulation est bloquée sur les principaux axes menant aux pays frontaliers, le Cameroun, le Tchad et le Niger. Désormais, M. Elhadji loge et nourrit difficilement les quelque 80 personnes arrivées avec lui du Nigeria, des femmes, bébés et enfants, dans la modeste maison qu'il possède à Gancé. Le commerçant, qui n'envisage pas de retourner au Nigeria et assure que "c'est fini pour ce pays", sait qu'il a tout perdu. "J'ai beaucoup de biens à Bama. Là, tout est tombé. J'ai construit une jolie maison. J'ai six boutiques (...) J'ai acheté cinq domaines agricoles à plusieurs millions de FCFA. Je dispose en outre de plusieurs voitures", énumère-t-il avec regret.

Au Cameroun, il devra donc tout recommencer à zéro.
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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 21:56
26 mai 2013
ActuTchad

Note de Juliette: On ne peut s'empêcher de se demander quel est le rôle exact de la France dans les attaques au Niger. Son statut d'incendiaire-pompier a déjà fait ses preuves maintes fois. Des relents de provocation pour couvrir et justifier une présence militaire supplémentaire au nord du Niger ne doivent pas passer à côté de nos narines....

* * *

Plus d’un demi-siècle après l’accession à l’indépendance de ses anciennes colonies, la France continue à intervenir en Afrique, à chaque fois qu’elle estime que ses intérêts sont menacés, comme cela a été le cas au Mali et plus récemment au Niger, après les attentats suicide d’Agadez et d’Arlit.http://cdn-lejdd.ladmedia.fr/var/lejdd/storage/images/media/images/international/le-drian2/8917296-1-fre-FR/Le-Drian_pics_390.jpg

“Nous protégerons aussi nos intérêts, car à Arlit c'est l'intérêt d'une grande entreprise française” qui a été visé, a souligné jeudi le président français à Leipzig en Allemagne, où il était en déplacement. Ainsi, la France, qui récuse le rôle de “gendarme de l’Afrique”, tente de justifier ses interventions militaires sur ce continent. François Hollande a souhaité clarifier la feuille de route française en affirmant que Paris ne laisserait “rien passer” et appuierait au contraire “tous les efforts des Nigériens” pour faire cesser la prise d'otages et “anéantir le groupe” à l'origine de cette attaque et de celle menée contre un site Areva à Arlit, également dans le Nord-Niger.

Le président français a déclaré qu'il voyait dans les événements du Nord-Niger “une preuve supplémentaire que le combat que nous engageons contre le terrorisme est un combat dans lequel tous les pays doivent à un moment ou à un autre être partie prenante, dès lors qu'ils portent les valeurs qui sont les nôtres”. Encore un appel du pied à la communauté internationale qui, pour l'instant, ne donne que peu de résultats, bien que Paris ne ménage pas ses efforts pour mobiliser ses alliés et les inviter à “prendre leurs responsabilités”. Il n’en demeure pas moins que l’intervention des forces spéciales françaises au Nord-Niger, dans la foulée de l'opération au Mali, remet au goût du jour l'impression d'une France “gendarme de l’Afrique”.

Rejetant ce rôle, Paris appelle la communauté internationale à “prendre ses responsabilités”, comme le souligne une source diplomatique française, qui assure que “la France ne redevient pas le gendarme de l'Afrique, ce n'est pas l'objectif de la France d'intervenir chaque fois qu'un pays africain se trouve confronté à des difficultés particulières”. Il apparaît cependant que Paris exerce une sorte de droit de suite au Sahel, dans le prolongement de l'opération au Mali qui, depuis janvier, a permis à Bamako de reprendre aux jihadistes le contrôle du nord du pays. Ce double discours laisse penser selon les experts que la France doit à la fois protéger ses ressortissants, préserver ses intérêts stratégiques et ne pas laisser s’installer une “zone grise” islamiste dans la région.

“On n'a pas le choix”, résume le général Henri Poncet, ancien commandant des opérations spéciales françaises. “Derrière le chapeau politique, il y a la realpolitik menée au nom de la protection d'intérêts vitaux, pour la France mais aussi pour l'Europe et pour les pays du Maghreb.” Ce point de vue est partagé par le directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), Eric Denécé, qui a rappelé que Paris n'intervenait plus en Afrique pour y “faire régner l'ordre”, mais pour y “sauvegarder ses intérêts”. Ce spécialiste du terrorisme met l’accent sur le fait : “Et nous n'intervenons plus qu'avec l'autorisation de l'Etat local ou à la demande d'un Etat, comme cela a été le cas au Mali.” “On assiste dans cette affaire à un lâchage complet de l'Europe”, constate Eric Denécé, notant que “paradoxalement, l'allié le plus proche de la France s'est révélé être le Tchad”.

“Nos alliés européens sont bien contents qu'on fasse le boulot mais personne ne bouge”, renchérit le général Poncet, pour qui cette situation confirme que “l'Europe de la défense n'existe pas”. Selon lui, “ce qui s'est passé à Londres (le meurtre d'un soldat anglais au nom du jihad, ndlr) va peut-être réveiller les Britanniques”. Ceci étant, les autorités françaises ne cachent pas leur crainte de voir la “zone de fragilité” s'élargir au sud de la Libye. “L'absence d'autorité dans le sud de la Libye nous préoccupe énormément”, indique une source diplomatique. “Le gouvernement (français) actuel a hérité d'une situation catastrophique” après l'intervention de 2011 en Libye, qui a transformé ce pays en “supermarché de l'armement à ciel ouvert”, relève le général Poncet.

De fait, dit-il, la France doit “non seulement protéger l'uranium des mines d'Arlit, dont dépend son alimentation en électricité, mais aussi ne pas laisser se développer un califat islamo-intégriste armé par des mafias en tous genres, une affaire de longue haleine”.

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8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 10:24

Yaoundé, le 08 Mai 2013

                                                                                              URGENTE ET TRES HAUTE ATTENTION

                                                                                              MONSIEUR MACKY SALL

                                                                                              Président de la république du Sénégal

                                                                                              S/C  l'Ambassadeur du Sénégal à Yaoundé

Réf: 058/PRO/ABUS/0413

Objet: Protestations véhémentes et énergiques

                contre l'arrestation et la déportation du militant panafricaniste

                et des droits de l'homme MAKAILA NGUEBLA le 07 mai à Dakar

Monsieur le Président,

La Commission indépendante contre la corruption et la discrimination vous présente ses respectueux compliments, et s'empresse de vous exprimer ses vives, véhémentes et très énergiques protestations à la suite de l'arrestation puis la déportation vers un autre pays, de monsieur MALAIKA NGUEBLA, militant panafricaniste, militant des droits de l'homme, blogueur bien connu pour son attachement aux idéaux démocratiques, opposant légitime au régime du soldat et putschiste IDRISS DEBY.

La Commission s'étonne, que votre régime, célébré comme un exemple de produit de la transition démocratique, en soit aujourd'hui à servir de bras séculier pour des régimes policiers, dictatoriaux et sanguinaires à l'instar de celui qui sévit au Tchad depuis plus de deux décennies. La honte que votre action entraîne pour tout le peuple sénégalais est immense, tout comme irréparable est le tort que vous causez ainsi à l'image de l'Afrique. Vous nous désespérez, vous désespérez la jeunesse africaine, vous assassinez le brin d'espoir que l'on a entrevu à travers votre accession pacifique à la tête de votre pays. Mais qu'est-ce qui vous arrive vraiment? Avez-vous changé si vite? Où allez-vous donc?

La Commission exige le retour sans condition de MALAIKA NGUEBLA à Dakar, la fin de cette pratique honteuse, et la rupture du pacte satanique conclu avec le régime hors la loi, brutal et anti démocratique de Ndjamena.

Croyez, monsieur le Président, à l'expression de notre très haute considération, ainsi qu'à la détermination des Africains à se battre indéfiniment jusqu'à l'avènement d'un destin meilleur débarrassé des régimes sales, des institutions solides, et de tous les abus de la mauvaise gouvernance./.

                                                                                              Le président de la Commission

                                                                                              SHANDA  TONME

                                                                                              Médiateur universel

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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 18:29

30 mars 2013
Agoravox

 

La chute du Président centrafricain François Bozizé, le 24 mars dernier, n’a pas fait grand bruit dans la presse internationale. Un évènement qui pourtant pourrait être le début d’un nouveau cycle de bouleversements majeurs en Afrique centrale, avec, une fois de plus, la République Démocratique du Congo dans le collimateur.

 

Deux éléments, au moins, devraient inquiéter les Congolais au plus haut point et rappeler la douloureuse expérience du Rwanda : la chute d’un régime plutôt « ami » et la possible implication de l’élite politico-militaire de Kigali dans les évènements récents en République Centrafricaine.

 

Dans un article assez intriguant publié par la journaliste belge Colette Braeckman[1], spécialiste de l’Afrique centrale, on apprend que les rebelles de la Seleka qui ont mené un raid victorieux sur Bangui ont pu bénéficier de l’aide des stratèges de l’armée rwandaise dont un contingent est stationné dans la région soudanaise du Darfour, frontalière avec la Centrafrique. A Bangui, les habitants ont affirmé que la rébellion de la Seleka est massivement constituée de combattants soudanais, qui ont traversé le pays du Nord (frontière du Darfour) au Sud.

 

Les possibles liens entre la Seleka et les dirigeants rwandais ont été ébruités au détour d’une maladroite allusion de Jean-Marie Runiga[2], l’ancien président du M23 (la milice opérant dans l’Est du Congo avec le soutien du Rwanda et de l’Ouganda). Personne n’a alors pensé au contingent rwandais stationné dans le Darfour et à la possibilité qu’il puisse s’impliquer dans un conflit aussi lointain par rapport aux frontières rwandaises.

 

On a surtout oublié que le Pays de Paul Kagamé a déjà mené une opération extrêmement audacieuse en 1998 durant la Deuxième Guerre du Congo. Des troupes rwandaises étaient, en effet, acheminées par avion de Goma (Est du Congo) à Kitona (2 mille kilomètres à l’extrême ouest du Congo). La capitale congolaise Kinshasa, attaquée sur le flanc ouest, était au point de tomber. Le régime de Laurent Kabila dut son salut au soulèvement de la population et à l’intervention de l’armée angolaise. Le Rwanda n’a jamais digéré sa déroute militaire à Kinshasa et les évènements à Bangui n’annoncent rien de bon pour le Congo.

 

Comme Mobutu qui, en son temps, envoya des troupes au Rwanda pour essayer de sauver le régime de son ami Habyarimana, les autorités de Kinshasa ont sûrement flairé le péril qui se profile derrière les rebelles de la Seleka. Kinshasa a envoyé un contingent des FARDC (armée nationale de la RDC) pour tenter de sauver le régime « ami » de François Bozizé. Mais comme au Rwanda, le régime « ami » était condamné. A Bangui, les FARDC n’ont pas fait le poids. Même les soldats sud-africains ont dû renoncer après avoir subi de lourdes pertes. Ainsi, pour reprendre la formule de Colette Braeckman, c’est tout le Nord de la RD Congo qui se retrouve aujourd’hui « dégarni ». Une frontière longue de 1577 km qui devient perméable au moment où le Congo peine à sécuriser les 213 km de sa frontière avec le Rwanda…

 

En tout cas, Kigali, dont on sait qu’il n’entreprend rien, sur le plan militaire, sans le Congo en arrière-pensée, et surtout sans l’aval des Américains, dispose maintenant d’un vaste champ opérationnel auquel il faut ajouter ses trois alliés : l’Ouganda, le Burundi et le Sud-Soudan.

 

S’il s’avère que les stratèges rwandais ont aidé la Seleka en concertation avec des agents américains, nous pourrions être à l’aube du travail de remodelage de la carte de l’Afrique centrale dont parle Pierre Péan dans Carnage[3]. Ce travail, qui a commencé avec le démantèlement du Soudan, devrait se poursuivre avec la balkanisation tant redoutée du Congo, une obsession américaine qui se lit dans le Grand Echiquier de Zbigniew Brzezinski et des déclarations révélatrices des personnalités comme Herman Cohen et Nicolas Sarkozy.

 

En face, le Congo de Joseph Kabila peut difficilement faire face. L’armée est dans un état catastrophique comme en témoignent les revers à répétition dans le Kivu. La seule unité militaire du pays qui tient à peu près, c’est la force de l’ONU, que les bataillons de l’armée rwandaise et leurs protégés du M23 ont tournée en dérision en s’emparant de la ville de Goma le 20 novembre dernier. Une faiblesse militaire du pays qui s’ajoute au déficit du soutien populaire au régime.

 

En effet, depuis les élections frauduleuses de novembre 2011, le pays vit dans une forme de lassitude et de paralysie. Une ambiance de fin de règne rappelant les dernières années du régime de Mobutu. Trop peu de Congolais se sentent liés à la personne et au régime de Joseph Kabila, encore moins à son action, ce qui n’est guère rassurant dans des moments d’incertitude. En cause, un bilan plus que moyen en matière économique, sociale et de réforme de l’Etat.

 

Le pays, en dépit de ses immenses richesses minières, est tout dernier au classement mondial de la pauvreté. Une misère de l’écrasante majorité de la population qui contraste avec l’enrichissement des proches du Président et que les Congolais supportent de moins en moins. Sur un autre tableau, Transparency International présente un pays ravagé par la corruption. Quant aux droits de l’Homme, l’ampleur des exactions contre la population est telle que la force de l’ONU, venue pourtant aider les autorités, est obligée de les dénoncer dans ses rapports comme dans le cas des évènements de Minova.

 

Le Congo se retrouve ainsi dans un état de vulnérabilité sur le plan intérieur alors que le péril rode le long des frontières. Des centaines de kilomètres de frontière à surveiller, une armée de bric et de broc, un peuple désabusé et, pire, des agresseurs déterminés et redoublant d’imagination.

 

Les premiers gestes de Michel Djotodia vont en tout cas être surveillés de très près par Kinshasa.

 

Boniface MUSAVULI

 

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[1] http://blog.lesoir.be/colette-braec...

 

[2] http://afrique.kongotimes.info/rdc/...

 

[3] Carnages. Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique, édition Fayard, 2010, p. 280. Enquête sur le rôle des États-Unis, de la Grande-Bretagne et d'Israël dans les guerres africaines, notamment sur les théories de génocide au Rwanda et au Darfour.

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28 décembre 2012 5 28 /12 /décembre /2012 02:29

27 décembre 2012
Eric Essono Tsimi

 

Les rebelles centrafricains du Séléka peuvent bien renverser le président François Bozizé, le pouvoir voisin de Yaoundé ne lèvera pas le petit doigt. 

Idriss Deby, le président tchadien, n'a pas été bien long à fourrer son nez (et ses armes) dans le micmac centrafricainGrand bien lui fasse! Pour sa part, il faut penser que, Paul Biya, le chef de l'Etat camerounais, n’aimerait pas qu’un jour, il lui soit fait ce qu’il n’a jamais fait à personne. Alors, il pratique religieusement une politique de réserve (c’est-à-dire de silences), d’absence (donc de sommeil), et de neutralité (ou de chaise vide).

La preuve, avec la RDC, le Rwanda, le Malawi et le Togo, le Cameroun fait partie des cinq pays africains à n’avoir pas voté en faveur du statut d’observateur de la Palestine aux Nations unies. Entre la crainte de représailles de l’Etat hébreu (auquel la rumeur prête une grande influence dans la sécurité présidentielle) et la nécessité de s’aligner sur la position de l’Union africaine, il fallut ne pas trancher, et l’abstention vint!

La peur panique de Biya

Paul Biya a deux phobies fondamentales: une tentative de coup d’Etat (parce qu’il n’a rien à céder de son pouvoir) et le dialogue (parce qu’il n’a rien à concéder de son autorité). Et pour prémunir son cher Cameroun d’une contamination et préserver la paix des cimetières qui y règne, il pratique la vertu internationale de ne pas se mêler des affaires de ses proches voisins.

Seulement, être un vertueux modéré, ça n’est pas tout, il faut protéger sa vertu des attaques de la tentation. Notamment la tentation d’un dialogue avec l’opposition. Vous savez, c’est avec deskalachnikovs que l’on obtient des dialogues en Afrique. A moins d’un attentat suicide, à moins de situations surréalistes (comme c'est le cas au Mali) où l’on voit un président de la République assailli dans son palais et être battu comme un vulgaire pickpocket, de nos jours un coup d’Etat est techniquement malaisé dans la plupart des pays africains. Les chances de succès de telles opérations sont infiniment faibles, depuis que des mercenaires et des Etats européens n’aiguillonnent plus les renversements de régime.

De là la mode des rebellions: on déstabilise, on avance, on décrédibilise dans la communauté internationale, et on vainc à l’usure…

Avec, éventuellement, comme ultimes recours, le soutien militaro-humanitaire de l’OTAN, l’appui logistique de la France (Alassane Ouattara lui est éternellement reconnaissant), une résolution (n’est-ce pas un rien prétentieux si l’on considère qu’elles ont rarement résolu quoique ce soit?) du conseil de sécurité.

Prévenir vaut mieux que guérir

L’instabilité a franchi depuis longtemps le seuil épidémique en Afrique centrale, alors au cas où la montée en puissance des rebelles du Séléka signifierait le revival des coups d’Etat, on a choisi, au Cameroun, de prévenir plutôt que de guérir.

Pour sa sécurité et celle du Cameroun, Paul Biya ne néglige pas de mobiliser des chars de guerre pour ses déplacements… On a pu le voir le 23 décembre 2012, lors de la finale de la coupe du Cameroun de football... On se serait cru à Damas ou…en Corse: les footballeurs, avant d’aller chercher leur médaille, étaient passés au détecteur de métaux.

J’admets que cela aurait été ridicule si les fouilles avaient eu lieu après, à moins qu’on eût voulu les dépouiller de leurs médailles. Le mieux me semble-t-il, au lieu de chercher à savoir si c’était plus pertinent avant ou après, cela aurait été de s’abstenir (au nom de notre légendaire neutralité) de ces fouilles corporelles absolument ridicules dans un tel contexte.

Dans tous les cas, vaut mieux ça que de devenir un nouveau foyer d’instabilité. Dans le fond, l’obsession sécuritaire de Paul Biya n’a jamais été indissociable de la nécessité sécuritaire du Cameroun.

Et les Camerounais, au-delà des opinions divergentes qu’ils ont de leur chef, approuvent ce quadrillage de leur territoire. Aucune rébellion, aucune révolte, aucune révolution survenues en Afrique, ces quelques dernières années, n’ont abouti jusqu’à présent à améliorer la prospérité d’un peuple: Egypte, Côte d’Ivoire, RDC, Lybie, c’est partout le chaos.

Et s’il faut attendre que le temps apporte la preuve du contraire, à quoi donc servait de recourir à la force puisque le temps se charge lui-même d’éliminer méthodiquement les plus coriaces des dictateurs?

La Centrafrique, un butin de guerre

Le Cameroun ne bronchera, pas alors qu’une simple déclaration d’hostilité envers eux peut anéantir les rebelles du Séléka. Toutefois, que l’on ne s’y méprenne pas! Une fois que les rebelles auront pris le pouvoir, le Cameroun ne lèvera pas plus le petit doigt si dans trois ans le fils du président François Bozizé rapplique avec une nouvelle milice de libération. 

C’est comme ça, messieurs, il y a comme une entente cordiale, un pacte de sang, entre tous ceux qui, dans le pays de Bokassa (qui a dirigé la centrafrique de 1966 à 1979), peuvent disposer de matériel de guerre: ils peuvent se détester mais tous ne manquent jamais de confondre la RCA avec un butin de guerre...

On ne se mêle pas, en République du Cameroun, de la stupidité des autres, on parvient à gérer la nôtre et ça nous va.

L'ancien président centrafricain Ange-Felix Patassé est décédé, le 5 avril 2011, dans les bras des Camerounais, il ne se trouvera personne par ici pour verser une larme sur Bozizé. Mais s’il veut une porte de sortie, on saura veiller à son intégrité physique.

 

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 17:21

2 décembre 2012
Djibnet


La solution est en nous, dans notre confiance en nous, dans notre action collective, dans notre imagination, dans notre détermination


Interview de Monsieur Daher Ahmed Farah (DAF),
Président du MRD
Au Renouveau djiboutien et à Djibouti2011



«Le contexte actuel nous fait obligation d’agir pour le déverrouillage électoral»


De concert avec le média social Djibouti2011, le Renouveau Djiboutien, organe de presse du MRD, a pu obtenir une interview du président du MRD, Monsieur Daher Ahmed Farah (DAF). Au menu de cet entretien : la situation politique que traverse le pays, les élections législatives du 22 février 2013, la nouvelle donne politique intervenue dans la sous-région ces derniers mois ainsi que l’agenda politique du MRD pour le proche avenir. Lire l’intégralité de cet entretien ci-après.

Propos recueillis par Mohamed Houssein Absieh.

Le Renouveau Djiboutien :

D’abord, merci de nous accorder cet entretien. Une première question, qui nous brûle les lèvres : avez-vous des nouvelles des prisonniers politiques qui se trouvent actuellement dans la prison de Gabode à Djibouti ? Quelles sont les conditions dans lesquelles ils sont détenus et les motifs de leur détention ? Nous rappelons aux lecteurs que votre propre frère Houssein Ahmed Farah faisait partie de ces détenus pas comme les autres et qu'il a été libéré tout récemment, dimanche 18 novembre 2012.

Daher Ahmed Farah (DAF) :

Malheureusement, le régime détient toujours des démocrates djiboutiens à la prison centrale de Gabode pour les punir de leurs opinions et engagement démocratiques légitimes. C’est le cas de Mohamed Hassan Robleh, militant de notre parti d’opposition MRD (Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement), interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé; de Mohamed Ahmed dit Jabha du mouvement armé d’opposition FRUD (Front pour la restauration de l’unité et de la démocratie), interpelé en mai 2010 au nord du pays et torturé ; de Hamoud Elmi Ahmed dit Gedaleh, militant du parti d’opposition UDJ (Union pour la démocratie et la justice ), interpellé en février 2011 et torturé; d’Adan Mahamoud Awaleh, interpellé le 25 février 2011 à Djibouti-ville et torturé. C’était aussi le cas du journaliste, défenseur des droits de l’Homme et cadre du MRD Houssein Ahmed Farah de La Voix de Djibouti, mon frère, arrêté le 8 août 2012 et placé sous mandat de dépôt à Gabode trois jours plus tard pour près de trois mois et demi de détention arbitraire.
Les conditions de détention sont particulièrement difficiles à la prison de Gabode que je connais bien pour y avoir été détenu à plusieurs reprises au cours des années 1990 et 2000. Avec ses cellules surchargées et trop peu équipées, ce qui entraîne promiscuité et atmosphère irrespirable, avec la pénurie alimentaire qui y frappe (en quantité comme en qualité), les privations de visite qu’elle inflige, les mauvais traitements psychologiques et physiques qu’elle pratique, son assistance médicale défaillante… la prison de Gabode est l’une des plus dures au monde. Pour vous donner une idée, dans une cellule de 24 mètres-carrés, s’entassent 75 détenus, et les sévices corporels sont courants. C’est un lieu où règne une violence morale et physique.

Le Renouveau Djiboutien :
La rentrée politique et sociale de 2012/2013 a débuté. Quel est votre agenda en la matière ?

Daher Ahmed Farah :

Notre programme pour cette rentrée 2012/2013 est de continuer à œuvrer à l’intensification de la lutte pour le changement démocratique à Djibouti. Mes camarades du MRD, du reste de l’opposition et moi-même redoublons d’activités de manière à faire entendre raison au régime et à son chef, le président Ismaël Guelleh, qui ignorent les aspirations démocratiques de l’immense majorité des Djiboutiens. Il nous faut réussir une mobilisation populaire soutenue qui soit adossée à une sensibilisation internationale accrue.

Le Renouveau Djiboutien :


Avant d’entrer dans le vif de notre entretien, permettez-nous cette question, Monsieur le président. On a l’impression que Djibouti brûle aussi au sens propre du terme. Le patrimoine public (mairie de Djibouti, chambre des comptes, poste de Djibouti, etc.) est mis à feu lorsqu’il n’est pas pillé ou bradé. Pourquoi cette volonté de mise à feu du patrimoine public par le régime en place ?


Daher Ahmed Farah :
Je constate en effet que les incendies se multiplient dans la capitale djiboutienne. Ils frappent les quartiers populaires où ils sont souvent attribués à des courts-circuits électriques liés à un usage désespéré de l’énergie d’Electricité de Djibouti (EDD). Il semble que, face à la cherté de cette énergie électrique, devenue inaccessible à la majorité des Djiboutiens, cherté largement liée à la mauvaise gestion publique, certains habitants en soient réduits à des branchements risqués. C’est un signe supplémentaire de la détresse où se trouve le plus grand nombre des Djiboutiens. C’est inacceptable dans un pays tel que le nôtre qui ne manque pas d’atouts. Dois-je rappeler qu’en matière de potentiel énergétique, nos possibilités sont considérables : nous avons du soleil, du vent, de la géothermie, de longues côtes et des marées vivantes, qui sont autant de sources d’énergie ? Et nos besoins sont à la mesure de notre taille, c’est-à-dire relativement aisés à satisfaire. Je constate aussi que certains lieux administratifs ou économiques brûlent les uns après les autres. Après les locaux et les archives de la chambre des comptes et de discipline budgétaire qui ont été détruits par un incendie le 25 novembre 2008, après la poste de Djibouti qui a brûlé le 13 mai 2012, suivie d’un autre sinistre à la mairie et à la préfecture de la capitale le 30 août 2012, c’est la banque de l’Etat somalien et ses archives qui ont été consumées par le feu le 13 octobre 2012. Ce, sans que l’on sache ni comment ni pourquoi. Or, c’est à chaque fois une partie de la mémoire écrite du pays qui disparaît. Il y a là de quoi s’interroger. Parallèlement, vous avez raison de le relever, l’on assiste à un bradage effréné du patrimoine immobilier de l’Etat et à une très mauvaise gestion foncière. Tout cela est préjudiciable à l’intérêt général et doit cesser. Le régime doit faire cesser cette situation.


Le Renouveau Djiboutien :

Que pensez-vous de la situation politique générale qui prévaut actuellement dans le pays ?

Daher Ahmed Farah :

La situation générale de Djibouti, et ce que je viens d’évoquer l’indique en partie, est très préoccupante. A tous égards. Socialement, c’est la misère généralisée. Economiquement, le pays tourne au ralenti. Politiquement, le verrouillage reste total. Administrativement, le délabrement est avancé. Culturellement, les esprits sont sous une chape de plomb. C’est une situation telle qu’il nous faut un sursaut national porté par une mobilisation massive de toutes les forces vives du pays.

Le Renouveau Djiboutien :

Un scrutin législatif se profile à l’horizon, il aura lieu le 22 février 2013. Beaucoup de Djiboutiens se disent qu’il y a peut-être en ces élections parlementaires une occasion de débloquer la situation et de mettre le pays sur la voie du changement. Quelle est votre lecture et pouvez-vous nous confirmer ici que l‘opposition y participera ?


Daher Ahmed Farah :

C’est une question d’actualité que je ne peux éluder en tant que citoyen et responsable politique. Je rappelle d’abord que tout parti politique qui s’inscrit dans une logique démocratique, a vocation à briguer les suffrages des électeurs. Aussi la Constitution en vigueur à Djibouti l’affirme-t-elle qui dispose que «les partis politiques concourent à l’exp​ression du suffrage». Nous avons été, au Parti du renouveau démocratique (PRD) devenu Mouvement pour le renouveau démocratique et le développement (MRD), la première formation à participer à des élections dites pluralistes. Nous l’avons fait dès le 18 décembre 1992, à l’occasion des premières élections législatives organisées dans le cadre de la Constitution du 4 septembre 1992, quelques mois après la fondation du parti par le congrès du 12 septembre 1992. Nous avons été crédités du score fortement minoré de 25% des suffrages exprimés, sans que ce score officiel ne se traduise par aucun siège à l’Assemblée nationale. Nous avons participé à l’élection présidentielle du 7 mai 1993 où notre candidat, le regretté Mohamed Djama Elabé, a été crédité du même score minoré de 25%. Nous avons participé à l’élection présidentielle du 9 avril 1999 en soutenant le candidat unique de l’opposition, Moussa Ahmed Idriss, figure de l’histoire politique djiboutienne et de la lutte pour l’Indépendance, qui a été lui aussi crédité du score minoré de 25% des suffrages. Plus près de nous, nous avons participé aux législatives du 10 janvier 2003 sous la bannière commune de l’Union pour l’alternance démocratique (UAD), aux côtés notamment de l’Alliance républicaine pour le développement (ARD) du regretté Ahmed Dini Ahmed et de l’Union pour la démocratie et la justice (UDJ) d’Ismaël Guedi Hared. Notre liste commune a été, malgré la fraude massive opérée par le régime, créditée de près 40%, score élevé qui n’a pourtant donné lieu à aucune représentation de l’opposition à l’Assemblée nationale. Le fait que ces scores significatifs (bien que fortement minorés par la fraude du pouvoir) ne recueillent aucun siège de député à l’Assemblée nationale s’explique par le mode de scrutin en vigueur, le scrutin majoritaire de liste à un tour, qui facilite l’accaparement frauduleux par le régime. Le PRD devenu MRD est donc le parti qui a la plus longue expérience électorale. Si, depuis les législatives du 10 janvier 2003, et avec le reste de l’UAD, nous avons opté pour le boycott des élections, c’est pour protester contre la fraude massive que pratique le pouvoir et qui lui permet à la fois de considérablement minorer nos scores réels et de réélire ses candidats. De ce boycott, nous avons, avec les autres membres de l’UAD, assorti de revendications de transparence électorale qui font partie des fameux 9 points. Ces revendications demeurent à ce jour ignorées, si l’on excepte la faible dose de proportionnelle (20%) que vient d’introduire le régime en vue des élections législatives. Nous en sommes là aujourd’hui, nous et les autres partis politiques d’opposition, à moins de trois mois des élections législatives prévues pour le 22 février 2013. Que faire alors pour que le prochain scrutin législatif traduise mieux la réalité politique du pays ? Tel est le sens de votre question. Tel est aussi ce que se demandent la majorité des Djiboutiens dont nous savons qu’ils rejettent ce régime. Je pense qu’il faut d’abord nous dire deux choses. La première chose est que nous n’avons pas opposé assez de résistance aux hold-up électoraux qui ont marqué les scrutins auxquels nous avons pris part. En participant à ces compétitions électorales notoirement truquées, nous avons, pour l’essentiel, montré au peuple djiboutien et au reste du monde notre bonne volonté démocratique. La seconde chose est que l’option du boycott s’est révélée infructueuse : nous n’avons pas réussi, malgré nos efforts, à imposer la transparence électorale ni à empêcher le viol de la Constitution et le troisième mandat du président Guelleh. Nous sommes aujourd’hui forts de cette double expérience qu’il nous appartient d’interroger pour construire une position crédible et donner une perspective aux Djiboutiennes et Djiboutiens. Cette position, je la conçois pour ma part en termes de vérité-action. Vérité, en disant aux Djiboutiennes et Djiboutiens que le président Guelleh refuse toujours la liberté et l’équité électorales, comme il l’a réaffirmé dans son allocution en langue somalie de l’Aïd-El-Adha (26 octobre 2012) et que confirme le faible niveau de la proportionnelle (20%). Il entend reconduire pour encore 5 ans et contre la volonté populaire sa chambre d’enregistrement d’Assemblée nationale, l’opposition (bien que largement majoritaire au pays) devant, dans son calcul, se contenter au mieux de quelques sièges. Vérité, en ajoutant que ce refus n’est pas une fatalité mais la simple décision d’un homme et de son entourage. Vérité, en soulignant que nous avons la force potentielle de faire prévaloir (par des moyens pacifiques) notre volonté de peuple sur celle d’un homme et de son entourage. Action, en relançant et en amplifiant la mobilisation populaire sur l’ensemble du territoire national. Action, en transformant cette mobilisation populaire en effort collectif soutenu pour faire échec au verrouillage électoral et anti-démocratique qui perdure depuis l’Indépendance du 27 juin 1977.

Le Renouveau Djiboutien :
Certains partis politiques de l’opposition ont déjà officialisé leur participation à ces élections. Cela montre que l’opposition dDjiboutienne part encore en ordre dispersé.

Daher Ahmed Farah :
Je ne pense pas que l’opposition soit réellement divisée sur la question de la participation aux élections. Certains partis d’opposition ont annoncé leur volonté de participation sans pour autant abandonner les conditions de transparence électorale, même si elles ne les ont pas énumérées. Le président de l’UAD, Ismaël Guedi Hared, a rappelé et mis en avant ces conditions, conditions collectivement formulées en 2004 par tous les partis d‘opposition qui ont ainsi exprimé leur volonté de participation puisque la revendication de transparence électorale n’a de sens que si elle est sous-tendue par la volonté de participer. Le problème de la participation est donc un faux problème. La vraie question que pose le contexte actuel de verrouillage politique à l’opposition, aux démocrates de la société civile comme au peuple djiboutien, est de savoir comment éviter un double piège: l’un consiste à cautionner une mascarade électorale par une participation relativement passive, l’autre à laisser le champ libre à la même mascarade électorale par un boycott relativement passif. En effet, le verrouillage anti-démocratique, en conséquence de quoi le régime est juge et partie, fait que la participation relativement passive, qui a été celle de l’opposition à travers la participation de bonne volonté, et le boycott relativement passif, que nous pratiquons à l’opposition depuis une dizaine d’années, produisent le même résultat: le triomphe de la mascarade électorale. De sorte que participation (relativement) passive = boycott (relativement) passif à Djibouti. Comme vous le voyez, un élément se retrouve dans les deux termes de cette équation: la passivité, notre passivité, quoique relative. La passivité, me semble-t-il, est l’élément égalisateur par le bas des deux options que nous avons jusqu’ici expérimentées. Il nous faut donc en finir avec la passivité en optant pour l’action soutenue et imaginative. Dans cet esprit, le contexte actuel nous fait obligation d’agir pour le déverrouillage électoral. Agir de la sorte nous permettra à la fois : 1) de montrer que nous ne sommes pas figés dans telle ou telle position électorale infructueuse mais capables de pro-activité, 2) de nous mobiliser résolument et pacifiquement sur le terrain pour arracher des changements déverrouillants et élargir ainsi la petite brèche dans le système que constitue la faible dose de proportionnelle introduite au mode de scrutin majoritaire de liste, brèche qui ne serait pas intervenue sans notre lutte, 3) d’être pris plus au sérieux par la communauté internationale, et 4) de participer à des élections législatives plus libres et plus transparentes que d’ordinaire. Avec le choix de la pro-activité à visée déverrouillante, l’opposition passera de la demande relativement passive à la revendication résolument active et soutenue, créant un rapport de forces favorable à des élections législatives dignes de ce nom et à des avancées démocratiques. 

Le Renouveau Djiboutien :
Comme vous l’avez mentionné, le gouvernement djiboutien vient d’introduire une dose de proportionnelle applicable au scrutin législatif du 22 février 2013. Cela veut-il dire que l’opposition pourra siéger au Parlement ? Cela ne représente-t-il pas tout de même une première dans la vie politique djiboutienne?

Daher Ahmed Farah :
Comme je l’ai dit plus haut, il s’agit d’une petite dose de choix à la proportionnelle introduite dans le mode de scrutin majoritaire de liste à un tour qui est en vigueur pour les élections législatives. De 20%, cette petite dose de proportionnelle, adoptée par le conseil des ministres le 20 novembre 2012, est applicable aux prochaines législatives du 22 février 2013. Elle va concerner 13 sièges sur les 65 que compte l’Assemblée nationale. J’observe que cette mesure, pour nouvelle qu’elle soit, est d’une portée trop limitée. 

Le Renouveau Djiboutien :
Vous venez d'effectuer une visite de travail aux États-Unis d’Amérique. Quels étaient les tenants et les aboutissants de cette visite ?

Daher Ahmed Farah :
Je me suis effectivement rendu au Canada et aux États-Unis d’Amérique pour une visite de travail qui s’est déroulée du 14 au 20 novembre 2012. Cette visite avait un double objectif : relancer la mobilisation de la diaspora djiboutienne dans ces deux pays et m’entretenir avec de hauts responsables américains à Washington de la situation préoccupante qui prévaut dans notre cher pays. Les Djiboutiens que j’ai revus et ou réentendus en cette partie du monde, m’ont donné l’impression d’être prêts à des efforts accrus de lutte. Quant à mes discussions avec les responsables américains, elles se sont déroulées de manière cordiale et dans un esprit constructif.

Le Renouveau Djiboutien :
Trois grandes puissances du monde, à savoir les États-Unis d’Amérique, la France et le Japon possèdent à Djibouti leur plus grande base militaire d’Afrique. C’est d’ailleurs la seule en Afrique pour les Américains et l’unique base à l’étranger pour le Japon. Cela montre, si besoin est, l’importance géopolitique de notre pays. Ne serait-il pas judicieux pour ces pays de soutenir le peuple djiboutien en quête de démocratie et de gagner ainsi les cœurs et les esprits plutôt que de risquer de se les aliéner? 

Daher Ahmed Farah :
C’est une question qu’il serait plus pertinent de leur poser. Néanmoins, le fait est que le monde change autour de nous. Les évènements politiques majeurs survenus dans des pays où les peuples étaient perçus comme durablement résignés, en témoignent. En Tunisie, en Égypte ou ailleurs, les peuples se sont levés et ont reconquis leur liberté confisquée. Ils restent mobilisés pour veiller sur cette liberté retrouvée. Ce sont autant de leçons pour les peuples encore sous dictature tels que nous autres Djiboutiens comme pour le reste du monde, en particulier pour les pays partenaires des États concernés. Aussi nous appartient-il plus que jamais, à nous autres Djiboutiens, de nous rassembler et de réaffirmer haut et fort notre volonté de changement démocratique. Si nous relevons la tête, si nous engageons une action collective accrue, imaginative et résolue, ce qui implique que nous comptions d’abord sur nous-mêmes, le monde ne pourra plus nous ignorer. La balle est plus que jamais dans notre camp.

Le Renouveau Djiboutien:
Qu’attendent l’Afrique et en particulier le peuple de Djibouti de la réélection du président Obama?

Daher Ahmed Farah :
Le président Obama sait que l’Afrique a besoin, non d’hommes forts, mais d’institutions démocratiques fortes, comme il l’a si bien dit le 11 juillet 2009 dans son désormais célèbre discours d’Accra au Ghana. Son second mandat à la tête des États-Unis d’Amérique relance les attentes suscitées par ce brillant discours auprès des peuples africains qui luttent pour se donner des institutions démocratiques fortes, ce dont, me semble-t-il, le président Obama est conscient. En clair, c’est un soutien à leurs aspirations démocratiques que les peuples africains privés de liberté tels que celui de Djibouti, attendent du président Obama. 

Le Renouveau Djiboutien :
Depuis que vous avez publiquement annoncé votre retour au pays, le régime de Guelleh semble encore davantage cibler et persécuter le MRD. D’ailleurs, certains medias internationaux commencent à vous décrire comme le «seul opposant craint par le pouvoir». Qu’en dites-vous ?

Daher Ahmed Farah :

Ce que je peux dire c’est que le PRD devenu MRD et son président que je suis dérangent le régime. Pourquoi ? Parce que, tout simplement, nous avons des convictions et que nos consciences ne sont candidates ni au ralliement du ventre ni à la résignation mais cultivent le rassemblement salvateur. Parce que nous sommes sincères, que nous n’avons pas de comptes personnels à régler avec qui que ce soit et que seul nous importe l’intérêt général. Parce que nous sommes actifs et persévérants, comme l’a d’ailleurs reconnu le président Guelleh lui-même dans une interview à ses amis de Jeune Afrique fin 2011. 

Le Renouveau Djiboutien :
Le RPP (Rassemblement populaire pour le progrès), parti au pouvoir depuis plus de 35 ans, vient d’être remanié avec la propulsion de jeunes obligés à sa tête. Ce parti unique peut-il trouver là un second souffle ?

Daher Ahmed Farah :

Vous savez, s’il suffisait de remplacer tel obligé par tel autre pour régler les problèmes du pays et redorer le blason du RPP, cela se verrait depuis longtemps. Depuis sa création en mars 1979, le RPP a connu de multiples remplacements dans son comité exécutif. Les titres de vice-président et de secrétaire général ont, à plusieurs reprises, changé de porteurs, sans que cela ne tire à conséquence en termes de bonne gouvernance et d’avancées démocratiques. Ce qui est en cause, c’est le mode de gouvernement dont le RPP est l’instrument, mode de gouvernement fondé sur la prédation et la répression. Ce qui est en cause, c’est la culture commune qui anime les membres du régime, qu’ils soient jeunes ou moins jeunes. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si le président du RPP, qui n’est autre que le chef de l’Etat, Ismaël Omar Guelleh, demeure aux commandes. Loin d’être une solution, la cooptation de jeunes obligés comme ministres ou membres du comité exécutif du RPP, risque d’accroître les dégâts. Pourquoi ? Parce que, chez ces jeunes, l’appétit négatif qu’encourage le régime, s’aggrave de leur énergie juvénile, comme le montre le comportement affligeant de nombre d’entre eux.

Le Renouveau Djiboutien :
L’échiquier politique de la sous-région vient de connaître deux événements avec le décès du premier ministre éthiopien, Feu Meles Zenawi, et l’élection d’un nouveau président somalien en la personne d’Hassan Sheik Mahamoud. Qu’en pense-vous ?

Daher Ahmed Farah :

Il est vrai que l’Ethiopie, grand pays de la région et de loin notre premier partenaire économique, entre dans l’après-Meles Zenawi, même s’il est trop tôt pour se risquer à dire dans quel sens. Espérons que les nouveaux dirigeants sauront relever les défis considérables liés aux réalités de leur pays et que cela contribuera à apaiser notre sous-région. Pour ce qui est de la Somalie, je ne peux que souhaiter au nouveau président, Hassan Sheik Mahamoud, plein succès dans sa volonté de soulager les souffrances de son peuple très meurtri et de remettre l’Etat sur les rails.

Le Renouveau Djiboutien :
Une avant-dernière question, Monsieur le président, qui a un rapport avec ce combat politique que vous menez depuis plus deux décennies au sein et à la tête du PRD devenu MRD. C’est un combat long et difficile, qui impose toutes sortes de sacrifices. Ne vous arrive-t-il pas de vous décourager, de douter ?

Daher Ahmed Farah :

C’est effectivement un combat long et difficile que je mène avec mes camarades de parti depuis plus de vingt ans, depuis ce jour de septembre 1992 où nous avons fondé le PRD devenu MRD en novembre 2002. C’est un combat de conviction, à plein temps, et qui est d’autant plus exigeant que nos moyens sont limités. Vous l’imaginez aisément, cela impose des sacrifices, à moi-même comme à tous les miens, des sacrifices multiples et sans fin puisque la lutte continue. Cependant, j’ai la chance de compter sur une famille solide et sur un parti non moins solide, sur des femmes et des hommes de grande conviction dont je salue ici la contribution courageuse et constante à la cause démocratique nationale. Aux uns comme aux autres, je renouvelle mon affection et mon admiration. Bien entendu, il m’arrive de connaître des moments de lassitude, c’est humain, mais je m’interdis d’y céder. Je me l’interdit en pensant à ces centaines de milliers de Djiboutiens malmenés par le déni de liberté et de vie décente, à cette grande majorité de Djiboutiens qui ne mangent point à leur faim ni ne boivent à leur soif, à ces milliers de malades sans assistance médicale, à cette jeunesse privée de rêves et exposée à tous les risques, à ces concitoyens des quartiers populaires qui meurent tragiquement au contact de l’énergie électrique tant recherchée, à toutes ces victimes d’exactions au nord comme au sud du pays, bref à notre triste sort collectif. Combattre (d’une manière ou d’une autre) pour la liberté, la justice et le progrès, est un devoir pour tout Djiboutien qui se respecte. C’est notre seule voie de salut et de dignité.

Le Renouveau Djiboutien :
Ces énormes sacrifices, ces vies sacrifiées, surtout la vôtre, pense-vous que les Djiboutiens les reconnaissent suffisamment ?


Daher Ahmed Farah :

Je ne recherche pas la gloire à travers ce combat, ma lutte est de conviction. Cependant, je pense que les Djiboutiens ne sont ni ingrats ni aveugles. Ils sont sensés et jugent sur les actes, de sorte qu’ils savent qui les sert et qui les dessert, qui s’anime d’une simple ambition de pouvoir et qui porte un projet national de société, qui les aime ou non... Les Djiboutiens sont à mes yeux un peuple bon, qui ne demande qu’à vivre et à prospérer dans la liberté, la dignité, la justice et le progrès. Je le dis d’expérience. 

Le Renouveau Djiboutien :
Nous arrivons à la fin de notre entretien, Monsieur le président. Le peuple djiboutien, je vous l’accorde, c’est cette mère de famille qui se lève à trois heures du matin dans l’espoir de recueillir quelques gouttes d’eau au robinet; c’est ce médecin ou cette sage-femme qui ne sont pas en mesure de soigner les malades faute d’électricité ou de moyens médicaux; c’est encore cette jeunesse djiboutienne qui se voit dénier ses droits les plus élémentaires tels que le droit à l’éducation, le droit à la santé, le droit à un emploi ou le droit à l’épanouissement dans un cadre démocratique. Le pays, c’est encore ces nombreux Djiboutiens arbitrairement détenus dans les geôles du régime. Bref, les Djiboutiens souffrent massivement. Et le principal responsable, pour ne pas dire l’unique, de cette misère, c’est bien sûr la mal-gouvernance qui perdure depuis plus de 35 ans. Avez-vous un message particulier à dire à ce peuple en détresse ?

Daher Ahmed Farah :
Au peuple djiboutien, j’exprime toute mon affection, toute ma tendresse et tout mon respect. A son service, je renouvelle tout mon engagement. Je lui redis aussi la vérité : la solution est en nous. Convainquons-nous-en une bonne fois pour toutes. Elle est dans notre confiance en nous, dans notre action collective, dans notre imagination, dans notre détermination. Aidons-nous et Allah nous aidera.

Au président Ismaël Omar Guelleh, je propose un effort d’introspection et de volonté positive, car il n’est jamais trop tard pour bien faire. Concitoyen, ne suivez point la voix de la peur qui bloque ou de l’orgueil qui braque. Au lieu des égoïsmes de votre entourage, faites droit aux aspirations démocratiques de votre peuple. Ouvrez-vous aux appels de la sagesse. Demandez-vous quel souvenir d’État laisser, car, comme tout mortel, comme nous tous, vous ne serez plus demain. Votre âge vous invite à cet effort d’introspection. La tradition djiboutienne aussi.

Le Renouveau Djiboutien :
Merci, Monsieur le président.

Daher Ahmed Farah :
C’est moi qui vous remercie. 

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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 17:13
3 décembre 2012
FIDH


Le jour de la fête d’indépendance de la Mauritanie, la FIDH et son organisation membre, l’AMDH, publient un rapport faisant état des violations des droits de l’Homme et notamment de la répression systématique des contestations populaires qui secouent le pays depuis 2011, faisant craindre la résurgence d’un pouvoir autoritaire en Mauritanie. Nos organisations appellent les autorités mauritaniennes à l’organisation dans les plus brefs délais d’élections législatives pluralistes, libres et transparentes et à garantir le respect des libertés fondamentales pour contribuer à l’apaisement d’un contexte politique et social extrêmement tendu.
Mauritanie : Critiquer la gouvernance, un exercice risqué
Depuis l’arrivée au pouvoir de Mohamed Ould Abdel Aziz, les contestations de la gouvernance se font de plus en plus nombreuses. Report des élections législatives sine die, mauvaises conditions de travail des étudiants et travailleurs, persistance de l’esclavage et pratiques discriminatoires dans la procédure de recensement de la population sont autant de violations des droits humains et principes démocratiques recensées dans ce rapport et dénoncées par la population. 

Depuis plusieurs mois, la société civile mauritanienne exprime son mécontentement face à ces multiples violations des droits de l’Homme à travers des manifestations au slogan « Aziz dégage », régulièrement organisées à Nouakchott et dans le reste du pays. Le pouvoir privilégie quant à lui la répression, alors qu’il peine à instaurer un dialogue constructif avec l’opposition. 

Le rapport de la FIDH revient sur ces différentes répressions de manifestations menées depuis 2011, notamment par les étudiants, les syndicats, les partis politiques et les organisations de défense des droits de l’Homme. La recrudescence de la violence en Mauritanie est flagrante : depuis septembre 2011, trois personnes sont décédées à la suite des interventions des forces de l’ordre et les cas d’arrestations et détentions arbitraires et de torture se multiplient. « La systématisation du recours à la violence et à la torture par les forces de l’ordre, ainsi que le manque de suites judiciaires sur les cas de violations des droits de l’Homme, instaurent un climat dangereux, dans lequel l’impunité s’installe dans le camp du pouvoir et la défiance chez les populations », a déclaré Me Sidiki Kaba, président d’honneur de la FIDH. « Il est primordial pour les autorités mauritaniennes de ne pas céder à la tentation autoritaire et de favoriser le dialogue avec les partis politiques, les syndicats et la société civile », a-t-il ajouté. 

Alors que les élections législatives se font attendre depuis plus d’un an, le processus de recensement de la population, préalable à leur organisation, est controversé et contestable à plusieurs égards. La lenteur du processus débuté en mai 2011, l’absence d’information quant à ses procédés et objectifs et les pratiques discriminatoires ravivent les tensions ethniques et renforcent le sentiment d’un déni de citoyenneté chez des milliers de mauritaniens, mobilisés au sein du mouvement Touche pas à ma nationalité. « Les autorités mauritaniennes doivent garantir les mêmes conditions d’accès au recensement pour tous les citoyens. Or, ce n’est actuellement pas le cas dans la mesure où, aussi impensable que cela puisse paraître, les membres de certaines ethnies subissent des interrogatoires plus détaillés que d’autres. », a déclaré Me Fatimata Mbaye, présidente de l’AMDH. 

La persistance de la pratique de l’esclavage dans le pays est également un enjeu auquel les autorités mauritaniennes doivent faire face. Bien qu’ayant été officiellement abolies en 1981 et érigées en infraction pénale en 2007, les pratiques esclavagistes persistent en toute impunité en Mauritanie. « L’adoption par le parlement de la réforme constitutionnelle incluant l’interdiction de l’esclavage en mars 2012 est un signe de volonté politique », a déclaré Souhayr Belhassen, présidente de la FIDH. « Toutefois, la concrétisation de cette disposition dans la pratique est toujours attendue », a-t-elle ajouté. 

La FIDH et l’AMDH appellent les autorités mauritaniennes à s’engager résolument pour le respect des droits humains et des libertés fondamentales dans le pays, à prendre en compte les revendications légitimes du peuple mauritanien et à engager un véritable dialogue social et politique afin d’apaiser les tensions actuelles. 


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16 décembre 2012 7 16 /12 /décembre /2012 16:40

14 décembre 2012
Tolérance.ca


Au lendemain du quatorzième anniversaire de l’assassinat du journaliste burkinabé Norbert Zongo, et deux jours avant le huitième anniversaire de celui du journaliste gambien Deyda Hydara, Reporters sans frontières dénonce les manœuvres qui, à Ouagadougou et Banjul, gangrènent les enquêtes sur ces meurtres. L’organisation condamne l’impunité entretenue par les pouvoirs du Burkina Faso et de la Gambie.

"Justice sera-t-elle rendue un jour à Norbert Zongo et Deyda Hydara ? Depuis des années, les autorités burkinabés et gambiennes s’illustrent devant leur population et la communauté internationale par leur inertie, leurs mensonges, et leur absence totale de volonté de faire la lumière sur les meurtres de ces deux grands journalistes. A l’image des affaires Norbert Zongo et Deyda Hydara, l’impunité dont bénéficient les assassins d’hommes de médias en Afrique est l’un des pires fléaux pesant sur la liberté de l’information", a déclaré Reporters sans frontières.

Le 13 décembre 1998, la découverte dans une voiture calcinée du corps de Norbert Zongo a profondément ému les sociétés burkinabé et africaines. Directeur de publication de l’hebdomadaire L’Indépendant, il enquêtait au moment de sa mort sur un meurtre lié à l’entourage du président Compaoré. L’enquête sur l’assassinat du journaliste a débouché sur un non-lieu et souffre depuis plusieurs années de l’inaction des autorités nationales. Au "pays des hommes intègres", la population et les confrères de Norbert Zongo attendent toujours que justice soit rendue. Plus d’informations sur cette affaire.

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Dessin de Damien Glez à l’occasion du 14e anniversaire de l’assassinat de Norbert Zongo

Deyda Hydara, assassiné par balles le 16 décembre 2004, était le cofondateur du quotidien privéThe Point. Il avait également présidé le syndicat des journalistes gambiens, et était le correspondant de l’Agence France-Presse et de Reporters sans frontières en Gambie. L’enquête officielle sur sa mort n’a abouti qu’à d’invraisemblables hypothèses alors qu’il est prouvé que le journaliste était sous surveillance. Quelques semaines après son assassinat, le pouvoir gambien a mis en place un régime législatif parmi les plus répressifs d’Afrique de l’ouest qui a plongé les médias dans un climat de terreur. Plus d’informations sur la liberté de la presse en Gambie et sur l’affaire Deyda Hydara.

Alors que le réseau international pour la liberté d’expression (IFEX) mène une large campagne contre l’impunité et que l’Union nationale des journalistes somaliens (NUSOJ) vient de publier un rapport sur l’impunité en Somalie, pays le plus meurtrier pour la presse en Afrique, Reporters sans frontières appelle les Etats d’Afrique sub-saharienne, au premier rang desquels la République démocratique du Congo, la Somalie, le Nigéria et le Soudan du Sud, à faire de la justice dans les assassinats de journalistes l’une de leur priorités pour 2013.
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15 novembre 2012 4 15 /11 /novembre /2012 18:22

15 novembre 2012
Adrien Hart

La France pourrait surtaxer l'huile de palme, accusée de favoriser l’obésité. Juste au moment où des investissements massifs se multiplient en Afrique dans ce secteur très lucratif.


L’huile de palme n’en finit pas de déchaîner les passions. Elle entre dans la composition de nombreux aliments, comme les chips, les barres chocolatées ou la pâte à tartiner Nutella.
Elle constitue un élément essentiel dans de nombreuses cuisines africaines, comme en Côte d’Ivoire, où le célèbre aloco (banane plantain) est très souvent frit dans la non moins fameuse «huile rouge».

 


Si l’huile de palme se trouve dans l’œil du cyclone, c’est parce qu’elle se trouve écartelée entre des intérêts a priori divergents:

  


— Les industriels multiplient les investissements dans le monde, notamment en Afrique, en raison de la demande toujours plus forte de cette huile bon marché.

  


— Mais les écologistes montent au créneau en s’horrifiant de la déforestation rapide qu’impliquent ces nouvelles cultures.

 


— Et des études scientifiques affirment qu’elle favoriserait l’obésité et les maladies cardio-vasculaires.

  


La proposition d’un sénateur socialiste français jusqu’à présent inconnu, Yves Daudigny, de surtaxer (+300%) l’huile de palme a eu l’effet d’un éléphant entrant en trombe dans un magasin de porcelaine fine… Et, lorsque le texte a été adopté ces derniers jours par la commission des Affaire sociales du Sénat français, c’est une véritable bombe qui a secoué le secteur.

  


Si la France adopte définitivement cette surtaxe, et surtout si elle est suivie par d’autres pays occidentaux, c’est l’ensemble de la filière qui sera impactée au niveau mondial.

  


En Afrique, la contre-attaque s’organise

  


Dès le 25 octobre, l’Initiative for Public Policy Initiative (IPPA), un groupe de réflexion du Nigeria, a écrit à plusieurs responsables de grandes surfaces françaises pour protester contre la «campagne menée par des détaillants français contre les petits exploitants africains d’huile de palme».

  


«Vous avez fait chuter leur revenu, critiqué leur moyen de subsistance et injustement nui à la réputation du produit qu’ils cultivent», accusent les auteurs de la lettre ouverte. Pour eux, cinquante ans après les indépendances africaines, « on voit resurgir le spectre d’un comportement colonialiste, que l’on croyait révolu, dans votre campagne contre l’huile de palme ». Ils rappellent qu’elle est l’huile alimentaire « la plus abordable et la plus largement commercialisée au monde » et constitue l’huile au meilleur rendement mondial par surface cultivée.

 


Ce qui signifie que l’huile de palme, uniquement produite dans les pays tropicaux, menace moins les forêts que le tournesol et le colza, notamment cultivés en France… Ils assurent en outre qu’elle n’est pas néfaste pour la santé. Au contraire, riche en nutriments, avec des taux très élevés en vitamines A et E, elle est d’un apport essentiel aux populations pauvres, rurales comme urbaines, notamment en Afrique.

 


Les auteurs de la missive enflammée placent même la France devant ses contradictions, en soulignant que l’Agence française de développement (AFD) avait récemment appuyé la plantation au Ghana de 3.000 hectares de palmiers à huile pour aider 750 petits exploitants.

 


En juin, les Ivoiriens avaient eux-aussi dégainé. L'Association ivoirienne des producteurs de palmiers à huile (AIPH) a déposé une plainte auprès du tribunal de commerce de paris contre la chaîne française Système U, pourtant présente dans le pays avec trois magasins. Les professionnels ivoiriens avaient peu apprécié une publicité intitulée « Stop à l’huile de palme » et « Oui aux prix bas mais pas au prix de l’environnement ».

 


Ce genre de procédure juridique — des planteurs africains attaquant des supermarchés français — est relativement exceptionnel. Et souligne bien les importants enjeux financiers dans ce dossier. Le tribunal de Paris a examiné l’affaire et rendra sa décision le 4 décembre. 

 

Au niveau mondial, la Côte d’Ivoire ne pèse pourtant pas lourd, face aux deux géants mondiaux de l’huile de palme, l’Indonésie et la Malaisie, qui assurent 85% de la production planétaire. Mais le pays, en pleine reconstruction après une décennie de troubles politiques, veut relancer sa filière, à l’instar de plusieurs pays africains. Les principaux investissements se concentrent actuellement au Liberia, en République démocratique du Congo (RDC), au Gabon et en Ethiopie. Mais la Gambie, la Sierra Leone, le Cameroun, le Ghana et la Côte d’Ivoire ont aussi réussi à attirer des investissements importants. Même si le principal producteur du continent reste le Nigeria.

 

L'Asie va supplanter l'Afrique

Avec près d’un million de tonnes produites par an, le géant démographique africain fait pâle figure par rapport à l’Indonésie, premier producteur mondial avec plus de 20 millions de tonnes par an. Les Nigérians étaient pourtant à l’indépendance de leur pays le leader mondial de l’huile de palme, assurant près de la moitié de la production planétaire. Mais lorsque la culture est devenue vraiment rentable, tirée par les formidables croissances économiques et démographiques de la Chine et de l’Inde, l’Asie a rapidement supplanté l’Afrique, qui est pourtant le berceau de l’huile de palme. L’Afrique pourrait pourtant rapidement rattraper le temps perdu. Mais évitera-t-elle les erreurs de l’Asie, avec une déforestation irrémédiable?

 


C’est bien le souci des écologistes, qui pointent du doigt les erreurs déjà commises, comme par exemple au Cameroun avec la société américaine Herakles. Les «Verts» ont raison. Il est important de défendre la biodiversité, l’habitat des chimpanzés et des papillons. L’avenir de notre planète passe par la défense de l’environnement. Et la vigilance reste de mise face à des multinationales qui pratiquent la course au profit immédiat et la politique de la terre brûlée.


Mais l’Afrique ne doit pas être la «réserve naturelle» des Occidentaux, hyperindustrialisés, dévorés par un immense sentiment de culpabilité post-colonialiste et brusquement passionnés par l’écologie dans les pays du Sud. Le continent africain doit rapidement se développer pour tirer de la pauvreté des centaines de millions d’habitants. Oui, l’Afrique devra couper des arbres. Comme l’ont fait avant elle l’Europe, les Etats-Unis et la Chine lors de leurs révolutions industrielles. Mais il ne faudra pas en couper trop. La tant vantée «sagesse africaine» sera mise à contribution.

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