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26 novembre 2009 4 26 /11 /novembre /2009 14:16

25 novembre 2009
Alain Paul Nicolas

Mais quels crimes ont commis les populations africaines pour subir un tel châtiment ?

 

 

Cette question ne date pas d’aujourd’hui. Ce continent a subi au fil des siècles une injustice des plus criardes. Particulièrement l’Afrique noire.

Le pouvoir politique fut celui de la France durant la durée de la colonisation, puis celui des Nègres blancs (les premiers présidents africains sous la dépendance française). Leur premier acte politique fut d’instituer le parti unique, en introduction à la présidence à très longue durée, avec la bienveillance des dirigeants français.

La France faisait d’une pierre deux coups. D’abord elle donnait l’impression de laisser l’Afrique gouvernée par des Africains, puis par l’entremise de ses diverses sociétés elle gardait la haute main sur les richesses de ces États.

C’était sans compter sur les militaires africains qui eux aussi voulaient leur part du gâteau. C’est ainsi que durant dix ans, environ, de nombreux régimes civils, mis en place au lendemain du départ des Français et des autres européens en général, furent renversés et remplacés par des régimes militaires. La majorité de ces militaires avaient soit servi dans l’armée française soit avaient été formés par elle. La liste est impressionnante.

Puis, environ une vingtaine d’années plus tard…

… Au Bénin, du 19 au 27 février 1990, une Conférence nationale fut organisée comprenant 488 délégués ; la Constitution de 1977 fut suspendue et un Haut Conseil de la République sous la présidence de Mgr Isidore De SOUZA composé de 27 membres fut mis en place ; Nicéphore SOGLO, Premier ministre (360 voix sur 430) assure la transition et est élu, le 24 mars 1990, Président de la République par 67,7 % des voix, le général KÉRÉKOU obtient 34,2 %… Mathieu KÉRÉKOU fut élu Président le 18 mars 1996 face au président sortant SOGLO.

Après le discours de François Mitterrand, lors de la Conférence des chefs d’État d’Afrique et de France en juin 1990, à La Baule, conditionnant l’aide de la France à des régimes plus démocrates, ce fut le grand bazar.

En Afrique, l’exemple du Bénin devenait le modèle à suivre. Ce fut une véritable catastrophe pour la démocratie et surtout pour les populations africaines. Seul, le Mali tirera son épingle du jeu. Après le coup d’état militaire du 26 mars 1990 et la transition dirigée par Amadou TOUMANI TOURÉ (l’actuel président du Mali), Alpha Oumar KONARÉ fut élu président le 26 avril 1992 (avec 69 % des voix) ; puis réélu pour un second et dernier mandat (Constitution) avec 84,36 % des voix le 11 mai 1997.

Excepté ces deux présidents, Nicéphore SOGLO et Alpha Oumar KONARÉ , tous les autres ont envenimé encore plus la situation financière et politique de leur pays. Leur soif du pouvoir et les avantages réels ou supposés qui vont avec leur ont fait perdre toute notion de bien. Les uns et les autres ont détournés les revenus financiers des immenses richesses de leur pays au profit de leur clan avec la complicité de leurs amis étrangers, Français en particulier tel Bolloré, Total, Areva, etc. au détriment de leurs compatriotes.

Certains aujourd’hui sont morts remplacés par leur fils après des élections réalisées sous le contrôle d’observateurs étrangers. On voit le sérieux de l’affaire ! Joseph KABILA, Faure EYADEMA, Ali BONGO pour les fils.

Denis SASSOU NGUESSO, le tyran de Brazzaville ; Mamadou TANDJA, le président nigérien garant de la Constitution, fait un coup d’État pour prolonger son mandat de trois ans ! Laurent GBAGBO, président auto-proclamé en 2000, face au général GUEÏ et après l’assassinat de ce dernier par ses partisans, dont le pays est coupé en deux depuis 2002. L’élection présidentielle aurait du se tenir en 2005, date de la fin théorique de son mandat mais avec la complicité de l’ONU il est toujours en place. Idriss DÉBY, le Tchadien ; Blaise CAMPAORÉ le toujours président, depuis l’assassinat de son ami Thomas SANKARA, etc..

S
ans oublier les bouchers d’avant : le général Idi Amin DADA, El Hadj HISSÈNE HABRÉ, son procès aura-t-il lieu avant sa mort ? L’empereur Jean BEDEL BOKASSA… et bien sûr le nouveau barbare, le capitaine guinéen, Moussa DADIS Camara, le chef de la junte au pouvoir depuis la mort du général-président LANSANA CONTÉ.

Les Guinéens plus que d’autres, doivent se questionner quotidiennement pour savoir ce qu’ils ont fait pour mériter leur sort.

Le 28 septembre 1958, les Guinéens vote non (à une majorité de 1 130 292 contre 56 959 oui) au référendum instituant la Communauté française. L’indépendance de la Guinée est proclamée. La France du général de GAULLE cesse toute aide financière et les relations diplomatiques sont rompues.

Ahmed SÉKOU TOURÉ devient Président en novembre 1958. Depuis cette date jusqu’à celle d’aujourd’hui, la Guinée a été dirigée par des militaires. La présidence de SÉKOU TOURÉ a été une malédiction pour les Guinéens.

De très nombreux opposants ou supposés tels furent arrêtés, assassinés et personne n’a oublié l’ancien secrétaire général de l’OUA, Diallo Telli, mort en prison après son retour en Guinée. De très nombreux Guinéens fuient leur pays et s’exilent à l’étranger, notamment en France. Malheureusement, SÉKOU TOURÉ  ne meurt que le 26 mars 1984, soit vingt-six ans de règne quasiment sans partage.

À sa mort, LANSANA BEAVOGUI, Premier ministre depuis avril 1972, puis Président est renversé par un coup d’État des colonels LANSANA CONTÉ et Diarra TRAORÉ. Le 4 avril 1984, le général CONTÉ devient Président et chef du gouvernement général.

Ces vingt-cinq ans de présidence ont été entachés de nombreuses tentatives de coups d’États, d’assassinats, de corruption, de détournement de richesses… de nombreux exilés étaient pourtant rentrés avec l’espoir du changement. Puis arrive la mort, en décembre 2008, du vieux dictateur, malade depuis des années, et surgit par un nouveau coup d’État le diabolique capitaine Camara.

Les Guinéens auraient du se garder d’applaudir ce nouveau coup de force. Le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) aurait du les alerter. Pour avoir vu et entendu dans un reportage d’une chaîne de télévision africaine, les propos du dénommé Camara, et la fusillade aux abords et dans le stade du 28-Septembre, il y a lieu de s’inquiéter sur son état mental. Il l’a déclaré lui-même il est intervenu sous le coup d’une inspiration divine !

Les Guinéens ne peuvent pas espérer une aide militaire de la part de l’Union africaine car la plupart des chefs d’État sont des militaires de la caste des dictateurs. Quant au Quai d’Orsay, siège du ministre KOUCHNER, il incite les Français résidant en Guinée de fuir le pays. Peu importe le sort des Guinéens, tant que les Européens sont sain et sauf ! Quant au prix Nobel de la paix, l’américain OBAMA…

Revient toujours la même question : que faire et comment ?

Il faut constater une fois de plus l’irresponsabilité du personnel politique. Au lieu de former un front uni de l’opposition, ils marchent en ordre dispersé, chacun croyant incarné l’idéal de demain.

J’ai pu constaté récemment ce phénomène lors de l’élection présidentielle au Congo Brazzaville, puis le même schéma s’est reproduit au Gabon. Du Niger, au Cameroun… les mêmes causes produisent les mêmes effets.

Il faut également souligner la complicité passive, quand elle n’est pas active, des dirigeants-partenaires européens et en particulier des dirigeants français dont Nicolas SARKOZY en tête. Leur réaction est caractéristique d’une acceptation de la chose faite. Les intérêts de leurs entreprises dans ces pays sont leur seule préoccupation.

Il est très important de se pencher sur le problème politique et de proposer un nouveau système politique pour l’Afrique, qui passe d’abord par l’abandon de la Constitution française comme référence.

Avant l’arrivée des Européens, l’Afrique était constituée de royaumes et d’Empires dont les rois ou chefs traditionnels d’aujourd’hui ne sont que la continuité de l’Histoire, malgré les différentes traites négrières dont furent victimes les Noirs d’Afrique et la colonisation européenne. Il est faux de dire que la France et l’Afrique ont la même histoire. Les uns étaient des colonisateurs, les autres des colonisés.

Battons-nous – par les idées et non par les armes – pour l’Indépendance de l’Afrique. Reprenons à notre compte et à notre manière le panafricanisme cher à nos Anciens.

Le débat est lancé et nous devons tous ceux qui aspirent à ce changement nous rassembler dans un vaste mouvement d’idée.

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Published by Juliette Abandokwe - dans Panafrique
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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 22:11

19 novembre 2009
Source: ANR

 «Contre la faim dans le monde, on connaît les solutions»

INTERVIEW

Ambroise Mazal est chargé de mission sur la souveraineté alimentaire au CCFD-Terre solidaire. Il participe au sommet de la FAO (Organisation de l'ONU pour l'alimentation et l'agriculture), qui se déroule à Rome depuis hier lundi.


Ce sommet est-il crucial pour les populations affamées ou est-ce un énième rendez-vous dont il ne faut pas attendre grand-chose?

C'est le plus important depuis celui de juin 2008, à Rome, qui a été le sommet de réponse à la crise alimentaire et aux émeutes de la faim. Il y a eu ensuite le sommet de Madrid, en janvier 2009, qui était une réunion de haut niveau sur la sécurité alimentaire. Ce sommet de Rome est le troisième temps fort de la mobilisation internationale sur cette question. Et, surtout, il est censé être l'aboutissement du processus.


Q
ue penser alors de l'absence des dirigeants des pays membres du G8 - outre Berlusconi qui «joue» à domicile?

Ce sommet a le mérite d'exister. Il permet de maintenir le sujet de la faim et de l'insécurité alimentaire dans l'agenda international. C'est déjà quelque chose. Car ce qui importe, c'est que la question de la faim ne retombe pas dans l'oubli.


Mais l'absence de ces gouvernants n'est-elle pas éloquente concernant leur manque d'intérêt pour le sujet?

La question que l'on se pose au cours de ce sommet et à travers la déclaration qui a été adoptée lundi en ouverture, c'est: est-ce qu'il y a une réelle volonté de la communauté internationale à faire bouger les choses et à prendre les décisions nécessaires pour lutter contre la faim? A ce titre, effectivement, le fait qu'il n'y ait pas de grands dirigeants de ce monde, et notamment du G8, n'est pas un signe positif.


Justement, au premier jour, les chefs d'Etat et de gouvernement se sont engagés à «éradiquer la faim dans le monde», mais sans fixer de délai. Cette déclaration finale – mais en réalité préalable, puisque adoptée dès la journée d'ouverture avant même les discussions – n'est-elle pas symbolique de l'impuissance de ce sommet à changer les choses?

Oui et non. Cette déclaration n'est pas décalée parce que la solution est à portée de la main. On sait comment lutter contre la faim. Et cela apparaît dans la déclaration. Ce qui est nouveau, c'est qu'on dit ce qu'il faut faire.


C'est-à-dire?

La première chose, c'est d'investir massivement dans l'agriculture, puisqu'au cours des vingt-cinq dernières années, il y a eu un désinvestissemernt complet dans ce secteur. Dans l'aide des pays riches au développement, la part consacrée à l'agriculture est passée de 17% en 1980 à 4% en 2010. Et en Afrique subsaharienne, la part du budget à l'agriculture est de 4%. C'est extrêmement faible. Il faut donc réinvestir. La deuxième solution est de cibler les agricultures familiales et non pas les monocultures d'exportation. Aujourd'hui, la question de la faim, c'est une question de pauvreté, et les populations pauvres sont principalement rurales. Le paradoxe est que 70% des affamés sur la planète sont des petits producteurs agricoles. Enfin, il faut réviser l'ensemble des politiques internationales pour les mettre en cohérence avec l'impératif de sécurité alimentaire: ce sont des politiques agricoles, commerciales et énergétiques de coopération...


On sait comment faire, mais pas ou peu de choses changent. La situation est donc sans issue?

Là où les choses sont compliquées, c'est qu'effectivement on ne voit de politique de mise en oeuvre de ce qui a été décidé. C'est-à-dire qu'on connaît les solutions, mais on ne voit pas de réelle volonté de les mettre en oeuvre. Les déclarations restent donc très floues: il n'y a ni agenda, ni chiffrage, pas davantage d'annonces de mise en oeuvre. On reste sur des déclarations d'intention.


Quels ont été les principales avancées concrètes des précédents sommets de la FAO?

La principale chose a été de reconnaître ces solutions, et de dégager un consensus.


Qu'attendre alors de ce sommet de Rome?

On espérait qu'il fasse avancer sur la réalisation concrète. A ce titre, c'est donc une grosse déception. On ne peut pas indéfiniment répéter les mêmes choses sans déboucher sur des choses palpables.


Y a-t-il tout de même un aspect positif à retenir?

Oui, la mise en place d'un partenariat mondial pour la sécurité alimentaire. C'est une nouvelle gouvernance, où l'on met autour de la table l'ensemble des acteurs (Etats, ONG, société civile) et on lance également un réseau international d'experts pour aider à la prise de décision. Un peu comme le Giec pour le climat. C'est positif. Mais c'est vrai qu'aujourd'hui ça reste une coquille vide, parce qu'il n'y a ni calendrier de mise en oeuvre, ni rendez-vous d'évaluation.


Ce constat n'est-il pas décourageant pour des acteurs comme vous?

Une fois qu'on a pleuré par terre, il faut se relever. Oui, c'est décourageant. Mais il faut continuer sans cesse à pousser les gouvernements à prendre leurs responsabilités. D'accord, ce sommet n'a pas été l'étape de mise en oeuvre des engagements que l'on souhaitait, mais on continuera à interpeler les Etats lors des prochains rendez-vous. Notamment à la fin du mois lors de la réunion de l'OMC, pour que les politiques commerciales en agriculture soient mises en conformité avec les solutions qui ont été établies: la protection des marchés, l'impératif de souveraineté alimentaire... Un autre rendez-vous est le sommet de Copenhague, où un des enjeux sera d'aider l'agriculture des pays en développement à s'adapter aux changements climatiques.


La faim est-elle une fatalité?

Non. Une nouvelle fois, on connaît les solutions. C'est «juste» un scandale politique, parce qu'on ne veut pas les mettre en oeuvre.


Pourquoi, selon vous?

Ce sont les mêmes raisons que celles pour lesquelles on ne veut pas éradiquer la pauvreté. Parce que cela suppose plus de justice sociale, de revoir notre système économique, et nous, pays riches, ne sommes pas près à cela. Cela suppose aussi que dans toutes les politiques - sociales, économiques, commerciales... - , on mette l'intérêt de la personne avant l'intérêt privé. Aujourd'hui, on en est loin.

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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 23:31

16 novembre 2009
Matini Marcos
Aube Nouvelle



20eme anniversaire de la Convention des droits des enfants: Plaidoyer pour la liberté d’expression des enfants


La situation des enfants dans le monde n’est guère reluisante en dépit de la ratification par 193 pays de la Convention des droits des enfants (CDE). Vingt ans après la signature de cette Convention par l’Assemblée générale des Nations Unies, les droits des enfants dont la liberté d’expression des enfants sont foulés aux pieds par les adultes.

La Convention internationale des droits des enfants (CDE) a été signée le 20 novembre 1989 par l’Assemblée Générale des Nations Unies. Aujourd’hui, à l’heure de la célébration du 20eme anniversaire, 193 pays ont signé ce traité. Ce qui ne signifie pas que les droits des enfants sont respectés. Si dans d’autres pays comme le Bénin, des efforts sont consentis par les gouvernements qui se sont succédé à la tête du pays, force est de reconnaître, que dans plusieurs pays qui ont ratifié la Convention, rien n’est fait pour respecter les droits des enfants. L’un des droits fondamentaux des enfants est de reconnaître l’identité de chaque enfant.

C’est dire que chaque enfant doit être considéré comme un être à part entière qui est libre d’exprimer ses opinions sur tous les sujets. Ce qui n’est pas toujours respecté. Dans plusieurs rapports du Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef), il est reconnu que le travail et l’exploitation des enfants continuent, au vu et au su de tous. Dans les carrières de pierre du Nigéria, les enfants « placés » ou Vidomégon (en langue fon du Bénin) se blessent les mains à force de concasser, avec le marteau, les roches. Dans les marchés des pays en développement, les enfants continuent de vendre, le plateau rempli de marchandises, pour le compte de leur tutrice.

Ces enfants, le plus souvent sont victimes des bandits qui leur arrachent l’argent issu de la vente. Le paradoxe, est qu’une fois averties, leurs tutrices acariâtres ne font qu’un seul geste : manier le bâton. L’enfant, dans le cas général, n’est pas écouté. Très peu d’enfants ont la liberté d’expression. Parfois, le fait de manifester le droit à l’instruction est un motif de bastonnade par les tuteurs. Le drame est qu’avec l’accroissement de la pauvreté dû à l’échec des politiques et stratégies de lutte contre la pauvreté des gouvernements africains, les ménages déshérités ont tendance à confier leurs enfants à des parents qui affichent une certaine aisance.

Mais, malheureusement, les enfants « placés » deviennent des esclaves soumis à la maltraitance de toutes sortes, pendant que les vrais parents se font des illusions sur l’avernir de leurs enfants. Certes, dans les pays développés comme ceux du Nord, l’enfant est écouté et est libre d’exprimer ses opinions sur sa vision du monde, sur le choix de ses parents. Ce qui n’est pas observé dans les pays du Sud et en particulier dans les pays d’Afrique. C’est dire que beaucoup reste à faire dans le respect des Droits des enfants. Le constat amer fait est que les pays même signataires de la Convention internationale des Droits des enfants sont au stade des déclarations d’intention.


La santé maternelle et néonatale

Dans le rapport 2009 de l’UNICEF, l’accent a été mis l’accent sur la santé maternelle et néonatale Avoir un enfant représente un grand risque pour la santé des femmes du monde entier. Chaque jour, quinze cents femmes meurent lors de leur accouchement, soit un demi million de femmes par an. L’accent est également mis entre la différence entre les risques courus par une femme enceinte du monde industrialisé et une femme enceinte d’un pays en développement. Le fossé est très profond et appelle à la reponsabilité des dirigeants du Sud et de ceux du Nord. Selon le rapport 2009 de l’Unicef, une femme du Niger a une chance sur sept de mourir au cours de sa vie de complications survenues au cours de sa grossesse ou de l’accouchement.

Le contraste est frappant avec les mères des Etats-Unis, par exemple, où ce risque est de 1 sur 4 800 ou encore les mères d’Irlande, où il est de 1 sur 48 000. Pour réussir à combler ce fossé, il faudra mobiliser des spécialistes de diverses disciplines, et insister sur l’éducation, les ressources humaines, l’engagement des communautés et l’égalité des chances dans la société. Les gouvernements africains, au lieu de chercher par tous les moyens à s’éterniser au pouvoir en engloutissant des sommes faramineuses, doivent faire des choix judicieux pour garantir au minimum aux femmes, des soins prénatals, la présence des soignants qualifiés à l’accouchement et des spécialistes des soins obstétricaux d’urgence et de soins post-partum.

La Directrice générale de l’UNICEF Ann M. Veneman demande, dans l’avant-propos du rapport, que l’on redouble d’efforts pour prévenir cette " tragédie humaine ".

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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 23:16

18 novembre 2009
Cyberpresse


L'ONU condamne de nouveau les exactions de la rébellion ougandaise LRA

Le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné mardi les exactions continuelles commises dans toute la région des Grands Lacs africains par la rébellion ougandaise de l'Armée de résistance du seigneur (LRA), l'une des guérillas les plus brutales au monde.

Les 15 membres du Conseil "ont fermement condamné les attaques continuelles et croissantes commises par la LRA en République démocratique du Congo (RDC), en République centrafricaine (RCA) et au Soudan, qui se sont soldées par la mort, l'enlèvement ou le déplacement de milliers de civils", a déclaré à la presse l'ambassadeur d'Autriche, Thomas Mayr-Harting, président du Conseil en novembre.

Ils se sont félicités de la "coopération accrue" entre les Etats de la région "face à la menace posée par la LRA" et les ont encouragés à coopérer avec l'ONU, afin "de faire tous les efforts possibles pour protéger les civils", a poursuivi l'ambassadeur.

De même, ils ont appelé les missions de l'ONU dans toute la région à "coordonner leurs stratégies et leurs informations pour la protection des civils, à la lumière des attaques commises par la LRA".

Parmi ces missions, sont citées la Monuc (RDCongo), la Minus (Sud-Soudan), la Minuad (Darfour), le Bonuca (Centrafrique) et la Minurcat (Tchad et Centrafrique).

Dirigée par Joseph Kony, la LRA est apparue en 1988 dans le nord de l'Ouganda. Depuis 2005, ses combattants se sont éloignés de leurs bases pour s'intaller dans l'extrême nord-est de la RDC.

Les armées ougandaise et congolaise ont mené de décembre 2008 à mars dernier, avec le soutien du Sud-Soudan, une vaste offensive qui a échoué à capturer Kony ou à neutraliser son mouvement dans cette partie très isolée de l'ex-Zaïre.

La LRA a multiplié depuis lors les attaques contre les populations, en RDC et dans l'est de la Centrafrique.

Au Sud-Soudan, des hommes de la LRA ont attaqué cette année des points de distribution d'aide alimentaire, tué des centaines de civils, kidnappé des enfants et forcé le déplacement de milliers de personnes dans la région d'Equateur-Occidental.

Deux incidents ayant peut-être impliqué des hommes de Joseph Kony ont été recensés au cours des dernières semaines dans la région sudiste voisine du Bahr al-Ghazal Occidental, qui jouxte la Centrafrique et le Darfour, ce qui a alimenté les spéculations sur une migration de la LRA vers le Darfour.

Joseph Kony et ses deux principaux adjoints sont recherchés par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre
.

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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 22:55

18 novembre 2009
AgoraVox



Peut-on encore croire à l’aide humanitaire aujourd’hui ? C’est à vous de juger.


Afrique Centrale en conflit, années 90. De nos jours, rien ou presque n’a changé.

Le récit à peine édulcorée pour le rendre supportable, est volontairement cynique et désabusé, mais la réalité est bien pire encore. Hélas, l’humanitaire est un milieu qui trop souvent manque d’humanité.

Attention, il vaut mieux lire jusqu’à la fin pour comprendre, ou sinon, laisser tomber.

Quoi de plus édifiant qu’un gamin aux joues creuses qui tend la main ! S’il peut brandir une écuelle vide, c’est encore plus le pinacle. Dès qu’ils sont plus de quatre ou cinq à vous coller sous le nez un gobelet, un pied-bot ou un pot de chambre, ça commence à devenir irritant surtout quand on essaie de comprendre pourquoi et comment ils en sont arrivés là. Au delà de cent, cela devient de la statistique comme aurait dit Staline, et là, de deux choses l’une, soit on tire dans le tas soit on « fait » dans l’aide d’urgence. Bref, je plaisante, je me suis retrouvé dans l’humanitaire !

La dernière livraison de réfugiés promise par le Haut Commissariat aux Réfugiés a débarqué au camp deux jours après mon arrivée. J’avais juste eu le temps d’installer ma radio émettrice et les divers ustensiles superfétatoires mais recommandés de la « trousse de maquillage » de tout humanitaire (4x 4, eau minérale, drapeau, autocollants et logo de l’association…), de déballer quelques conserves, victuailles et boissons au milieu de cartons de médicaments et de matériel d’urgence et je les ai eus sur le poil.

Le pire, c’est qu’ils étaient plutôt sympas, en fin de compte, malgré leur statut de déplacés. Sympas et paumés. C’est en grande partie pour cette raison qu’ils n’ont pas obtenu grand-chose du H.C.R. Ils ne savaient pas intimider ! Ils n’ont pas foutu un bordel monstre, n’ont buté personne à la machette, à la hache ou au mortier ni avant ni pendant leur transfert.

C’étaient des pauvres types ni violents ni outranciers dans la revendication. Ils pouvaient donc se brosser avant d’obtenir l’essentiel et le superflu. Ils n’ont même pas osé réclamer des Adidas au nom des droits de l’homme, comme l’auraient fait des leaders Somalis à l’arrivée des secours. Pas un seul journaliste n’a pu constater leur air grave, ni remarquer qu’ils étaient sous le choc comme il se doit, (pour faire journal du 20 heures, on doit dire terriblement choqués et dérisoires quand il s’agit de moyens). Des individus sans histoire médiatisable qui fait pleurer Margot ; ils avaient tout juste les pieds sales.

De braves types, on l’a dit, bouille ronde, air ahuri. On le serait à moins après s’être fait sauter sa bonne femme par quatre soudards alcoolisés et chanvrés, braquer ses derniers biens personnels et brûler sa baraque ou la plante des pieds. Ils n’étaient pas d’un enthousiasme vaillant lors du transfert. Les femmes, pour la plupart, avaient des gueules à rendre abstinent un satyre en rut. Ce n’est que dans les films, qu’au milieu d’un cloaque, le bon docteur se retrouve confronté aux tétons turgescents d’une Noami Campbell en larmes avec un sparadrap au coude. Faut pas rêver, on n’est pas payé pour !

Et les gamins ! Des gosses partout, certains laids à vous modérer la compassion, d’autres plutôt futés, marrants avec de bonnes têtes rondes, les oreilles décollées et l’ombilic protubérant au travers du tricot troué incrusté de saletés immondes. Bref le matériel humain de base, la population cible dans tout son splendide dépouillement.
Exactement le genre de mioches cradingues que quelques « salopes »<!--[if !supportFootnotes]-->[1]<!--[endif]--> bien payées par les Nations Unies ou par l’Union Européenne, aiment prendre sur leurs genoux le temps d’une photo qui sera publiée sur papier glacé dans la brochure de propagande de l’organisation. Bien sûr, après le cliché, elles iront prendre une douche, parce que les pauvres, ça pue !
Pour justifier ces séances de photos, les grandes organisations parlent désormais de visibilité. Elles utilisent des posters, des revues, des autocollants et des drapeaux là où les canidés marquent leur territoire de leur urine. La visibilité n’est rien d’autre qu’un jet de pisse de chien à la base d’un tronc d’arbre. Toute cette imagerie rapporte du fric grâce au marketing humanitaire et des Nations -Unies !
Grands ou petits, le but du jeu est de caller les réfugiés dans une statistique et un tableau Excel, avec des indicateurs chiffrables et des objectifs vérifiables, minimum 1500 calories par personne et par jour y compris 60 grammes de protéines. Avec en prime une machette, un jerrican en plastique, une couverture aux normes, du genre à enrouler un cadavre et un morceau de bâche du HCR de 9,82m2 par famille (en mesure anglaise, cela doit correspondre à un chiffre rond) et en avant !


Le clampin de base est devenu un réfugié.

Va leur expliquer à ces gens après une émeute, une guerre civile, un génocide ou une autre fantaisie du genre, qu’il fallait se construire un abri avec le morceau de bâche, ou sinon dormir sous la pluie, les pieds dans la boue ! Côté bouffe, ils étaient habitués au manioc et aux bananes plantains depuis des générations. On leur a bien-sûr fourgué des haricots secs, du sel, un peu d’huile … et du maïs. Les premiers jours, ils ont roté et pété comme des forcenés. Les gosses chiaient des grains entiers comme des poulets « Vallée d’Auge ». Après deux mois de ce régime, ils s’y sont accoutumés, le maïs ne les enthousiasmaient guère plus, mais ils pétaient moins fort. On s’habitue à tout. Dans le milieu on ose parler de « résilience alimentaire »<!--[if !supportFootnotes]-->[2]<!--[endif]--> ; les experts internationaux n’ont peur de rien, surtout pas du ridicule.

Au milieu de la foule, entassées dans la zone de transit, les femmes prenaient les gamins sur leurs genoux, les retournaient et leur soufflaient dans le cul à l’aide d’une calebasse creuse en forme de poire, toutes sortes de produits laxatifs à base d’herbes et de décoction. Après le lavement, les enfants en bas âge couinaient comme des porcelets à l’abattoir et relâchaient illico par le bas et par le haut, le repas de la veille et quelques amuse-gueules. Ensuite, ils devenaient fripés et plaintifs, donc bon pour le dispensaire. Il fallait assurer, c’était mon rôle.
Personnel local médiocre en dehors d’un infirmier local dynamique et compétent (un Hutu marié à une Tutsi).Les autres, pas du tout motivés et mal payés, envoyés sur le site par les autorités médicales du pays d’accueil, du genre à penser « J’en ai rien à battre de ces bâtards qui n’ont pas un sou en poche, et qui en plus ne sont pas de ma tribu ! »

Et les malades ! De braves types au départ deviennent en quelques jours les pires revendicateurs. Pour capter l’attention, tout est bon, que d’effort pour avoir l’air mal en point. Désir de revente au marché des remèdes reçus gratuitement ou bien rôle magique des comprimés, partout les médicaments attirent les gens.
Et je te montre mon cul, et je t’exhibe la glotte pour obtenir deux aspirines, trois antibiotiques ou un superbe placebo d’un vert attrayant ! Mais même les plus isolés en Afrique de nos jours ont été pollués par l’industrie pharmaceutique, l’agressivité des tenanciers d’officines de santé et des vendeurs ambulants de médicaments. Même dans les endroits les plus reculés, ils ont été en contact avec les pharmacies privées et les margoulins de la profession médicale. « La santé pour tous en l’an 2000 » avait sévi avec son slogan malsain comme un droit à la surconsommation médicale<!--[if !supportFootnotes]-->[3]<!--[endif]-->.
Les cartons de soins standard, qualifiés de Kits UNICEF dans le jargon ; avec leur conditionnement en gros et leurs comprimés blanchâtres, les malades potentiels les ont vite repérés. Ce n’était pas une question de qualité, mais d’apparence. Les réfugiés se sont mis à bramer qu’ils voulaient de « vrais » médicaments, des piqûres, des perfusions, un microscope. Ils ont réclamé à cor et à cri des gélules « rangi mbili » ce qui veut dire de deux couleurs en swahili<!--[if !supportFootnotes]-->[4]<!--[endif]-->. Et encore, je n’avais pas à faire à un groupe de furieux. Ils ne pensaient pas que l’UNICEF voulait les stériliser ou leur inoculer le sida avec les vaccins.

Quand j’avais consulté cinquante deux de ces blaireaux, j’en avais ma claque, d’autant qu’à tout casser, il n’y en avait guère plus de quinze qui avaient réellement besoin de soins. Le personnel soignant était furieux. D’abord du fait de l’excèdent de boulot, mais surtout parce qu’il ne pouvait rien soutirer à ce ramassis de crève-la-faim. De plus, du fait de l’éloignement de la ville, il n’y avait aucun recours possible pour un business juteux avec des cousins ou des commerçants du coin. Ma présence limitait le pillage à grande échelle de l’aide internationale, disons qu’à défaut de grande échelle, ces braves gens utilisaient un escabeau pour se servir.


Alors arriva l’opération Cavaillon.

Trois semaines au camp avaient été consacrées à des activités terre-à-terre. Vaccination contre la rougeole, (j’avais insisté pour qu’on ne conserve pas les bouteilles de bière dans les boites isothermes et le réfrigérateur à pétrole, privant ainsi certains infirmiers d’une source de recettes en revendant des boissons fraîches) suivi des femmes enceintes, creusage de fosses d’aisance (une famille produit plus d’un kilo et demi de merde par jour y compris les week-ends). La routine banale dans son utilité. Et puis, sans crier gare, un premier gaillard a baissé son pantalon pour m’exhiber ses burnes. Autres femmes, autres gamins, autres types venus profiter des médicaments gratuits. Un second client avec les bourses distendues, puis un autre, voussure mobile à l’aine glissant vers les roustons. Lendemains qui chantent, cinq autres patients montrant du doigt leurs génitoires. Aspect de melon mur en taille et consistance, l’odeur fruitée en moins. D’un coté les hydrocèles, de l’autre les hernies inguinales. Enfin de la médecine festive, pittoresque et ludique ; joie du diagnostic différentiel.

Pour les urgences, j’avais repéré un chirurgien africain qui vivotait dans l’hôpital du coin à 40 kilomètres de là. Un type dont la compétence et l’honnêteté faisaient tache au milieu de l’océan de médiocrité ambiante. Cela me changeait des canailles et escrocs qui sous d’autres cieux humanitaires n’avaient rêvé que de mon expulsion, pour pouvoir continuer d’opérer des appendicites fictives à des patients dont le seul symptôme était leur solvabilité. Les signes extérieurs de richesse sont des appels à une chirurgie que l’on pratique larga manu, dans beaucoup de pays africains. Le compte en banque du patient est trop souvent un prétexte à l’utilisation du bistouri sous les tropiques ; quoique Toulouse et ses prostatiques ne soient pas vraiment sur les bords lointains du Zambèze.

N’ayant ni bloc opératoire au camp de réfugiés ni les compétences requises, j’envoyais donc mes cavaillons se refaire une santé auprès de mon confrère, qui honnêtement arrondissait ses émoluments. J’en ai expédié 39 en quelques semaines, à leur plus grand bénéfice car ils sont revenus le sourire aux lèvres, guéris et les bourses plates bien qu’ils n’aient point dépensé un sou. J’annonçais ces transferts à ma base par message radio. Il était de bon ton d’utiliser des mots codés et des périphrases afin d’éviter l’espionnage des ondes par des oreilles rebelles et hostiles. Les factions inamicales n’avaient cesse que de surveiller les humanitaires, considérés comme des espions, des nervis à la solde de ceux d’en face ; quelque soient ceux d’en face. La paranoïa est l’apanage des gouvernements en guerre et des mouvements rebelles quelque soit l’idéologie proférée, même si leur seul programme est de piller, violer, massacrer et de s’en foutre plein les poches, souvent avec la complicité tacite des Nations Unies, des ONG et des bailleurs de fonds.

Le microcosme onusien et humanitaire gobe très facilement des informations de seconde main qui ne sont le plus souvent que des rumeurs mises en circulation par le personnel local. Le but de celui-ci, partagé par les responsables politiques du crû, est de paralyser les expatriés dans leur base et laisser le terrain libre à des magouilles éhontées loin des regards inquisiteurs.

Je n’ai même pas eu de visite éclair de branleurs en chemisette et en 4x4 japonaise avec drapeaux et autocollants des agences onusiennes de toute la durée de ma mission sur place. Pas une seule Emmanuelle Béart exaltée et échevelée n’est venue justifier par sa présence la vente des cartes de vœux aux mémères donatrices habituellement scotchées devant leur télévision. J’aurais très bien pu inventer des opérés fictifs et facturer leur intervention, aux Nations Unis. Ces gens sont trop occupés par leurs meetings au Sheraton sur la santé, la résilience (encore elle) des masses qui fin de marxisme oblige, ne sont même plus populaires, le sous-développement durable. La visite de terrain ne peut être faite qu’au pas de charge et l’audit financier ne se résume souvent qu’à une analyse des tampons et des dates sur les factures, fussent elles des faux éhontées.

Un petit détournement crapuleux aurait pu me permettre de satisfaire le désir de ma copine du moment, une charmante petite Cendrillon qui fantasmait sur l’acquisition d’une rôtissoire électrique quatre, voire huit poulets. Elle me réclamait sans vergogne l’ustensile de ses rêves. Son désappointement fut à l’égal de mes limites financières. Elle a pleurniché un peu, a bu deux bières et s’est contentée d’une paire de chaussures neuves. Pour sûr, je suis passé à coté du grand amour. Elle est retournée chez elle en boudant, car c’est bien connu, quand on aime d’un amour profond, on achète des rôtissoires. Avec le modèle douze poulets, on égale les demi-dieux. Mais, pour les fonctionnaires internationaux, il y avait plus important à faire dans les cocktails et au buffet des ambassades, que d’éplucher ma comptabilité.

Apres quatorze ou quinze heures, j’en avais fini avec les malades. Venait alors la cohorte des revendicatifs. C’est fou ce que l’on peut réclamer quand on a droit à rien ! Face à une machette, un fusil, un lance-roquettes ou un tank, le plus téméraire dit peu. Il couine quand on le cogne et à la première balle perdue. Quand il est devenu réfugié, il commence à ouvrir le bec.

Des plaintes et des récriminations, j’en ai entendu et non des moindres. D’abord ils voulaient plus de bouffe. Il faut dire que les responsables locaux de la distribution n’y allaient pas de main morte quand il s’agissait de leur propre part. Malgré tout, il en restait assez pour tout le monde, les distributeurs étaient honnêtes dans leur genre, il ne disparaissait que 30% des quantités distribuées ; dans d’autres camps, c’est souvent la proportion inverse. En dehors de la part qui passait par la cave, il en restait suffisamment pour nourrir tout le monde. Y compris tous les anciens arrivés depuis des années de conflits divers, car la fournée nouvelle initialement évaluée à 2327 par le HCR ne comptait en fait que 622 personnes, rejointes quelques temps plus tard par 128 retardataires.

Quand il n’était pas question de quantité, c’est la variété qui excitait les réfugiés. Ou bien c’était pourri, je confesse que cela arrivait quelques fois, mais rarement. Ou bien alors, c’était du jaune et il ne mangeait que du maïs blanc. Ou enfin c’était trop dur, trop mou, ça cuisait mal ou bien ça demandait trop de bois pour le préparer. Il fallait aussi compter avec les distillateurs pour créer l’ambiance. Eux, ils laissaient fermenter les surplus de l’aide alimentaire pour faire de la gnôle. Un tord-boyaux atroce, à coller des hémorroïdes à un cardiaque. Tout ce qui fermentait faisait leur affaire, sauf les haricots, car ça on n’arrive pas encore à les distiller. En pareille circonstance, ils gueulaient à l’unisson avec les non-buveurs.

Quand on ne me harcelait pas avec l’alimentaire on s’escrimait dans le domaine du coutumier. Il y en avait toujours au moins un qui avait enfreint le droit traditionnel d’une des peuplades sur place. Avec deux ethnies dans le même camp, c’est déjà très chaud. Avec quatre ou cinq tribus on risque l’émeute à chaque instant. Les « miens » avaient débarqué dans ce camp, ouvert dans les années 70, remplaçant les anciens arrivés depuis des lustres par vagues successives au fil des conflits locorégionaux. Ils ne pouvaient se sentir entre eux pour d’ataviques raisons. Et je te sors la machette ou la lance, si tu sors ta queue devant ma fille ! A chaque adolescente ou femme mariée qui se faisait approcher de façon plus qu’explicite par un gars d’en face, les frères, pères, cousins ou maris en attrapaient des quintes. Le cul interethnique est mal vu dans les camps de réfugiés et n’entraîne que querelles, revendications et revanches. Mais s’il n’y avait eu que cela !

C’était sans compter les bovins. Certains vicieux se réfugient avec leurs vaches ! Qui dit vaches dit accès aux points d’eau, droit de passage des animaux, création de comités de l’eau, de comités d’éleveurs et de paysans, zoonoses et épizooties quand on a vraiment de la chance.

Enfin, au dessus du lot des embrouilles, il y avait la sorcellerie et le recours au poison quand ils voulaient vraiment me faire sortir de mes gonds. J’ai du appointer des goûteuses ethniques au centre de nutrition infantile pour éviter des mutineries de mères furieuses et inquiètes pour leur progéniture. Une Munyankole ne laissera jamais une Acholi préparer et servir du porridge à ses gosses sans forte réticence, et ne parlons pas du trop célèbre binôme Tutsi/Hutu !

Quand un agriculteur avait piétiné dans une bouse à la sortie de son abri en bâche bleue, il s’engueulait ferme avec un pastoral. Le dit pastoral répliquait souvent d’un coup de bâton bien senti après quelques menaces en vernaculaire. J’étais censé intervenir au troisième horion ou quand le contusionné saignait par trop du nez. En de telles circonstances, tout le monde braillait. Comprendre ce qui était arrivé tenait de la divination tant ils jacassaient ensemble en poussant des cris d’orfraies. Au milieu du tumulte je croyais comprendre : « et qui va me le payer mon poulet ? » ou bien « bande d’obsédés sexuels, voleurs de poule, fumeurs de chanvre ! » Du fait des nombreux dialectes, j’avais du mal à suivre. Souvent, je n’avais pas la moindre idée du problème, mais il était évident qu’il y en avait un. Pour juger une affaire selon le droit coutumier, il faut en théorie des plaideurs de la même ethnie. C’était rarement le cas, il fallait alors avoir recours au droit national du pays d’accueil ; le résultat, avouons le, n’était guère probant.

Ce genre de joyeux débat m’arriva lors du passage au camp d’une anglaise égarée dans la nutrition. Une espèce de molasse à la poitrine basse qui n’avait jamais fait cuire un œuf de sa vie chez elle, mais qui pouvait déblatérer pendant des heures sur l’intérêt des acides gras poly-insaturés dans le régime sans fibres. Ce genre de femme vous calcule des ratios de protéines avec une dextérité qui dépasse l’entendement.

Un jour, j’en ai eu marre de les voir bouffer du maïs. Nourrir des gosses, ce n’est pourtant pas sorcier. Il suffit d’un peu de bon sens, de vivres frais disponibles et de savoir un peu cuisiner. Je n’ai jamais ouvert un livre sur la nutrition, si ce n’est pour le balancer aux chiottes devant mes collègues, histoire de théâtraliser un peu la scène. J’achetais ce que je trouvais au marché de coin, faisait participer les mères à la confection des repas et regardais sans en avoir l’air ce que les gamins finissaient rapidement ou laissaient traîner dans leurs gamelles, histoire de retenir les recettes les plus attrayantes. Ayant à faire à des pauvres, il faut les inciter aux économies, même si c’est la communauté internationale qui paie, car un jour, ils rentreront chez eux et sans aide. Exemple simple, je leur faisais cuire les pommes de terres à l’eau avec la peau, on gagne au moins 15% de matière consommable si on les épluche après cuisson. J’utilisais aussi les os et les arrêtes de poisson fumé pour des fonds de soupe.

Bien sûr, les nutritionnistes ne pensaient jamais à ce genre de détail trop trivial à leur goût. Elles dressaient des courbes, des abaques et des histogrammes, c’est nettement plus gratifiant ! Elles mesuraient le périmètre brachial des enfants, parce qu’on leur avait appris à le faire, sans réfléchir. Moi, je savais comment le personnel local truquait les résultats, s’il le fallait. En serrant un peu fort la ficelle autour du bras des gosses à la première estimation et en mesurant lâche à l’évaluation finale on obtient ainsi 10% à 20% de résultats encourageants sans avoir donné un seul biscuit à un gamin, tout réside dans l’habileté à pratiquer les mesures et à manier le brassard. Le tour de bras avait augmenté miraculeusement.

Pour le poids, c’est encore plus simple, on pèse les gosses à poil la première fois, avec de plus en plus de vêtements les fois suivantes. Là aussi, les enfants grossissent sur le papier et l’UNICEF est contente, elle peut publier. On peut obtenir ces bons chiffres sans même vouloir truquer intentionnellement. Le personnel s’aperçoit vite que déshabiller les gosses prend du temps, ils le font la première fois, après ils éludent le caleçon, le maillot, la couche et gagnent ainsi deux heures par séance de pesée pour aller glander ou boire des bières. Les enfants, eux gagnent du poids sans avoir rien bouffé de plus.

L’anglaise survint donc à l’improviste, lors d’une de ces séances de réconciliation procédurière, de mélodrame comico-légal. Une vague histoire de viol, où intervenaient deux piles pour radiocassettes non remboursées et un sous-vêtement féminin rouge qui aurait été détérioré lors de l’incident. Il était neuf pour l’une, usagé pour les accusés, qui à part cette manœuvre dilatoire sur l’état de fraîcheur du slip, niaient tout en bloc. J’y étais depuis deux heures et n’avançais pas d’un poil. Mon rôle n’était pas de juger, mais de les aider à trouver une issue acceptable par tous, avec l’assistance d’un des deux gendarmes du camp et la participation de juges bénévoles acceptés par les deux partis, une dizaine de plaideurs.

Ma responsabilité consistait surtout à les empêcher de se battre en passant par le biais du psychodrame judiciaire. Il fallait parler plus ou moins français, anglais et swahili et faire semblant de comprendre les cinq ou six dialectes du camp. A une question en anglais ou en swahili, ils s’obstinaient à répondre en kitoro, kinande ou ankole, quelque soit la personne qui avait posé la question.

Ma britannique avait du mal à suivre et m’interrogeait en prenant des notes ; ce qui ralentissait le cours du procès. Elle ne voyait pas très bien le sens de mon intervention. J’avais envie de répondre que moi non plus, je ne le voyais pas, mais je ne voulais pas en rajouter, c’était déjà assez complexe.

Je reçus une autre visite. Une américaine qui ne supportait pas la chute de fientes de chauves-souris sur sa moustiquaire. Elle était aussi venue pour les réfugiés, pas pour les chiroptères ! Etre poli, du moins au début, ne mangeant pas de pain, après l’épisode des chiroptères, je lui ai proposé le meilleur endroit pour dormir, c’est-à-dire mon lit, en prenant bien garde de ne pas y passer la nuit moi même.

Ce n’était pas le genre de personne qui vous demande gentiment une bière. Plutôt de celles qui s’enquièrent de la moustiquaire, du coût et des horaires des repas et qui demandent où sont les toilettes pour dames. Elle faisait une enquête pour l’American Congress sur la situation nécessairement tragique des réfugiés. Son obsession était de voir des gens marcher en colonnes au bord des routes, de préférence l’air hagard et harassés. Une personne déplacée doit impérativement circuler sans fin à pied sur les chemins de l’errance pour avoir un tant soit peu de crédibilité. Quand j’ai annoncé qu’ils étaient arrivés en camion, ils lui ont soudain paru moins émouvants.

Elle pensait l’Afrique en termes de paludisme, d’eau minérale en bouteille scellées et autres nuisances et manières de s’en protéger. Je lui ai servi une salade de crudités, elle a aussitôt pensé aux amibes.
Que faire, que dire en dehors de la communication professionnelle et des banalités d’usage ? Elle a abordé l’apiculture, son hobby, dans un coin isolé de l’Ohio. Ma réplique, « le miel, c’est comme le sperme, mais c’est nettement plus sucré », a définitivement tué dans l’œuf toute tentative de rapprochement mutuel, malgré ses quelques allusions appuyées sur la solitude de la femme blanche sous les tropiques, en début de soirée.

Quand ils eurent enfin fini de gémir, de soupirer et de se plaindre, les réfugiés n’avaient pas grand-chose à faire dans ce trou, une fois installés. Cultiver quelques arpents, et guère mieux. Côté distraction, reconnaissons-le, ce n’était pas très folichon, même pour eux.

Evidemment, les rois de l’alambic sortaient une eau-de-vie digne de la prohibition avec un tuyau de cuivre, un fut vide et un bidon en plastique. Ces trafiquants de gnôle au regard torve, à la lèvre épaisse et à l’air embrumé en permanence, l’œil rougi par l’éthylisme, ne lésinaient pas sur le degré alcoolique. Ce qu’ils produisaient, était parfois bleuté à cause méthanol, un produit à givrer les méninges du plus résistant. L’unité de mesure correspondait à nos verres à moutarde, bus en deux traits. Apres trois ou quatre verres de ce pétrole lampant à 600 ou plus, ils tombaient raides. Et leur langue même pas honteuse, retombait lourdement dans leur bouche pâteuse, comme dit le poète ; ils braillaient à pierre fendre. Imaginez maintenant les mêmes en armes dans un contexte similaire sans contrôle et sans frein moral, et vous comprenez aisément le taux élevé de bavures dans les forces armées du continent africain.

Que suis je venu faire dans cette galère ? Et encore, je l’ai déjà dit, je n’avis pas trop à me plaindre, je n’avais pas à faire à des violents. Ils n’étaient pas trop pénibles, ces réfugiés, braves types et profil bas. Un jour, on se retrouve au milieu d’une foule d’anonymes, de gens translucides auxquels on ne sait que dire. On aimerait comprendre, compatir, aider, se sentir utile, être solidaire…mais on n’a pas été envoyé pour ça. Au mieux, pour ne dire au moins pire, on arrive tout juste à ne pas être nuisible. L’ego en prend un coup pour celui qui était venu sauver le monde, fut il tiers !

Pour beaucoup la motivation s’en va très vite, la routine et sa logique administrative la remplace. Etre motivé n’est utile qu’à l’entretien d’embauche, et encore faut-il ne pas trop le montrer au risque de passer pour un exalté. La maîtrise d’Excel et Power Point a progressivement remplacé les élans judéo-chrétiens socialisants de la première heure tiers-mondiste. Routine, procédures, objectifs de plan et indicateurs, implication politique et carriérisme font plus ou moins rapidement baisser les bras des plus engagés, voire des plus enragés. L’écrit a remplacé l’action. Le phrasé verbeux et insipide s’impose de plus en plus comme un dogme lors de l’écriture des rapports. Depuis quelques années, les donateurs institutionnels préfèrent des technocrates soucieux des grilles de lecture, des directives de rédaction, (les fameux guidelines), aux anciens hommes de terrain peu concernés par le vocabulaire normatif.

Au bout d’un certain temps, variable d’un individu à l’autre, le dégoût, ou plutôt quelque chose d’indéfinissable s’installe. Quelque chose d’étrange, un sentiment inéluctable d’échec incontournable, bref de donquichottisme et de lucidité à la fois qui permet de continuer tant bien que mal. On n’est pas là pour changer la vie, ni la sienne, ni encore moins celle des autres. Le quotidien, quand on n’a pas la chance rare de passer un bref moment avec de braves types qui sont contents de votre présence et ne vous font pas chier, le quotidien donc, c’est l’amertume, l’indéfinissable et l’inaccompli. Le pire est le sentiment de supercherie orchestrée, de désastre utilitaire, de ressentir que les dés sont pipés et que les beaux discours cachent des réalités économiques et politiques beaucoup plus pragmatiques. On vend de l’humanitaire, comme du dentifrice.

Le sentiment d’impuissance est permanent, mais il y aussi les quelques moments d’exaltation quand il se passe enfin quelque chose d’utile. Mais nombreux sont en vacances humanitaires, ou de ternes et mesquins individus au faciès suffisant ou encore de jeunes cadres se préparant une ligne valorisante sur un C.V. Ils rentreront chez eux avec le souvenir d’une expérience exotique, avant de réintégrer le rang. Certains finiront aux Nations Unies ou dans un autre Grand Corps de la médiocrité pour y gagner des dollars qui seraient de toute façon gaspillés autrement et par d’autres si ceux-là n’existaient pas. On n’est pas là pour aider les gens, à la longue ça se serait vu.

Pour les quelques rares autres…, être d’éternels Sisyphe est ressenti avec énormément d’agacement. Il n’est jamais agréable de constater son inutilité, surtout après tant d’espoir naïf des débuts. Quand on a enfin compris, il faut apprivoiser ce mal et vivre avec lui comme avec l’œil qui regardait Caïn.

La misère relative, souvent créée de toute pièce alimente une industrie de la survie de part et d’autre. Les pauvres en sont l’enjeu, voire la cible. Le système se mord la queue, génère des besoins artificiels, des situations de crise pour justifier son maintien. Le pauvre devient alibi, l’appauvrir en faisant semblant de l’aider devient une stratégie… payante. Foisonnent alors les officines, les comités crapuleux de représentants des populations, les homologues prétentieux aux diplômes douteux achetés à Lagos ou au Pakistan, évidemment drapés dans le nationalisme le plus farouche, les missions exploratoires, les armadas d’experts internationaux et les évaluations payées en devises fortes.

Cela dit, l’injustice des riches et des puissants, la rapacité ou l’arrogance prédatrice des représentants des pauvres, l’incurie de l’humanitaire et des Nations Unies, n’ont jamais empêché un vrai misérable de puer des pieds. Il faut savoir relativiser. Mais de nos jours, on n’est hélas pas payé pour obtenir des résultats mais pour en publier.

Et malgré tout ce qui vient d’être dit, les quelques mois passés dans ce camp furent parmi les moments les plus intenses de ma carrière. Probablement parce que j’étais le seul expatrié permanent du camp.

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Published by Juliette Abandokwe - dans Panafrique
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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 21:32

17 novembre 2009
Siewe Segnou
Le Messager


Le 9 novembre 1989, à 23 heures, le monde entier assiste stupéfait à la chute du mur de Berlin. Ce fameux mur de155 km long et de 3,6 mètres de haut, bâti 28 ans plus tôt pour stopper l’immigration des Allemands de l’est vers l’ouest
, séparait physiquement la ville de Berlin en deux (Berlin-est et Berlin-ouest). Mais loin d’un simple mur, le mur de Berlin était un symbole. Le symbole de la division du monde en deux blocs à savoir le bloc capitaliste et le bloc communiste, tous deux inscrits dans une guerre froide depuis 1947. La chute du mur de Berlin a donc été un évènement majeur dans l’histoire de l’Allemagne. Cet événement, les Allemands l’ont appelé Die Wende « le tournant ». La destruction du mur de Berlin a également été un tournant dans l’histoire du monde. Elle a été le signe prémonitoire de la dislocation du bloc communiste et du déferlement de la démocratisation dans le monde et surtout en Afrique. En effet, depuis leur accession à l’indépendance, jusqu’à la chute du mur de Berlin, les Etats africains n’ont connu que des systèmes dictatoriaux et totalitaires. Le contexte mondial marqué par la guerre froide le justifiait.

Dès la fin de cette guerre dont la destruction du mur de Berlin en était le signe avant coureur, le vent de l’Est a soufflé sur le continent africain et les régimes dictatoriaux se sont effondrés pour laisser la place à la démocratie. Ce bouleversement dans l’establishment politique des Etats africains était d’autant plus obligatoire que le discours de la Baule de François Mitterrand l’exigeait. Une manière pour l’Occident de convaincre les dictateurs africains que le monde avait changé et que seuls les régimes qui se démocratiseront auront le soutien des puissances occidentales. C’est ainsi que les Constitutions ont été révisées, les conférences nationales organisées et la transition démocratique mise en marche dans la grande majorité des Etats africains. Mais alors, quel bilan peut-on faire des vingt ans de démocratie en Afrique ? Autrement dit, quel est l’état actuel de la démocratie deux décennies après son impulsion sur le continent noir ? […]


Alternance et continuité

Globalement, on peut dire que malgré les conférences nationales et les autres moyens qui ont permis aux africains d’accéder à la démocratie, celle-ci reste purement formelle deux décennies plus tard. L’alternance qui est un des principes fondeurs de la démocratie est de plus en plus effective sur le continent noir. Sur 53 Etats, 38 ont des chefs d’Etats ayant passé au maximum dix ans à la magistrature suprême, soit 71%. Cela signifie que 71% des chefs d’Etats actuellement au pouvoir en Afrique n’y étaient pas il y a vingt ans, au moment où le vent de démocratie soufflait sur le continent. De même, ils n’étaient pas là il y a dix ans. Les 15 autres chefs d’Etats en fonction actuellement ont plus de dix ans de mandature, soit 29 %. Le record est détenu par le Colonel Mouammar Kadhafi (40 ans). Il est suivi de Téodoro Obiang Nguema Mbazogo (30 ans), et de Paul Biya (27 ans).

Mais les alternances qui s’observent sur le continent sont-elles des alternances démocratiques et est-ce qu’elles assurent le progrès et le changement ? Pas toujours. Des coups d’Etat continuent à sévir sur le continent. Depuis 1952, environ 66 coup d’Etat ont été perpétrés en Afrique, soit plus d’un par an
[1]. En 1999, dix ans après l’avènement de la démocratie, l’OUA a proscrit les coups d’Etat.  « Cette même année, les militaires ont renversé les gouvernements au Niger, en Sierra Leone, au Comores et en Côte d’Ivoire[2]. » Aussi, toujours en Côte d’Ivoire, l’année suivante, en 2000, un autre coup d’Etat tentera de renverser Laurent Gbagbo, démocratiquement élu pourtant. En 2003, c’est également un coup de force qui portera François Bozizé au pouvoir en Centrafrique. En 2008, un putsch portera une junte au pouvoir en Mauritanie ainsi qu’en Guinée Conakry en 2009. En tout, depuis 1989, environ 20 coups d’Etat ont eu lieu sur le continent, soit environ un tous les ans.

C’est dire que beaucoup des chefs d’Etats actuellement en poste ne le sont pas toujours de façon démocratique. En outre, quand ce ne sont pas des chefs d’Etats qui sont déchus, on assiste à des coups d’Etat constitutionnels. Les constitutions sont modifiées pour permettre aux dirigeants de s’éterniser au pouvoir (Cameroun, Algérie, Niger,…) D’autre part, malgré les multiples alternances, le progrès et le changement ne suivent pas véritablement. L’avènement d’Abdoulaye Wade à la tête du Sénégal par les urnes en 2000 avait suscité beaucoup d’espoir et de fierté pour la démocratie africaine francophone. Mais depuis lors, il est de plus en plus critiqué pour les nombreuses dérives, notamment celle de vouloir préparer son fils, Karim Wade, pour sa succession. Donc, quand on quitte d’un chef d’Etat à un autre, il n’y a ni dans le mode de gestion de la nation, ni dans les conditions de vie des populations, un changement fondamental. Le nouveau président use des techniques employées par son prédécesseur et l’ordre établi se poursuit. Un ordre où règnent et perdurent la corruption généralisée, le pillage des biens publics, le tribalisme, la violence, l’impunité, etc.


Fraudes électorales et boycott des droits de l’homme

« On n’organise pas des élections pour les perdre
[1] », disait le président congolais Denis Sassou Nguessou. Tel est le principe qui guide l’organisation des élections en Afrique. En effet, depuis le retour de la démocratie au début des années 1990, les élections multipartites ont cours sur le continent noir […] Mais les chefs d’Etat ont trouvé une solution pour continuer se maintenir au pouvoir même par les élections et malgré leur impopularité : la fraude. Elle émaille pratiquement toutes les élections en Afrique et rares sont celles qui ne sont pas contestées du fait de la fraude. Plusieurs pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Togo ou Madagascar ont été secoués par de violentes émeutes post-électorales ces deux dernières décennies. Les élections sont donc de véritables mascarades savamment orchestrées. Le Cameroun est un exemple. La dernière élection présidentielle de 2004 a laissé voir des cas de fraude : des charters d’électeurs organisés à l’ouest, des retentions de résultats, des encres délébiles, des électeurs corrompus, etc.[2] De même, les élections législatives et municipales de 2007 n’ont pas échappé à la fraude devenue institutionnelle. Cette situation de fraude permanente a pu faire dire à Boubakar Barry que « le Cameroun souffre de n’avoir jamais pu se donner librement les institutions et les dirigeants de son choix. Les lois et les pratiques électorales sont pleines d’incohérences…[3] »

Cette lecture propre au  Cameroun est le reflet de l’ensemble des pays africains comme l’explique Achille Mbembé : « Dans la plupart des cas, les Africains ne sont toujours pas à même de choisir librement leurs dirigeants. Trop de pays sont toujours à la merci de satrapes dont l’objectif unique est de rester au pouvoir à vie. Du coup, la plupart des élections sont truquées
[1]. » A ces fraudes, il faut ajouter le fait que des présidents au pouvoir sont très souvent élus non pas suite à la présentation de programmes politiques solides et fiables, mais suite au népotisme et au clientélisme politique. De l’argent et autres biens matériels sont distribués aux citoyens pour solliciter leurs voix. Au Cameroun, des gens votent même pour le prix de 1000 Fcfa. Ainsi les populations appauvries s’en remettent à leurs bourreaux comme des moutons à leur berger. Bref, malgré les alternances électorales, il faut dire que beaucoup de chefs d’Etat qui y sont issus le sont au prix de la fraude électorale, bien qu’on observe ça et là des cas d’élection sans trucage ou du moins sans contestation post-électorales (Afrique du Sud, Ghana, Bénin etc…)

Le fait majeur qui ternit l’image de la démocratie en Afrique est la violation des droits de l’Homme. Toutefois, il faut d’abord reconnaître sur plan du respect des droits de l’Homme que l’Afrique a connu beaucoup de progrès au regard de ce qui se déroulait avant l’avènement de la démocratie. Au Cameroun par exemple, la liberté d’expression a fait beaucoup de progrès. Les gens parlent librement bien que de temps en temps cette liberté est confisquée
[2]. Elle est confisquée parfois, pour ce qui est des médias, grâce à un stratagème bien ficelé. En effet, au Cameroun, le gouvernement autorise les médias de l’audiovisuel à émettre même sans avoir reçu de licence. Une fois qu’un média fait ce n’est pas du goût du gouvernement, il est scellé sous le prétexte d’exercice illégal[3].

Par ailleurs, à ce jour, on assiste encore en Afrique à des tueries sommaires. Le cas le plus récent est celui des massacres ayant eu lieu en Guinée Conakry avec près de 150 morts. Une boucherie orchestrée par l’armée contre des populations qui manifestaient contre la candidature de Moussa Dadis Camara à la prochaine élection présidentielle. En fait, en Afrique, on a l’impression que le rôle véritable de l’armée est de réprimer les révoltes sociales. Tout comme l’administration pendant la période coloniale, les gouvernements africains se servent de l’armée « pour réprimer les manifestations ou les grévistes…
[1] » Cela dit, voici quelques missions officieuses de l’armée en Afrique : (1) « La conservation du pouvoir au profit des puissances étrangères, des multinationales (Elf, Bolloré, Shell, etc.) ou des groupes maffieux et de leurs suppôts locaux, les clans ethnicisé qui s’accaparent des richesses nationales. (2) La confiscation des prérogatives de l’État au profit d’un groupe clientélisé, y compris par l’usage des méthodes frisant le terrorisme. (3) Les intimidations diverses, qu’il s’agisse de la presse muselée, des écoutes téléphoniques, des menaces verbales et tracasseries administratives, des entraves à la libre circulation des personnes et des biens, d’établissement des « bouchons » pour rançonner les populations, comme on l’observe au Congo Brazzaville depuis 1994 sur les 77 km qui séparent Brazzaville de Kinkala et sur les 60 km de Brazzaville à Gamboma. (4) Le bouclage militaire des régions entières au mépris du bien-être des populations qui se trouvent privées de tout : nourriture, logement, santé, éducation, emploi, liberté d’aller et venir,etc.[2] »

La raison est que l’Etat en Afrique est resté essentiellement répressif envers ses contestataires. En conséquence, « tout opposant au pouvoir, même respectueux de la légalité, devient un danger à neutraliser et à réprimer, sous le prétexte, abusif mais largement invoqué, de la défense de la nation, s’il n’est pas taxé d’”ennemi intérieur à la solde d’une puissance étrangère“
[3]. » Ainsi, d’après le rapport Fidh de novembre 2005, « les exemples de violations des droits de l’Homme dans le cadre ou au nom de la lutte contre le terrorisme sont en effet nombreux sur le continent africain[4]. » Le 22 juin 2003, 5 personnes suspectées d’être membres d’al-Qa’ida ont été arrêtées par des agents des services secrets malawites et détenues au secret sans possibilité d’accès à un avocat. De même, les émeutes de la faim en 2008 ont causé des centaines de morts en Afrique […] Toutes ces violations des droits de l’Homme se basent sur le prétexte du maintien de l’ordre. Leur violation qui se faisait autrefois de manière ostentatoire et dans un sentiment total d’impunité se fait de nos jours, avec l’avènement de démocratie, sur la base de prétextes […]


La démocratie qu’il nous faut…

Ne voir dans l’échec de la démocratie en Afrique que la seule responsabilité de ses dirigeants serait faire preuve d’une myopie politique. L’Occident ne saurait admettre une démocratisation véritable de l’Afrique car une telle situation lui fera perdre sa mainmise sur les richesses du continent noir qu’il ne cesse de convoiter et d’exploiter depuis des siècles. En effet, « il n’est pas exagéré de dire, dans ces conditions, que les peuples [d’Afrique] sont empêtrés, partout, dans les engrenages d’un complot très ancien et très subtil, dont le dessein est de les maintenir dans un état éternel d’infériorité, de dépendance et servitude
[1]. »

En fait, une démocratie réelle amènerait à la tête des Etats africains des présidents légitimes dont la mission serait d’assurer le bien-être des populations africaines qui leurs ont donné mandat en fonction des programmes politiques qu’elles ont acceptées. Or si les chefs d’Etat luttent pour la défense des intérêts des masses, ils se confronteront forcement aux intérêts de l’Occident sur le continent noir. Les retombées des richesses du sol et du sous-sol africain profiteront à son peuple et non plus aux puissances étrangères comme c’est le cas depuis des siècles. Voilà pourquoi, depuis toujours, l’Occident ne cesse de fomenter l’assassinat des leaders africains qui se soucient du progrès de leurs pays, quand bien même ceux-ci sont démocratiquement élus ou soutenus par les masses : Ruben Um Nyobé en 1958, Félix Roland Moumié en 1960, Patrice Emery Lumumba en 1961, Kwamé Nkruma en 1972, Thomas Sankara en 1987, Laurent Désiré Kabila en 2001,… Par contre, ils ne cessent d’apporter leur soutien aux régimes dictatoriaux et corrompus du continent parce que ceux-ci sont plus soumis à leur volonté. Ainsi, « dans leur proclamation en faveur de la démocratisation, les bailleurs de fonds omettent leur propre responsabilité dans le maintien de pouvoirs autoritaires en Afrique[2]. »

Pour de nombreux intellectuels à l’instar d’Achille Mbembé, la France est l’un de ces pays de l’Occident qui voient d’un mauvais œil la démocratisation réelle du continent africain. Dans une interview en 2008, il explique : « Elle [la France] ne l’accepte [la démocratie en Afrique] que du bout des lèvres. Dans son pré carré, elle s’y oppose farouchement et avec ténacité depuis 1960, n’hésitant pas, le cas échéant, à recourir à l’assassinat et à la corruption[1] »  Cela parce que, « depuis leur indépendance, la France continue d’être attachée au destin de ses anciennes colonies d’Afrique
[2]. » En fait, « le but recherché est non seulement de poursuivre l’exploitation du continent[3] », mais aussi de perpétuer l’hégémonie de la France en Afrique. La complicité de l’Occident dans la débâcle de la démocratie en Afrique est donc avéré et n’est pas à négliger dans la recherche des solutions.

Si vingt ans plus tard la démocratie n’arrive pas à se mettre en marche effectivement en Afrique, ce n’est pas parce que les africains ne sont pas murs comme l’avait dit Jacques Chirac. C’est parce qu’il est des forces internes et externes qui agissent contre la démocratisation du continent noir. Cependant, ce n’est pas le modèle occidental de la démocratie qu’il nous faut. Car si nous échouons, c’est aussi quelque part parce que nous voulons imiter à la lettre la démocratie  occidentale que nous plaçons comme idéal alors que les contextes ne sont pas les mêmes. Car avant que la démocratie ne se pose et ne progresse, les bases économiques de son développement étaient déjà posées. Or les bases économiques du développement de l’Afrique ne sont pas encore posées à l’exception de quelques pays.

L’Occident impose à l’Afrique une démocratie libérale pourtant inadaptée à ses réalités. En effet, la démocratie libérale est une démocratie capitaliste qui demande, pour être mieux réalisée, un niveau relativement élevé de moyens économiques. Nos économies sont pourtant faibles. La grande majorité des populations africaines sont pauvres de même que les Etats. Ce qu’il nous faut c’est donc une démocratie populaire inspiré du modèle chinois […]

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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 12:25

5 novembre 2009
Source: Le Messager

Eva Joly. Editions des Arènes (Paris), 2007
Extrait de
La force qui nous manque
ISBN : 9782352040354 


Eva Joly est conseillère pour la lutte contre la corruption et le blanchiment en Norvège. Ses deux livres précédents, Notre affaire à tous et Est-ce dans ce monde-là que nous voulons vivre ?, chez le même éditeur, ont été vendus à plus de 450 000 exemplaires en France et à l'étranger.

Lorsque j’ai pris en charge l’instruction de l’affaire Elf, j’avais en face de moi les puissants du pétrole français, je n’aimais pas leur arrogance, la façon qu’ils avaient de se servir dans les caisses, mais lorsqu’ils invoquaient les intérêts supérieurs du pays, j’étais prête à les croire. Je sortais de plusieurs années en détachement au ministère des Finances, entourée de hauts fonctionnaires intègres, d ‘une compétence absolue. J’avais confiance dans les institutions de mon pays d’adoption. Je n’imaginais pas que la finalité des dirigeants des sociétés nationales du pétrole fut autre chose que le bien commun. Je traquais les dérives et non le système lui-même.

Pourtant au fil de mon enquête, j’ai découvert un monde souterrain. Magistrate, limitée par le cadre de ma saisine et des compétences nationales, je devais m’arrêter sur le seuil de certaines portes, qui menaient vers l’étranger. Je découvrais des chemins qu’il aurait été passionnant de remonter, des connexions qui m’ahurissaient. Avec des chiffres, des comptes, nous avions sous nos yeux le déchiffrage d’un vaste réseau de corruption institutionnalisé, dont les fils étaient reliés en direct à l’Elysée.

Ce n’était pas mon rôle d’en tirer les conclusions politiques, mais j’en ai gardé l’empreinte. Nous avions dessiné alors un vaste schéma, que j’ai toujours avec moi. Il fait huit mètres une fois déplié. Il serpente depuis le bureau d’un directeur des hydrocarbures d’Elf, jusqu’à des comptes obscurs alimentés par le Gabon, aux mains d’Omar Bongo : quarante ans de pouvoir et une difficulté récurrente à distinguer sa tirelire et sa famille d’une part, le budget de l’Etat et le gouvernement d’autre part. J’emporte souvent ce schéma avec moi, au fil des rendez-vous. Je l’étale sur les tables, un peu comme un capitaine au combat sort ses vieilles cartes. Les positions ont sans doute varié, les techniques de camouflage se sont sophistiquées, mais le système est là : les tyrans sont des amis, que la France a placés au pouvoir et dont elle protège la fortune et l’influence par de vastes réseaux de corruption ; en échange ils veillent sur les intérêts et les ressources des entreprises françaises venues creuser le sol. Tout ce beau monde a intérêt à ce que rien, jamais, ne stimule ni les institutions ni l’économie des pays.

Et si je m’arrête un instant au Gabon, qu’est-ce que j’y vois ? Un pays riche qui exporte plus de treize milliards de dollars de pétrole brut par an et affiche un Pib par habitant largement au-dessus de la moyenne africaine (6 397 $) ? Ou un pays pauvre où l’espérance de vie est estimée à 55 ans pour les femmes et 53 pour les hommes, ce qui leur laisse un an de moins que les Malgaches nés sur un sol sans pétrole ? Le taux de mortalité infantile est au Gabon particulièrement élevé, le taux de vaccination contre la rougeole est de 40% contre une moyenne de 79% dans les pays en développement. Voilà où en est le Gabon, chasse gardée de la France, fournisseur des trésors du pétrole et de l’uranium, fief de Total-Elf la première capitalisation boursière française.


Roland Dumas « l’ami intime » de Bongo

Si les habitants de Libreville n’ont pas bénéficié de la richesse de leur pays, c’est parce que la France s’est accaparée ses ressources minières, avec la complicité d’un président, enrôlé dès son service militaire par l’armée française et ses services secrets, placé à la tête du pays à 32 ans par Paris. Il était alors le plus jeune chef d’Etat du monde. La France contrôle son armée, ses élections et protège sa fortune. En retour, Omar Bongo fait table ouverte plusieurs fois par an, avenue Foch ou à l’hôtel Crillon, où il reçoit les hommes politiques, des publicitaires et les journalistes français qui comptent. Chacun se presse à ces audiences. Dans les années 1990, un homme politique français du premier plan, alors en fonction, bénéficiait en parallèle d’un contrat de « consultant » signé par Omar Bongo et largement rémunéré. De Roland Dumas, le président gabonais dit qu’il est « ami intime ». Prévoyant, il apprécie aussi Nicolas Sarkozy, venu « prendre conseil » en tant que candidat à l’élection présidentielle. Lorsque au cours de l’instruction, nous avons perquisitionné au siège de la Fiba, la banque franco-gabonaise, nous avons consulté le listing des clients, qui paraissait tenu à la plume sergent-major. C’était une sorte de Who’s Who de la France en Afrique, qui en disait long sur l’envers de la République et  des médias.

A ceux qui croient encore à l’aide désintéressée de la France en Afrique, il suffit de consulter les chiffres du Pnud (Programme des nations unies pour le développement). La corrélation est régulière entre le montant de l’aide française et la richesse en matières premières. En clair, celui qui n’a rien dans son sous-sol ne doit pas attendre grand-chose de Paris…Il n’est pas étonnant de retrouver le Gabon comme l’un des premiers bénéficiaires de l’aide publique française au développement. Le résultat est affligeant en termes de système de santé et d’éducation. L’argent s’est perdu en route. Il est justement fait pour cela.

Il ne s’agit pas d’une dérive mais d’une organisation cohérente et raisonnée. Dans chaque audition durant notre instruction, nous entendions parler de pressions physiques, d’espionnage permanent et de barbouzes. Les perquisitions dans la tour Elf à la Défense livraient une moisson de documents révélant la confusion des genres, nous les transmettions au parquet de Nanterre, qui se gardait bien d’ouvrir des enquêtes. Car Elf hier, Total aujourd’hui, est un Etat dans l’Etat, conçu par Pierre Guillaumat un ancien ministre de la Défense, patron des services secrets et responsable du programme nucléaire français afin de servir les intérêts géopolitiques de Paris.

La Norvège a utilisé son pétrole pour construire et assurer le paiement des retraites futures. La France se sert d’Elf-Total pour affirmer sa puissance. La compagnie intervient dans le golfe de Guinée, au Nigéria, au Congo-Brazzaville, en Angola… Tous ces pays ont connu la guerre civile et la dictature, derrière laquelle la main française s’est fait sentir. Le chaos, lorsqu’il se produit, ne trouble pas le système. Il n’est qu’à voir l’Angola, en guerre pendant des dizaines d’années, mais dont aucune goutte de pétrole, jamais, n’a raté sa destination. Pendant la guerre, les affaires continuaient…Les banques françaises, Bnp-Paribas en tête, ont même profité de l’occasion pour élaborer des montages financiers destinés aux pays en guerre, à des taux affolants, tout en sachant qu’elles ne prenaient pas le moindre risque. L’argent, là aussi, n’a pas été perdu pour tout le monde. C’est un miroir dans lequel il ne faut pas trop souvent regarder les élites françaises.

Depuis que j’ai ouvert le dossier Elf, dans mon bureau de la galerie financière, j’ai voyagé physiquement et intellectuellement bien loin de la Seine et de ses quais gris et bleus…j’ai appris en marchant. A l’arrivée, le tableau est effrayant.

L’Afrique a refait de moi une Norvégienne, fière de l’être. Mon pays est riche, mais, il se souvient avoir été pauvre, un peuple d’émigrants regardant vers le nouveau monde américain. Son esprit de conquête, ses allures vikings sont des traces d’un passé très lointain, vinrent ensuite les tutelles danoise puis suédoise, dont il fallut se libérer. Il envoya vers l’Afrique des missionnaires protestants, personnages austères au visage buriné, taillé par la parole chrétienne et l’œuvre humanitaire, plutôt que des nouveaux colons, comme on les croise encore dans les quartiers d’expatriés blancs.

Pendant que la France fondait Elf, la Norvège mettait en place l’exploitation des ressources de la mer du Nord, accumulant un fonds de réserve, aussitôt placé pour les générations futures et soigneusement contrôlé. Ce petit pays des terres gelées est devenu la première nation donatrice en dollars par habitant. Bien sûr, les pétroliers norvégiens ne sont pas des enfants de chœur.  De récentes enquêtes ont montré que certains d’entre eux ont versé des commissions et que la tentation d’abuser de leur pouvoir est permanente. Mais la Norvège n’a pas à rougir de ce qu’elle a fait de son pétrole. Ce que j’ai vu, les rapports internationaux qui l’attestent, est une œuvre d’espoir.

La République française, à la même époque, a mis en place en Afrique un système loin de ses valeurs et de l’image qu’elle aime renvoyer au monde. Comment des institutions solides et démocratiques, des esprits brillants et éclairés, ont-ils pu tisser des réseaux violant systématiquement la loi, la Justice et la démocratie ? Pourquoi des journalistes réputés, de tout bord, ont-ils toléré ce qu’ils ont vu ? Pourquoi des partis politiques et des Ong, par ailleurs prompts à s’enflammer, n’ont-ils rien voulu voir ?


L’indépendance en Afrique : une mascarade

Je ne condamne pas. J’ai partagé cet aveuglement. J’étais comme eux, avant de glisser l’œil dans le trou de la serrure et de prendre la mesure de ce secret de famille : la France reste un empire et ne se remet pas de sa puissance perdue. L’indépendance politique a été largement une mascarade en Afrique de l’Ouest. L’Occident a fermé les yeux, car la France se prévalait d’être le « gendarme » qui défendait la moitié du continent contre le communisme. Les Français ont laissé faire, car astucieusement, De Gaulle et ses successeurs ont présenté leur action comme un rempart contre l’hydre américaine. Elf était l’une des pièces  maîtresses de cette partie géopolitique. Le double jeu a été facilité par la certitude, ancrée dans les mentalités, que « là-bas, c’est différent ». Là-bas, c’est normal la corruption, le népotisme, la guerre, la violence. Là-bas c’est normal la présence de l’armée française, les proconsuls à l’ambassade ou à l’état-major, les camps militaires. Là-bas, c’est normal l’instruction des gardes présidentielles. Là-bas, c’est normal la captation des richesses naturelles. D’ailleurs « tout le monde fait pareil ». Jeune ou vieux, de gauche ou de droite, nul Français ne songe à s’offusquer de voir nos soldats mener, presque chaque année, une opération militaire en Afrique, au Tchad, en Côte d’Ivoire, au Rwanda, quand tous se gaussent de cette Amérique venue faire la police en Irak, en maquillant d’un fard démocratique les intérêts géopolitiques et pétroliers de Washington. Il y a pourtant bien des symétries.

J’ai vu récemment un documentaire sur la guerre du Biafra, quatre ou cinq demi-heures de témoignage brut des principaux acteurs, sans commentaires. Je suis restée sans voix. A ceux qui sont nés après 1970, le Biafra ne dit rien. Dans cette région du Nigéria, riche en pétrole, une ethnie, chrétienne et animiste armée par la France, réclama l’indépendance. S’ensuivit une guerre meurtrière de trois ans, révolte financée depuis l’Elysée via des sociétés suisses. La télévision française aimait alors montrer les enfants affamés que les militaires français ramenaient par avion pour les soigner, jamais elle ne laissait voir la cargaison de l’aller, remplie d’armes…A l’image maintenant, les anciens collaborateurs de Jacques Foccart, repus dans leurs fauteuils Louis XV, détaillent sans émotion ces montages illégaux. Les officiers, lieutenants d’alors, généraux d’aujourd’hui, racontent ce bon tour le sourire aux lèvres. Fin du documentaire. Pas un mot, pas une ligne dans les livres d’histoire.

Des drames comme celui-ci, l’Afrique en contient des dizaines, soigneusement passés sous silence. Les massacres des Bamiléké au Cameroun par la France du général De Gaulle, le génocide des Tutsi commis par un régime soutenu par François Mitterrand, les assassinats d’opposants, les manipulations d’élection…Le passif de la France sur le continent africain n’a rien à envier à l’impérialisme américain en Amérique latine ou au Moyen-Orient.

Il est à la mode parmi les intellectuels français de se plaindre du mouvement de repentance qui s’est répandu depuis quelques années. Les bienfaits de la colonisation, à inscrire dans les manuels scolaires, ont même fait l’objet d’une proposition de loi, largement soutenue par les députés. Bien sûr, l’histoire de la France en Afrique ou en Asie du Sud-Est a compté aussi des aventuriers sincères, exportateurs, instituteurs ou pionniers, qui ont fait corps avec les pays qu’ils ont découverts. A Madagascar les vazas, ces pieds-noirs malgaches, ne cessent de louer devant moi l’état des routes et des infrastructures françaises au moment de l’indépendance. Mais les peuples sont comme les familles. On ne peut pas faire le tri de la mémoire. Il est des secrets soigneusement cachés dont l’onde portée va bien au-delà d’une ou de deux générations. Les enfants héritent de tout : du malheur comme du bonheur, de la richesse comme des dettes.

La République française paie aujourd’hui la facture de son passé. Il suffit de dérouler la liste des appellations officielles des Maghrébins, nés dans un département français avant 1962 ou sur le sol hexagonal depuis les années 1970. Par la loi, ils furent et sont des Français comme les autres. Les gouvernements successifs n’ont pourtant cessé d’inventer des périphrases : « indigène musulman », « sujet africain non naturalisé », « Jfom » (Jeune français originaire du Magrheb), « jeune issu de l’immigration », « fils de harkis », « jeune des quartiers », « Arabo-musulman », « Français d’origine arabe », « Français musulman »…


La France de 1789, incompatible avec la françafrique

La France vit encore comme si en Afrique elle était chez elle, et comme si, ses enfants d’ascendance africaine n’étaient pas français. Le développement de la Françafrique, notre tolérance vis-à-vis des réseaux, tout ramène à ce secret colonial, à cet empire qui hante les esprits comme un fantôme. Oui, Total, la première entreprise française, est riche et prospère. Mais la manière dont la firme s’est bâtie fait partie de l’héritage. Qui osera un jour rendre au Nigéria, au Cameroun, au Gabon, au Congo-Brazzaville ce que la France leur doit ? Qui contestera les contrats conclus par Areva pour l’uranium du Niger ou ceux des mines d’or de Sadiola au Mali, deux pays parmi les plus pauvres du globe, qui ne touchent qu’une part dérisoire des richesses prélevées dans leur sol ? La République a contracté une dette qu’il lui faudra bien honorer. Notre prospérité est nourrie de richesses que nous détournons. A certains de ces sans-papiers qui risquent leur vie pour gagner l’Europe, il pourrait être versé une rente au lieu d’un avis d’expulsion. Je rêve, pour ce pays que j’aime, d’un réveil collectif.

Une France digne de son idéal et de son héritage de 1789 est incompatible avec la Françafrique : ce qu’une génération a fait, une autre peut le défaire. C’est possible.

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15 novembre 2009 7 15 /11 /novembre /2009 20:35

15 novembre 2009
Linternationalmagazine


Réalisé sous la pression du FMI, le rapport sur le scandale du détournement de 25 millions d’euros à la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) révèle de manière ahurissante les carences et dérives de toute sorte au sein de la banque des banques de l’Afrique centrale.

Entre 2004 et 2009, 25 millions d’euros, normalement dédiés au fonctionnement du Bureau extérieur de la banque à Paris (BEP) et au règlement de factures de la BEAC, ont été détournés par des employés du BEP "au moyen de chèques, virements, retraits en espèces et titres de transport" frauduleux, selon un rapport interne publié fin octobre par l’institution, dont le siège est à Yaoundé.

Le travail des enquêteurs est "loin d’être exhaustif" : ils n’ont pas pu vérifier l’authenticité de nombreux chèques de montants inférieurs à 10.000 euros, d’une valeur totale estimée à plus de 7,5 millions d’euros, selon eux. En tout, 139 personnes physiques et morales ont profité des détournements, selon le rapport qui présente Armand Ndzamba, comptable au BEP de 1992 à 2009, comme le cerveau de ce système de fraudes.

Cité parmi les bénéficiaires, Jean-Pierre Oyiba, nommé en octobre directeur de cabinet du nouveau président gabonais Ali Bongo, a démissionné le 9 novembre "afin de (se) consacrer à (sa) défense". Selon le rapport, M. Oyiba aurait touché quelque 100.000 euros. Lui, parle d’accusations "visant à semer le trouble et la confusion".

Les enquêteurs soulignent les graves carences de l’institution. Les détournements ont été rendus possibles par un dispositif interne de contrôle de la BEAC "très loin des standards internationaux", accusent-ils. "Ce dispositif est caractérisé par un contrôle de premier niveau inexistant" et "un contrôle de second degré" assuré par un organe interne "particulièrement faible en effectif" et avec "des marges de manœuvres extrêmement limitées", notent-ils.

Ils mettent aussi directement en cause les dirigeants de la banque. "En dépit des rapports alarmants" adressés par l’organe de contrôle interne de la banque à son gouverneur, le Gabonais Jean Félix Mamalépot en poste de 1992 à 2007, "aucune mesure vigoureuse" n’a été prise, relève le rapport.


Le sort de Andzembé est cependant déjà scellé

Les responsables de la BEAC n’ont pas non plus tenu compte des soupçons plusieurs fois émis par la Société générale (Paris), qui a finalement décidé en 2007 de fermer le compte du BEP. La BEAC a plutôt ouvert un autre compte chez BNP Paribas, favorisant la poursuite des malversations sous le mandat du gouverneur Philibert Andzembé, regrettent les enquêteurs.

M. Andzembé a certes ordonné un contrôle comptable mais ce dernier "a débouché sur des régularisations sans pièces justificatives", soulignent-ils.

La BEAC a décidé d’engager des "procédures judiciaires" contre "toute personne ou entité bénéficiaire" des malversations, s’est défendu M. Andzembé. Selon lui, ces procédures compléteront les "deux plaintes contre X" pour "vol, escroqueries, faux et usage de faux" déposées par la banque au tribunal de grande instance de Paris en décembre 2008 et avril 2009.

Dans une lettre adressée le 5 novembre au Fonds monétaire international (FMI) la banque affirme notamment s’être engagée à recruter un cabinet d’audit externe international. Le sort de M. Andzembé est cependant déjà scellé : son successeur sera désigné lors du sommet des chefs d’Etat de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale (Cémac) prévu fin novembre à Bangui.

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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 21:38

14 novembre 2009
APA-Lomé


Les autorités togolaises viennent de créer la « Force sécurité élection présidentielle 2010 » (FOSEP-2010) dirigée par le lieutenant-colonel Yark Damehane, commandant de la Gendarmerie nationale du Togo, a appris APA de source officielle.

Cette force, composée de 6.000 hommes (3 000 policiers et 3 000 gendarmes), est placée sous la supervision de la Commission Electorale Nationale Indépendante (CENI) et sous le commandement opérationnel du ministère de la sécurité et de la protection civile.

Elle a pour mission de garantir la sécurité avant, pendant et après cette élection tout en œuvrant pour la préservation d’un climat de paix et de sérénité sur l’ensemble du territoire togolais.

Les togolais seront aux urnes le 28 février 2010 pour l’élection présidentielle. La révision des listes électorales commence le 19 novembre prochain avec 1250 kits biométriques composés d’ordinateurs portables, d’imprimante, d’une webcam.

Ce matériel vient d’être réceptionné par la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 20:48

Abdou Zouré
Le Pays



Médias africains, le retour de la chape de plomb?

Pendant que la liberté de la presse est célébrée dans les rues de Ouagadougou à travers la 3e édition du Festival international de la liberté d’expression et de la presse, le constat est tout autre et devient de plus en plus inquiétant dans le paysage médiatique africain. Du Togo au Bénin, en passant par la Côte d’Ivoire et le Gabon, les fermetures d’organes de presse se font à tour de bras.


Faut-il craindre le retour des baillons de la voix des sans voix ? N’y a-t-il pas d’autres alternatives que la mise sous scellés des médias ? Certes, l’on reconnait que le manque d’éthique et de déontologie est souvent l’apanage de bien des organes de presse, conduisant à des dérives fort regrettables qui écornent sérieusement l’image de la corporation. Mais au-delà de tout cela, il faut admettre que la plupart des organes de presse africains sont des embryons encore en pleine formation. Ordonner aujourd’hui la fermeture, même temporaire, d’un média en Afrique, c’est l’envoyer sans sursis au cimetière. En effet, les entreprises de presse, de façon générale, ont du mal à joindre les deux bouts. Et si l’on connait la situation précaire des pays africains, qui poussent de grands ahanements essoufflés sur la pente du développement, on n’aura aucune peine à imaginer le sort de ses entreprises de presse. Dans la même logique, l’on constate également que ce n’est qu’en Afrique que l’on boucle aussi facilement les portes des médias. Signe qu’il reste quelque part un fond de répression de la presse qui passe à présent par les institutions de régulation et non directement par l’exécutif. En somme, le combat pour une presse libre et sans baillon n’est pas encore totalement gagné.

Une fois de plus, l’on admet qu’il y a certes, des brebis galeuses qui quittent le gros du troupeau pour cheminer à travers les champs du désordre et de la violation des législations. Mais encore une fois, il faut appliquer des coups de bâtons pédagogiques sur lesdites brebis et non des coups de canons qui vont les exterminer, car chaque brebis a son importance dans le troupeau. Ce qui veut dire alors qu’il faut trouver une alternative aux fermetures et suspensions systématiques des médias. Ces fermetures devraient être des sanctions particulièrement extrêmes pour des fautes extraordinairement graves.

Par exemple, l’on pourrait instituer un système de punition allant du simple avertissement au blâme en passant par les mises en demeure et les amendes. Et ces amendes pourraient être imputées sur la subvention accordée aux médias incriminés.

Autrement, les fermetures brutales, systématiques et intempestives ne peuvent que faire penser à une volonté d’empiéter sur la liberté d’expression et de la presse. De tout cela, il faut garder à l’esprit qu’il n’est pas question d’impunité des délits de presse, mais qu’il est important d’instaurer une collaboration pédagogique, dénuée de toute idée de répression, entre la presse et les institutions chargées de la réguler.

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