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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 23:20

Entendu sur You Tube...

 

 

Le voleur qui vous vole, a raison....

C'est vous qui avez tort de vous laissez voler...!

 

Le pire des choses ce n'est pas la méchanceté des gens mauvais.... c'est le le silence des gens bien...

 

 


 
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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 05:07

11 juillet 2011
Afrohistorama

 

L'ex président brésilien Lula humilie les présidents africains au sommet de l'Union Africaine!

 
Message de l'ex-président Lula à ses homologues Africains : "Cessez de baisser votre pantalon devant les occidentaux"

 

Suivant l'exemple de l'amerique Latine , l'Afrique devrait decider de prendre sa vrai independance qui est aux mains des occidentaux , Le continent Africain qui est riche de gisement mineral et de terre fertile , aurait en effet toutes le potentialités pour devenir le première puissance economique planetaire , mais elle est encore opprimée sous la coupole coloniale des grandes puissances de la terre. ce sont les parole de l'ex -president bresilien LULA DA SILVA ,qui etait la semaine dernière en Guinée equatoriale pour la reunion des chef d'etats Africains .

 

Lula a invité les chef d'etat à ouvrir les yeux sur ce qui se passe en Afrique ces derniers mois , en libye et en cote d'ivoire : l'interference de la France et des etats unis constitue un sérieux danger pour la souveraineté Africaine et pour les futures générations.

 

Durant l'assemblée generale sur le role des jeunes africains, une session detachées de la reunion avec theme la crise libyenne, Lula a accusé les chefs Africains d'ètre avides, d'assoifés de pouvoir, de trahir leurs propres pays et surtout d'ètre des servants de l'Occident ! qui saccagent le continent noir et déciment sa souveraineté.

 

La devise de ces chefs d'etats étant : "chacun pour soi, Dieu pour tous" ne portera loin l'Afrique,Il faut le sens de responsabilité, d'humilité,de dignité et d'Unité pour bien gouverner ! critiquant le fait que les leaders africains qui sont arrivés au pouvoir par un coup d'état ou pour le vouloir des puissances occidentales .Il a ensuite critiqué et denoncé le monopole des 5 pays du monde. ajoutant que: L'UNION AFRICAINE a 1,4 milliard d'habitants, l'AMERIQUE LATINE 400 000 d'habitants et que c'est inconcevable que les USA, LA FRANCE,LA CHINE,LA RUSSIE ET LA GRANDE BRETAGNE dictent la loi au conseil de securité de l'ONU !!!! surtout que la crise ecomìnomique mondiale provient des Etats-Unis .

 

et il a deploré le fait que l'UNION AFRICAINE soit financé seulement par 5 pays africains et le reste par des dons occidentaux.Par consequent, Pour cela , L'UA ne peut pas faire les interéts de l'Afrique et avoir un poids au niveau international . C'est cette mème U.A qui legitime les coups d'ètats,les rebellions ou actions illegales pour l'obtention du pouvoir en Afrique, ignorant la volonté du peuple et la finalité des élections .Beaucoup de chefs d'etats presents avaient la tète basse à qui il a réitéré l'invasion Francaise dans le continent noir ! LA FRANCE nourrit et arme les rebelles dans les pays qui ont cessé d'ètre leurs colonies . avec des interferences dans les affaires internes des pays africains ! c'est clair la reference avec le cas de la Cote d'Ivoire, où Paris avec l'utilisation de la force a enlevé le president GBAGBO pour mettre à son poste Ouattara.

 

Si pour la Cote d'Ivoire,mrien a été fait pour arréter le coup d'Etat, l'Union Africaine peut demander le cessez le feu immediat en Libye. En soutien s'est ajouté le president Jacob Zuma, un des chefs opposants qui tient tête à l'occident disant qu'ils n'ont pas le droit d'assassiber KADAFI.

 

Un silence d'ombre dans la salle de l'UA où les présidents qui sont les talons de l'occident étaient nombreux en occurence ABDOULAYE WADE du Senegal qui a sejourné à Benghasi pour reconnaitre le gouvernement des rebelles , BLAISE COMPAORE du Burkina Faso qui ha soutenu la rebellion de OUATTARA en Coted'Ivoire contre GBAGBO, YOWERI MUSEVENI de l'Uganda qui combat les AL Shabaab en Somalie , PAUL KAGAME du Rwanda qui saccage pour le compte de l'occident et puis SASSOU N'GUESSO du Congo Brazzaville , IDRISS DEBY du TCHAD,PAUL BIYA du Cameroun, FAURE GNASSINGBE du togo,ODINBA ALI BONGO du Gabon et le dernier récruté qui s'est ajouté à la dependance des des puissances de l'oppression est ALLASSANE OUATTARA de la cote d'ivoire !


TEXTE EN ITALIEN ENTIEREMENT TRADUIT EN FRANCAIS  PAR KOUAME CELESTIN N'BRAH
LE LIEN D'UN JOURNAL OFFICIEL ITALIEN :WWW.rinascita.eu



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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 04:54

10 juillet 2011
Martin ZIGUELE
Ancien Premier ministre de la République centrafricaine

 

Les conditions de sortie de statut d'état défaillant par un pays en développement

 

Mon propos se limitera à l’Afrique que je connais évidemment mieux que d’autres régions du monde en développement. Située à moins d’une heure de l’Europe  par Gibraltar, et à moins de trois heures des côtes françaises et italiennes, l’Afrique est à la fois proche et lointaine de l’Europe, sur ses aspects politiques, économiques ou sécuritaires. Vue de l’Occident, elle est perçue comme une terre tumultueuse, traversée par des soubresauts récurrents qui l’empêchent de s’arrimer efficacement et durablement à l’économie mondiale, alors qu’elle est pourvoyeuse et réservoir de matières premières de toutes natures.

 

De fait, c’est en Afrique que l’on dénombre le plus grand nombre d’Etats défaillants en 2011, selon le classement du think-tank indépendant américain     « Fund for Peace » associée à la revue  « Foreign Policy » : en effet des vingt Etats les plus défaillants  du monde que sont la Somalie (1ère), le  Tchad (2ème ) , le Soudan (3ème ), la  République démocratique du Congo (4ème ), Haïti (5ème ), Zimbabwe (6ème), l’Afghanistan (7ème ), mon pays la  République Centrafricaine (8ème ), l’Irak  (9ème ) , la  Côte d’Ivoire (10ème ), la Guinée (11ème), le  Pakistan (12ème ), le Yémen (13ème), le Nigeria (14ème ), le Niger (15ème ), le Kenya (16ème ),le  Burundi (17ème), la Birmanie (18ème), la Guinée-Bissau (19ème) et l’Ethiopie (20ème ),quatorze sont africains , soit  70% du total. 

 

Ce classement est établi à partir de douze indicateurs dits de vulnérabilité, qui constituent eux-mêmes « l'indice de vulnérabilité »noté de 0 à 120, de chaque Etat.

 

Ces indicateurs de vulnérabilité  sont répartis entre quatre indicateurs sociaux (la pression démographique,  les mouvements massifs de réfugiés et de déplacés internes, les cycles de violences communautaires, et l’émigration chronique et soutenue) deux indicateurs économiques (les inégalités de développement et le déclin économique subit ou prononcé)  et six indicateurs  politiques (la criminalisation et la délégitimation de l'État, la détérioration graduelle des services publics, les violations généralisées des droits de l'homme, l’hégémonie de l’appareil de sécuritaire, l’émergence de factions au sein de l'élite et enfin l’intervention d'autres puissances dans les affaires intérieures de ces Etats)

 

Ces Etats défaillants africains cumulent donc, à des degrés divers, plusieurs indicateurs de vulnérabilité. Si la Somalie qui n’a plus « d’Etat » à proprement parler depuis les années 1990 est dans tous les esprits à cause, entre autres, de la piraterie maritime dans l’Océan Indien, les autres Etats défaillants font face à d’autres défis « moins sanglants » certes, mais non moins graves. Cependant, le substrat est le même : ces pays se caractérisent par de grandes difficultés à subvenir aux besoins basiques de la population tels que la santé, l’éducation, la défense nationale, les services sociaux de base et évidemment la sécurité publique, alors même que les potentialités économiques et notamment minières et minérales y sont énormes.

 

Que faire, comment le faire et qui doit faire quoi pour sortir ces pays de leur situation ? 

Les actions à mener sont à la fois politiques, économiques et géostratégiques :

 

Des actions politiques :

 

Il s’agit principalement de reconstruire des Etats forts et crédibles, dotés de gouvernements légitimes, avec l’appui politique déterminé de la communauté internationale. Quand un Etat n’est plus en mesure d’assurer la protection de ses propres ressortissants, il  devient une source d’instabilité et une menace pour ses voisins. Par conséquent, la responsabilité de la protection de cet Etat doit passer à la communauté internationale qui devient responsable « par défaut ». Cependant toute mission suppose trois conditions : un objectif clair et précis, des hommes capables de mener la mission, et des moyens adéquats. C’est pourquoi, la reconstruction d’Etats défaillants doit être précédée de la mise en place de système de pilotage stratégique, chargé d’élaborer une  stratégie commune et concertée d’intervention des principaux bailleurs. C’est la disponibilité d’un tel cadre stratégique d’intervention, cohérent et aux priorités arrêtées en accord avec le gouvernement assisté, piloté par une autorité internationalement crédible et doté d’un mandat clair, qui en garantira l’efficacité. La réunion de ces conditions permettra de construire et /ou de reconstruire des institutions fortes, légitimes, modernes et efficaces à court et moyen terme. Ces stratégies intégrées de nation building et de state building, ont déjà été menées par les Nations Unies, qui disposent d’une somme d’expériences acquises indéniables en la matière (Libéria, Sierra-Leone, Mozambique, etc.) Les Nations Unies ont l’avantage de pouvoir se doter de la légalité et de la légitimité nécessaires pour agir, si besoin est, par la force. Elles  mobilisent généralement dans leurs actions l’Union Européenne, et certains de ses pays membres dont l’expérience historique et l’influence sur les pays africains à assister est indéniable, ainsi que des acteurs régionaux et sous-régionaux.

 

·        Les difficultés politiques ne doivent pas être sous-estimées car il y a bien des rentiers insoupçonnés des situations de chaos (putschistes, rebelles, chefs de guerre, vendeurs d’armes, trafiquants de drogues, pillards, etc.). La reconstruction de l’appareil régalien d’un Etat défaillant, ainsi que celle d’institutions  nécessaires à la relance de son économie ne sont pas de l’intérêt de certains acteurs, notamment les factions qui monopolisent le pouvoir économique et instrumentalisent les tensions ethniques et religieuses comme moyens de maintenir le chaos politique. Ces factions sont douées dans l’art d’utiliser toutes les ressources de contrôle d’un appareil d’État, même défaillant, pour se maintenir en place. Le trucage des élections, l’intimidation des contre-pouvoirs éventuels et la corruption des élites et des notables leur permettent de tenir l’État et les rentes, tout en se couvrant d’un vernis démocratique. La tentation du laisser-faire, sous-tendue par une lecture fataliste de l’histoire de l’Afrique : des expressions malheureuses comme : « ils sont tous comme ça », « on ne pourra rien changer, c’est leur nature », « ils ne sont pas mûrs pour la démocratie », etc. etc. le prouvent. Très souvent les interventions de la communauté internationale n’arrivent que lorsque les dégâts deviennent insupportables. En d’autres termes, beaucoup de pays post-conflits n’auraient pas dû arriver à ce stade si les réactions de la communauté internationale avaient été diligentes, opportunes et cohérentes.

 

·        Il faut reconstruire des Etats viables, c’est-à-dire se donner les moyens de faire triompher  les valeurs démocratiques universelles qui garantissent la présence des forces politiques aux opinions différentes dans la représentation nationale par le biais d’élections libres, ainsi que leur participation effective à la gestion de la chose publique. Les minorités doivent être admises et respectées.  La viabilité d’un Etat sous-tend sa stabilité, et cette condition détermine son attractivité pour des investissements durables   dans l’économie réelle, gage de créations de richesse et d’emplois nécessaires à la permanence de l’Etat.

 

 

2-    Des actions économiques :

 

·        Si certains Etats défaillants sont dotés de ressources minières et minérales non négligeables (cas du Nigeria et de la RD Congo entre autres), d’autres le sont moins. Tous font cependant face au même problème : la médiocrité des capacités de gestion macroéconomique, avec une vision claire des objectifs à court, moyen et long terme. Il faut promouvoir l’intégration de ces pays dans l’économie  mondiale, par l’émergence  de capacités locales à même de développer durablement les économies, tout en protégeant leurs actifs et leur environnement.

 

·        Il faut les appuyer dans le  développement  et le renforcement de leurs  capacités à créer un environnement favorable à la promotion des investissements privés, y compris mais pas uniquement les Investissements Directs Etrangers (IDE). Ce n’est pas une tâche aisée, face à une culture administrative fondée sur la toute-puissance de l’Etat, pourtant défaillant. La promotion des investissements privés est le seul moyen d’assurer la viabilité budgétaire de ces pays par le biais d’une fiscalité  transparente et performante. Un Etat debout et fort, ce sont des finances saines. Il faut veiller à ce que le budget dégage  un solde budgétaire primaire positif. Cela est nécessaire pour faire face au service de la dette, ainsi qu’à la réhabilitation et à la construction  des infrastructures routières, et des réseaux d’eau, d’électricité et d’assainissement.

 

·        Il faut aider ces Etats à maintenir  la stabilité monétaire et  à éviter le surendettement,  surtout lorsqu’il est sans contreparties en matières d’investissements locaux. La maitrise des flux internationaux de matières premières et de leurs revenus est  également une priorité.

 

·        Un Etat défaillant est synonyme d’économie informelle  avec ses conséquences bien connues : corruption des fonctionnaires, travail clandestin, marchés parallèles, contrebande, contrefaçon, trafic de drogue, blanchiment de l'argent sale dans les paradis fiscaux. Il faut donc combattre l’économie informelle.

 

·        Il ne faut  plus accepter le détournement de l'aide internationale ;

 

·        Il faut développer les moyens de structures telles que LICUS, ou Low Income Countries Under Stress, de la Banque mondiale qui a acquis une expertise certaine dans le redressement économique d’Etats faillis.

 

·        Il faut jeter les bases d’une sécurité alimentaire solide par un appui déterminé à l’agriculture et à la sécurisation de la propriété des terres.

 

 

3- Des actions géostratégiques

 

La défaillance des Etats a des répercussions géopolitiques qui menacent la stabilité de la région (cas de la Somalie)  et modifie les rapports de puissance avec les Etats voisins.

 

De ce fait, la réflexion  géostratégique mondiale devra s’orienter vers quatre points à savoir :

 

·        La mise ne place effective de forces armées régionales au sein de l’Union Africaine, avec l’assistance militaire des Nations Unies et de l’Union Européenne, pour faire face aux situations les plus difficiles ;

 

·        la restauration d’un ordre multipolaire, afin de tempérer les tentations impérialistes ;

 

·        La mobilisation des moyens pour faire face aux menaces externes et internes communes, tels que les intégrismes religieux et les systèmes maffieux en voie de radicalisation dans certaines zones, en impliquant une collaboration de tous les Etats.

 

·        La restructuration et la formation des forces de défense et de sécurité des Etats défaillants.

 

 

En conclusion, sortir un pays défaillant de son statut est une tâche complexe qui nécessite une volonté politique déterminée de la communauté des nations. Cette action est indispensable pour éliminer des facteurs et des foyers de risque d’atteintes très graves aux droits humains, à la sécurité internationale et au développement des échanges internationaux. 

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 14:38

Relu pour vous
Source: Conscience africaine

 

Kwame Nkrumah (1909-1972) était le chef du Ghana, la colonie former British de la Gold Coast et le premier des Europeancolonies en Afrique à accéder à l'indépendance avec règle de la majorité. 


Jusqu'à ce qu'il fut destitué par un coup d'état en 1966, il était un porte parole important pour l'Afrique moderne.

 

kwame francafrique, la françafrique, decolonisation , neocolonialisme, revolution africaine, Videos FrançafriquePendant des siècles, les Européens dominent le continent africain.
L'homme blanc s'est arrogé le droit de gouverner et d'être obéi par les non-blancs; sa mission, selon lui, était de «civiliser» l'Afrique.

En vertu de ce manteau, les Européens ont volé le continent de grandes richesses et infligé des souffrances inimaginables sur des populations africaines.

Tout cela fait une histoire triste, mais maintenant nous devons être prêts à enterrer le passé avec ses souvenirs désagréables et regarder vers le future.Tout ce que nous demandons des anciennes puissances coloniales est leur bonne volonté et de coopération pour remédier à nos erreurs passées et les injustices et d'accorder l'indépendance aux colonies en Afrique ....

Il est clair que nous devons trouver une solution africaine à nos problèmes, et que ce ne peut être trouvée dans l'unité africaine. Divisés nous sommes faibles, unis, l'Afrique pourrait devenir l'une des plus grandes forces du bien dans le monde. Bien que la plupart des Africains sont pauvres, notre continent est potentiellement très riche.

Nos ressources minérales, qui sont exploitées avec des capitaux étrangers que pour enrichir les investisseurs étrangers, allant de l'or et des diamants à l'uranium et du pétrole. Nos forêts contiennent certains des plus beaux bois pour être cultivé partout. Nos cultures de rente sont le cacao, le café, le caoutchouc, le tabac et le coton.

Comme pour le pouvoir, qui est un facteur important dans tout développement économique, l'Afrique compte plus de 40% de la puissance potentielle de l'eau du monde, contre environ 10% en Europe et 13% en Amérique du Nord. Pourtant, jusqu'à présent, moins de 1% a été développé. 

C'est une des raisons pour lesquelles nous avons en Afrique, le paradoxe de la pauvreté dans le milieu de l'abondance et la rareté dans le milieu de l'abondance. Jamais un peuple n'a eu à leur portée si grande occasion de développer un continent doté de tant de richesses. Individuellement, les Etats indépendants d'Afrique, dont certains peuvent être riches, d'autres pauvres, ne peut guère faire pour leur peuple. Ensemble, par l'entraide, ils peuvent accomplir beaucoup.

Mais le développement économique du continent doit être planifié et poursuivi dans son ensemble. Une confédération conçu uniquement pour la coopération économique ne permettrait pas la nécessaire unité de but. Seule une union politique forte peut assurer le développement complet et efficace de nos ressources naturelles pour le bénéfice de notre peuple.

La situation politique en Afrique aujourd'hui est encourageant et en même temps inquiétantes. Il est encourageant de voir autant de nouveaux drapeaux hissés à la place de l'ancien, il est inquiétant de voir tant de pays de différentes tailles et à différents niveaux de développement, la faiblesse et, dans certains cas, presque impuissants.

Si cet état terrible de la fragmentation est autorisé à continuer, il peut ainsi avoir des conséquences désastreuses pour nous tous. Il y a actuellement quelque 28 États en Afrique, à l'exclusion de l'Union d'Afrique du Sud, et ces pays n'est pas encore libre.

L'exemple de l'Amérique du Sud, qui a autant de richesses, sinon plus, que l'Amérique du Nord, et pourtant, reste faible et dépendant d'intérêts extérieurs, est celui qui tous les africains feraient bien d'étudier. Les critiques de l'unité africaine se réfèrent souvent à l'inculture de grandes différences, la langue et des idées dans différentes parties de l'Afrique.

Cela est vrai, mais le fait essentiel demeure que nous sommes tous des Africains, et qui ont un intérêt commun à l'indépendance de l'Afrique. Les difficultés présentées par des questions de langue, la culture et les différents systèmes politiques ne sont pas insurmontables. 

La nécessité d'une union politique est accepté par nous tous. Les dirigeants actuels de l'Afrique ont déjà montré une remarquable volonté de consulter et demander conseil entre eux. Les Africains ont, en effet, commencé à penser à l'échelle continentale. Ils se rendent compte qu'ils ont beaucoup en commun, tant dans leur histoire, dans leurs problèmes actuels et de leurs espoirs pour l'avenir.

Pour suggérer que le moment n'est pas encore venu d'envisager une union politique de l'Afrique est de se soustraire aux faits et ne pas tenir compte des réalités en Afrique aujourd'hui. La plus grande contribution que l'Afrique peut apporter à la paix du monde est d'éviter tous les dangers inhérents à la désunion, par la création d'une union politique qui sera aussi par son succès, servir d'exemple à un monde divisé. Nous devons prouver que la grandeur ne doit pas être mesurée dans des piles de stockage de bombes atomiques.

Je crois fermement et sincèrement que la sagesse profonde et de la dignité, le respect inné pour la vie humaine, l'humanité intense qui est notre héritage, la race africaine, réunis sous un gouvernement fédéral, émergera non pas comme un simple bloc autre monde étalage de sa richesse et sa force, mais comme une grande puissance dont la grandeur est indestructible parce qu'elle est bâtie non sur la peur, l'envie et la suspicion, ni gagnée aux dépens des autres, mais fondé sur l'espoir, la confiance, l'amitié et orientés vers le bien de tous l'humanité.

L'émergence d'une telle force de stabilisation puissant dans ce monde en proie aux usagée doit être considérée non pas comme le rêve d'ombre d'un visionnaire, mais comme une proposition pratique, que les peuples de l'Afrique peut et doit, de traduire dans la réalité.

Tel fut le moment de l'histoire des États-Unis d'Amérique lorsque les Pères fondateurs vit au-delà des querelles mesquines des États séparés et a créé une union.

C'est notre chance. Nous devons agir maintenant. Demain peut-être trop tard et l'occasion sera passée, et avec elle l'espoir de survie sans l'Afrique.


De Kwame Nkrumah, je parle de la liberté: Une déclaration de l'idéologie africaine

Notre continent nous donne le second territoire du monde en (étendue). Les richesses naturelles de l’Afrique passent pour être supérieures à celle de presque n’importe quel autre continent. Pour tirer le maximum de nos ressources actuelles et potentielles, en vue de l’abondance et d’un bon ordre social, nous devons unir nos efforts, nos ressources, nos compétences et nos intentions. Nous devons tous tirer leçon de l’Europe, par contraste. Cultivant par trop ses nationalismes exclusifs, elle a sombré, après des siècles de guerres entrelardées d’intervalles de paix instable, dans un état de confusion, simplement parce qu’elle n’est pas parvenue à se donner une saine base d’association politique et de compréhension […]

Tandis que nous, les Africains, pour qui l’unité est le but suprême, nous efforçons de concentrer nos efforts dans ce sens, les néocolonialistes font tout pour les rendre vains en encourageant la formation de communautés fondées sur la langue des anciens colonisateurs. […] Le fait que je parle anglais, ne fait pas de moi un anglais. De même, le fait que certains d’entre nous parlent français ou portugais, ne fait pas d’eux des Français ou des Portugais. Nous sommes des Africains et rien que des Africains, et nous ne pouvons pas poursuivre notre intérêt qu’en nous unissant dans le cadre d’une Communauté africaine [...]

Pour nous, l’Afrique est une, îles comprises. […] Du Cap à Tanger ou au Caire, du Cap Guardafui aux îles de Cap Vert, l’Afrique est une et indivisible.

J’estime donc qu’une Afrique unie (entendons : politiquement et économiquement, sur l’ensemble du continent) poursuivrait les trois objectifs que voici :

Tout d’abord, nous aurions une planification économique générale à l’échelle continentale. Cela accroîtrait la puissance économique et industrielle de l’Afrique. Tant que nous restons balkanisés, régionalement et territorialement, nous sommes à la merci du colonialisme et de l’impérialisme.

En second lieu, nous poursuivrons l’unification de notre stratégie militaire et de défense. Je ne vois pas l’intérêt de faire des efforts chacun de son côté pour entretenir d’importantes forces armées qui, de toute façon, seraient inefficaces en cas d’attaque sérieuse  d’un État particulier.

Le troisième objectif dépend des deux premiers. Si nous instituions une organisation commune de planification économique, il faudrait que nous adoptions une politique étrangère et une diplomatie communes, afin de donner une direction politique à nos efforts conjoints en vue de la protection et du développement économique de notre continent […]

La survivance de l’Afrique libre, les progrès de son indépendance et l’avance vers l’avenir radieux auquel tendent nos espoirs et nos efforts, tout cela dépend de l’unité politique […]

Tel est le défi que la destinée a jeté aux dirigeants de l’Afrique. C’est à nous de saisir cette occasion magnifique de prouver que le génie du peuple africain peut triompher des tendances séparatistes pour devenir une nation souveraine, en constituant bientôt, pour la plus grande gloire et prospérité de son pays, les Etats-Unis d’Afrique.

 

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28 juin 2011 2 28 /06 /juin /2011 11:33

Relu pour vous (extrait no 7)
Gene Sharp
Institution Albert Einstein


Un Cadre Conceptuel pour la Libération

LA PLANIFICATION STRATÉGIQUE


Afin d’augmenter les chances de succès, les chefs de la résistance devront s’astreindre à formuler un plan d’action compréhensible capable d’affermir la détermination du peuple souffrant, d’affaiblir et ensuite de détruire la dictature et d’installer une démocratie durable.

 

Pour réussir un tel plan, il faut d’abord évaluer correctement la situation et les possibilités d’action efficace. Fort de cette analyse méticuleuse, il est possible de développer à la fois une stratégie globale et des stratégies particulières de libération. Toutefois, le développement de la stratégie globale et celui des campagnes stratégiques sont liés, mais distincts.

 

Les campagnes stratégiques particulières ne peuvent être développées qu’après la stratégie globale et doivent la renforcer. Elles doivent être conçues pour rendre possible la réalisation des objectifs définis par la stratégie globale, ainsi que les renforcer.

 

Le développement d’une stratégie de résistance requiert de porter attention à de nombreuses questions et à de multiples tâches. Nous allons en identifier quelques-unes, aux deux niveaux de stratégie évoqués.

 

Quoi qu’il en soit, les auteurs du plan devront avoir une excellente compréhension des multiples aspects du conflit, de leurs facteurs physiques, historiques, gouvernementaux, militaires, culturels, sociaux, politiques, psychologiques, économiques et internationaux. Les stratégies ne peuvent se développer sans tenir compte du contexte particulier du conflit.

 

L’évaluation des objectifs et de l’importance de l’enjeu est fondamentale pour les dirigeants démocrates et leurs stratèges. Est-ce que les objectifs justifient l’engagement d’un combat majeur et pourquoi ? La détermination de l’objectif réel est cruciale.

 

Nous l’avons déjà dit, le renversement de la dictature ou le remplacement des dictateurs en place n’est pas suffisant, il faut viser à l’établissement d’une société libre dans un système de gouvernement démocratique. La clarification de ce point aura des répercussions sur la stratégie globale et sur les stratégies spécifiques qui en découleront.

 

Les stratèges auront à répondre à plusieurs questions fondamentales, celles-ci en particulier :

 

-        Quels sont les obstacles principaux à la liberté ?

-        Quels sont les facteurs qui facilitent la progression vers la liberté ?

-        Quels sont les principaux points forts de la dictature ?

-        Quelles sont les différentes faiblesses de la dictature ?

-        Jusqu’à quel point les sources du pouvoir dictatorial sont-elles vulnérables ?

-        Quels sont les points forts des forces démocratiques et de la population en général ?

-        Quelles sont les faiblesses des forces démocratiques ? Et comment les corriger ?

-        Quel est le statut des tierces parties, non directement impliquées dans le conflit, qui participent déjà ou pourraient participer, soit du côté du dictateur soit du côté démocratique ? Et, si elles venaient à être impliquées, de quelle manière pourraient-elles l’être ?

 

Choix des Moyens

 

Au niveau de la stratégie globale, les décideurs devront choisir les principaux moyens de lutte à employer dans le conflit à venir. Ils devront évaluer les mérites et les limites des différentes techniques de combat comme la lutte armée, la guérilla, la défiance politique, etc.

 

Pour faire ces choix, ils auront à considérer des questions telles que celles-ci :

 

-        Est-ce que le type de lutte choisi est dans les capacités des démocrates ?

-        Est-ce que la technique de combat choisie utilise les points forts de la population dominée ?

-        Est-ce que cette technique vise les points faibles de la dictature ou ses points les plus forts ?

-        Est-ce que les moyens utilisés aident les démocrates à devenir plus autonomes ou vont-ils dépendre de tierces parties ou de fournisseurs externes ?

-        Quelle a été, par le passé, l’efficacité de la technique choisie pour abattre des dictateurs ?

-        Risquent-ils d’augmenter ou de limiter le nombre des victimes et les destructions au cours du conflit à venir ?

-        En supposant la victoire sur la dictature, quel effet les moyens retenus auront-ils sur le type de gouvernement qui pourrait émerger de la lutte ?

 

Les types d’action qui se révéleraient contre-productifs devront être exclus de la stratégie globale.

 

Dans les précédents chapitres, nous avons avancé que la défiance politique offrait des avantages significatifs sur les autres techniques de lutte. Les stratèges devront examiner leur propre situation de conflit et voir si la défiance politique apporte des réponses positives aux questions posées ci-dessus.

 

Planifier pour la Démocratie

 

Il faut se souvenir que l’objectif de la stratégie globale contre une dictature n’est pas simplement d’anéantir les dictateurs mais d’installer un système démocratique et de rendre impossible l’émergence d’une nouvelle dictature.

 

Afin d’atteindre ces objectifs, il faudra choisir les moyens de lutte susceptibles de contribuer à un changement de la répartition du pouvoir effectif dans la société.

 

Sous la dictature, le gouvernement était trop fort alors que la population et les institutions civiles étaient trop faibles. Sans évolution de ce déséquilibre, un nouveau groupe de dirigeants peut, s’il le souhaite, être tout aussi dictatorial que l’ancien : une révolution de palais ou un coup d’État ne seront donc pas les bienvenus.

 

La défiance politique facilite une redistribution du pouvoir effectif plus équitable grâce à la mobilisation de la société contre la dictature, comme indiqué au chapitre cinq. Ce processus se manifeste de différentes manières.

 

Le développement de la capacité de lutte non-violente induit une réduction de la capacité de répression violente de la dictature. Celle-ci ne parvient plus aussi aisément à intimider et à soumettre la population qui dispose de puissants moyens de contrer et même parfois de bloquer l’exercice du pouvoir dictatorial. De plus, la mobilisation du pouvoir populaire par la défiance politique renforcera les institutions indépendantes de la société.

 

L’expérience de l’exercice d’un pouvoir efficace ne s’oublie pas facilement. Le savoir-faire et l’habileté acquis dans la lutte rendent la population moins sujette à des tentatives de nouvelle dictature. Ce réajustement des relations de pouvoir rend alors plus probable l’installation d’une société démocratique durable.

 

L’Assistance Extérieure

 

Lors de la préparation de la stratégie globale, il faut évaluer les rôles respectifs de la résistance interne et des pressions externes pour désintégrer la dictature. Nous avons expliqué que les forces essentielles de la lutte devaient provenir de l’intérieur même du pays. S’il devait arriver une aide internationale, celle-ci ne pourrait être stimulée que par la résistance interne.

 

De modestes gains pourront être obtenus en mobilisant l’opinion publique mondiale contre la dictature, avec des arguments humanitaires, moraux et religieux. D’autres actions peuvent être menées pour obtenir des gouvernements ou des organisations internationales la mise en place de sanctions diplomatiques, politiques et économiques contre la dictature.

 

Celles-ci peuvent prendre la forme d’embargos économiques ou militaires sur les armes, de réduction du niveau de reconnaissance diplomatique, de rupture des relations diplomatiques, de cessation d’assistance économique, d’interdiction d’investissement dans le pays dictatorial, d’expulsion du gouvernement dictatorial de diverses organisations internationales et des organes des Nations Unies.

 

De plus, une assistance internationale, financière ou prenant la forme d’aide dans le domaine de la communication peut être fournie directement aux forces démocratiques.

 

La Formulation d’une Stratégie Globale

 

Après évaluation de la situation, des moyens choisis et du rôle de l’assistance extérieure, les stratèges devront esquisser dans les grandes lignes la meilleure manière de conduire les opérations. Ce large plan doit partir du présent et aller jusqu’à la libération future et la mise en place d’un système démocratique.

 

Les stratèges devront se poser de nombreuses questions. Les questions suivantes ont trait (de manière plus précise que nous ne l’avons vu précédemment) aux considérations requises pour définir une stratégie globale pour une lutte de défiance politique :

 

-        Comment pourrait commencer au mieux ce long combat ?

-        Comment donner à la population opprimée une confiance en soi et une force suffisante pour affronter la dictature, même initialement de manière limitée ?

-        Comment pourrait augmenter progressivement avec le temps et l’expérience, la capacité de la population à appliquer la défiance politique et la non-coopération ?

-        Quels pourraient être les objectifs d’une série de campagnes limitées visant à rétablir un contrôle démocratique sur la société et à limiter l’emprise de la dictature ?

-        Existe-t-il des institutions indépendantes qui ont survécu à la dictature et qui pourraient être utilisées dans le combat pour la liberté ?

-        Quelles sont les institutions de la société qui pourraient être soustraites du contrôle du dictateur, ou qui pourraient être créées par les démocrates en vue de répondre à leurs besoins et d’établir des sphères de démocratie alors même que la dictature est toujours en place ?

-        Comment développer les capacités organisationnelles de la résistance? Comment former des participants ?

-        Quels moyens (financiers, logistiques, etc.) seront nécessaires tout au long de la lutte ?

-        Quelle symbolique sera la plus à même de mobiliser la population ?

-        Par quelles sortes d’actions et suivant quelles étapes pourra-t-on graduellement affaiblir puis tarir les sources du pouvoir des dictateurs ?

-        Comment la population résistante pourra-t-elle à la fois persister dans sa défiance et maintenir la discipline non-violente indispensable ?

-        Comment la société pourra-t-elle continuer à faire face à ses besoins élémentaires durant la période de lutte ? Comment maintenir l’ordre social durant cette période ?

-        Lorsqu’on approchera de la victoire, comment la résistance pourra-t-elle construire les bases institutionnelles de la nouvelle société afin que la transition soit aussi douce que possible ?

 

Il faut rappeler qu’il n’existe pas et qu’il ne saurait y avoir un seul plan stratégique commun à tous les mouvements de libération contre les dictatures. Chaque combat pour abattre une dictature et établir un système démocratique est différent. Il n’y a pas deux situations identiques, chaque dictature a ses propres caractéristiques et les capacités des populations en quête de liberté varient.

 

Les stratèges en charge de la stratégie globale pour une lutte de défiance politique auront besoin d’une profonde compréhension, non seulement de la situation particulière du conflit mais aussi des moyens de combat choisis.

 

Une fois la stratégie globale bien planifiée, il est judicieux de la faire largement connaître. Les personnes appelées à participer en grand nombre seront d’autant plus motivées et capables d’agir qu’elles auront compris les idées générales et les instructions spécifiques. Cette connaissance peut avoir un effet très positif sur le moral, la volonté de participer et d’agir de manière appropriée.

 

Dans tous les cas, le schéma général de la stratégie globale sera connu des dictateurs et cela peut les conduire à réduire la brutalité de leur répression, sachant que celle-ci peut se retourner politiquement contre eux. La connaissance des caractéristiques particulières de la stratégie globale peut aussi contribuer à susciter des dissensions et des défections dans le propre camp des dictateurs.

 

Une fois que le plan de stratégie globale pour abattre la dictature et établir un système démocratique est adopté, il est important pour les groupes démocrates de persister dans sa mise en œuvre. Ce n’est qu’en de très rares circonstances qu’il conviendra de se départir de cette stratégie initiale.

 

S’il devient flagrant que la stratégie globale choisie est erronée, ou que les circonstances de la lutte ont changé fondamentalement, les stratèges peuvent être conduits à la modifier. Même alors, ceci ne doit être fait qu’après une réévaluation de la situation et la mise au point et l’adoption d’une nouvelle stratégie globale.

 

Planification des Campagnes Stratégiques

 

La stratégie globale mise au point pour abattre la dictature et instaurer la démocratie, si sage et prometteuse soit-elle, ne va pas s’engager toute seule. Des stratégies particulières devront être développées pour encadrer des campagnes importantes qui visent à saper les fondements du pouvoir du dictateur.

 

Ces stratégies vont elles-mêmes incorporer et définir un choix d’engagements tactiques qui viseront à frapper le régime de coups décisifs. Les tactiques et les méthodes d’action doivent être choisies avec soin afin qu’elles contribuent à réaliser les objectifs de chaque stratégie particulière. Ici, la discussion se situe uniquement au niveau de la stratégie.

 

Les stratèges qui planifient les campagnes ont besoin, comme ceux en charge de la stratégie globale, d’une compréhension profonde de la nature et des modes opératoires de la technique choisie pour la lutte. De même que les officiers de l’armée doivent comprendre les structures des forces, la tactique, la logistique, les problèmes liés aux munitions, les effets de la géographie, etc. afin d’élaborer la stratégie militaire, les stratèges de la défiance politique doivent comprendre la nature et les principes stratégiques de la lutte non-violente.

 

Même alors, la connaissance de ce type de lutte, l’attention aux recommandations de ce livre et les réponses aux questions ici posées ne suffiront pas elles-mêmes à produire les stratégies pour le combat. Celles-ci requièrent encore une créativité informée.

 

En planifiant les stratégies pour les campagnes spécifiques et sélectives de résistance, et toujours dans l’esprit d’un combat de libération à long terme, les stratèges de la défiance politique devront considérer différents enjeux et problèmes. En voici certains, parmi d’autres :

 

-        Déterminer les objectifs spécifiques de la campagne et leur contribution au développement de la stratégie globale.

-        Réfléchir aux méthodes et aux armes politiques qui peuvent être utilisées pour appliquer au mieux les stratégies retenues. À l’intérieur de chaque grand plan pour une campagne stratégique particulière, il faudra déterminer quels plans tactiques moins importants, impliquant l’emploi de méthodes d’actions spécifiques, pourraient être utilisés pour faire pression sur les sources du pouvoir de la dictature et ainsi les réduire. Il faut garder à l’esprit que le fait d’atteindre des objectifs majeurs n’est que le résultat de petits pas distincts, soigneusement choisis et effectués.

-        Déterminer si, ou bien comment, les questions économiques doivent être rattachées à une lutte essentiellement politique. Si elles sont prépondérantes, il faudra veiller à ce que les griefs économiques trouvent une issue à la fin de la dictature. Sinon, la désillusion et le mécontentement s’installeront si des solutions rapides ne sont pas trouvées durant la période de transition démocratique. Une telle désillusion faciliterait le retour de forces dictatoriales promettant la fin des problèmes économiques.

-        Déterminer à l’avance le type de structure de commandement et de système de communication qui sera le plus à même d’initier la lutte. Quels processus de prise de décision et de communication seront mis en place au cours du combat afin de guider constamment les résistants et la population en général ?

-        Prévoir les formes des médias d’information de la résistance en direction de la population, des forces du dictateur et de la presse internationale. Les déclarations et les reportages doivent être strictement basés sur des faits. Les exagérations et les déclarations sans fondement mineraient la crédibilité de la résistance.

-        Planifier, afin de donner au peuple confiance en lui-même, des activités constructives de nature sociale, éducative, économique et politique, qui satisfont les besoins du peuple pendant la durée du conflit. De tels projets peuvent être menés par des personnes qui ne sont pas engagées directement dans les activités de résistance.

-        Déterminer à l’avance le genre d’assistance extérieure qui serait souhaitable pour soutenir telle ou telle campagne particulière ou la lutte générale de libération. Comment mobiliser et utiliser au mieux l’aide extérieure sans dépendre de facteurs externes instables ? Il faut prêter attention à des groupes extérieurs qui peuvent être susceptibles d’aider le mouvement et de mener une action appropriée, comme les organisations non gouvernementales (mouvements sociaux, groupes religieux ou politiques, syndicats ouvriers, etc.), les gouvernements et/ou les Nations Unies et ses différents corps.

 

De plus, les stratèges de la résistance doivent prendre des mesures pour maintenir l’ordre et faire face par leurs propres moyens à des besoins sociaux durant la phase de résistance de masse contre les contrôles dictatoriaux.

 

Cela contribuera non seulement à créer des structures alternatives démocratiques et indépendantes et à satisfaire des besoins réels, mais réduira du même coup la crédibilité des prétentions à la répression brutale pour mettre fin au désordre et à l’anarchie.

 

Propager l’idée de non-coopération

 

Pour assurer le succès de la défiance politique contre une dictature, il est essentiel que la population saisisse la notion de non-coopération. Comme le montre l’histoire du "Maître singe" (chapitre trois), l’idée de base est simple : si un nombre suffisant de subordonnés refusent de coopérer pendant suffisamment longtemps malgré la répression, le système oppressif s’affaiblit et, finalement, s’effondre.

 

Les peuples qui vivent sous une dictature sont peut-être déjà familiarisés par différentes sources avec ce concept. Malgré cela, les forces démocratiques doivent délibérément propager et populariser le concept de non-coopération.

 

L’histoire du Maître singe, ou une autre similaire, pourrait se répandre dans la société. Elle est facile à comprendre. Une fois saisi le concept général de non-coopération, les gens seront à même de comprendre la pertinence des futurs appels à la non-coopération avec la dictature. Ils seront aussi en mesure d’improviser une myriade de formes spécifiques de non-coopération dans des situations nouvelles.

 

Malgré les difficultés et dangers inhérents à la communication d’idées, de nouvelles et d’instructions pour la résistance en période de dictature, les démocrates ont maintes fois prouvé que ces activités étaient possibles.

 

Même sous les régimes nazis et communistes, il fut possible pour les résistants de communiquer, non seulement avec d’autres individus mais avec le grand public par la production de journaux illégaux, de pamphlets, de livres et, plus récemment, de cassettes audio et vidéo.

 

Grâce au plan stratégique préalable, les instructions générales pour la résistance peuvent être préparées et propagées. Elles peuvent indiquer les cas dans lesquels la population doit protester et refuser de coopérer, et comment cela pourrait se faire. Ainsi, même si les communications en provenance des dirigeants démocrates sont rompues et si des instructions spécifiques n’ont pas été données ou reçues, la population saura comment agir sur certains points importants.

 

De telles idées directrices la rendront plus à même de détecter d’éventuelles contrefaçons "d’instructions de l’opposition" propagées par la police politique afin de pousser la résistance à mener des actions qui la discréditent.

 

Répressions et Contre-Mesures

 

Les programmateurs de la stratégie doivent évaluer les réponses et répressions probables, en particulier les seuils au-delà desquels se déchaîne la violence de la dictature. Il sera nécessaire de savoir comment supporter, neutraliser ou éviter cette possible répression sans se soumettre.

 

Dans certains cas particuliers, une bonne tactique serait de prévenir la population et les résistants de la possibilité de la répression afin qu’ils connaissent les risques de leur participation. Si la répression risque d’être sérieuse, il faut avoir prévu une assistance médicale pour les résistants blessés.

 

En anticipant la répression, les stratèges ont intérêt à envisager des tactiques et méthodes qui permettront d’atteindre les buts spécifiques de la campagne, ou la libération, tout en réduisant la probabilité ou la possibilité pratique d’une répression brutale. Des manifestations et parades de rue contre des dictatures extrêmes peuvent être dramatiques, elles mettent en jeu la vie de milliers de manifestants.

 

Le prix élevé payé par les manifestants peut parfois avoir moins d’impact sur la dictature que si les participants avaient choisi de rester chez eux, de faire une grève ou de participer à un mouvement de non-coopération de fonctionnaires.

 

Si, pour des raisons stratégiques, on en vient à proposer une action de résistance provocatrice susceptible d’occasionner de lourdes pertes, il s’agira de peser le prix des propositions et les gains possibles.

 

Les populations et les résistants seront-ils capables de maintenir leur attitude non-violente et disciplinée lors du déroulement de la lutte ? Pourront-ils résister aux provocations visant à les faire basculer dans l’action violente ?

 

Les stratèges devront réfléchir aux mesures à prendre pour assurer la discipline non-violente et maintenir la résistance en dépit des brutalités.

 

Est-ce que des gestes tels que des promesses, des déclarations de politique, la diffusion de tracts appelant à la discipline, la mise en place de services d’ordre lors de manifestations, de boycotts de personnes et de groupes favorables à la violence seront possibles et efficaces ?

 

Les dirigeants devront toujours être à l’affût des agents provocateurs ayant pour mission d’inciter les manifestants à la violence.

 

L’Adhésion au Plan Stratégique

 

Lorsqu’un solide plan stratégique est en place, les forces démocratiques ne doivent pas se laisser distraire par des actes mineurs du dictateur, qui tentera de les éloigner de la stratégie globale ou d’une stratégie particulière en les poussant à se concentrer sur des questions sans importance.

 

De même, les forces démocratiques ne doivent pas s’attarder sur des émotions passagères qui pourraient être causées par de nouvelles atrocités de la dictature, et qui risqueraient de les distraire de la poursuite de leurs stratégies. Ces brutalités peuvent avoir été perpétrées précisément pour inciter les démocrates à abandonner leur plan bien conçu et à commettre des actes violents afin que les dictateurs puissent plus facilement les vaincre.

 

Tant que les analyses de base sont jugées pertinentes, la tâche des forces démocratiques est de faire monter la pression étape par étape. Bien sûr, des changements de tactiques et d’objectifs intermédiaires adviendront, et les bons dirigeants sauront toujours exploiter les opportunités.

 

Cependant, ces réajustements ne doivent pas être confondus avec les objectifs de la stratégie globale ou les objectifs d’une campagne spécifique : pour ces derniers, la poursuite soigneuse de leur mise en œuvre contribuera grandement au succès.

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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 18:05

19 juin 2011
Adrien Hart
Slate Afrique

L’Asie avait ses dragons, l’Afrique émergente a désormais ses lions. Pour 2011, les deux champions de la croissance sont le Ghana (+12%) et l’Ethiopie (+10%). De quoi faire pâlir d’envie les pays francophones. Le Ghana a le miracle modeste. Le pays de l’ex-leader panafricaniste Kwame Nkrumah ne fait guère parler de lui dans la rubrique des conflits, famines et autres catastrophes. Et la presse francophone l’ignore injustement pour se focaliser sur le voisin ivoirien, beaucoup plus turbulent.
Dommage, car le Ghana est le champion africain de la croissance pour 2011, selon les toutes dernières prévisions de la Banque africaine de développement (BAD) et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). L’ancien prestigieux royaume ashanti va doubler la croissance de son produit intérieur brut (PIB) en seulement un an, passant de +5,9% en 2010 à +12% en 2011 grâce au pétrole.
La Banque mondiale est même encore plus optimiste, tablant sur un PIB en hausse de 13,4%. En comparaison, la croissance du PIB de l’Afrique de l’Ouest pour 2011 est de 5,9% et celle de l’ensemble du continent de seulement 3,7%. Le Ghana est en pleine phase de décollage: entre 1993 et 2006, la taille de son économie a triplé. Et grâce au démarrage de la production de pétrole à grande échelle en décembre 2010, le décollage prend des allures de véritable miracle. D’autant plus que les bases sont solides:

«La stabilité sociale et l’enracinement croissant de la démocratie dans le pays ont contribué à renforcer la confiance des investisseurs, ce qui s’est traduit par une recrudescence des opérations», selon le rapport.
Une «nation industrielle moderne».
Le président John Atta Mills, d’une grande discrétion sur la scène internationale contrairement, par exemple, à son homologue sénégalais Abdoulaye Wade, se concentre sur son pays, qu’il veut transformer en «nation industrielle moderne».
La production de pétrole est actuellement d’environ 80.000 barils par jour et devrait atteindre les 120.000 barils/jour dès le mois d’août. Des nouveaux gisements ont récemment été découverts et les autorités comptent ouvrir une deuxième raffinerie. Le grand port de Takoradi, situé près de zones d’exploitation (toutes offshore), change à toute vitesse, avec de luxueuses villas qui poussent comme des champignons.
Bref, les pétrodollars coulent à flot. Mais la chance du Ghana, c’est que le pays n’a pas attendu l’«or noir» pour enclencher son décollage économique et peut ainsi éviter les travers que connaît le Nigeria ou le Gabon, où les pétrodollars ne profitent guère à la population et sont captés par des élites peu scrupuleuses.
Le pays de Nkrumah, 24 millions d’habitants, est en effet le deuxième producteur d’or du continent après l’Afrique du Sud, et le deuxième exportateur mondial de cacao, derrière son voisin ivoirien. Pour le Ghana, le pétrole est un moteur de plus à son économie —mais pas l’unique. Le président Barack Obama ne s’y est pas trompé: il avait réservé au Ghana en juillet 2009 son premier voyage en Afrique subsaharienne.

Mais la comparaison avec la Côte d’Ivoire, qui sort avec peine d’une décennie de crise politico-militaire, n’est vraiment pas avantageuse pour Abidjan. Si le pays d’Alassane Ouattara est resté leader sur le marché du cacao —demeurant le pays le plus riche de l’Afrique de l’Ouest francophone— les indicateurs pour 2011 sont diamétralement opposés: croissance de 12% pour Accra (capitale ghanéenne), récession de plus de 7% pour Abidjan. Soit près de 20 points de différence entre les deux voisins…
La famine de 1984

Cap à l’Est, avec l’autre champion 2011 de la croissance: l’Ethiopie.

Comparer l’ancien royaume abyssin à un «dragon asiatique» peut paraître plus qu’osé tant les préjugés sont forts à l’égard de ce pays de la Corne de l’Afrique. En Occident, les images de la terrible famine de 1984 et de l’élan de solidarité mondiale qu’elle a suscitée sont toujours dans les esprits. Et aujourd’hui encore, la situation nutritionnelle est grave pour des millions d’habitants. La grande pauvreté reste enkystée dans de nombreuses régions, dans de nombreux villages et quartiers: 40% des près de 90 millions d’habitants vivent —ou plutôt survivent— avec 1,25 dollar par jour(0,86 euro).

Mais l’Ethiopie ne se résume pas à ces clichés misérabilistes. Lorsqu’on arrive dans l’immense aéroport d’Addis Abeba (capitale de l’Union africaine), qu’on emprunte des avenues plus larges que les Champs-Elysées à Paris, que des nouveaux bâtiments de béton et de verre défilent devant soi, on se dit que ce pays, qui selon les projections comptera en 2050 170 millions d’âmes, voit grand, très grand.

Depuis 2004, soit 20 ans après la grande famine et ses millions de morts, la croissance économique en Ethiopie oscille entre 8,8% (en 2010) et 12,6% (en 2005). Et selon le rapport BAD-OCDE, elle devrait s’élever à 10% en 2011 —la deuxième plus forte sur le continent, bien au-dessus de celle de l’Afrique de l’Est (6,7%).
Les Chinois déjà présents

Si l’Occident a du mal à imaginer qu’on puisse faire du business dans un pays ayant connu une si grave famine, les Chinois ne font pas autant de précautions:


«La Chine est actuellement la principale destination des exportations éthiopiennes, position à laquelle elle a supplanté l’Allemagne. C’est également la première source d’importations pour l’Éthiopie, alors que c’était auparavant l’Arabie saoudite», indique le rapport.

Les échanges (importations et exportations) entre les deux pays ont été multipliés par dix en moins de huit ans, passant de 100 millions de dollars en 2002 à plus de 700 millions en 2006 (les exportations éthiopiennes dépassant alors les 120 millions), et à plus d'un milliard de dollars en 2009/2010. A Addis Abeba, la «ChinAfrique» est désormais une réalité, et tant pis pour les Occidentaux trop frileux.

Les Chinois sont présents dans de nombreux secteurs, du bâtiment aux routes, mais aussi dans les télécommunications et la production d’électricité. Ce dernier secteur est stratégique pour permettre à un pays de décoller économiquement, et la pénurie d’électricité, en Afrique, constitue un des principaux freins à la croissance.

«Actuellement, les entreprises chinoises prennent part à la quasi-totalité des projets de production électrique» en Ethiopie, souligne le rapport.

Mais le barrage Gibe III, le deuxième plus important barrage hydroélectrique du continent, financé par les Chinois, est très critiqué par les organisations de la société civile et les écologistes ainsi que par les Etats voisins, qui craignent qu’Addis Abeba s’approprie des eaux bien utiles chez eux.
Un parti unique de facto

Cette percée chinoise dans un pays allié des Etats-Unis, notamment dans la lutte contre le terrorisme dans la Corne de l’Afrique, est regardée avec attention à Washington.

Sur le plan des libertés, l’Ethiopie n’est pas le Ghana. Le Premier ministre Meles Zenawi est au pouvoir depuis 1991 et laisse peu de place à ses opposants: le Parlement est dominé à 99% par le parti au pouvoir —un score à la soviétique qui laisse songeur sur les progrès restant encore à accomplir.

Mais, si vingt ans après le vent de démocratisation qui a soufflé sur l’Afrique et six mois après les printemps arabes, Addis Abeba vit toujours sous la férule d’un parti unique de facto, ce ne sont pas ses nouveaux partenaires chinois qui lui en feront le reproche. Et aux Etats-Unis comme en Europe, les pressions sont modérées: la stabilité avant tout.

Les ex-rebelles ayant renversé en 1991 le régime militaro-marxiste de Mengistu sont toujours solidement accrochés au pouvoir. Et pour l’instant, le modèle chinois (croissance économique et parti unique) leur convient très bien.
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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 17:45

Lu pour vous le 19 juin 2011
David Gakunzi
Africa Time for Peace


 

Plusieurs pays africains ont été déchiré par des conflits au cours de ces deux dernières décennies. Chacun de ces conflits a ses caractéristiques propres et répond à des logiques différentes. Loin d'être des conflits d'un autre âge, ces mobilisations armées se caractérisent au contraire par leur "modernité" : il s'agit la plupart du temps de conflits impliquant des milices urbaines qui n'ont rien de "traditionnel", de même que le génocide rwandais était le résultat d'une "ingénierie étatique" très élaborée.

 

Si les belligérants sont souvent identifiés ethniquement, l'éthnicité n'est qu'un fait de conscience et ne représente pas en elle-même un facteur explicatif. Les enjeux sont sociaux, économiques, politiques et agraires. Il s'agit de prendre le contrôle de l'insertion de l'Afrique dans l'économie mondiale, de lutter pour le contrôle de l'Etat et des richesses qui y sont associées. Ces conflits peuvent aussi exprimer des clivages historiques de longue durée.

 

Pour la plupart des observateurs, les guerres africaines actuelles confirment la décadence des Etats face au mouvement de mondialisation. La crise économique, amorcée dès la fin des années soixante-dix, aurait diminué les capacités de régulation institutionnelle de l'Etat. D’autres émettent l'hypothèse contraire : ces conflits seraient une manifestation, certes douloureuse, du processus de formation de l'Etat plutôt que l'expression de son irrémédiable déclin. Historiquement, affirment-ils, on constate que la guerre a contribué à l'émergence des Etats en Europe ou au Japon, notamment en favorisant la centralisation du pouvoir politique et la modernisation de la fiscalité.

 

Les tenants de ces deux hypothèses contradictoires s’accordent cependant pour affirmer que les crises actuelles sont des crises de gouvernance. Dès lors la promotion de la démocratie et de la bonne gouvernance seraient-ils les outils indispensables ouvrant la voie vers la stabilisation ? Mais qu’entend-on par gouvernance? L’exercice d’une autorité politique, économique et administrative aux fins de gérer les affaires d’un pays ? Des mécanismes, des processus et des institutions permettant aux citoyens et aux groupes d’exprimer leurs intérêts, de régler des litiges, et d’avoir des droits et des obligations ? Le renforcement des mouvements sociaux ?

 

Et si le thème de gouvernance était une nouvelle mode passagère? un discours de plus sur l’Afrique venu du Nord ? Auquel cas, il y aurait des risques que ce soit le dernier né des placebos proposés à l'Afrique après tant d'autres qui ont eu leur temps de gloire et qui ont été depuis relégué dans les coulisses de l’histoire (modernisation, développement intégré, besoins essentiels, industries de substitution aux importations etc.) Est-ce que la gouvernance telle qu'elle est actuellement définie a un impact sur la vie quotidienne du plus grand nombre des plus démunis? Quelle est la pertinence, l’opérationalité de cette notion? Comment lui donner un contenu social ?

 

La gouvernance, un concept africain ?

 

t si au lieu d'être perçue comme un concept inutile et étranger à l’Afrique, une nouvelle condition imposée par les partenaires de la coopération au développement, la gouvernance était envisagée comme un moyen de briser le cercle vicieux du sous-développement et de l’instabilité ?

 

Beaucoup d'éléments de la recherche historique permettent d'affirmer que nombre de formations sociales et politiques en Afrique avaient atteint le niveau de l'Etat, du gouvernement de Droit, c'est-à-dire réglé, ordonné par une norme acceptée, légitimant le pouvoir de certains et consacrant leur autorité à condition qu'eux-mêmes se soumettent à cette norme supérieure. Tel est notamment le sens du fameux dicton: " ce n'est pas le roi qui a la royauté, c'est la royauté qui a le roi. " Les différents serments solennels exigés aux rois avant leur accession au pouvoir semblent s’inscrire dans la même logique d’engagement à l'égard des représentants du peuple par un véritable contrat. Y-a-t-il des éléments hérités de ces pratiques précoloniales de régulation et de légitimation du pouvoir qui peuvent être encore opérationnels pour réguler les pouvoirs aujourd’hui? 

 

Pour certains analystes, la colonisation est venue comme une rupture dans la gouvernance et le développement endogènes et un dessaisissement politique sinon une déresponsabilisation. Et l'indépendance, au lieu d'être une occasion pour les sociétés africaines d'associer les apports positifs de l'intérieur et ce qu'il y avait de meilleur dans le patrimoine africain de la gouvernance, a été souvent le point de départ d'une ruée vers le pouvoir brut en amalgamant le pire de l'Afrique au pire de l'extérieur.

 

Des principes de la gouvernance


Mais qu’entend-on par gouvernance ? 


Parler de gouvernance et non de gouvernement signifie qu'on ne s'intéresse pas seulement à la mise en place d'institutions publiques supranationales, mais plus généralement à la mobilisation d'acteurs publics et privés, de mécanismes constituant ensemble ces régulations, au nom de certains principes et selon certaines procédures à définir. Dans ce sens la gouvernance  est non seulement l'exercice du pouvoir économique, politique et administratif aux fins de la gestion des affaires d'un pays mais également un ensemble de mécanismes, processus et institutions qui permettent aux citoyens et aux collectivités de formuler leurs intérêts, d'exercer leurs droits, d'accomplir leurs obligations civiques et de régler leurs différends.

 

Il est généralement admis aujourd’hui que la gouvernance repose sur les principes pilliers suivants :

 

La légitimité c’est-à-dire la mise en œuvre de règles explicites de désignation et de contrôle de ceux qui exercent l’autorité, la transparence. Autrement dit l’ampleur de l’information du public quant aux questions relatives à l’obligation redditionnelle.La responsabilité Et qu’entend-on par responsabilité ? Que tout pouvoir induit une responsabilité non seulement à l’égard de ceux qui ont investi le pouvoir et ont la possibilité de le retirer mais plus largement à l'égard de tous ceux qui se trouvent affectés par l’exercice de ce pouvoir. Tous les pouvoirs devraient donc être justiciables et tenus de rendre des comptes non seulement à leurs propres citoyens mais aussi à la communauté internationale.

 

La séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire : C’est-à-dire la différentiation des instances qui fixent les règles de l’exercice du pouvoir, de ceux qui exercent la responsabilité concrète de ce pouvoir et de ceux qui contrôlent la mise en œuvre des règles et la légitimité de l’exercice du pouvoir.

 

La fonctionnalité  C’est-à-dire l’adaptation, l’efficacité et la pertinence des mesures prises au nom de la population dans la gestion publique de la société ? Un pouvoir même légitimement désigné perdrait-il donc sa légitimité s’il ne remplit pas les fonctions dont il est chargé ?

 

La participation  c’est-à-dire la capacité à associer les différents secteurs de la société aux processus de prise de décisions qui la concerne.

 

La gouvernance fait appel à l'Etat (institutions du secteur public, le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire, les services publics et l’armée), au secteur privé (de la petite à la grande entreprise) et aux organisations de la société civile (à savoir les organismes non gouvernementaux et communautaires, les associations professionnelles, les groupes religieux, les organisations féminines et tous les citoyens).

 

Quelles sont les fonctions de chacun de ces trois paliers ?

 

Quel est le rôle dévolu à l’Etat ? Créer un environnement politique et légal propice au développement humain, défendre le bien public, veiller au respect de la loi, au maintien de l’ordre et de la sécurité, créer une identité et une vision sociales, définir une politique et des programmes publics, générer des recettes pour financer l’infrastructure et les services publics. 

 

Quelle fonction pour le secteur privé ? Produire des biens, fournir des services, créer des moyens de subsistance (emplois) pour les citoyens, encourager l’entreprise privée.

 

Et quel rôle doit jouer la société civile ? Mobiliser des groupes de citoyens pour qu’ils participent aux activités économiques, sociales et politiques, formuler quantité de points de vue dynamiques et divers, faciliter l’interaction politique et sociale. Mais qu’est-ce que la société civile ? L’espace entre le marchand et le Prince ? Quelles sont les faiblesses et les forces de la société civile africaine ? Comment la renforcer ?

 

Chacun de ces paliers présente ses propres atouts et ses propres faiblesses. Aucun des trois ne peut créer ou maintenir à lui seul une bonne gouvernance. Par exemple, le secteur privé peut créer emplois et revenu, mais il ne peut soulager la pauvreté. La société civile peut favoriser une large participation, mais elle ne peut fixer de normes sociales. La bonne gouvernance va au-delà de la simple gestion de l’Etat. Il s’agit des fonctions séparées des trois paliers et, tout aussi important, de leur interaction et de leur rencontre. De fait, favoriser l’interaction entre ces trois paliers est l’essence même de la bonne gouvernance. 

 

Gouvernance et démocratie : des interrogations tirées des expériences africaines

 

Si on admet que la gouvernance représente l'essence même de l'exercice de l'autorité dans la gestion des affaires d'un pays, y compris les mécanismes, processus et institutions complexes qui permettaient aux citoyens et aux groupes de formuler leurs aspirations, d'exercer leurs droits légaux et d'arbitrer leurs différends, il est donc indispensable que la gouvernance s'appuie sur le consentement et la participation des gouvernés, de tous les citoyens à la construction de l'avenir du pays. Aussi la bonne gouvernance et la démocratie sont-elles indissolublement liées.

 

Et qu’entend-on par démocratie ?

- Une expérience humaine, une praxis social et une exigence morale dont la nature et la portée varient avec le contexte historique. 


- Un moyen de liberté, un instrument de justice, une manière d'assurer le contrôle de la collectivité sur le pouvoir, d'assurer à chacun et à tous l'égalité et la liberté, la justice, la primauté de la loi, le respect de la volonté populaire, la promotion des droits de l'homme. 


- La possibilité pour les populations de participer au processus de conception, de décision, d'exécution et de contrôle de l'exécution des projets les concernant. 


- La possibilité pour les populations de choisir librement leurs dirigeants, de participer à la gestion du pouvoir, de contrôler leurs représentants et de mettre fin à leurs mandats en cas de défaillances. A cet égard, le multipartisme, les élections et une presse libre sont des conditions nécessaires et non suffisantes. Encore faudrait-il que la population ait l'habilité et la capacité de gérer ces atouts. Cela présuppose une éducation civique, un esprit de débat, les moyens d'exercer le droit d'expression et d'association, le respect des droits de l'homme, la capacité de revendiquer les libertés individuelles et collectives.

 

L'introduction de la démocratie moderne en Afrique s'est faite dans un contexte particulier. Le multipartisme s'est rarement révélé serein, constructif. Ainsi certains en sont venus à assimiler démocratie à invective, nihilisme aveugle, qui n'épargne rien, se nourrit d'injures, détruit tout sans rien proposer, incite à la haine ethnique.

 

Face aux impasses actuelles de certaines expériences de multipartisme, comment inventer ou renforcer des praxis démocratiques prenant en compte l’histoire et les réalités locales tout en intégrant les valeurs universelles ?

 

Quelles priorités stratégiques ?

 

Comment améliorer la gouvernance et l'efficacité des structures de pouvoir dans le contexte des réalités politiques, sociales et économiques africaines actuelles ? Stratégiquement quels sont les domaines dans lesquels il faudrait concentrer les efforts ?

 

Culture politique et mouvements sociaux

 

La gouvernance ne se limite pas seulement à l’organisation des élections multipartites et à des institutions officielles. Les principes et pratiques démocratiques doivent faire partie intégrante de la vie quotidienne. Comment faire, que faire pour contribuer au développement d’une culture politique démocratique ? Comment mettre en place des systèmes politiques ouverts et responsables, développer des structures qui facilitent la participation effective de tous les citoyens ? Comment renforcer une culture de citoyenneté ?

 

La décentralisation

 

La décentralisation, peut être un moyen pour introduire la démocratie dans la vie de tous les jours et au niveau le plus proche des populations. Elle peut également être l’expression de la démocratie locale et contribuer à rendre possible une participation directe des citoyens dans l'administration des collectivités locales. Elle cherche en plus à rendre "distinctes, interdépendantes et interconnectées" les différentes sphères de gouvernement - nationale, provinciale et locale. Mais, dans les meilleurs des cas, elle est seulement une voie pour améliorer la prestation et l'accessibilité aux citoyens des services comme le crédit, la santé et l'éducation, et la réalisation d'investissements dans des équipements comme les routes et l'alimentation en électricité, toutes choses qui accroissent la participation de la population à la vie économique et sociale et qui dépendent du bon vouloir des autorités. 

 

La décentralisation, offre-t-elle la possibilité d'accroître la participation des citoyens au processus démocratique et de reconnaître la spécificité des situations locales au sein d'un Etat unitaire ? Peut-elle être un outil de gestion des différends qui surgissent au sein d’une société ?

 

La société civile

 

La croissance d'une culture démocratique dépend de la croissance d'une société civile vivante ayant la capacité d'agir comme un lien de communication entre la population (avec des intérêts complexes et qui s'entrechevauchent) et l’Etat. 

 

Dans plusieurs pays Africains, il y a eu une forte croissance d'organisations de la société civile ces dernières années. Il n'existe pas de liste fixée d'organisations, sociétés, mouvements, groupes d'intérêts ou associations qui constituent la société civile dans un pays donné. En effet, la société civile est la somme totale des activités organisées par les citoyens, indépendantes des structures du gouvernement, conçues pour réaliser une variété d'objectifs professionnels, culturels, économiques/affaires, sociaux et politiques. Le défi de la démocratisation dans les pays africains est indissociable de la création d’un environnement favorable au développement de la société civile.

 

Comment aider cette société civile à jouer un rôle de contre-pouvoir, d’espace de propositions, de promotion des valeurs de citoyenneté, de formation ? Comment soutenir la société civile dans son rôle de médiateur social et de promoteur des valeurs de droits de l’Homme et de la démocratie ? Comment sans remplacer les organes normaux de la démocratie représentative, aider la société civile à promouvoir le dialogue social et informel pour renforcer la confiance et la solidarité ?

 

L'éducation civique constitue un instrument indispensable au service de l'amélioration du processus de gouvernance. Elle peut aider à renforcer et reconstituer le capital social de la société. Quels programmes mettre en route pour promouvoir cette Education civique ? Des cours sur les droits de l'Homme pour les forces de police et les autorités carcérales, les partis politiques ?

 

Une collaboration société civile - médias peut contribuer à promouvoir cette éducation civique. Etant donné le rôle important des médias dans l’information, l’éducation et la régulation de l’action publique, les médias peuvent contribuer à promouvoir la transparence dans la gestion de la chose publique en informant le public par exemple sur les procédures et les délibérations gouvernementales. Les responsables de l’Etat en se prêtant au jeu des médias peuvent contribuer à la création d'une atmosphère de transparence. Une presse libre ne peut pas réellement remplir sa fonction efficacement sans accès libre aux informations sur les procédures et les décisions du gouvernement. Comment protéger la liberté de la presse et favoriser le développement d’une presse libre, responsable et indépendante ?

 

Pouvoir judiciaire et Etat de droit

 

En Afrique comme ailleurs, promouvoir le respect de l’Etat de droit constitue un défi majeur pour créer un environnement stable dans lequel les citoyens sont informés de leurs droits, et sont protégés. Comme l’ont montré les événements survenus dans d’autres régions du monde, sans Etat de droit, une bonne gouvernance est pratiquement impossible. 

 

L’indépendance du pouvoir judiciaire aide à promouvoir l’Etat de droit, mais celle-ci reste relative dans certains pays où les ingérences politiques restent courantes et où certains membres de la profession juridique en poste sont amenés à obéir aveuglément au pouvoir plutôt qu’à défendre les principes constitutionnels et les droits des citoyens. Un certain nombre de pays conservent des législations qu’il faut moderniser pour les rendre conformes aux dispositions institutionnelles conçues pour protéger la liberté et les droits des individus. D’une façon générale, sur le continent, le défi est l’amélioration des systèmes judiciaires. Il existe un besoin d’accroître le nombre des juristes expérimentés, d’améliorer l’accès aux services juridiques , d’augmenter le nombre des tribunaux.

 

Quelles reformes juridiques encourager ? Celles favorisant l'amélioration de l'accès à la justice grâce à la réforme des tribunaux du degré inférieur, l'élimination des obstacles juridiques et culturels entravant la pleine participation des femmes, des minorités et des organisations de la société civile ?

 

Les parlements

 

Le rôle des parlements tout comme leur fonction évoluent rapidement en Afrique du fait de la libéralisation politique. La façon dont les parlements s’acquittent de leurs responsabilités a une certaine influence sur le cours de la vie politique. Dans beaucoup de pays, les parlements et les parlementaires affirment de plus en plus leur indépendance et font contrepoids au pouvoir exécutif. Ils se heurtent toutefois à un certain nombre de contraintes, telles que les structures politiques en place qui continuent à favoriser l’exécutif aux dépens de la législature. Dans l’ensemble, le fonctionnement efficace des parlements est également compromis par le manque de ressources, l’insuffisance des compétences techniques, une culture démocratique peu développée et une expérience limitée du pluralisme politique.

 

Comment promouvoir des dispositions claires concernant la séparation des pouvoirs, et notamment des mécanismes constitutionnels, juridiques et institutionnels susceptibles d’assurer un meilleur équilibre entre la branche exécutive et le parlement ? Comment encourager les parlements à jouer leur rôle : c’est-à-dire faire contrepoids et demander des comptes à l’exécutif ? Comment faire pour permettre aux parlementaires de recevoir un appui et des ressources suffisants pour s’acquitter effectivement de leurs responsabilités ? Comment remédier aux contraintes auxquelles ils se heurtent ? . Quels programmes pour les parlementaires ? Faut-il envisager des ateliers pour les parlementaires portant sur le rôle de l'opposition, le rôle des parlementaires dans une société démocratique, le développement social, les questions ayant trait à l'égalité entre les sexes et l'application de la loi réprimant la corruption ?

 

La réforme de l’administration

 

En général, la réforme de la fonction publique est essentielle tant pour l'expansion économique que pour la consolidation de la démocratie. Les citoyens en Afrique ont tendance à voir l’administration comme obstructionniste et prédatrice. 

 

Comment renforcer et moderniser l'administration ? C’est-à-dire notamment comment renforcer le rôle des institutions, s'assurer davantage de transparence et d'efficacité dans l'exercice du pouvoir, ainsi que la primauté du droit à tous les niveaux de l'Etat ? Il est indispensable d’améliorer le fonctionnement de l’administration en définissant les rôles et responsabilités et en améliorant le système de suivi et d'évaluation des activités des responsables des structures de l'administration. De même, il est nécessaire de renforcer la compétence du niveau central de l'administration et de procéder à un transfert partiel au profit de l'échelon régional. Mais il faut en même temps mettre en valeur les ressources humaines par le biais d'une formation permanente, tenant compte des besoins de l'administration. Comment renforcer les structures en les dotant des ressources humaines, de l'équipement et du matériel requis; comment assurer une meilleure utilisation des ressources humaines en veillant à une meilleure adéquation entre les exigences des postes et les qualifications des titulaires ?

 

L’intégration régionale

 

Le défi consiste à définir un système de bonne gouvernance efficace qui permette de garantir un climat économique et social intérieur à la fois sûr et stable mais aussi de profiter des possibilités offertes par la mondialisation. L’intégration régionale peut être une des stratégies pour relever ce défi.

 

L'intégration régionale présente de multiples avantages économiques. Les pays qui se regroupent resserrent ainsi leurs liens et du coup renforcent leur capacité à participer au commerce mondial. L'intégration régionale est aussi le moyen pour surmonter les obstacles que représentent la relative exiguïté des marchés nationaux de certains pays. Elle permet aussi aux producteurs de réaliser de plus grandes économies d'échelle et de bénéficier de la mise en place d'infrastructures au niveau régional. Une approche régionale dans des domaines structurels clés - tels que la réduction et l'harmonisation tarifaires, la réforme du cadre légal et réglementaire, la rationalisation des systèmes de paiement, la restructuration des secteurs financiers, l'harmonisation des incitations à l'investissement et des régimes fiscaux, la réforme du marché de l'emploi - permet aux pays ainsi associés d'additionner leurs ressources. Ces pays peuvent ainsi se doter, au niveau régional, de moyens institutionnels et humains leur permettant d'atteindre un niveau de compétence technique et administrative auquel ils ne pourraient pas prétendre en agissant seuls. L'approche régionale ne peut qu’aider les pays africains à faire valoir leurs intérêts avec plus d'assurance et plus de force dans le concert des nations.

 

Le partenariat international

 

La stabilisation du Continent si elle incombe aux Africains, concerne aussi la Communauté internationale. Dans quel sens travailler pour renforcer les capacités en matière de gouvernance transparente, responsable, fiable et efficace ? Comment renforcer les capacités locales des sociétés civiles ?

 

En encourageant la constitution d'un "capital social", à partir de valeurs partagées par tous les membres de la société, et la volonté politique de tenir sa place dans une économie mondialisée, la gouvernance et le renforcement des mouvements sociaux ne peuvent que permettre d’accroître les chances des sociétés africaines de se stabiliser et de réussir leur intégration au niveau international.

 

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19 juin 2011 7 19 /06 /juin /2011 16:13

19 juin 2011

RFI

 

Polémique sur le projet d'élection d'un vice-président au Sénégal


Au Sénégal, le projet de loi constitutionnel instituant un ticket présidentiel permettant d’élire un président et un vice-président continue de faire débat. Après les représentants politiques, la société civile s’est immédiatement mobilisée. Elle a lancé une campagne ce samedi 18 juin intitulée « Touche pas à ma Constitution » afin de contrer ce projet mené par l’actuel président Abdoulaye Wade, candidat à sa propre succession en février 2012.

 

Pour la société civile, introduire un ticket présidentiel, dans lequel les Sénégalais voteront pour un président et un vice-président, est un « coup d’Etat institutionnel ». Plusieurs ONG se sont donc mobilisées pour lancer une campagne contre ce projet. Son nom : « Touche pas à ma Constitution ».

 

« Avec ce projet, on ne donne pas une initiative aux Sénégalais de choisir le prochain président, c’est-à-dire le successeur d’Abdoulaye Wade », dénonce Alioune Tine, le président de la Rencontre Africaine de défense des droits de l’homme. « C’est lui qui le choisit avec ce projet qu’il impose, poursuit-t-il.Nous n’accepterons pas d’ici les élections, toute initiative visant à changer les règles du jeu, par voie constitutionnelle, par voie législative ou par voie règlementaire ».

 

Selon ce projet de loi, la fonction du vice-président sera d’« assister » le chef de l’Etat, et surtout, de le remplacer en cas d’indisponibilité ou de vacance du pouvoir. D’après Serigne Mbacké Ndiaye, le ministre conseiller et porte-parole de la présidence, ce projet « vise à renforcer la démocratie » au Sénégal. « Nous allons avoir -si l’Assemblée nationale adopte ce texte-, un vice-président qui va être élu au suffrage universel en même temps que le président de la République. La durée du mandat du président et du vice-président est la même, poursuit-il.Le vice-président est renforcé dans ses pouvoirs, donc sur le plan de la légalité, aucun problème, rien ne peut être reproché à la proposition qui vient d’être faite », martèle le porte-parole de la présidence.

 

Ce projet de loi devrait être discuté à l’Assemblée nationale dans les semaines à venir. De son côté, la société civile peaufine un plan d’action qui veut mobiliser « toutes les forces vives » du pays dans sa campagne.

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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 22:15

19 juin 2011

Kamel Daoud

Slate.fr

 

Secrets d'endurance des dictatures arabes

 

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTUebzgPYkkvUqBl3mD6kjm6Hgk_JDvwHRXTugsvJUI-0W6W_euPgKamikaze, otage, molle ou de droit divin, chaque dictature joue sa carte. Avec un ennemi commun: le vent de changement du printemps arabe. Face à l’effet dominos du printemps arabe, les dictatures de la région ont développé un discours de propagande très agressif basé sur le concept de spécifié locale. «L’Algérie n’est pas la Tunisie», «la Syrie n’est pas l’Egypte», «le Yémen n’est pas la Libye»… Est-ce vrai? Oui: les dictatures arabes sont des dictatures égales par leurs différences. Petite introduction.  


Dictature kamikaze: c'est moi ou le chaos

La dictature kamikaze: celle des régimes qui poussent la résistance aux révoltes jusqu’à l’équation du «c’est moi ou le chaos». Un chaos d’abord «islamisé», avec un recours à la criminalisation de l’opposition qualifiée de «groupuscules d’al-Qaïda», de terroristes, de groupes armés manœuvrés par des puissances étrangères. Confrontées à la révolution, ces dictatures choisissent, contre toute évidence rationnelle, de plonger le pays dans le chaos de la guerre civile, de tout perdre pour que l’opposant ne gagne pas, plutôt que de négocier un départ honorable et sécurisé.

 

C’est le cas de la Libye de Kadhafi ou du Yémen d'Ali Salah. Conscients de leur légitimité de dictatures utilitaires au yeux d’un Occident traumatisé par les attentats du 11 septembre 2001, ces dictateurs jouent la dernière carte de la menace islamiste et de la guerre civile qui peut être propice à al-Qaïda pour «punir» leur peuple. Vu de l'extérieur, on conçoit mal cet irrationalisme tactique: pourquoi un dictateur qui peut quitter le pouvoir avec l’immunité, l’argent et la possibilité de négocier un exil doré choisit la confrontation suicidaire? En fait, il s’agit d’un aspect psychologique de la dictature: le dictateur ne peut pas accepter l’insolence des peuples en révolte. Une relation de féodalité à la propriété du pays, de la terre et des serfs se heurte à une sorte de révolte des gueux impossible à accepter pour le seigneur et sa famille.

 

Le dictateur kamikaze choisit de punir, de frapper et de mourir plutôt que d’accepter l’humiliation de la défaite. Illustration de cette attitude, le premier discours de menace de Saïf el-Islam, fils de Kadhafi, à l’adresse des révoltés libyens de Benghazi et toute la collection de ses messages corporels avec le doigt menaçant. Le dictateur kamikaze se conçoit comme le Père de la nation, son Libérateur et son gardien: il rêve du martyr comme ultime sacrifice pour un pays qui est le… sien, au sens propre du terme.

 

Dictature otage... d'elle-même

La dictature otage de… la dictature: c’est le cas typique de la Syrie de Bachar el-Assad. Le fils héritier de son père, le 10 juillet 2000, n’en finit pas d’annoncer ses décisions de réformes, ses décrets d’amnistie et des interdictions d’usage des armes contre les manifestants depuis le début de la Révolution syrienne, mais cela ne change rien: les Syriens continuent de mourir et de se faire massacrer depuis mars, date de leur printemps rouge. Pour les spécialistes de ce pays, il s’agit d’un véritable cas d’école d’une présidence faible prise dans l’engrenage d’un système mafieux fort.

 

Le pouvoir avait échu à Bachar «par défaut» après la mort accidentelle de son frère Bassel en 1994. Un «scénario» comme dans le film Le Parrain de Francis Ford Coppola: «Rien ne destinait ce fils ophtalmologue au pouvoir, sauf le hasard, comme dans la famille des Corleone», expliquera Khaled Mohand, un journaliste algérien qui a connu les geôles des Moukhabarates syriennes ces derniers mois.

 

Pris en sandwich entre son cousin Rami Makhlouf, patron des patrons syriens, propriétaire d'un réseau de téléphonie et acteur incontournable pour tous ceux qui veulent faire des affaires dans ce pays, et son frère Maher, patron du 4e régiment «sanguinaire», des clans des sunnites et des polices politiques fortement autonomes, Bachar est piégé. Figure du dictateur qui a la possibilité de «parler» mais pas d’agir, de représenter mais pas d’incarner.

 

De la dictature molle à la démocratie contrôlée

Exemple de dictature molle, le cas algérien: Président depuis 1999, Abdelaziz Bouteflika incarne au mieux la dictature «molle» avec un Etat sans puissance, éclaté entre plusieurs centres de décision, et un système de rente pétrolière qui permet des clientélisations massives de la population et des classes politiques. Bouteflika est un civil dont la seule force de négociation face aux militaires a été la légitimité internationale dont ont besoin les militaires pour asseoir leur crédibilité et se débarrasser de l’étiquette de putschistes éternels.

 

En Algérie, le printemps arabe est un exercice quotidien mais en miettes: émeutes, marches, revendications salariales, grèves agitent le pays depuis bien avant la fuite du Tunisien Ben Ali le 14 janvier. L’explosion sociale se fait cependant attendre: la dictature locale n’interdit rien ou si peu, sauf la démocratie et les «marches des oppositions», cède de plus en plus devant des centres de pouvoirs régionaux et tribaux, négocie la survie par la distribution de la rente, interdit l’usage des armes face aux manifestants mais interdit les manifestants du même coup.

 

«Dégage» ou «Dégagez»? Le dilemme s’est posé aux Algériens le 12 février, date des premières marches anti-système: avec une présidence qui incarne peut le pouvoir et un pouvoir aux mains des «Services», il était difficile d’offrir une cible à la foule des révolutionnaires de la Coordination nationale pour le changement et la démocratie, la CNCD.

 

La dictature algérienne reste l’auteur de l’invention du siècle: la démocratie contrôlée. Des élections filtrées et truquées à la source par filtrage administratif des candidatures, un multipartisme noyauté par des dizaines de partis factices pour émietter les électeurs, des médias sous pression de la «rente publicitaire» et pas sous pression de la censure directe, un état d’urgence reconduit sous la forme de loi antiterroriste, etc.

 

La dictature en Algérie n’a pas la force de faire face aux foules des manifestants qui veulent de meilleurs salaires, mais n’a pas la faiblesse de céder devant ceux qui demandent la démocratie. Le système ne peut plus tirer sur les foules, mais peut les acheter.


Dictature monarchique: sans Dieu, pas de salut

Le Maroc et la Jordanie invités à être membres du Conseil économique de coopération des Etats du Golfe (CCG). L’info, mise en boucle le 10 mai 2011, a rappelé l’essentiel: le printemps arabe qui touche les «monarchies» des fausses Républiques arabes fait peur aux monarchies déclarées qui serrent les rangs devant la menace. Pour faire face, deux recettes font mode: d’abord l’entraide militaire (le Bahreïn «sauvé» par le bouclier de l’armée saoudienne), ensuite la solidarité économique avec l’admission de la Jordanie et de la lointaine monarchie alaouite du Maroc au sein du club des riches rois du Golfe et de l’Arabie.

 

Les dictatures monarchiques construisent leur propagande de défense sur la sacralité de leur mandat éternel: ils sont «élus» par Dieu. Une culture politique religieuse qui remonte aux premiers empires musulmans a fondé la doctrine de l’obéissance critique à l’Emir, au Gouverneur, même s’il est «injuste», par logique de stabilité de Dar El islam (La maison de l’islam), face à Dar El Kofr (le territoire des impies). En février, le grand mufti d'Arabie saoudite, cheikh Abdel Aziz al-Cheikh, s’est empressé de condamner les soulèvements dans les pays arabes. Les révolutions sont désignées comme des «actes de chaos», des manœuvres des ennemis de l’islam et des preuves de tentatives de division de la Oumma, la nation. Les monarchies arabes jouant ainsi une dernière carte de «légitimité religieuse» que leur discutent les djihadistes et que leur coopération antiterroriste a largement décrédibilisée.

 

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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 20:28

11 juin 2011

Source: guineeweb

Kadhafi, Obiang, Dos Santos, Mugabe... L'Afrique compte quelques chefs d'Etat au pouvoir depuis... très longtemps. Palmarès des records de longévité présidentielle.

 

 «En Afrique, on ne peut pas désigner quelqu’un du doigt en disant qu’il est un ancien chef.» 

 

Cette phrase qu’aimait répéter l'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny explique que l’alternance politique ne soit pas la valeur la mieux partagée en Afrique. Quand on a du mal à transmettre à ses enfants le sceptre présidentiel, on s’y accroche d’années en décennies. Le Nigérien Mamadou Tandja aura payé de sa réputation cet appétit insatiable. Mais son expérience ne semble guère servir de leçon.

Palmarès de dix présidents qui s’éternisent au pouvoir…


1. Mouammar el-Kadhafi, libyen, 69 ans. 42 ans au pouvoir

Il prétend échapper aux statistiques puisqu’il n’occupe pas officiellement le poste de Président. Fils de paysan bédouin, ce capitaine autoproclamé colonel est pourtant de facto le dirigeant de la Libye depuis le coup d’Etat du 1er septembre 1969, poste auquel il renonce officiellement en 1977, lorsqu’il transforme son pays en Jamahiriya («Etat des masses»). Fantasque, amateur de chameaux et d’amazones, le guide de la Révolution de la «Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste» espérait devenir le premier chef des Etats-Unis d'Afrique. En 2009, au XIIe sommet de l’Union africaine, à Addis Abeba, il revendiquait, cette fois, le titre de «roi des rois d’Afrique». Kadhafi a vu défiler huit présidents américains. Mais, maintenant, son pouvoir semble menacé… 


2. Teodoro Obiang Nguema, équato-guinéen, 69 ans. 32 ans de pouvoir

Militaire spécialisé dans la conduite des véhicules, il est le neveu de Francisco Macías Nguema qui fut élu, en 1969, président de la République de l’ancienne colonie espagnole. Pistonné, Obiang gravit les échelons de la hiérarchie militaire, jusqu’au titre de vice-ministre des Forces armées populaires de Guinée équatoriale, en 1979. Il en profite pour renverser son oncle (qui sera fusillé), prendre le pouvoir comme président du Conseil militaire suprême avant d'être nommé, en 1982, Président de ce véritable émirat pétrolier. Il sera «élu» en 1989, puis réélu en 1996, en 2002 et en 2009. Score moyen: 98,19% des suffrages exprimés. On prête des pouvoirs exorbitants à sa famille, notamment son épouse et son premier fils, Teodorín. Teodoro Obiang Nguema occupera, jusqu’en janvier 2012, le fauteuil de président en exercice de l'Union africaine.


3. José Eduardo dos Santos, angolais, 69 ans. 32 ans de pouvoir

Fils d’un tailleur de pierre, militant très tôt contre le joug colonial portugais, Dos Santos est désigné, en 1979, successeur du père de l'indépendance angolaise Agostinho Neto. Sa présidence trentenaire est marquée par la longue guerre civile qui aurait fait 30.000 morts. Tout au long de ces années, il préside le marxiste-léniniste Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA) et affronte l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (Unita) de Jonas Savimbi. Ce dernier sera tué en 2002. La nouvelle Constitution du pays, adoptée en 2010, ne prévoit plus l'organisation d'élections présidentielles, mais la désignation, comme président de l’Angola, du président du parti arrivé en tête aux élections législatives. Un boulevard pour Eduardo Dos Santos?


4. Robert Mugabe, zimbabwéen, 87 ans. 31 ans de pouvoir

Même s’il a occupé des postes différents au sommet de l’Etat, on considère qu’il est au pouvoir depuis son accession au poste de Premier ministre en 1980. Il est formellement élu président de la République le 31 décembre 1987. Héros de l’indépendance de l’ancienne Rhodésie du Sud, ancien chef de guérilla, il a progressivement plongé le Zimbabwe dans une dictature ethno-nationaliste et dans la déchéance économique. Son pays était le grenier à blé de l’Afrique. Il a souffert, sous Mugabe, d’une inflation surréaliste et de pénuries alimentaires. S’il a accepté de partager le pouvoir, en 2008, avec l’opposant Morgan Tsvangirai, Robert Mugabe conserve ses prérogatives présidentielles. Il est le plus âgé des chefs d'Etat d'Afrique en exercice.


5. Paul Biya, camerounais, 78 ans. 29 ans de pouvoir

Fils d’un catéchiste, lui-même destiné à la prêtrise, Paul Biya’a Bi Mvondo se lance rapidement dans la politique. Dès 1962, il devient chargé de mission à la présidence de la République dans le gouvernement du président Ahmadou Ahidjo. Il deviendra Premier ministre, en 1975, avant la démission du chef de l’Etat, en 1982. Biya s’engouffre dans la brèche et devient le second président de la République du Cameroun, le 6 novembre 1982. Les premières élections multipartites se tiennent en 1992. Biya est élu Président en 1997 et en 2004. En 2007, il annonce son intention de modifier la Constitution qui limite alors le mandat présidentiel à deux exercices. Celui qui se fait appeler l’«homme-lion» entend bien se succéder à lui-même en novembre 2011. Il faut dire que «Popol» ne fait pas grand-chose pour s’user. Il a une réputation de «roi fainéant»…


6. Yoweri Museveni, ougandais, 67 ans. 25 ans de pouvoir

Fils d'un riche propriétaire terrien, il est lui-même considéré, aujourd’hui, comme un millionnaire en dollars. Souvent exilé, au Mozambique ou en Tanzanie, il s’oppose successivement aux présidents ougandais Milton Obote et Idi Amin Dada. Battu aux élections de 1980, Museveni met sur pied l'Armée de résistance nationale, une guérilla qui prend le pouvoir en janvier 1986. D’abord marxiste, il se mue en «bon élève du FMI» et parangon des «new leaders» promus par l’administration américaine, quand bien même il considère le multipartisme comme un concept exclusivement occidental. Il est souvent accusé d’être intervenu —moyennant diamants de Kisangani et or d’Ituri— dans le conflit du Zaïre voisin, aux côtés de Laurent-Désiré Kabila puis de Jean-Pierre Bemba. Après avoir modifié la Constitution, il est réélu président de la République en février 2011. Un groupe de députés de la majorité envisage de réviser encore la Constitution pour allonger le mandat présidentiel de cinq à sept ans…


7. Blaise Compaoré, burkinabè, 60 ans. 24 ans de pouvoir

L’actuel chef de l’Etat burkinabè prend les armes, en août 1983, pour servir le pouvoir à Thomas Sankara alors emprisonné. Après quatre ans de gestion collective d’un pouvoir révolutionnaire, le président Sankara est assassiné. Le capitaine Compaoré devient le numéro un et décrète la «rectification». Le pays s’ouvre au multipartisme en 1991. Compaoré est élu président du Burkina Faso en 1998, 2005 et 2010. Les bailleurs de fonds apprécient que ce champion de la médiation sous-régionale ne fasse plus de vagues. Le «doyen» de l’Afrique de l’Ouest modifiera-t-il l’article 37 de la Constitution de 1991? Celle-ci stipule qu’il vient d’entamer son dernier mandat…


8. Omar el-Bechir, soudanais, 67 ans. 22 ans de pouvoir

Omar Hassan el-Bechir est un militaire pur jus. Il sert dans l'armée égyptienne pendant la guerre du Kippour, en 1973, conduit, à son retour, des opérations militaires contre l'Armée de libération du Soudan au sud du pays, devient général dans les années 1980 et mène le coup d'Etat militaire de 1989 qui renverse le Premier ministre élu Sadeq al-Mahdi. Il dissout tous les partis politiques, ainsi que le Parlement, et prend la tête du Conseil du commandement révolutionnaire pour le salut national. Il devient tout à la fois chef de l'État, Premier ministre, chef des forces armées et ministre de la Défense. Il passera les années 2000 à négocier avec les sécessionnistes du Sud du pays et à jouer un rôle plus qu’ambigu dans la guerre civile au Darfour. Réélu président en 2010, l’ancien chef de guerre el-Béchir souffle toujours le chaud et le froid, depuis le résultat du référendum qui prévoit l'indépendance du Sud-Soudan. Une épée de Damoclès plane sur sa tête: il est le premier chef d'Etat en exercice à être sous le coup d'un mandat d’arrêt international de la Cour pénale internationale pour crime de guerre, crime contre l'humanité et génocide dans le cadre de la guerre civile au Darfour.


9. Idriss Déby Itno, tchadien, 59 ans. 21 ans de pouvoir

C’est avec l'appui de la France et du Soudan qu’Idriss Déby, le 2 décembre 1990, chasse du pouvoir Hissène Habré. Quelques années plus tôt, Déby était pourtant le commandant en chef des Forces armées d’un président Habré qu’il avait aidé à gravir les échelons du pouvoir suprême. Il devient officiellement président de la République du Tchad le 28 février 1991, après adoption d’une Charte nationale. Si Idriss Déby a instauré le multipartisme tant vanté depuis le sommet de La Baule (France), il serait aussi responsable de violations des droits de l'Homme et de détournement, à des fins militaires, du fonds spécial alimenté par les nouveaux revenus du pétrole et destiné aux «générations futures». Son gouvernement vacille sans cesse, mais ne tombe pas…


10. Issayas Afewerki, érythréen, 65 ans. 18 ans de pouvoir

S’il n’est que dixième dans ce top ten, Issayas Afewerki peut tout de même revendiquer un record: il a été l’unique chef d’Etat de l'Erythrée indépendante. Son pays n’a obtenu qu’en mai 1993 sa pleine souveraineté vis-à-vis de l’Ethiopie à laquelle il était fédéré depuis la colonisation italienne. L’ingénieur marxiste Afewerki lutte, des années durant, dans le Front de libération de l'Erythrée (FLE) puis dans le Front populaire de libération de l'Erythrée (FPLE), à dominante chrétienne, alors que le FLE était plutôt musulman. Au pouvoir, Issayas Afewerki instaure un régime à parti unique, sans élections, s’appuie sur une économie centralisée, restreint la liberté de la presse, emprisonne les contestataires et fait preuve d’un interventionnisme dangereux dans la corne de l’Afrique…

 

Hors catégorie dans ce palmarès, mention spéciale à Denis Sassou-Nguesso (Congolais, 68 ans). S’il n’a pas réussi à se maintenir quinze ans de suite au pouvoir, «Sassou» est parvenu à effectuer deux «tranches». Il a été président de la République populaire du Congo de 1979 à 1992 et il est, depuis 1997, le président en exercice de la République du Congo. Il totalise donc, au total, vingt-sept ans sur un fauteuil suprême entre-temps occupé par Pascal Lissouba…

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Published by Juliette Abandokwe - dans Panafrique
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