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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 18:14

12 juin 2011

A.M. Dworaczek-Bendome

 

Gabonais, avec ou sans Obama, il ne faut plus rêver

 

Contexte :

 

Ali Ben Bongo Ondimba, voyage du 5 juin 2011, à New York, Etats-Unis, avec dans la foulée, une rencontre officielle avec l’hôte de la maison, Monsieur Barack Obama.

 

Dans le Communiqué de presse, après la rencontre les deux hommes, on peut y lire :

Barack Obama a, « salué les réformes prises sous la présidence d'Ali Bongo qui ont apporté plus de transparence et de responsabilité au gouvernement.

Et le texte ajoute :

« Le président Obama a pressé le président Bongo de prendre d'audacieuses mesures pour éradiquer la corruption et réformer le système judiciaire et de toutes les institutions clés afin d'assurer la protection des droits de l'homme. »

 

Je croyais que les gabonais étaient vaccinés des déclarations du monde occidental. Je constate avec étonnement que non.

Depuis, on peut lire, ici et là, les cries de victoires de nos compatriotes, mais, personnellement, je pense et crois, que le petit peuple gabonais a appris, avec le temps, à ne plus se nourrir de chimères, même si, il faut concéder à nos frères, qu’un petit rappel de l’état des populations par un autre, que le simple gabonais d’en bas  met du baume au cœur.

 

Troubler !

Mais, où les déclarations de Monsieur Barack nous mèneront t’elles ?

Qu’est ce qui va changer dans la position empreinte de cécité et de condescendance des Maîtres du monde envers le Gabon et son peuple ?

 

Lucidité !

Toute raison gardée, le pavoisement actuel ne doit pas faire oublier l’essentiel, mis à part, le fameux reportage de la télévision américaine "ABC-NEWS" sur la famille Bongo ne changera rien. Il ne faut rien espérer des puissances étrangères, qui s’entendent toujours entre elles sur le dos des peuples.

La temporisation est nécessaire!

 

Ainsi, dans le concret, qu’a fait exactement, Monsieur Barack Obama, depuis la mort d’Omar Bongo Ondimba ?

 

Quel signe a donné l’Amérique Monsieur Barack pour témoigner sa compassion au petit peuple gabonais ?

 

Monsieur Barack Obama et ses grands principes ce sont ils pas exprimés quand des jeunes laissaient leurs vies sur les bords des trottoirs de Port-gentil ?

 

a) Pourquoi Barack Obama et son gouvernement n’ont pas refusés de reconnaître l’élection d’Ali Ben Bongo Ondimba à la tête de l’exécutif ?

 

b) Pourquoi Le président Barack Obama et son administration n’ont appelés au boycotte des entreprises américaines avec le Gabon ?

La société Américaine "Bechtel", spécialisée dans le contrôle des Grands travaux est bien devenue incontournable au palais du bord, ne rendant des comptes qu’au chef de l’état lui-même.

 

c) Pourquoi, Monsieur Barack Obama et son administration ne demandent pas à Monsieur Lee White et à son épouse Kate White, de cesser toutes collaborations avec Monsieur Ali Ben Bongo Ondimba et son épouse.

Madame Kate White a mis son carnet d’adresse et sa connaissance des ‘ONG’ et organismes à travers le monde au bénéfice de Sylvia Bongo… Que tirent les époux White de cette proximité ? -  Profits personnels seulement ou ces derniers participent également à asseoir l’influence américaine au cœur de l’exécutif Gabonais.

 

La real politique !

En effet, Non, Ils ont laissés faire, Monsieur Barack Obama y compris, abandonnant le peuple face à un système qui n’allait pas se laisser reprendre ses prérogatives.

 

L’Amérique de Barack Obama  comme la France de Monsieur Sarkozy, c’est la monnaie d’un même et unique pièce.

 

Qui laisse faire depuis cinquante ans et a placé sur le piédestal ce pouvoir ?

 

Il n’y a aucunes illusions à se faire sur les déclarations de Monsieur Obama.

 

Arrêtez de rêver!

Le peuple gabonais ne doit rien attendre de ces postures archiconnues de tous, ce ne sont que des mots, çà ne fait de mal à personne, ne mange pas de pain, coûte pas cher. Pendant ce temps, 60% de jeunes gabonais voient leur avenir compromis, mais les bonnes affaires "Amérique, France et Gabon d’en haut" peuvent continuer à se fructifier sans crainte.

 

Peuple seul tient la solution

En définitive, comme sous d’autres cieux, il revient au gabonais de prendre leur destin en main, personne ne le fera à leur place. L’esclave doit prendre seul la décision de briser ces chaînes, au lieu d’espérer qu’un jour, son maître le fasse. Tant que le gabonais acceptera de vivre dans l’indignité, de mourir en silence dans les campagnes, d’aller fouiller à la décharge de "Mindoubé" pour trouver de quoi vivre, de survivre d’expédients pendant que les mêmes continueront à remplir leur compte en banque, à se gaver de délices et de champagne.

 

Rien ne bougera !

Le Gabonais est seul RESPONSABLE de ce qu’il vit, et c’est lui seul qui détient les clés qui peuvent brisés tous les carcans qui empêchent son épanouissement et son développement.

 

Souvenez-vous, une petite femme simple, Madame Rosa Parks* qui refusa de céder sa place à un passager blanc dans un bus, à Montgomery dans l’état de l’Alabama, elle changée ainsi la place de l’homme noir au yeux du monde et de l'Amérique en particulier.

 

Le respect et la dignité ont un prix, pour le moment aucun de nous n’est prêt à franchir le pas. VOILA LA VERITE.

 

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12 juin 2011 7 12 /06 /juin /2011 16:34

12 juin 2011

Shaykh Aboulnwar Mahamat Djarma


L'Afrique peut-elle espérer?

 

Nul doute que l’espoir de voir une Afrique libre indépendante et démocratique caresse tous les Africains depuis l’aube des différents mouvements d’émancipation qui avaient gagné le continent, dés la fin de la deuxième guerre mondiale. Aussi, même si les leaders politiques de l’époque étaient pleins de fougue et d’inébranlable volonté de prendre en main la destinée de leurs pays respectifs, beaucoup d’outils leur manquaient pour faire aboutir leurs desseins.

 

D’abord les conditions dans lesquelles ils ont accédé à celle qui est abusivement considérée comme une Indépendance, ne laissaient aucune chance aux acteurs de prendre des initiatives sans l’interférence intempestive du néo-colonialisme. Les accords de 1960 sont une illustration parfaite de cette assertion. La politique extérieure, l’exploitation des matières stratégiques, l’éducation et la monnaie sont du domaine de la « coopération », donc soumises a une concertation préalable avec la rue Monsieur à Paris, du moins pour l’Afrique francophone. Les divergences profondes des intérêts, plutôt les contradictions fondamentales de ceux-ci ne permettent aucune entente, même pas de compromis entre les deux. Alors la loi du plus fort est la meilleure.

 

A titre d’exemple, en 1965, un ministre d’un pays africain grand producteur du coton, a signé à Tokyo au Japon un accord pour l’installation d’une industrie textile sans l’avis préalable de la rue Monsieur (siège du ministère de la Coopération à Paris) . Très satisfait de son opération le ministre rend compte au président de la République et lui demande une semaine des vacances que celui-ci lui accorda avec plaisir. A peine arrivé à destination, il reçoit un message lui demandant de regagner la capitale d’urgence. Le président de la République lui demande de prendre l’avion le soir même « puisque ta réservation est faite, tu vas t’excuser auprès de l’Ambassadeur du Japon à Paris que le projet en question ne peut pas voir le jour ». Le ministre dit au président que ce projet n’a pas de semblable en Afrique et qu’il fallait le sauver; le président lui répond : « nous devons sauver l’usine textile ou notre pouvoir ? » Le ministre dit : « j’ai compris ». Il prend Air France le même soir pour se rendre à Paris. Il prend rendez-vous avec l’Ambassadeur du Japon. Dès qu’il fit son entrée, l’ambassadeur lui dit : « Ne dites riens ils nous ont informé et nous vous comprenons. » Le ministre va droit à la rue Monsieur pour rencontrer le secrétaire d’Etat aux affaires africaines qui, dès son entrée à son bureau lui lance : « c’est bien comme ça pour tout le monde n’est-ce pas ? »

 

Cet exemple authentique est le reflet des conditions dans lesquelles opéraient les dirigeants africains pendant les quarante premières années des indépendances si le mot peut encore signifier quelque chose. Tous les bouleversements, les coups d’Etat et même parfois des rebellions dans certaines régions, sont alimentés par ces mains aux gants de fer ; soit parce que tel dirigeant ne veut pas comprendre soit par ce qu’il a trop compris. Il faut le déstabiliser et avec lui son pays pour créer une instabilité provoquant ainsi des doutes sur la fiabilité du système et sur sa capacité de garantir des investissements. Cette situation a crée des inconditionnels, des marionnettes, des bénisseurs et des serviles totalement conditionnés pour freiner un quelconque progrès dans quelque domaine que soit. On me dira : "oui c’est toujours facile de rejeter la responsabilité de notre retard sur les autres"; soit! Et si les autres là sont parfois nous mêmes? L’agression culturelle est telle que parfois nous sommes pires que les autres. Est-ce cela que l’écrivain congolais Sony Labou Tansi appelait la « mocherie » ? En tout cas elle ne date pas d’aujourd’hui.

 

Il parait que l’autodiscipline, la servilité, la docilité voire l’imbécillité, sont les meilleures recettes pour toute élite qui a la prétention de servir un jour son pays dans les hautes sphères de son État. Pour autant que cela fût valable hier, il l’est encore aujourd’hui, tant au niveau de la Françafrique auprès des chefs d’Etats prisonniers de leurs tours d’ivoire, tel un chasseur qui attrape un lion par la queue. Enumérer les raisons de notre retard en Afrique serait inopportunément fastidieux. Mais évoquer les conditions optimales pour un décollage désormais obligatoire est le devoir de tous.

 

Il faut que l’élite renonce s’il le faut à son ambition de briguer de responsabilités au niveau des hautes sphères de l’Etat. Qu’ils acceptent de servir d’aiguilleurs des consciences, d’agitateurs de la jeunesse, la vraie. De parler, d’écrire et de publier leurs réflexions et leurs analyses les plus désobligeants et les plus critiques envisageant des solutions originales. il faut nécessairement quitter les sentiers battus pour une projection purement africaine, tenant compte de nos valeurs culturelles de nos civilisations et de nos intérêts nationaux.

 

Nous lisons parfois des grands Africains qui abordent des sujets brûlants et dans un sens responsable et très honorable, mais la majorité préfère se taire sous prétexte qu’elle est fragile ou qu’elle a des prétentions ; jusqu’à quand ? Il faut avoir le courage de poser les problèmes à l’ordre du jour tels que : la reforme en profondeur des structures et des institutions de l’Etat, les questions économiques financières et monétaires, les programmes d’enseignement et de l’éducation, les instruments de coopération régionaux, les méthodes du développement agricole, etc. La démocratie, les libertés et la bonne gouvernance ne peuvent-elles s’exercer dans la conception importée où les Africains sont à même de garantir les libertés et la bonne gouvernance avec des structures nées de leurs propres tripes.

 

Il est vrai que les conditions précaires dans lesquelles sont placés les universitaires africaines ne leur laissent aucune fenêtre pour voir et observer ce qui se passe autour d’eux. La maigreur des salaires, les conditions sécuritaires, l’indécence du logement et l’entretien de leur famille leur enlèvent toute envie de lire et encore moins celle de faire des recherches. Mais cela est-il suffisant pour expliquer cette inertie ?

 

En tout cas l’espoir ne nous serait permis que le jour où nous accepterons de braver ces barrières et de briser toutes les chaînes que je viens d’énumérer, et celles que je dois certainement ignorer du fait des limites qui m’entourent.

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11 juin 2011 6 11 /06 /juin /2011 02:52
29 mai 2011
Rodrigue Kpogli

Cela sert-il à quelque chose de mourir pour les Africains?

 

Cette question aussi abrupte et provocante qu’elle puisse paraître mérite d’être posée en ce moment où l’un des derniers résistants – certes avec ses faiblesses et ses contradictions – en la personne du président Laurent Gbagbo est entre les mains des ennemis de l’Afrique. Sa capture et sa détention depuis lors, par ceux qui n’ont jamais voulu voir l’Afrique jouer un autre rôle en dehors de cette terre pourvoyeuse de matières premières quasi-gratuitement aux pays industrialisés qui lui fournissent des produits finis bas de gamme à prix exorbitants, de terrain de jeu pour les puissances qui y déversent leur excès d’antagonismes et de déchets de toute sorte, au lieu de montrer que les africains sont capables d’être un peuple qui a compris les sales draps dans lesquels il est emballé, ont plutôt clivé. L’immense majorité s’en est plutôt foutue, une majorité a jubilé et une minorité a déploré. Bref, la situation de manière caricaturale est résumée par ce tirailleur sénégalais moderne qui, à la capture du président Laurent Gbagbo, s’écria, un téléphone portable collé à l’oreille : « on a attrapé Gbagbo : vive la libertéééééééé !!! ». Cette image, en réalité dramatique, traduit l’inconscience des africains du rôle qu’on leur fait jouer pour se tuer eux-mêmes. Pour les metteur-en-scène nichés à des milliers de kilomètres dans des palais présidentiels ou dans des tours de multinationales œuvrant en Afrique, cette image et ce cri de joie décrit plus haut ont dû faire sourire et faire dire « quel enculé ? On vous a eu ! »



La route est encore longue pour parvenir à l’érection d’africains conscients

C’est dire combien au sein de notre peuple, il y a des gens à qui la déliquescence et la déchéance ne signifient pas grand-chose. C’est dire aussi combien la route est longue pour parvenir à l’érection d’africains au fait du monde et aptes à identifier, simplement identifier, les intérêts de notre peuple. C’est triste ! Le spectacle est encore plus désolant lorsqu’on a vu Nicolas Sarkozy se faire acclamer lors de son passage en Côte d’Ivoire pour remettre les clés de la maison au chien de garde Alassane Ouattara. Nous ne sommes pas dupes pour savoir la manipulation et l’achat de consciences qui se cachent derrière ce type d’images sur lesquelles on trouve les humiliés accueillir en héros leurs bourreaux. Toutefois, voir ne serait-ce qu’un seul africain acclamer Sarkozy est une initiative idiote de trop. On se souvient d’ailleurs du discours de Sarkozy à l’université Cheick Anta Diop de Dakar où il a insulté l’Afrique durant des dizaines de minutes sous les acclamations d’un public décrit comme l’élite de l’Afrique. Quelle est cette élite, élite de demain disait-on à l’époque, qui acclame celui qui était venu dans son « je suis venu » christique injurier les africains sur leurs propres terres ? Il n’y a qu’en Afrique que pareille infamie est possible. Bush, essayant de réécrire l’histoire de l’Irak devant une presse bien que triée sur le volet, a dû esquiver les chaussures d’un journaliste irakien qui n’en pouvait plus d’écouter la moquerie de cet envahisseur. C'est toute le contraire qui se produit en Afrique.


Que Kwame Nkrumah revienne voir l’état des africains

Notre réalité est que nous sommes un pauvre peuple, un peuple mort, un peuple insouciant et indolent dans un monde vivant et agressif. Que Kwame Nkrumah revienne voir l’état dans lequel nous sommes. Que Sankara revienne voir les africains. Que Lumumba revienne nous voir. Que Samory, Behanzin, Chaka Zulu, Sekou Touré, Sylvanus Olympio, Steve Biko…reviennent tous voir l’état du peuple pour lequel ils ont eu une vie pénible et pour qui ils sont morts pour la plupart, assassinés. Peut-être se demanderont-ils si leur mort avait servi à quelque chose. Le constat est amer et il le sera davantage car beaucoup d’africains habitués à la souffrance ou érodés par l’inconscience n’ont pas encore donné le meilleur d’eux-mêmes pour lacérer l’Afrique. Ils n’ont pas encore donné tout ce dont ils capables pour maintenir l’Afrique sous la tonte. Afrique, chère Afrique : tu seras tondue jusqu’aux os, car certains de tes enfants ont décidé de t’immobiliser à cet effet ! Ils ont choisi, par ignorance crasse ou par cupidité étriquée, de t’immobiliser comme un cabri pour que les vétérinaires, les maîtres du monde t’inoculent non point un vaccin pour te secourir de la mort, mais plutôt des substances létales.

Face à cela, certains ne sont pas restés indifférents ou spectateurs impassibles. Nous avons tenté des choses. Mais la désillusion est immense et au jour le jour la situation se détériore. Les moyens d’aliénation sont de plus en plus perfectionnés et beaucoup d’africains pris dans les mailles du système louent les outils qui les tuent en réalité. Ainsi, dansent-ils, rient-ils, jubilent-ils face aux bombes et aux actions tutélaires d’un Occident égoïste qui enrobe ses intentions dans le carton de l’humanitaire et des droits de l’homme. Dès qu’un africain démasque ce faux et usage de faux, d’autres africains crient au scandale, lui tombent dessus et le combattent à mort. En agissant ainsi, on démontre que cela ne nous pose aucun problème si notre territoire nous échappe totalement et si, à l'instar de la Côte d'Ivoire et de la Libye, l'Occident vient y dicter sa loi.


On ne peut libérer un peuple qui trouve qu’il est libre

Le fait est qu’on ne peut libérer un peuple qui trouve qu’il est libre. On ne peut rien faire face à une majorité d’africains prêts à être contre l’anticolonialisme et à proclamer que l'Afrique ne subit rien de la part du monde extérieur. En vertu de cette conviction, des africains sont capables de haïr à mort les leurs qui essaient de leur ouvrir les yeux sur la réalité du monde. C’est-à-dire que dans cette institution d’inversion des responsabilités installée par le colonialisme, les africains prennent effectivement leurs ennemis pour leurs plus fidèles amis et leurs seuls amis, leurs pires ennemis. Que faire si une large part de nous-mêmes n'a pas encore compris où se situe notre devoir et comment notre intérêt vital exige d'organiser à partir de nous-mêmes dans un esprit d'ensemble les moyens de résolution de nos difficultés pour la plupart nées de la rencontre de l'Afrique avec le monde extérieur? Autant, il n'y pas de créations sans créateurs, autant il n'y a pas de libération sans libérateurs. A nos enfants, nous dirons donc ceci : nous avons essayé de vous laisser une autre Afrique, une voie en dehors de celle imposée par le colonialisme, nous avons essayé de ne pas vous laisser en héritage le statut de peuple à terre. Hélas ! Nous avons été férocement combattus par beaucoup de nos propres frères et sœurs. Ces derniers se sont opposés à nous plus que les maîtres dont ils sont l’émanation et donc des alliés objectifs. Et en matière de combat d’un peuple, il n’y a pas plus redoutables adversaires que ses propres congénères. C’est ainsi que nous avons dû faire face simultanément à deux fronts : celui de notre propre peuple et celui des loups du monde extérieur. Un front solidement uni par les liens de sujétion, de fascination voire de subjugation que les dominateurs ont exercé et exercent sur la partie la plus arriérée et la plus aliénée de notre peuple.


Les larmes ne sont pas une arme

Même si quelques africains pleurent l’écrasement des héros de notre peuple, la vérité est que les larmes ne sont pas une arme face à un monde extérieur qui ne lésine sur aucun moyen pour que l’Afrique lui soit éternellement accessible. Si les larmes et les jérémiades étaient la solution, l'homme noir aurait été libéré depuis. Lorsqu'il s'est retrouvé dans les chaînes et dans les cales des négriers, l'homme noir a pleuré, gémi et supplié. En vain.

Il reste donc que beaucoup trop d’africains trouvent qu’il n’y a pas de problèmes là où il y en a massivement, en réalité. Pour eux, le colonialisme c'est fini; même s'il vient de frapper en Côte d'Ivoire et continue de frapper la Libye sous leurs yeux. Même si l'économie africaine fonctionne toujours sur le modèle du pacte colonial avec le franc CFA entre les mains de la France, le colonialisme, c'est fini il y a de cela 50 ans. "L'Afrique est indépendante, elle fait ce qu'elle souhaite depuis 50 ans" et s'il lui arrive de ne pas être en mesure de résoudre ses problèmes, c'est parce qu'elle "refuse le développement" en refusant de mimer l'Occident comme le disait faussement Axel Kabou. Et pour ces africains, il ne sert à rien de mourir. Car, ils sont les premiers à dire que « on te tuera pour rien », « tu vas mourir pour rien » et lorsqu’effectivement le moment fatidique arrive, ils disent « aaah, nous t’avions prévenu », « tu t’es laissé prendre comme un chien », « voilà, tu voulais montrer que c’est toi seul qui a compris non, c’est bien fait pour ta gueule ». Autrement dit, « tu luttais pour toi-même, pas pour nous ». Donc, tu péris non pas pour nous, africains. Mais pour toi-même!
Au fond, beaucoup d'africains sont non seulement fatigants mais surtout désespérants. 
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5 juin 2011 7 05 /06 /juin /2011 15:04

6 juin 2011

Radio Nederland Wereldomroep


 

http://t3.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTWESrvx72Q8dUk27UJUxczVasmh_n8yhs20wtaASIOIadprEMkRQLe leader de l'opposition tanzanienne et président du parti Chadema, Freeman Mbowe, a été arrêté samedi à Dar es-Salaam par la police en exécution d'un mandat d'arrêt de la justice, a-t-on appris auprès de sa formation.

M. Mbowe "s'est rendu dans un commissariat de police de Dar es-Salaam où il avait été convoqué", a indiqué à l'AFP un porte-parole du Chadema, Mabere Marando, qui a été témoin de l'arrestation.

"Ils (les policiers) l'ont alors arrêté en éxécution du mandat d'arrêt délivré par le juge du Tribunal de grande instance d'Arusha (nord)", a expliqué M. Marando.

"Ils ont dit qu'il resterait emprisonné jusqu'à ce qu'il comparaisse lundi devant ce juge", a-t-il précisé.

L'arrestation a été rapportée par plusieurs médias locaux.

Président du principal parti d'opposition, le Chadema, le député Freeman Mbowe était sous le coup d'un mandat d'arret émis le 27 mai par une juge d'Arusha puis renouvelé jeudi, suite à son absence à une audience alors qu'il était sous controle judiciaire.

M. Mbowe et 18 autres dirigeants et membres du Chadema sont poursuivis notamment pour manifestation et rassemblement illégaux, dans une affaire dont les audiences ont été maintes fois repoussées ces derniers mois.

Le 27 mai, alors que la chambre devait annoncer le calendrier du procès, le président du Chadema et six autres accusés n'étaient pas présents. Leurs personnes-cautions ne s'étaient pas déplacées non plus.

Le juge avait alors ordonné leur arrestation pour qu'ils puissent s'expliquer de leur absence.

Après l'émission des mandats d'arrêts, tous, à l'exception de M. Mbowe, se sont présentés librement devant le juge ou ont envoyé leurs personnes garantes.

Les responsables et membres du Chadema sont accusés d'avoir participé le 5 janvier à Arusha à un rassemblement non autorisé, violemment dispersé par la police qui avait tué trois personnes par balles, selon un bilan officiel.

Ils sont inculpés notamment de "conspiration en vue de commettre une infraction, rassemblement illégal, manifestation non-autorisée, et émeute".

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1 juin 2011 3 01 /06 /juin /2011 12:45

1er juin 2011

Kilosho Barthélemy

 

L’Afrique Centrale, une des Régions méconnue de l’Afrique caractérisée par l’absence de la démocratie, du développement, d’un trou noir dans la gouvernance, et des États mal assis.

 

Thierry VIRCOULON, Central Africa Project Director au International Crisis Group, retrace très bien la problématique de gestion des ressources naturelles dans cette Région du monde caractérisée par des rivalités inter-ethniques, la monopolisation du pouvoir et où l’accès aux ressources naturelles se fait avec grandes violences.

 

La majorité de ces pays comme le Congo Brazzaville, RD Congo, Rwanda, Burundi, Gabon, Cameroun, Tchad etc.. ont été découverts par les occidentaux pour l’exploitation des ressources naturelles principalement le caoutchouc, l’ivoire et les exploitations s’étaient déroulées avec grandes violences.

 

International Crisis Group, une Organisation non Gouvernementale basée à Bruxelles en Belgique, retrace comment les colons, animés simplement par l’appât du gain, ont entretenus des rivalités inter ethnique jusqu’aujourd’hui. Dans ces pays, certains ethnies se considèrent supérieures à d’autres ethnies, par exemple, le kasaïens du Katanga, le Tutsi au Rwanda et au Burundi.

 

Les finances publiques de ces pays, dépendent à quatre-vingt-dix-neuf pour cent des ressources d’exportations brute ; caractérisés par une économie non diversifiée et où le secteur privé vient s’adosser. Ce qui fait de ces pays, des États rentiers.

 

Sur le plan politique, les indicateurs de gouvernance mettent l’ensemble de ces pays d’Afrique centrale en queue de peloton des autres pays. Le pouvoir est monopolisé par une seule ethnie et la distribution de la rente est faite par l’administration publique et non le secteur privé. C’est pour cette raison que la plupart des gens préfèrent travailler dans l’administration plutôt dans le secteur privé.

 

Comme souligne cette organisation active dans les préventions des conflits à travers le monde, la plupart des conflits existant dans cette région, sont basées essentiellement sur la rente opposant les gouvernements aux investisseurs étrangers.

 

Et cette logique de conflits s’expliquent essentiellement par le contrôle de la rente notamment le coltan, diamant et or en Rd Congo, le pétrole au Congo Brazzaville, Tchad, République Centrafricaine où les avantages sociaux sont disproportionnés entre les pouvoirs et le reste de la composante de la société comme la société civile, l’opposition. C’est pour cette raison que les oppositions ont tant de mal à conquérir les pouvoir à travers l’alternance pacifique.

 

Dans ces pays, le développement est considéré comme des cadeaux présidentiels notamment les inaugurations ostentatoires des ponts, routes, Centres de santé, écoles par les présidents ou les hautes autorités de l’Etat. C’est la capacité de redistribution des revenus tirés de la rente, qui permet aux dirigeants d’asseoir leur pouvoir.

 

Il en va de soi que la stabilité dans cette région dépend énormément des fluctuations du cours des matières premières sur le marché mondial. Les pouvoirs se renforcent pendant l’embellie ou la hausse de matières premières, au moment des découvertes des gisements des matières 1ères, en l’occurrence le pétrole au Tchad, au Burundi, en Centrafrique, en RD Congo. Les accalmies observées, restent fragiles et temporaires aussi longtemps que les fluctuations des cours des matières 1ères restent positives.

 

Malgré les mesures adoptées de l’extérieur en l’occurrence la Banque mondiale pour le contrôle du pétrole du Tchad, les États-Unis pour le contrôle des minerais en RD Congo, Kimberley Process pour le diamant dans les zones des conflits ; il s’avère que ces mesures restent limitées parce que, venant de l’extérieur, ne servent qu’à alimenter les contradictions et la dichotomie entre les multinationales de plus en plus puissantes et les pouvoirs en place corrompus et dictatoriaux.

 

Faudrait-il, pour les africains, de penser peut-être, un autre mode de développement basé sur les produits non rentiers, agricoles locaux pour freiner ce cercle vicieux où la longévité des pouvoirs politiques ne dépend que de la rentabilité économique des multinationales étrangères.

 

Et la population… "Allez-vous faire foutre".

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26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 19:56

26 mai 2011

Kwanzaamillenium

 

On croit souvent à tort qu'en 1884-1885, la conférence de Berlin imposait à l'Afrique, qu'elle tailladait arbitrairement au crayon et à la règle dans les salons feutrés de la capitale Allemande, un concept nouveau: celui de frontières. On parle depuis d'un phénomène de balkanisation, ce qui est faux et cela pour deux raisons. La première de ces raisons est que le continent Africain n'a jamais été une entité politique unie sous l'autorité d'un même gouvernement, la seconde est qu'après comparaison des superficies et de l'hétérogénéité culturelle entre Etats Africains issus de ce tracé et Etats Balkaniques nés du démembrement de l'Empire Ottoman, de l'Empire Austro-Hongrois et de la Yougoslavie on voit que les premiers sont grands (voire immenses) en superficie et en diversité ethnique alors que les seconds sont très petits et présentent une diversité ethnique faible voire nulle, au passsage aussi les premiers sont dans une situation socio-économique désastreuse tandis que les autres ont relativement su relever les défis de la relance économique post-conflits et post-communisme ainsi que ceux de l'intégration régionale. Cela n'est pas le sujet de l'article et ne mérite pas que l'on s'y attarde trop, je revois les non-conavaincus à un article traitant du mythe de la balkanisation de l'Afrique. Revenons donc au principe de frontières qui comme on l'a vu plus haut n'est pas étranger à la tradition socio-politique Africaine.

 

La différence entre la conception Africaine de la frontière et la conception Européenne ou disons pour être plus juste contemporaine tient de l'application concrète que prenait celle-ci avant l'occupation. Faute de développement de la cartographie et en raison du faible peuplement de l'immensité territoriale Africaine, les sociétés ne voyaient leurs frontières que comme des zones tampons dans lesquelles l'autorité politique souveraine n'avait que peu d'impact, et au delà desquelles le souverain n'avait absolument aucun contrôle, soit parce qu'un autre concurrençait son pouvoir, soit parce que le centre politique était si éloigné que les populations vivant aux franges de l'entité politique ne vivaient l'autorité centrale que de manière très théorique ou même pas du tout, soit parce qu'on pouvait faire face à un no man's land dans lequel il était possible de ne croiser aucune vie humaine après au moins deux jours de marche, soit encore parce que la formation étatique n'était en fait qu'un ensemble de groupements qui sans se reconnaître de chef suprême avaient pour principe de faire front commun face à une menace. Il arriva aussi que les souverains définissent leur territoire en se référant à des éléments naturels comme c'est le cas des empereurs Ashanti ou des rois du Buganda, pour autant leur autorité ne couvrait pas toujours l'intégralité des territoires revendiqués, les premier par exemple (les empereurs d'Ashanti) considéraient que leur Etat s'étendait du nord aux franges des savanes au sud sur la côte Atlantique or ce territoire comprenait les cité-états Fante se présentant aux marchands et diplomates Européens et probablement Africains comme des entités entièrement souveraines, on peut alors parler pour les empereurs Ashantis d'un territoire imaginaire qu'ils s'étaient attribués au delà de leur territoire effectif qui seul était déjà considérable.

 

Ce qu'introduisirent les occupants occidentaux fut le concept de ligne de frontière, de frontière linéaire qui dessina jusqu'à nos jours ces enclos que l'on ose appeler Etats bien que ces frontières soient plutôt imperméables quand bien même l'intégration continentale Africaine reste à un niveau d'achèvement insignifiant. Lorsque je traçais les frontières internes de la Fédération Panafricaine, je le faisais en appliquant le principe colonial de ligne frontalière mais aussi surprenant que cela puisse paraître, Google Earth vint me décoloniser l'esprit. En effet, lorsque j'entrepris de superposer la carte sur le globe virtuel afin de vérifier si ces frontières bien que respectant les aires culturelles ne seraient pas géographiquement absurdes en isolant par exemple le territoire de certaines nations derrière un massif montagneux ou en divisant une métropole entre deux Etats comme Saint Louis qui a son centre dans le Missouri et ses quartiers Est dans l'Illinois, je dû constater que ce qui sur la carte était une ligne était sur le globe un véritable couloir pouvant avoisiner les 20km de largeur. Cela me chagrina un peu et je m'étais dit qu'il appartiendrait aux populations de tracer les lignes qui leur conviendraient à l'intérieur de ces couloirs, tout comme il leur appartient de tracer les couloirs dans les limites du raisonnable le but n'étant pas de construire une fédération de 500 micro-Etats ou plus, 150 serait déjà trop à mon avis.

 

Et puis après avoir interrogé l'historiographie sur la "philosophie" Africaine de la frontière, les travaux de divers chercheurs vinrent donner raison à Google Earth et ses couloirs frontaliers finalement très proche de celle-ci. Ces ainsi qu'est né un nouvel objet juridique dans le projet panafricain que je défends: les zones frontalières ou pour reprendre la dichotomie des historiens francophones: les marches.

 

Celles-ci comme leur nom l'indiquent marquent la séparation entre deux territoires nationaux, un Liberia prend place lorsque deux zones frontalières se croisent ou lorsqu'une zone frontalière est riveraine d'un lac, d'une mer ou d'un océan. Ces zones frontalières sont des couloirs dont la largeur ne peut excéder les 25km ni ne peut être inférieure à 5km. Les nations riveraines du couloir peuvent à loisir placer des portes d'entrée (poste-frontières) donnant sur celui-ci. D'un point de vue administratif, les zones frontières sont divisées en marches composées d'une vingtaine de localités regroupées autour d'un chef-lieu prenant en français (bien que cette langue ne sera pas utilisée) le nom de Marquisat, par exemple d'après Google Earth, Tambacounda dans l'actuel Sénégal située dans la zone frontalière du Mali et du Futa Tooro serait au vu de sa taille un Marquisat.

 

Les marquisats sont gouvernés par des conseils de Marquis, ceux-ci sont semi-autonomes, ils reconnaissent de manière honorifique comme Grand Marquis au moins un des chefs d'Etat voisins, au mieux les deux. Les habitants des marches ont en revanche la nationalité d'un des deux Etats voisins ou la double nationalité si ceux-ci permettent cela. L'autonomie juridique des conseils de Marquis est destinée à régir les rapports entre les communautés cohabitant sur le même espace et surtout à voir de quelle manière peuvent être conciliées les lois auxquelles les deux nationalités, voire les trois nationalités si s'installent des Marrons, sont soumises car même vivant dans une zone frontalière, un individu reste membre de sa nation et doit obéir aux lois de celles-ci, l'ordre est assuré en ces contrées par des brigades de coopération inter-frontalières sensés remettre les individus à la justice de leurs nations respectives. Pour résumer on peut dire qu'à Tambacounda par exemple on est à la fois au Fouta Tooro et au Mali, mais on y est soit Malien, soit Peul du Fouta Tooro la circulation est libre dans la zone frontalière pour les individus issus des deux nations riveraines et des Liberias situés aux extrémités . Les décisions prises par les conseils de Marquis peuvent orienter les politiques d'harmonisation juridique entre deux Nations voisines afin que la mosaïque juridique ne bloque pas trop la fluidité des échanges au sein de la fédération.

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26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 19:33

25 mai 2011

Afriquinfos

 

http://t1.gstatic.com/images?q=tbn:ANd9GcTDlbXkTBrbfndIuChRfWUoMSDajhn0bgv9GtwDt_aOV2bLMBxCsQLes chefs d'Etat africains devraient tirer les leçons des soulèvements populaires en Afrique du Nord pour consolider la démocratie et la bonne gouvernance, a déclaré la représentante de l'Union africaine (UA) en Centrafrique, Mme Ahmed Youssouf,  mercredi dans une conférence de presse à l'occasion de la célébration de la journée de l'Afrique.

 

Selon Mme Ahmed Youssouf, les leaders africains sont appelés à tenir compte des aspirations populaires et de trouver les  moyens de prévention des conflits et de renforcement de la participation populaire à la recherche des solutions aux problèmes de l'heure, dans le cadre de la mise en oeuvre effective de la bonne gouvernance,  la culture démocratiques, le respect des droits de l'homme, de l'état de droit et de constitution.

 

Elle a indiqué que l'UA saisit la persistance des crises et conflits sur continent qui sont selon elle liée à l'absence d'une amélioration significative de la gouvernance politique et économique créant des frustrations et des mécontentements au sein de la population et débouchant finalement sur des révoltes et des révolutions.

 

« Notre continent reste confronté à de nombreux défis en matière de maintien de la paix et de sécurité collective, aggravé par la résurgence du phénomène de changement anticonstitutionnel de gouvernement et depuis le début de l'année à ce que l'on qualifie de révolution du peuple », a-t-elle rappelé.

 

Mme Youssouf a annoncé que pour mettre fin au phénomène des coups d'Etats en Afrique, l'UA a décidé lors du sommet de janvier 2010 à Addis  Abéba de procéder désormais à l'exclusion systématique des gouvernements issus de ces coups et l'interdire à leurs auteurs de se porter candidats aux élections.

 

Par ailleurs elle s'est félicitée du déroulement pacifique des dernières élections en République Centrafricaine, au Niger et en Guinée.

 

A l'occasion de la journée de l'Afrique célébrée le 25 mai de chaque année, le bureau de liaison de l'UA ainsi que les ambassadeurs africains en mission en Centrafrique ont remis ce matin « une torche de la paix » au chef du gouvernement centrafricain, Faustin Archange Touadéra.

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 02:54

23 mai 2011

Noir, Fier et Conscient

 

 

Au premier abord, lorsqu'on est animé par un esprit de renouveau civilisationnel, par fierté ou par envie de tourner la page et sortir de l'abîme de la victimisation on est tenté de répondre rien, renaître comme si rien de tout ça n'avait existé. Pourtant, pour les mêmes motifs de fierté, d'impératif renaissantiste et de dévicitimisation de l'homme d'Afrique, ancrer solidement l'épisode colonial dans les mémoires sera un devoir primordial, afin notamment que cela ne se reproduise plus sous quelque forme que ce soit et qu'enfin soient honorées comme il se doit les innombrables victimes de ce crime contre l'africanité, à défaut de l'humanité dont le continent semble exclu. Ce devoir de mémoire dans l'Etat panafricain sera rendu à l'échelle nationale, la période coloniale sera tout simplement mise en mémoire sous l'appellation d'occupation, selon la nation prise en compte cette période commencera à la date à laquelle la dernière entité politique pré-coloniale de l'ensemble ethnique composant la nation a été subjuguée par l'envahisseur pour se terminer à l'indépendance de cette nation au sein de la fédération panafricaine, date que l'on ne peut pour l'heure connaître. Nous ne considérerons donc plus la colonisation comme un fait panafricain car cela tend à amoindrir la conscience qu'ont les peuples de l'ampleur du crime, même si en revanche la décolonisation effective et définitive devra être un des piliers de l'alliance panafricaine.

 

Une fois dans les mémoires nationales, la colonisation (l'occupation) devra être appréhendée dans la culture populaire comme une période extrêmement négative, nous considérerons en effet qu'aucune "amélioration" du sort des populations ne saurait compenser l'ampleur du désastre et que tout discours complaisant envers ce crime devra être passible de sanctions pénales au même titre que le négationnisme le est terme pris pour la comparaison, l'attitude à adopter face à la Shoah ira dans l'Afrique renaissante de l'ignorance à l'indifférence la plus totale. La différence fondamentale entre l'appréhension contemporaine de la colonisation et celle qu'il sera bon d'adopter plus tard est la reconnaissance des responsabilités partagées des Européens et des Africains notamment en ce qui concerne la seconde phase d'occupation coloniale: l'indépendance des colonies pour laquelle devra être très largement mise en lumière la collaboration active indigène bien plus que les manoeuvre néo-coloniales qui ne rencontreraient aucun succès si elles n'étaient pas accueillies par des complicités internes.

 

Pour bien lever le voile sur cette sombre période, devront être rendues accessibles au plus grand nombre dès le plus jeune âge les informations portant sur les motifs de l'occupation, les idéologies et les idéologues qui la justifiaient, les résistances, les crimes de la conquête, les moyens d'exploitation des colonies, l'arrachement des indépendances ethniques, la destruction multiforme des sociétés préexistantes pour ce qui est de la première phase, le caractère mensonger des mouvements "d'indépendance", la collaboration active menée par leurs leaders et leurs héritiers, le désastre sanitaire et social provoqué par leur égoïsme, les massacres d'Africains par des Africains et les dénonciations de la tromperie post-coloniale pour ce qui est de la seconde phase. Ces informations seront vulgarisées par les discours d'orateurs, les cérémonies commémoratives, les travaux documentaires diffusés par les médias, les monuments de mémoires (un par localité), les musées historiques ou encore les parcs de mémoire que seront les quelques villes coloniales, notamment celles qui aujourd'hui encore portent le nom d'un criminel (je pense à Brazzaville), abandonnées et laissées en ruines bien visibles avec ici et là quelques instituts historiques à visiter.

 

Explorateurs, langues coloniales, patronymes, ethnonymes et toponymes coloniaux, architecture civile, militaire et religieuse coloniale, chefs d'Etats impérialistes, administrateurs coloniaux, entrepreneurs occidentaux, chefs d'Etats Africains, nom de colonies, nom d'Etats néo-coloniaux, noms sportifs ayant évolué dans une équipe coloniale tant d'éléments qui devront être synonymes d'horreur, de dégoût, de nauséabond, d'apogée du crime, de barbarie ou encore d'anti-civilisation dans l'imaginaire collectif au point que le reductio ad colonum  soit aussi efficace que le reductio ad hitlerum pour diaboliser un discours. Cela signifie-il que les relations devront demeurer froide entre tous les peuples ayant parmi leurs ancêtres des responsables de ce drame ? Il est clair que l'on entendra plus de "quand il pleut à Paris, Abidjan est mouillée", "je suis un sénégaulois", "les liens entre la France et l'Afrique sont historiques et chaleureux", "je suis fier d'avoir été colonisé", "la colonisation nous a sorti de la sauvagerie", pour autant gardons en tête que les responsables directs de tout ça ne furent pas plus que quelques milliers, que leurs contemporains ont pu être des collaborateurs "malgré eux" ou qu'ils étaient inconscients de la gravité du fait tant ils ont pu être intoxiqués de propagande ou incités à un nombrilisme outrancier. Plus tard encore nous ne nous retrouverons qu'entre descendants de contemporains de criminels coloniaux et il serait absurde que nous entretenions des rapports hostiles, cultivions un esprit de revanche pour les méfaits d'une poignée de ceux qui nous ont précédé.

 

Mémoire doit être synonyme de réconciliation, de relecture de l'histoire et de prise d'enseignements au sein des nations qui auront eu parmi les leurs des individus particulièrement engagés dans le système, je penses ici aux nations dont le groupe ethnique exerçait sa domination sur la colonie indépendante, ces nations auront un jour ou l'autre le devoir de s'excuser auprès des autres nations qu'elles maintenaient par l'intermédiaire de la colonie indépendante dans un état de quasi-asservissement et d'exclusion. Entre l'Etat Fédéral et les anciennes puissances occupantes que furent la France, le Royaume-Uni, l'Espagne, le Portugal, l'Allemagne, l'Italie, la Belgique, les Etats-Unis via le Liberia, le Volkstaat (héritier diplomatique de l'Afrique du Sud et de la Rhodésie du Sud) et l'ONU en tant qu'héritière diplomatique des mandats sur les anciennes colonies Allemandes et Italiennes et des Etats post-coloniaux qu'elle a accepté dans ses rangs alors qu'elle était au fait de leur caractère factice, aucune relation normale pourra être nouée si les dits Etats ou organisations ne se reconnaissent pas coupables de tentative d'ethnocide par acculturation (viol civilisationnel), d'agression militaire illégale motivée par des considérations d'ordre racial, de crimes de guerre, d'atteinte à la dignité des peuples et en héritage diplomatique des colonies indépendantes de non respect du droit des peuples à disposer d'eux mêmes et d'atteinte à leur dignité. N'étant pas un Etat mendiant, la Fédération panafricaine ne s'abaissera pas à demander des réparations financières, seulement des excuses annuellement renouvelées par les diplomates des entités concernées à une date prévue à des fins de commémoration.

 

Quant aux apports de la colonisation et des temps néo-coloniaux, comme je le spécifiais dans l'article précédent les rejeter systématiquement serait aussi débile que de refuser les avancées médicales réelles ou supposées permises par les expériences des médecins Nazis dans les camps de concentration et d'extermination. Tous méritent que l'on s'y attarde, que l'on en analyse les effets et que l'on en conserve ceux qui ont eu un rôle positif pour le bien commun des peuples concernés. Ces apports positifs cependant doivent être enculturés, ce procédé est comparable à l'inculturation réalisée par les missionnaires chrétiens, il vise à insérer dans une culture des éléments étrangers tout en donnant l'impression aux individus qui vivent cette culture que ces apports sont entièrement leurs et appartiennent à leurs traditions millénaires ou à leur univers culturel naturel, les chrétiens Européens ont appliqué ce procédé en Afrique, en Amérique et dans une moindre mesure en Asie mais sont beaucoup moins conscients qu'il leur a également été appliqué tout au long de leur histoire au point que le christianisme soit à tort communément considéré comme une foi d'essence Européenne, dans ses versions catholiques et protestantes tout du moins. L'enculturation, aussi incitatrice de jeux de mots soit-elle, est un impératif pour l'intégrité psychologique des futures générations, en effet celle-ci leur donnera la conviction de n'être redevable d'aucune autre peuplade tant il sera indubitable que tout ce qui constitue leur monde est l'oeuvre de leurs seuls ancêtres, il s'agit d'un puissant remède face au complexe d'infériorité ambiant qui aujourd'hui encore empêche beaucoup d'Africains de réaliser pleinement la gravité du préjudice colonial qui ainsi se retrouvent plus ou moins à justifier voir légitimer ou défendre l'entreprise coloniale

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 02:28

23 mai 2011

Siewe Segnou

 

Vingt ans après la chute du mur de Berlin


Le 9 novembre 1989, à 23 heures, le monde entier assiste stupéfait à la chute du mur de Berlin. Ce fameux mur de 155 km long et de 3,6 mètre de haut, bâti 28 ans plus tôt pour stopper l’immigration des Allemands de l’est vers l’ouest [1], séparait physiquement la ville de Berlin en deux (Berlin-est et Berlin-ouest). Mais loin d’un simple mur, le mur de Berlin était un symbole. Le symbole de la division du monde en deux blocs à savoir le bloc capitaliste et le bloc communiste, tous deux inscrits dans une guerre froide depuis 1947. La chute du mur de Berlin a donc été un évènement majeur dans l’histoire de l’Allemagne. Cet événement, les Allemands l’on appelé Die Wende "le tournant".

La destruction du mur de Berlin a également été un tournant dans l’histoire du monde. Elle a été le signe prémonitoire de la dislocation du bloc communiste et du déferlement de la démocratisation dans le monde et surtout en Afrique. En effet, depuis leur accession à l’indépendance, jusqu’à la chute du mur de Berlin, les États africains, n’ont connu que des systèmes dictatoriaux et totalitaires. Le contexte mondial marqué par la guerre froide le justifiait. Mais dès la fin de cette guerre dont la destruction du mur de Berlin en était le signe avant coureur, le vent de l’Est a soufflé sur le continent africain et les régimes dictatoriaux se sont effondrés pour laisser la place à la démocratie. Ce bouleversement dans l’establishment politique des États africains était d’autant plus obligatoire que le discours de la Baule de François Mitterrand l’exigeait. Une manière pour l’occident de convaincre les dictateurs africains que le monde avait changé et que seul les régimes qui se démocratiseront auront le soutien des puissances occidentales. C’est ainsi que les constitutions ont été révisées, les conférences nationales organisées et la transition démocratique mise en marche dans la grande majorité des États africains. Mais alors, quel bilan peut ont faire des vingt ans de démocratie en Afrique ? Autrement dit, quel est l’état actuel de la démocratie deux décennies après sa mise en œuvre sur le continent noir ? C’est à cette question que nous tenterons de répondre dans ce modeste travail.

1. Les causes de la démocratisation des pays africains

Pour mieux dresser le bilan de deux décennies de démocratie en Afrique, il importe d’abord de voir pourquoi et comment le vent de démocratie a soufflé sur l’Afrique.

1.1. La guerre froide

La guerre froide est incontestablement la cause lointaine mais fondamentale du déferlement du système démocratique sur le contient noir. Comment cela ? La seconde guerre mondiale qui s’achève en 1945 laisse paraître sur la scène politique mondiale deux grandes puissances, les Etats-Unis et l’URSS. Leur hégémonie se fonde sur le fait qu’ils avaient joué un rôle majeur et fondamental dans la défaite de l’Allemagne nazie d’Adolf Hitler et des ses rêves de domination mondiale. Autrement dit, sans ces deux grands, l’Allemagne aurait très certainement remporté la guerre.

Ainsi, ces deux puissances, plus l’Angleterre, se retrouvent à Yalta en Crimée en février 1945 pour établir des plans afin de sauvegarder la paix après la guerre qui tendait à sa fin. Mais lorsque Franklin D. Roosevelt, Joseph Staline et Winston Churchill se réunissent à Yalta, "le sort de l’Europe est déjà scellé ." [2] Car affaibli sur tous les plans par six années de guerre, l’Europe est devenu une proie facile pour la conquête des deux super puissances. Staline réclame la moitié de l’Europe; c’est-à-dire l’ensemble des pays d’Europe de l’est que l’armée soviétique a libérée du nazisme à savoir la RDA, la Pologne, la tchécoslovaque, la Hongrie, la Bulgarie, la Roumanie, la Yougoslavie, et l’Albanie. Après la guerre, il y maintient ses troupes. Cela lui est accordé en échange de quelques ouvertures démocratiques. Mais il va plutôt imposer dans tous ces pays le système communiste avec des États totalitaires à partis uniques. Le pacte de Varsovie allie tous ces pays à l’URSS et les places sous sa sphère d’influence. Devant cette politique expansionniste et dictatoriale de Staline, Churchill prononce un discours à Fulton dans le Missouri en 1946. Il dit ceci : "De Stettin dans la Baltique jusqu'à Trieste dans l'Adriatique, un rideau de fer est descendu à travers le continent. Derrière cette ligne se trouvent toutes les capitales des anciens États de l'Europe centrale et orientale. […] Des gouvernements policiers dominent dans presque tous les cas et, jusqu'à présent, à l'exception de la Tchécoslovaquie, il n'y a pas de vraie démocratie ." [3]

De leur côté, les États-unis, pour conquérir l’Europe et endiguer le communisme, accorde à tous ses pays en, 1947, un plan de reconstruction connu sous le nom de Plan Marshall [4]. Staline et l’ensemble des pays de l’Europe de l’est refusent cette offre dans lequel ils voient une visée impérialiste. Mais seize pays d’Europe (la France, l’Angleterre, la RFA, l’Autriche, le Benelux, la Grèce, l’Irlande, l’Islande, l’Italie, les pays scandinaves, le Portugal, la Suisse et la Turquie) accepteront l’offre américaine et se s’inscriront de fait dans le bloc occidental caractérisé par la démocratie et le capitalisme.

Cependant, la dictature qui règne le bloc oriental soviétique pousse ses habitants, principalement ceux de la RDA, à fuir vers la RFA [5]. Ce qui aboutira à la construction du mur de Berlin en 1961 pour stopper cette migration qui prive le pays de main-d'œuvre et montre à la face du monde leur faible adhésion des Allemands au régime communiste. Avec ce mur, la division de l’Europe en deux est désormais matérialisée.

La guerre froide qui sévissait en Europe depuis 1947 va se répandre dans le reste du monde. L’URSS et les États-unis entrent alors dans une guerre idéologique et politique en vue de la conquête du monde. Le premier veut rependre le communisme et la dictature du prolétariat dans le monde tandis que le second veut rependre le capitalisme et la démocratie libérale. Ils s’affrontent par pays interposés de part le monde. Les théâtres des opérations se dérouleront principalement dans les pays en lutte pour l’indépendance afin que, une fois indépendant, le pays s’allie au bloc qui l’a aidé à acquérir son indépendance [6]. C’est ainsi que l’Afrique devient le nouveau champ de bataille de la guerre froide [7].

1.2. La généralisation des dictatures en Afrique

La quasi-totalité des pays africains, une fois indépendants, s’allient dans le bloc occidental puisque la grande majorité d’entre eux sont des ex-colonies des pays issus du bloc occidental, la France et l’Angleterre notamment. Cela étant, suite à l’expulsion des conseillers militaires soviétiques en Egypte par Anouar El-Sadate le en juillet 1972 et le basculement de ce pays dans le clan occidental, l’URSS va étendre guerre en Afrique en raison de la perte de son seul allié en Afrique. Elle décide de soutenir militairement, financièrement et diplomatiquement tous les mouvements révolutionnaires en lutte contre les nouveaux régimes pro capitaliste dont les indépendances sont factices. Elle va aussi ouvrir ses portes à tout gouvernement qui sollicitera son aide.

Ainsi, jusqu’à la fin de la guerre froide, de nombreux pays en Afrique sont officiellement procommunistes et adoptent le marxisme-léninisme comme politique. Il s’agit de l’Angola, de la Guinée-Bissau, du Mozambique, de l’Ethiopie, du Bénin, qui s’inscrivent de fait dans le bloc communiste. Dans ces pays, règnera, comme dans les régimes communistes d’Europe de l’est et de l’URSS, des dictatures totalitaires à parti unique. Les opposants seront écrasés, et la liberté d’expression quasi inexistante.

Mais paradoxalement, dans pays alliés du bloc capitaliste comme le Zaïre, il y règnera également des dictatures totalitaire à parti unique. Or le bloc capitaliste à la tête de laquelle se trouve les États-unis se veut démocratique. Comment comprendre alors que tous les pays proaméricains et pro occidental d’Afrique comme le Zaïre, le Cameroun ou la Côte d’Ivoire, pratiquaient des dictatures totalitaires et non la démocratie qui était pratiquée dans les pays d’Europe de l’ouest qui étaient eux aussi proaméricains et pro-occidental ?

La raison est liée au principe de la guerre froide qui était une lutte entre les États-unis et l’URSS pour la conquête géopolitique, économique et idéologique des pays du monde. Ainsi, reste que ce rapport de force favorisera un statut quo dans la mesure où il fallait tout faire pour qu’un pays tombé sous l’influence d’une sphère ne bascule pas l’autre. Ce qui va maintenir à la tête des États des régimes forts, quand bien même il s’agira des États sous la sphère d’influence américaine. Car les Américains, par essence démocrates, vont soutenir des régimes dictatoriaux dans le monde non seulement pour des intérêts économiques, mais aussi pour que ces pays ne tombent sous l’influence soviétique.

Le Congo ex-Zaïre est l’exemple le plus édifiant en Afrique de cette situation paradoxale. Le leader de son indépendance, Patrice Lumumba, a simplement été suspecté d’être un communiste par la CIA et a été assassiné le 17 janvier 1961. Quatre ans plus tard, Mobutu s’est emparé du pouvoir par un coup d’état avec la bénédiction des Américains et des Belges. Le pays s’est dès lors classé officiellement du côté du bloc occidental. Sa fidélité aux Américains, aux Belges et aux Français lui fera passé trente deux ans de règne sans partage à la tête du Zaïre. Il instaurera une des dictatures les plus sanglantes du continent noir tout au long de son règne. Mais malgré la brutalité, la sauvagerie, la gabegie, la corruption et l’absolutisme de son régime, ses alliés occidentaux ne lui en tiendront pas rigueur, du moins, durant toute la période de la guerre froide. Pire, ils le soutiendront politiquement et militairement au cours des multiples tentatives de renversement que son régime subira. Le principe était simple : éviter que le Zaïre ne tombe entre les mains des soviétiques.

Comme le Zaïre, presque tous les pays africains sont restés fidèles au bloc occidental parce qu’étant en majorité des ex colonies françaises et anglaises. Ainsi, pendant toute la période de la guerre froide, "dans la plupart des États décolonisés règne la dictature de militaires ou des bourgeoisies compradores."[8] C’est le règne du parti unique et de l’anéantissement de toute forme d’opposition. Partout, les libertés et les droits de l’homme sont bafoués. L’État peut tout faire, à condition de rester fidèle à l’un ou l’autre bloc en guerre.

En 1989, la guerre froide tant à s’achever avec la chute du mur de Berlin. La RDA revendique plus d’ouvertures démocratiques après tant de décennies de dictature, tout comme l’ensemble des pays d’Europe de l’Est sous l’emprise soviétique : c’est le vent de l’Est. Ces revendications sont d’autant plus opportunes que Gorbatchev, nouveau maître de l’URSS depuis 1985, est pour les changements démocratiques en Europe de l’Est et en URSS Il sera favorable à l’autodétermination des pays satellites de l’URSS ainsi qu’à l’octroie des libertés individuelles au sein même de la Russie. Il en a fait son cheval de bataille avec sa fameuse Perestroïka (restructuration) et sa Glasnost (transparence). Mais ce vent de l’Est s’étendra aussi en Afrique dont les populations souffrent depuis des décennies de l’oppression des régimes dictatoriaux et tyranniques sous le couvert de la guerre froide. Il sera donc demandé aux pays africains d’adopter la démocratie.

1.3. Le discours de la Baule

Le 20 juin 1990, à la Baule, François Mitterrand fait une allocution a l'occasion de la séance solennelle d'ouverture de la 16ème conférence des chefs d'État de France et d'Afrique. Il s’adresse aux chefs d’États africains en rappelant d’abord les grands chambardements révolutionnaires ayant émaillé la vie politique en Europe centrale et oriental à partir de 1989, et ayant balayé les dictatures qui y sévissaient depuis les lendemains de la seconde guerre mondiale. Il affirme aussi que ces bouleversements sont irréversibles et vont continuer en se répandant dans le monde entier au nom de la démocratie.

"Il nous faut parler de démocratie. C'est un principe universel qui vient d'apparaître aux peuples de l'Europe centrale comme une évidence absolue au point qu'en l'espace de quelques semaines, les régimes, considérés comme les plus forts, ont été bouleversés. Le peuple était dans les rues, sur les places et le pouvoir ancien sentant sa fragilité, cessait toute résistance comme s'il était déjà, et depuis longtemps, vidé de substance et qu'il le savait. Et cette révolution des peuples, la plus importante que l'on eut connue depuis la Révolution française de 1789, va continuer. […] Il faut bien se dire que ce souffle fera le tour de la planète" [9], affirme-t-il.

Par la suite, il parle de la nécessité de la démocratie pour le développement des pays africains et exhorte ses chefs d’États à se mettre sur le chemin de ce système de gouvernance qui s’impose désormais à tous."Lorsque je dis démocratie, lorsque je trace un chemin, lorsque je dis que c'est la seule façon de parvenir à un état d'équilibre au moment où apparaît la nécessité d'une plus grande liberté, j'ai naturellement un schéma tout prêt : système représentatif, élections libres, multipartisme, liberté de la presse, indépendance de la magistrature, refus de la censure : voilà le schéma dont nous disposons. Nous en avons discuté plusieurs fois et hier soir encore en particulier. Et, si je me sentais plus facilement d'accord avec ceux d'entre vous qui définissaient un statut politique proche de celui auquel je suis habitué, je comprenais bien les raisons de ceux qui estimaient que leurs pays ou que leurs peuples n'étaient pas prêts. Alors qui tranchera ? Je crois qu'on pourra trancher en disant que de toute façon, c'est la direction qu'il faut prendre. Puis-je me permettre de vous dire que c'est la direction qu'il faut suivre. Je vous parle comme un citoyen du monde à d'autres citoyens du monde : c'est le chemin de la liberté sur lequel vous avancerez en même temps que vous avancerez sur le chemin du développement", [10] ajoute-il sans nuance aucune.

Ce discours est donc à coup sûr un appel à tous les chefs d’États africains encore austère aux réformes démocratiques à changer d’avis et de politique. Si cet appel leur vient de la France qui leur a toujours soutenu dans leur dictature pendant la période de la guerre froide, il faut comprendre que le monde avait changé et que le vent de démocratisation s’imposait à tous, et à la France elle-même. Aussi, avec la dislocation de l’URSS en décembre 1991, le monde entier comprendra que c’est la fin définitive de la guerre froide. Les États-unis vont rester désormais la seule grande puissance et on sera désormais en présence d’un monde unipolaire et non plus bipolaire. Ils vont imposer la démocratie et le capitalisme au reste du monde. L’Afrique n’échappera pas à cette logique. Pour tout dire, à la faveur de la guerre froide, les États africains, qu’ils ai été du bloc capitaliste ou communiste, adoptèrent des régimes autoritaires au mépris des droits de l’Homme. Avec la chute du mur de Berlin et le vent de l’est, ces régimes vont être contrains de se démocratiser.

2. La démocratisation des États africains

Au début de l’année 1990, le vent de l’Est qui souffle en Europe et le discours de La Baule de François Mitterrand donnent aux peuples africains l’espoir de l’avènement sur le continent noir d’une société plus juste et plus démocratique. Cela dit, "l’année 1990 marque le début de la démocratisation en Afrique, avec la tenue de conférences nationales censées consacrer la rupture avec un passé politique dominé par des régimes de parti unique , fait de violence et de sang ." [11]

2.1. Pressions et répressions

Comme pour leur indépendance, les peuples africains vont être obligés de lutter pour la démocratie. En effet, "le processus de démocratisation a été en effet émaillé de violences inouïes." [12] C’est dire que les populations ont usé de toutes les formes traditionnelles et inédites de contestation populaire de l'autorité politique pour se faire entendre : grèves, actes de vandalisme, villes mortes et même rebellions armées. C’est le cas des villes mortes au Cameroun, du génocide au Rwanda, de la rébellion armée R.D.C., des guerres civiles au Burundi et dans les deux Congo, des coups d’Etat en Centrafrique et à Sao Tomé et Principe. Les victimes seront nombreux : plus de 700 000 morts au Rwanda, plus de 300 000 en Angola, 106 morts et 708 blessés au Mali, au moins 500 mort au Zaïre (actuelle R.D.C., des dizaines de millier de mort au Burundi, près d’une cinquantaine au Cameroun, pour ne citer que ceux-là.

C’est dont au prix de longues luttes et de dures sacrifices que les ouvertures démocratiques ont été acquises. Pour cause, la démocratisation n’était pas du goût des dirigeants africains à l’époque. Car elle signifiait élections libres et transparences, et donc leur départ du pouvoir. De plus, se lancer dans un système libéral signifiait l’ouverture de la société contrairement à celle fermée de la période dictatoriale. Une ouverture qui devait mettre au grand jour toutes les dérives des chefs d’État et de leurs régimes. A titre d’exemple, Francine Bitee explique qu’au Cameroun, "cette transition démocratique a été assez violente et difficile du fait de l'existence d'un régime monolithique basé sur le patriarcat, le clientélisme, la corruption et l'impunité ." [13]

Mais malgré le refus des régimes en place, malgré les répressions sanglantes, les chefs d’Etat d’Afrique seront obligés d’accepter les reformes constitutionnelles démocratiques et le multipartisme. Au Cameroun, la loi instaurant le multipartisme est promulgué le 5 décembre 1990 et le 19 du même mois, sont promulguées une trentaine de lois relatives à la liberté de communication sociale, d’association, de réunion et de manifestations publiques.

Toutefois, si les chefs d’État finissent par céder, c’est non seulement en raison des pressions internes, mais aussi et surtout des pressions externes. L’Occident, à la tête de la quelles se trouvait les Etats-Unis, imposait la démocratie à tous les pays et ne devait plus accorder d’aide à un seul pays qui ne s’était pas démocratisé. Il en sera de même pour l’ensemble des pays riches et des institutions financières internationales qui accorderont des prêts à la condition des bonnes conduites démocratiques. Cela étant, Mobutu, qui avait été le protégé des Etats-Unis pendant toute la guerre froide, sera lâché par son allié d’hier. Pire, suite à son refus de démocratiser son pays et de négocier avec la rébellion de Laurent Désiré Kabila, Bill Clinton enverra son envoyé spécial, Bill Richardson, lui donner l’ultimatum suivant : "vous quittez le pouvoir ou bien vous allez mourir… votre cadavre sera traîné dans les rues de Kinshasa…" [14]

Le principe de la démocratisation étant acquis, place aux conférences nationales.

2.1. Les conférences nationales

Il s’agissait des débats de société devant poser les bases de la transition démocratique. Ainsi, de l’avis de Fabien Eboussi Boulaga, "l’exigence de la percée que représente la conférence nationale est double : elle déconstruit et reconstruit tout à la fois."[15] Elle déconstruit l’ordre despotique qui existait et reconstruit un nouvelle ordre qui se veut démocratique.

Mais les conférences nationales n’auront pas lieu dans tous les pays. En effet, "pour s’adapter au nouvel environnement politique international et créer un espace politique national désormais ouvert à tous, les Africains du Centre ont emprunté trois itinéraires différents."[16] On aura la lutte armée (Rwanda, Tchad), le passage au multipartisme de fait par l’application de la Constitution ou d’une loi spécifique (Cameroun, Burundi), l’organisation de référendums (Guinée Equatoriale, Ghana, Madagascar, Mauritanie).

Pour ce qui est des conférences nationales, elles seront acceptées dans certains pays et refusées dans d’autres. Elles seront effectives au Bénin, en Ethiopie, au Gabon, au Mali, au Niger, au Zaïre (actuelle R.D.C.), au Tchad, au Togo... Par contre, Lansana Conté les refusera en Guinée Conakry, ainsi que Blaise Compaoré au Burkina, et Paul Biya au Cameroun. Au Cameroun, à la place de la conférence nationale refusée, on assistera à une conférence tripartites regroupant le gouvernement, l’opposition et la société civile. Comme on le sait, la montagne accouchera d’une sourie.

Pour les pays où elles été organisées, les conférences nationales ont donné lieu à des débats de société où les régimes en place étaient jugés. Bref, ces régimes étaient face à des sortes de tribunaux populaires où ils devaient rendre compte de leur gestion calamiteuses de la chose publique. C’est très probablement pour cette raison que beaucoup de chefs d’Etat les ont refusée ou esquivées. Mobutu avait accepté la tenue de ce débat de société au Zaïre mais a mis un terme peu après à son déroulement au vue des critiques sévères et des jugements négatifs qu’il subissait.

Pour tout dire, c’est au prix de luttes parfois sanglantes que les peuples africains ont acquis des ouvertures démocratiques aux débuts des années 1990. Quel bilan peut-on faire de cela vingt ans plus tard ? 

3. Le bilan de vingt ans de démocratie

Globalement, on peut dire que malgré les conférences nationales et les autres moyens qui ont permis aux africains d’accéder à la démocratie, celle-ci reste purement formelle deux décennies plus tard.

3.1. L’alternance dans la continuité

L’alternance qui est un des principes fondeurs de la démocratie est de plus en plus effective sur le continent noir. Sur 53 États, 38 ont des chefs d’États ayant passé au maximum dix ans à la magistrature suprême, soit 71%. Cela signifie que 71% des chefs d’États actuellement au pouvoir en Afrique n’y étaient pas il y a vingt ans, au moment où le vent de démocratie soufflait sur le continent. De même, ils n’étaient pas également là il y a dix ans. Les 15 autres chefs d’États en fonction actuellement ont plus de dix ans de mandature, soit 29 %. Le record est détenu par le Colonel Mouammar Kadhafi (40 ans). Il suivit de Téodoro Obiang Nguema Mbazogo (30 ans), et de Paul Biya (27 ans).

Mais les alternances qui s’observent sur le continent sont-elles des alternances démocratiques et est-ce qu’elles assurent le progrès et le changement ? Pas toujours. Des coup d’État continuent a sévir sur le continent. Depuis 1952, environ 66 coup d’État ont été perpétrés en Afrique, soit plus d’un par an [17]. En 1999, dix ans après l’avènement de la démocratie, l’OUA a proscrit les coups d’État."Cette même année, les militaires ont renversé les gouvernements au Niger, en Sierra Leone, au Comores et en Côte d’Ivoire."[18] Aussi, toujours en Côte d’Ivoire, l’année suivante, en 2000, un autre coup d’État tentera de renverser Laurent Gbagbo, démocratiquement élu pourtant. En 2003, c’est également un coup de force qui portera François Bozizé au pouvoir en Centrafrique. En 2008, un putsch portera une junte au pouvoir en Mauritanie ainsi qu’en Guinée Conakry en 2009. En tout, depuis 1989, environ 20 coups d’État ont eu lieu sur le continent, soit environ un tous les ans. C’est dire que beaucoup des chefs d’États actuellement en poste ne le sont pas toujours de façon démocratique. En outre, quand ce ne sont pas des chefs d’États qui sont déchus, on assiste à des coups d’État constitutionnels. Les constitutions sont modifiées pour permettre aux dirigeants de s’éterniser au pouvoir (Cameroun, Algérie, Niger,…)

D’autre part, malgré les multiples alternances, le progrès et le changement ne suivent pas véritablement. L’avènement d’Abdoulaye Wade à la tête du Sénégal par les urnes en 2000 avait suscité beaucoup d’espoir et de fierté pour la démocratie africaine. Mais depuis lors, il est de plus en plus critiqué pour les nombreuses dérives qu’il a commet, notamment celle de vouloir préparer son fils, Karim Wade, pour sa succession. Donc, quand on quitte d’un chef d’État à un autre, il n’y a, ni dans le mode de gestion de la nation, ni dans les conditions de vie des populations, un changement fondamental. Le nouveau président use des techniques employées par son prédécesseur et l’ordre établi se poursuit. Un ordre où règnent et perdurent la corruption généralisée, le pillage des biens publics, le tribalisme, la violence, l’impunité, etc.

3.2. Des élections frauduleuses

"On n’organise pas des élections pour les perdre" [19], disait le président Denis Sassou Nguessou. Tel est le principe qui guide l’organisation des élections en Afrique. En effet, depuis le retour de la démocratie au début des années 1990, les élections multipartites ont cours sur le continent noir. C’est généralement par la voie des urnes que les chefs d’État sont au pouvoir. Quand bien même ils ils prennent le pouvoir par des putschs, ils sont contrains d’organiser de élections pour se donner une certaine légitimité au plan international. Ce qui est un point positif pour ces vingt années de démocratie en Afrique.

Mais les chefs d’État ont trouvé une solution pour continuer se maintenir au pouvoir même par les élections et malgré leur impopularité : la fraude. Elle émaille pratiquement toutes les élections en Afrique et rare sont celles qui ne sont pas contestées du fait de la fraude. Plusieurs pays comme le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Togo ou Madagascar ont été secoués par de violentes émeutes post-électorales ces deux derniers décennies.

Les élections sont donc de véritables mascarades savamment orchestrées. Le Cameroun est un exemple. La dernière élection présidentielle de 2004 a laissé voir des cas de fraude : des charters d’électeurs organisés à l’ouest, des retentions de résultats, des encres délébiles, des électeurs corrompus, etc.[20] De même, les élections législatives et municipales de 2007 n’ont pas échappé à la fraude devenue institutionnelle. Cette situation de fraude permanente a pu faire dire à Boubakar Barry que"le Cameroun souffre de n’avoir jamais pu se donner librement les institutions et les dirigeants de son choix. Les lois et les pratiques électorales sont pleines d’incohérences…"[21] Cette lecture propre au Cameroun est le reflet de l’ensemble des pays africains comme l’explique Achille Mbembé : "dans la plupart des cas, les Africains ne sont toujours pas à même de choisir librement leurs dirigeants. Trop de pays sont toujours à la merci de satrapes dont l’objectif unique est de rester au pouvoir à vie. Du coup, la plupart des élections sont truquées ."[22]

A ces fraudes, il faut ajouter le fait que des présidents au pouvoir sont très souvent élus non pas suite à la présentation de programmes politiques solides et fiables, mais suite au népotisme et au clientélisme politique. De l’argent et autre biens matériels sont distribués aux citoyens pour solliciter leurs voix. Au Cameroun, des gens votent même pour le prix de 1000 f CFA. Ainsi les populations appauvries s’en remettent à leurs bourreaux comme des moutons à leur berger.

Bref, malgré les alternances électorales, il faut dire que beaucoup de chefs d’État qui y sont issus le sont au prix de la fraude électorale, bien qu’on observe ça et là des cas d’élection sans trucage ou du moins sans contestation post-électorales (Afrique du Sud, Ghana, Bénin etc…)

3.3. Les violations des droits de l’Homme

Le fait majeur qui ternit l’image de la démocratie en Afrique est la violation des droits de l’Homme.  Toutefois, il faut d’abord reconnaître sur plan du respect des droits de l’Homme que l’Afrique a connu beaucoup de progrès au regard de ce qui se déroulait avant l’avènement de la démocratie. Au Cameroun par exemple, la liberté d’expression a fait beaucoup de progrès. Les gens parlent librement bien que de temps en temps cette liberté est confisquée [23]. Elle est confisquée parfois, pour ce qui est des médias, grâce à un stratagème bien ficelé. En effet, au Cameroun, le gouvernement autorise les médias de l’audiovisuel à émettre même sans avoir reçu de licence. Une fois qu’un média fait ce n’est pas du goût du gouvernement, il est scellé sous le prétexte d’exercice illégal [24].

Par ailleurs, à ce jour, on assiste encore en Afrique à des tueries sommaires. le cas le plus récent est celui des massacres ayant eu lieu en Guinée Conakry avec près de 150 morts. Une boucherie orchestrée par l’armée contre des populations qui manifestaient contre la candidature de Moussa Dadis Camara à la prochaine élection présidentielle.

En fait, en Afrique, on a l’impression que le rôle véritable de l’armée est de réprimer les révoltes sociales. Tout comme l’administration pendant la période coloniale, les gouvernements africains se servent de l’armée "pour réprimer les manifestations ou les grévistes…" [25] cela dit, voici quelques missions officieuses de l’armée en Afrique :

"La conservation du pouvoir au profit des puissances étrangères, des multinationales (Elf, Bolloré, Shell, etc.) ou des groupes maffieux et de leurs suppôts locaux, les clans ethnicisés qui s’accaparent des richesses nationales.
 

La confiscation des prérogatives de l’État au profit d’un groupe clientélisé, y compris par l’usage des méthodes frisant le terrorisme.
 

Les intimidations diverses, qu’il s’agisse de la presse muselée, des écoutes téléphoniques, des menaces verbales et tracasseries administratives, des entraves à la libre circulation des personnes et des biens, d’établissement des "bouchons" pour rançonner les populations, comme on l’observe au Congo Brazzaville depuis 1994 sur les 77 km qui séparent Brazzaville de Kinkala et sur les 60 km de Brazzaville à Gamboma.
 

Le bouclage militaire des régions entières au mépris du bien-être des populations qui se trouvent privées de tout : nourriture, logement, santé, éducation, emploi, liberté d’aller et venir,etc." . [26]


La raison est que l’État en Afrique est resté essentiellement répressif envers ses contestataires. En conséquence, "tout opposant au pouvoir, même respectueux de la légalité, devient un danger à neutraliser et à réprimer, sous le prétexte, abusif mais largement invoqué, de la défense de la nation, s’il n’est pas taxé d’”ennemi intérieur à la solde d’une puissance étrangère“[27] ." Ainsi, d’après le rapport Fidh de novembre 2005, "les exemples de violations des droits de l’Homme dans le cadre ou au nom de la lutte contre le terrorisme sont en effet nombreux sur le continent africain." [28] Le 22 juin 2003, 5 personnes suspectées d’être membres d’al-Qa’ida ont été arrêtées par des agents des services secrets malawites et détenues au secret sans possibilité d’accès à un avocat.

De même, les émeutes de la faim en 2008 ont causé des centaines de morts en Afrique. En effet, à ce sujet, le rapport Amnesty 2009 pose le constat suivant : 
"La crise alimentaire qui a marqué l’année 2008 en Afrique a eu un impact disproportionné sur les populations vulnérables, surtout celles qui souffraient déjà de la pauvreté. À travers tout le continent, les citoyens ont manifesté contre une situation socioéconomique insupportable et la flambée du coût de la vie. Certaines manifestations ont dégénéré et des biens privés et publics ont été détruits ; de leur côté, les autorités ont souvent fait usage d’une force excessive pour les réprimer. Un grand nombre de personnes qui affirmaient leur droit à un niveau de vie décent et, notamment, leur droit à l’alimentation ont été blessées ou tuées par les forces de sécurité. Des manifestants ont été arbitrairement arrêtés et placés en détention, et certains ont été maltraités ou condamnés à des peines d’emprisonnement à l’issue de procès inéquitables. Dans la plupart des cas, aucune enquête n’a été menée pour identifier les membres des forces de sécurité qui avaient porté atteinte aux droits humains pendant les opérations de maintien de l’ordre liées aux manifestations ." [29]

Toutes ces violations des droits de l’Homme se basent sur le prétexte du maintien de l’ordre. Mais n’est-ce- qu’en tuant des gens que l’on peut contenir une révolte ?

Bref, les droits de l’Homme en Afrique restent encore globalement du domaine du rêve. Leur violation qui se faisait autrefois de manière ostentatoire et dans un sentiment total d’impunité se font de nos jours, avec l’avènement de démocratie, sur la base de prétextes.

3.4. L’exception ghanéenne

Un pays en Afrique noire sert aujourd’hui de model dans la bonne marche de la démocratie, le Ghana.

En effet, l’élection de John Atta-Mills en janvier 2009 à la tête du Ghana à la place de John Kufuor a définitivement confirmé la bonne marche de la démocratie dans ce pays. Il n’y a pas eu là bas de traficotage de la constitution comme dans d’autres sur le continent pour rester au pouvoir. Les urnes n’ont pas été déplacées par des militaires zélés comme dans le Togo voisin. De plus, on n’y a pas observé des intimidations diverses des partis d’opposition. Les recomptages et des re-votes ont eu lieu avant la proclamation définitive des résultats. Le ministère de l’intérieur n’a pas unilatéralement déclaré la victoire du parti au pouvoir tout en intimidant le comité électoral indépendant comme c’est souvent le cas au Cameroun. Aussi, les listes électorales ont été préparées à temps et sous le contrôle des partis en compétition. En outre, il n’a pas fallut qu’un chef d’État occidental dise aux Ghanéens s’ils sont mûrs pour la démocratie, ou que les résultats officiels soient annoncés par un chef d’État occidental avant les autorités locales. Aussi, il n’a pas fallut "que certains pays fassent pression avec l’aide bilatérale sur les candidats pour qu’ils se désistent ou encore que les corrupteurs s’attirent les faveurs des réseaux des chefs d’État pour que ces derniers fassent main basse sur les élections en Afrique."[30] Bref, les Ghanéens, peuple pacifique, ont fait honneur à Kwame N’Krumah, père de l’indépendance Ghanéenne, à Jerry Rawlings, père de la démocratie Ghanéenne, et à l’Afrique, berceau de l’Humanité de et de la civilisation.

Naturellement, le succès de la démocratie Ghanéenne a des effets sur son économie. En effet, pendant les huit années passées sous la présidence de John Kufuor, le PIB par habitant du Ghana a augmenté et est passé de 269 $US en moyenne entre 1997-2002 à 328 $ US en 2007, avec des estimations autour de 341 pour 2008 et 352 $ US en 2009. Avec un taux de croissance économique estimé autour de 6,5 % pour 2008 et 5,8 % en 2009, il ne baissera vraisemblablement que d’un point au maximum malgré la crise économique. Ainsi, "le Ghana de John Kufuor sort la tête haute grâce à la discipline des Ghanéens et leur sens aigu et légendaire de la paix et de l’unité ."[31]

Pour tout dire, en vingt ans, de manière générale, la démocratie en Afrique n’a pas comblé les attentes des peuples africains qui aspiraient depuis très longtemps à la liberté et au changement. Elle est plus théorique que pratique. Alors comment expliquer cet échec et comment y remédier ?

4. Perspective d’avenir

Si l’Afrique échoue dans sa lutte pour la démocratie, il faut dire que c’est d’abord la faute de l’occident. Autrement dit, ne voir dans l’échec de la démocratie en Afrique la seule responsabilité de ses dirigeants serait faire preuve d’une myopie politique.

4.1. La complicité de l’Occident

L’Occident ne saurait admettre une démocratisation véritable de l’Afrique car une telle situation lui fera perdre sa main mise sur les richesses du continent noir qu’il ne cesse de convoiter et d’exploiter depuis des siècles. En effet, "Il n’est pas exagéré de dire, dans ces conditions, que les peuples [d’Afrique] sont empêtrés, partout, dans les engrenages d’un complot très ancien et très subtil, dont le dessein est de les maintenir dans un état éternel d’infériorité, de dépendance et servitude ."[32]

En fait, une démocratie réelle amènerait à la tête des États africains des présidents légitimes dont la mission serait d’assurer le bien-être des populations africaines qui leurs ont donné mandat en fonction des programmes politiques qu’elles ont acceptées. Or si les chefs d’Etat luttent pour la défense des intérêts des masses, ils se confronteront forcement aux intérêts de l’occident sur le continent noir. Les retombées des richesses du sol et du sous-sol africain profiteront à son peuple et non plus aux puissances étrangères comme c’est le cas depuis des siècles. Voilà pourquoi, depuis toujours, l’Occident ne cesse de fomenter l’assassinat des leaders africains qui se soucient du progrès de leurs pays, quand bien même ceux-ci sont démocratiquement élus ou soutenus par les masses : Ruben Um Nyobé en 1958, Félix Roland Moumié en 1960, Patrice Emery Lumumba en 1961, Kwamé Nkruma en 1972, Thomas Sankara en 1987, Laurent Désiré Kabila en 2001,… Par contre, ils ne cessent d’apporter leur soutien aux régimes dictatoriaux et corrompus du continent parce que ceux-ci sont plus soumis à leur volonté. Ainsi, "dans leur proclamation en faveur de la démocratisation, les bailleurs de fonds omettent leur propre responsabilité dans le maintien de pouvoirs autoritaires en Afrique ."[33]

Pour de nombreux intellectuels à l’instar d’Achille Mbembé, la France est l’un de ces pays de l’Occident qui voient d’un mauvais œil la démocratisation réelle du continent africain. Dans une interview en 2008, il explique : "elle (la France) ne l’accepte (la démocratie en Afrique) que du bout des lèvres. Dans son pré carré, elle s’y oppose farouchement et avec ténacité depuis 1960, n’hésitant pas, le cas échéant, à recourir à l’assassinat et à la corruption" [34]. Cela parce que, "depuis leur indépendance, la France continue d’être attachée au destin de ses anciennes colonies d’Afrique."[35] En fait, "le but recherché est non seulement de poursuivre l’exploitation du continent"[36], mais aussi de perpétuer l’hégémonie de la France en Afrique.

La complicité de l’Occident dans la débâcle de la démocratie en Afrique est donc avéré et n’est pas à négligée dans la recherche des solutions.

4.2. La démocratie qu’il nous faut

Si vingt ans plus tard la démocratie n’arrive pas à se mettre en marche effectivement en Afrique, ce n’est pas parce que les africains ne sont pas murs pour elle comme l’avait dit Jacques Chirac. C’est parce qu’il est des forces internes et externes qui agissent contre la démocratisation du continent noir.

Cependant, ce n’est pas le model occidental de la démocratie qu’il nous faut. Car si nous échouons, c’est aussi quelque part parce que nous voulons imiter à la lettre la démocratie occidentale que nous plaçons comme idéal alors que les contextes ne sont pas les mêmes. Car avant que la démocratie ne se pose et ne progresse, les bases économiques de son développement étaient déjà posées. Or les bases économiques du développement de l’Afrique ne sont pas encore posées à l’exception de quelques pays.

L’Occident impose à l’Afrique une démocratie libérale pourtant inadaptée à ses réalités. En effet, la démocratie libérale est une démocratie capitaliste qui demande, pour être mieux réalisée, un niveau relativement élevé de moyen économique. Nos économies sont pourtant faibles. La grande majorité des populations africaines sont pauvres de même que les États.

Ce qu’il nous faut c’est donc une démocratie populaire inspiré du model chinois. Car la chine a prouvé au monde qu’on n’a pas nécessairement besoin de copier la démocratie occidentale pour se développer. Cela dit, il s’agit donc d’une démocratie des masses laborieuses où les intérêts des pauvres seront pris en compte avant les intérêts des particuliers. Car comme le disait Laurent Gbagbo, l’Afrique est le continent qui a le plus besoin de socialisme.

A la tête de ces démocraties, devrait exister une dictature éclairée et non sanguinaire et autocratique comme c’est le cas sur le continent africain. Pourquoi une dictature éclairée ? Parce que le taux d’analphabétisme est très élevé en Afrique et donc, les masses ne sont pas instruites. Les populations ne peuvent donc pas facilement savoir où est leur bien. Seuls des individus éclairés, cultivés et nationalistes peuvent mieux savoir comment orienter les peuples vers leur bien-être. Aussi, les chefs d’État africains ont prouvé jusqu’ici qu’ils sont très souvent des ignorants, voire des incultes, au regard des décisions calamiteuses qu’ils prennent parfois. Incapables de penser par eux-mêmes, ils s’entourent de conseillers spéciaux occidentaux qui les dupent. Ils consultent des experts étrangers qui leurs proposent des solution inadaptées aux réalités africaines.

Les dirigeants éclairés dont nous parlons ici auront donc pour mission de prendre de bonnes décisions et de les imposer aux masses. De même, ils devront poser les bases de notre développement économique à savoir l’industrialisation massive, l’éducation obligatoire et gratuite des populations, la nationalisation des entreprises stratégiques, la constitution d’une armée forte, la réalisation de grands travaux de développement devant employer les jeunes, le protectionnisme sélectif, la subvention des initiatives privées, etc.

Par ailleurs, cette démocratie populaire devra éliminer le multipartisme. Car jusqu’ici, le multipartisme n’a apporté que le désordre en Afrique et a été instrumentalisé par les chefs d’État pour diviser les oppositions. A quoi servent plus de 200 partis politiques dans un petit pays comme le Cameroun alors qu’un grand pays comme les États-unis n’en compte que deux ? Il faut donc supprimer le multipartisme, ou au plus n’admettre que deux partis sur l’échiquier politique. Nos multipartismes n’entraînent que le désordre. Sous le prétexte de la diversité des points de vue, chacun vogue à tout propos, et le résultat c’est le chao. Sous le prétexte de la liberté de créer des partis politiques, des gens sans conviction ni idéologie solide créent des partis politiques qui contribuent à égarer les masses. Les régimes en place se fondent aussi sur ce prétexte pour créer des partis politiques fantoches dans le dessein de diviser l’opposition pour mieux régner.

Si chaque parti politique prétend œuvrer pour la satisfaction des intérêts des masses, pourquoi doit-il exister plusieurs ? Autant mieux en créer un seul dans lequel se déroulera le débat d’idée ; et à côté, permettre une véritable la liberté d’expression à la presse où les citoyens pourront donner leur point de vue sur la gestion de la nation.

Bref, les économies africaines sont des économies faibles et extraverties. La démocratie libérale ne convient donc pas à ses pays car elle est au dessus de leurs moyens. Seule une démocratie populaire peut unir les économies africaines et les fortes. Celle-ci a fait ses preuves en Asie du sud-est et en Amérique du sud.

Conclusion

Sous le couvert de la guerre froide, régnait en Afrique des dictatures totalitaires à partis uniques et totalement insouciantes des droits de l’Homme. Avec la chute du mur de Berlin, les États d’Europe de l’Est se démocratisent. Cette démocratisation va s’imposer aux États africains à la suite des pressions internes et surtout externes. Deux décennies plus tard, cette démocratisation n’a pas satisfait les attentes des populations. Bien que des avancées signifiantes ait été opérées en matière de liberté, la dictature continue sous le voile de la démocratie. Les régimes sont restés autoritaires mais cette fois-ci en se fondant sur des prétextes pour mater les populations et légitimer la violence. Lorsqu’un acte ne porte pas atteinte au régime en place, il est autorisé ; mais lorsqu’il s’attaque au régime, même si cela se fait dans le respect du droit, des prétextes sont trouvés pour le réprimer. La tradition de longévité au pouvoir se poursuit par le moyen de la fraude. Bref, la démocratie est instrumentalisée pour soigner l’image du pays aux yeux de la communauté internationale. Cet échec de la démocratie en Afrique est lié aux forces internes et externes. Les chefs d’État veulent s’éterniser au pouvoir et les puissances occidentales leur apportent subtilement leur soutien. Autrement dit, comme les indépendances factices qui ont été octroyées aux pays africains, c’est un semblant de démocratie qui a été instauré en Afrique.

Ainsi, l’Afrique ne saura se développer ni démocratiquement, ni économiquement si l’Occident ne lui laisse pas les mains libres pour le faire ou si les leader et les masses africaines ne le contraignent pas à le faire. Si ce n’est pas le cas, seule une démocratie adaptée à la réalité des sociétés africaines pourra donner des résultats. Et cette démocratie, c’est une démocratie populaire inspiré non plus de la démocratie libérale occidentale, mais de celle de la chine et des pays d’Amérique latine qui font leur preuve aujourd’hui.

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Published by Juliette Abandokwe - dans Panafrique
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16 mai 2011 1 16 /05 /mai /2011 05:03

14 mai 2011

Les Chroniques de Luc Torreele


Note de Juliette: La France ne serait-elle pas en train d'utiliser le clan Ben Ali-Trabelsi comme couverture pour masquer ceux qu'elle ne poursuit pas? Se venge-t-elle sur ceux qui n'ont pas réussi à respecter le pacte de pion...? 


Les uns ont réussi à prendre la fuite. Les autres ont été arrêtés et incarcérés. Certains ont été assignés à résidence. Le point sur l’enquête visant les membres des familles Ben Ali et Trabelsi, et leurs principaux affidés.

 

Depuis la chute et la fuite de Zine el-­Abidine Ben Ali, le sort réservé aux membres de son clan et de celui de son épouse, Leïla Trabelsi, intéresse tout particulièrement les Tunisiens, qui, méfiants et sourcilleux, veulent absolument savoir ce qu’ils sont devenus.

 

Les deux clans comptent pas moins de 142 membres, y compris par filiation et par alliance. En tête des prédateurs figurent les frères et sœurs de Zine et de Leïla, une dizaine chacun, et leurs enfants. La Banque centrale (BCT) a ainsi recensé cent ­quatre-vingts entreprises appartenant aux deux clans. Celles-ci ont bénéficié de 2,5 milliards de dinars (1,3 milliard d’euros) de crédits bancaires, la plupart du temps sans garanties, soit 5 % des financements du secteur. Au cours des derniers mois, quatre grands projets ont mobilisé plus de la moitié de ces crédits : Carthage Cement, propriété de Belhassen Trabelsi  ; une sucrerie lancée par le même Belhassen Trabelsi ; l’acquisition par Sakhr el-Materi de 20 % de l’opérateur mobile Tunisiana ; le financement des 51 % de participations du couple Cyrine Ben Ali et Marouane Mabrouk dans le capital de l’opérateur Orange Tunisie, lancé en partenariat avec France Télécom.

 

Le grand déballage n’en est cependant qu’à ses débuts, les familles gravitant autour de Ben Ali ayant acquis des positions dominantes dans tous les secteurs de l’économie : concessions automobiles, télécommunications, banque et assurance, transport aérien, immobilier, médias, grande distribution, agriculture et agroalimentaire. Sur les 3 300 dossiers reçus à ce jour par la Commission d’investigation sur les faits de corruption et de malversations, présidée par Abdelfattah Amor, une centaine seulement ont été examinés. Mais déjà, Amor est catégorique : les familles entourant Ben Ali « avaient tous les droits : autorisations indues, crédits sans garanties, marchés publics, terres domaniales… […] Le mode de gouvernement n’était ni présidentiel ni présidentialiste, mais bel et bien totalitaire ». Aux yeux de Ben Ali, il y avait d’un côté « ses » familles, de l’autre les Tunisiens. Rien qu’à l’étranger, sans parler de Dubaï, où ils avaient l’habitude de placer leur argent, les avoirs du clan Ben Ali jusque-là identifiés sont estimés à 80 millions de francs suisses (62 millions d’euros) à Genève, et entre 10 et 20 millions de dollars canadiens (7,4 et 14,8 millions d’euros) au Canada. Mais quid de leurs détenteurs ? Lesquels d’entre eux ont réussi à s’enfuir pour échapper aux poursuites ? Lesquels ont été arrêtés et sous quels chefs d’inculpation ? Qui est en résidence surveillée ? Qui n’a pas été inquiété ?

 

En fuite

Outre Zine el-Abidine Ben Ali (74 ans) et son épouse Leïla Trabelsi (53 ans), qui ont profité de la voie de sortie que leur a offerte l’armée le 14 janvier, deux barons du clan se trouvent aujourd’hui à l’étranger :Belhassen Trabelsi, le très influent frère de Leïla, et Sakhr el-Materi, gendre de l’ex-président. Le premier, surnommé « le parrain », a pu, quelques heures avant la fuite de Ben Ali, embarquer in extremis avec son épouse, Zohra Djilani, et leurs quatre enfants, ainsi que leur nounou asiatique, à bord de son yacht, leSophie, amarré dans le port de plaisance de Sidi Bou Saïd, à quelques minutes du domicile familial. La veille, il avait chargé le commandant du yacht, Ilyes Ben Rebeh, de faire le plein de carburant.

 

Le matin du 14 janvier, après les formalités d’usage, le Sophie quitte le port. À peine sorti du golfe de Tunis, ­Belhassen ordonne au ­commandant de couper la radio et de ne pas répondre aux appels sur son téléphone portable, avant de lui enjoindre de mettre le cap sur le port de Trapani, en Sicile. Une fois arrivé à destination, il renverra le yacht et Ben Rebeh en Tunisie. On ne retrouvera la trace des fuyards que le 21 janvier, à l’aéroport de Montréal, au Canada, où ils atterrissent à bord d’un jet privé. Belhassen et les siens s’installent au Château Vaudreuil Suites Hôtel, dans les environs de la métropole québécoise. Mais à la suite de manifestations hostiles d’étudiants tunisiens dans la ville, ils sont obligés de quitter les lieux et résident depuis dans un lieu resté secret dans la région de Montréal. La Tunisie a demandé le gel des avoirs de Belhassen au Canada, ce qui a été fait, mais aussi son extradition, ce qui est plus long à obtenir, l’intéressé étant titulaire d’un permis de séjour permanent. Hamadi Touil, son bras droit et prête-nom dans les affaires, a quitté Tunis le 15 janvier muni d’un passeport diplomatique pour se rendre également – via Paris – à Montréal, où il est arrivé le 17 janvier.

 

Mohamed Sakhr el-Materi, 29 ans, était au Canada le 11 janvier pour une échographie de sa femme, Nesrine, enceinte. Après avoir déposé en route son épouse et leur fille dans un hôtel proche de Disneyland, dans la région parisienne, il est retourné à Tunis le 13 janvier pour assister à la session plénière de la Chambre des députés convoquée pour apporter son soutien à Ben Ali face à la révolte populaire. Ce jour-là, Sakhr jure qu’il est prêt à rendre des comptes devant la justice à propos de son enrichissement, jugé indécent, depuis son mariage avec la fille de Ben Ali. Mais dans la matinée du 14 janvier, il quitte le pays pour Dubaï à bord du jet privé d’Aziz Miled. Après la fuite de Ben Ali en fin de journée, Materi rejoint son épouse et sa fille à Paris pour les emmener vers une destination inconnue. Ils se trouveraient aujourd’hui à Dubaï, le séjour au Canada, où ils possèdent une propriété, se révélant hasardeux.

 

Arrêtés et/ou poursuivis

La plus grosse prise est l’arrestation, le 14 janvier au soir, juste après la fuite de Ben Ali, du général Ali Seriati, patron de la garde présidentielle, et de quatre de ses comparses. Seriati est aujourd’hui détenu dans une cellule individuelle à la base aérienne d’El-Aouina, mitoyenne de l’aéroport de Tunis-Carthage. Il est accusé de « complot contre la sûreté nationale, agressions préméditées, incitation à la violence et utilisation d’armes, meurtres et pillages sur l’ensemble du territoire ». Il était notamment le chef des snipers de triste mémoire qui ont abattu de sang-froid des manifestants désarmés à Sidi Bouzid, Kasserine et Thala, au plus fort de la révolte populaire. Il est par ailleurs soupçonné d’être le planificateur d’une série d’attaques destinées à semer le chaos dans le pays, notamment contre des édifices publics et des propriétés privées.

 

Deux semaines plus tard, c’était au tour de Rafik Belhaj Kacem d’être interpellé à son domicile, où il était en résidence surveillée. L’ancien ministre de l’Intérieur, qui avait conduit la répression sanglante de la contestation, est réputé proche de Seriati, Leïla, Abdelwahab Abdallah et Abdallah Kallel, un clan dans le clan dont on devrait reparler.

 

D’autres arrestations ont été opérées. Le jour même de la fuite de Ben Ali, une trentaine de membres du clan, alertés par Leïla, ont tenté de prendre le premier vol pour l’étranger, mais n’ont pu embarquer faute de place. Ils ont été « cueillis » dans le salon VIP de l’aéroport de Tunis-Carthage, où l’armée les avait opportunément regroupés. Vingt-cinq d’entre eux ont été maintenus en détention à la caserne d’El-Aouina pour tentative d’exportation illicite de devises. Parmi eux figurent le neveu terrible de Leïla, Imed, l’un de ses frères, Mourad Trabelsi, ainsi que deux de ses sœurs, Samira épouse Meherzi et Jalila épouse Mahjoub. Ont également été arrêtés Kaïs et Sofiène Ben Ali, fils de feu Moncef Ben Ali, le frère de l’ex-président, condamné en France pour trafic de drogue (dans l’affaire de la « couscous connection »).

 

Neuf membres du clan sont poursuivis pour « trafic, possession et commerce d’armes », dont Belhassen Trabelsi, Sakhr el-Materi (tous deux en fuite), Mourad Trabelsi et Hayet Ben Ali, la sœur du président déchu, qui réside en Allemagne. Enfin, douze autres sont accusés d’« acquisition illégale de biens mobiliers et immobiliers en Tunisie et à l’étranger » : Ben Ali, son épouse Leïla et des frères, sœurs et neveux de celle-ci – Belhassen, Moncef, Imed, Naceur, Adel, Moez, Jalila, Houssem et Samira. Sakhr el-Materi est également cité.

 

En résidence surveillée

Les trois principaux collaborateurs politiques de Ben Ali ont été assignés à résidence, et le bureau politique de l’ex-parti au pouvoir, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD), dont ils étaient membres, a été dissous. Abdelwahab Abdallah, le « ministre de la propagande », n’était déjà plus à son bureau le jour de la fuite de Ben Ali. Il s’est caché plusieurs jours chez l’un ou l’autre de ses proches et a même fait courir le bruit qu’il avait pu fuir en France et se trouvait chez l’un de ses amis parisiens. Il sera finalement localisé dans la banlieue de Tunis une semaine plus tard et placé en résidence surveillée, mais il demeure injoignable à son numéro habituel de téléphone portable. Son épouse, Alya, a été littéralement chassée de la présidence de la Banque de Tunisie, à la tête de laquelle son mari l’avait propulsée avant qu’elle n’introduise d’autorité Belhassen Trabelsi dans le capital de la banque afin de lui permettre d’en prendre le contrôle.

 

Abdallah Kallel, autre faucon du régime de Ben Ali, a été « démissionné » de la présidence de la Chambre des conseillers (Sénat) pour être assigné à résidence. Maître de la « cuisine politique », Abdelaziz Ben Dhia, qui se trouvait au palais de Carthage le 14 janvier, a appris la fuite de Ben Ali devant son écran de télévision. Depuis, il est chez lui sous étroite surveillance.

 

En liberté

D’autres personnalités proches de Ben Ali ont été simplement relevées de leurs fonctions, à l’instar des membres du cabinet présidentiel, dont notamment Iyadh Ouederni, ministre-­directeur du cabinet présidentiel, qui était aussi au service de Leïla. Les trois filles de Ben Ali nées de son premier mariage avec Naïma, fille d’un ex-général, ainsi que leurs maris, n’ont pas été inquiétées : Dorsaf épouse de Slim Chiboub, Ghazoua épouse de Slim Zarrouk et Cyrine épouse (en état de séparation depuis un an) deMarouane Mabrouk. Néanmoins, Slim Chiboub, qui se trouvait en Libye au moment de la fuite de Ben Ali, n’est toujours pas rentré au pays.

 

Si les principaux barons du clan et leurs proches affidés sont bien connus, les personnes qui se sont enrichies à la faveur de leurs liens avec les Ben Ali et les Trabelsi, ou qui ont été leurs complices actifs au sein des institutions, de l’administration, des banques et de l’appareil d’État le sont moins ou pas du tout. Il appartiendra à la justice de déterminer la responsabilité des uns et des autres. C’est pourquoi Mohamed Ghannouchi, Premier ministre du gouvernement provisoire, a rappelé que, conformément aux règles du droit et au principe de la séparation des pouvoirs, les autorités ne pouvaient pas livrer des noms en pâture sans décision judiciaire. Du coup, nombreux sont les Tunisiens qui, gagnés par la suspicion, se demandent si ceux qui ont failli à leur mission ou profité de leur position auront à s’expliquer un jour devant la justice pour que le « système Ben Ali » ne puisse plus renaître de ses cendres, pas même sous une forme déguisée. 


La justice française saisit les comptes bancaires de membres du clan Ben Ali


L’enquête préliminaire que mène la justice française pour détournements de fonds et blanchiment visant des proches de Zine el-Abidine Ben Ali, l’a conduite à saisir plusieurs millions d’euros sur leurs comptes en banque.

 

Douze millions d’euros. Répartis sur douze comptes, appartenant à quatre membres du cercle rapproché de l’ancien président tunisien. La justice française a saisi ces sommes dans le cadre d’une enquête ouverte en janvier dernier après que les organisations Transparence International (TI) France, Sherpa et la Commission arabe des droits humains ont déposé une plainte pour corruption, détournements de fonds et blanchiment.

 

La justice avait déjà, le 1er février, saisi un avion appartenant à la famille Ben Ali dans le cadre de cette enquête qui cherche à recenser et immobiliser les biens détenus en France par le clan.

 

Cette saisie (sur les comptes bancaires, NDLR) « est une étape, mais c'est une goutte d'eau dans l'océan des détournements », a réagi Me William Bourdon, avocat des plaignants et président de Sherpa.

 

Une Bentley, deux Mercedes, une Porsche

« On est sur les montants modestes. On ne voit que la partie émergée de l'iceberg car qu'en est-il des avoirs immobiliers qui constituent l'essentiel ? », a estimé de son côté le président de TI France, Daniel Lebègue. Il évoque à titre d'exemple un « grand appartement » à proximité de l'avenue Montaigne à Paris « avec un garage où se trouvent une Bentley, deux Mercedes, une Porsche ».

 

Car pour les associations, la fortune des Ben Ali repose sur autre chose que sur les « seuls salaires et émoluments » du président chassé du pouvoir par le peuple le 14 janvier dernier. Ils réclament donc le recensement de ces richesses et leur restitution au peuple tunisien. Selon une source proche du dossier, une trentaine de biens, immobiliers ou non, auraient été identifiés en France comme susceptibles d'appartenir au clan des Ben Ali, dont une dizaine en banlieue parisienne.

 

TI France et Sherpa réclament donc la désignation d'un juge d'instruction qui dispose de prérogatives plus larges que le parquet, afin de pouvoir prendre en charge la restitution des biens à la Tunisie.

 

« La désignation d'un juge d'instruction s'impose pour enquêter dans ce dossier, comme c'est déjà le cas pour l'instruction sur les biens mal acquis », a estimé Me Bourdon, en référence à une enquête sur les biens détenus en France par les proches de trois autres chefs* d'État africains.

 

* Les présidents du Gabon, de la Guinée équatoriale et du Congo-Brazzaville : Bongo, Obiang et Sassou

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Published by Juliette Abandokwe - dans Panafrique
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