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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 23:02

18 novembre 2009
Christophe Rigaud
Courrier International


A moins de deux ans des élections présidentielles en République démocratique du Congo (RDC), les casques bleus de la MONUC sont jugés de plus en plus indésirables par Kinshasa. Joseph Kabila souhaiterait que la force des Nations-Unies se retire à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'indépendance de la RDC.
Le président congolais ferait actuellement pression pour que la MONUC commence à planifier son retrait progressif du pays... élément indispensable avant de se présenter pour un second mandat.


La plus importante mission des Nations-Unies dans le monde est priée de se retirer. Les casques bleus sont présents en RDC depuis 1999, à la suite d'une guerre civile interminable. Joseph Kabila souhaiterait qu'à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'indépendance de la RDC (en 2010), les Nations-Unies lui présente un plan de retrait de ses forces. Le président congolais veut visiblement montrer à la population qu'il n'a plus besoin des casques bleus pour rester au pouvoir.

Après avoir remporté en 2006 les premières élections libres organisées en quarante ans en RDC, Joseph Kabila devrait se représenter à la tête du pays en 2011. Le temps presse pour Kinshasa... mais peut-être moins pour Ban Ki-moon. L'ONU vient en effet de reconduire le mandat de la MONUC pour six mois.

Ban Ki-moon veut donner un peu de temps à la MONUC pour finir d'accomplir ses missions. Pas de retrait précipité... et même un retrait progressif, avec des étapes clairement établies. Voilà qui ne fait pas l'affaire du président congolais, pressé d'en finir avec les casques bleus. Un haut responsable des Nations-Unies, cité par lexpress.fr, déclare même : "je serais très étonné si ce retrait prenait moins de deux ans".

Il faut rappelé aussi qu'un renfort de 3 000 hommes avait été voté par l'ONU... des soldats pas tous arrivés sur place ! Il faudra donc un peu de patience à Kinshasa... et un retour à la paix, avant de voir partir la MONUC.

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Published by Juliette Abandokwe - dans RDCongo
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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 22:52

18 novembre 2009
La Pays


Bien que récemment prorogé, le déploiement de la Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) prend fin le 31 décembre 2009. Elle aura totalisé 10 années de présence effective dans ce pays. Elle qui avait commencé sous la forme d’une petite unité d’observation de petits conflits internes à cette partie de l’Afrique centrale, finira par revêtir la forme d’une des plus grandes missions des Nations Unies au monde, avec pas moins de 17 000 hommes, dont un millier d’observateurs et environ 2000 éléments de la police.

Au moment où elle est en train de plier bagages, on peut en toute légitimité se demander quel bilan faire de sa longue présence à l’intérieur d’un pays dont le gigantisme ne lui aura décidément pas été de toute facilité et où rébellions à répétitions le disputaient à des guerres sanglantes et successives.

Le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en RDC estime, pour sa part qu’en 10 ans, la MONUC a accompli un travail remarquable. On ne peut le lui nier : elle aura, notamment, supervisé le cessez-le-feu ainsi que le retrait des troupes étrangères de la RDC, de même qu’elle a stabilisé la sécurité alimentaire.

Elle a également accompagné le Dialogue inter-congolais ainsi que la transition d’immobilisation des groupes armés en Ituri et dans les deux provinces du Kivu, facilité les premières élections libres et transparentes en 40 ans, et enfin, aidé le gouvernement central à gérer la crise dans le Kivu, en menant des opérations contre les groupes armés. Un boulot considérable, en somme, dans cette partie de l’Afrique qui a connu, aux dires de plus d’un, les affrontements les plus atroces du continent, ces dix dernières années. Mais, cette mission de l’ONU n’aura pas été exempte de toute tare. On lui aura notamment reproché les écarts de conduite de son personnel, qui se sont, à plusieurs reprises, traduits par des viols, des vols ainsi que des exactions de toutes sortes. On se rappelle que des casques bleus ont été impliqués dans le trafic d’or et de matières précieuses dans la région du Nord Kivu. Tout comme on se souvient qu’on a fait état de la collusion d’un colonel de la même unité indienne avec le rebelle Laurent Nkunda.

Ce dernier, bénéficiant des informations de son « colonel ami », avait attaqué victorieusement une unité de la mission onusienne. Plusieurs scandales et actes répréhensibles auront émaillé la présence du personnel civil et militaire de la MONUC en RDC. En son temps, la hiérarchie de l’Institution avait promis d’ouvrir des enquêtes sur ces faits. A ce jour, certaines d’entre elles n’ont toujours pas de suite. Il faudrait sans doute d’ailleurs que toute la lumière se fasse un jour sur ces crimes, ne serait-ce que pour rendre justice à tous ces innocents brimés dans leurs droits, mais sans doute aussi pour redorer le blason des casques bleus décidément bien sale après toutes ces révélations.

A présent, la MONUC s’en va. Et, il faut le reconnaître, au moment où elle quitte les lieux, la grave question congolaise n’est pas pour autant réglée. Bien plus, les chantiers en attente restent nombreux. Qu’en résultera-t-il ? Là se trouve à présent la grande question. On doute sérieusement que l’armée congolaise puisse valablement la remplacer, elle qui présente toutes les caractéristiques d’obsolescence, de désorganisation et qui, en même temps, manque à la fois de moyens autant que de motivation. Que la région bénéficie d’une accalmie certaine ces derniers mois, tout le monde est en mesure de le remarquer. Les principaux fauteurs de trouble ont été mis à l’ombre, ne serait-ce que momentanément.

Laurent Nkunda, qui a perdu la confiance ainsi que le soutien de son traditionnel parrain et mentor, Kagamé, se trouve au secret, au Rwanda. Thomas Lubanga ainsi que Jean-Pierre Mbemba méditent toujours sur leur sort derrière les barreaux de la CPI. Mais, la région n’est pas pour autant pacifiée et la malédiction des ressources naturelles est toujours aussi présente que de par le passé. Sans compter que les partisans des enfants terribles de la guerre sont eux aussi toujours en place et sans doutent se demandent comment reprendre le flambeau laissé par leurs chefs.

Alors, d’où peut provenir l’espoir de l’instauration d’une paix définitive dans cette région du continent ? Sans doute, de la passation d’accords internes entre dirigeants de la région, car, ce n’est un secret pour personne que la guerre en RDC implique de nombreux pays de la sous-région. Des accords du genre ont été vus, qui ont produit les résultats que l’on sait. L’arrestation de Laurent Nkunda n’a été rendue possible que grâce à une certaine « complicité » unissant Kinshasa et Kigali. L’exemple du Soudan et de l’Ouganda enseigne lui aussi que si les dirigeants des Etats optaient pour la nouvelle voie qui refuse le principe du soutien de l’ennemi de son ennemi pour s’en faire un ami, de nombreuses questions jusqu’à présent cruciales s’en trouveraient réglées et rendraient de fait la paix, dans cette région, un peu plus à portée de main.

En tout état de cause, c’est le réalisme, en la matière qui le commande. La MONUC s’en va d’un pays qui est loin d’être pacifié et il n’est pas à l’ordre du jour de prolonger à nouveau son mandat ou de la remplacer par une quelconque autre force d’interposition. L’armée nationale congolaise n’est aucunement en état de remplir cette tâche. Et en même temps, des foyers de tensions subsistent qui constituent autant de poudrières susceptibles de s’embraser à la faveur de la moindre étincelle. Il revient aux protagonistes de la région de savoir dépasser leur ego pour se mettre enfin et sérieusement à la recherche d’une paix dont tout le monde a plus que besoin, dans cette région tourmentée du globe.

Le bilan fort mitigé de la MONUC devrait leur rappeler que l’on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Il leur revient de comprendre sans doute la leçon et d’en tirer toutes les conséquences qui s’imposent
.

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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 21:06

13 novembre 2009
JP Mbelu
Le Potentiel


L’ongéisation des questions publiques en RD Congo ou la lutte contre l’émergence d’un Etat digne de ce nom

L’avènement de la guerre d’agression chez nous a coïncidé avec l’explosion des ONG humanitaires. Et le semblant de retour de la paix fait naître des ONG et des Fonds pour la reconstruction du pays et plus particulièrement des coins ayant été (et qui sont encore) visiblement victimes de cette guerre d’usure. Ce double phénomène donne à penser.

La solidarité humanitarisée avec l’aide des bailleurs de fonds a caché, très mal, pendant longtemps, le fait que ce sont les mêmes qui alimentent les foyers de guerre. Souvent, trouver du boulot pour les humanitaires (et lutter contre le chômage au Nord) ne va pas sans alimenter les guerres et les pillages des ressources du sol et du sous-sol au Sud. Ici, la faim, la misère et la maladie sont interprétées dans le contexte de la guerre comme étant les fruits de « la » violence humaine, sans plus. Et assurer « la sécurité alimentaire » et les soins de santé à leurs victimes participe de la solidarité humanitarisée dont « le monde civilisée » ne peut se passer. Les questions liées aux causes structurelles exogènes de cette violence sont souvent occultées. Un exemple. Le phénomène de sous-traitance des dictateurs du Sud finançant les élections des politiques du Nord et ouvrant leurs économies non-compétitives au marché néolibéral des multinationales vendeuses d’armes est souvent passé sous silence.

Ce phénomène semble être compris par nos populations de l’est. Elles auraient demandé à certaines ONG humanitaires de partir de cette région de notre pays en soutenant qu’il n’y a pas de pain sans paix.

Après les élections de 2006 dont sont issues les institutions politiques actuelles du pays et au fur et à mesure que notre pays avance vers les élections probables de 2011, les ONG et les Fonds pour la reconstruction du pays se multiplient. Et pourtant, nous avions cru entendre, qu’il y a, à Kinshasa et dans les provinces, des Ministères chargées de la reconstruction du pays.

Comment peut-on lire cette multiplication des ONG et des Fonds ? Comment peut-on expliquer cette ongéisation ? A notre avis, la majorité formée après 2006 n’a pas été le produit d’un débat sur des projets de société des partis qui en sont membres. Comme il n’y a pas eu ce débat, le programme de gouvernement auquel cette majorité a adhéré lui a été dicté par « les bailleurs de fonds » dont le FMI. Son attachement aux « cinq chantiers » (du Président de la République et/ou du gouvernement) trahit ce manque de programme de gouvernement concerté.

D’où la navigation à vue à laquelle elle a habitué nos populations jusqu’à ce jour. Donc, il y a au fondement de la majorité au pouvoir un manque de vision et d’orientation politique commune. Réussir une visibilité commune lui devient compliquer à l’approche de 2011. Ainsi, « les plus malins » de cette majorité s’arrangent pour se refaire « de la santé politique » par eux-mêmes ou par des sous-traitants interposés en finançant les ONG ou en cherchant les subsides pour les Fonds de reconstruction. Ils croient pouvoir répondre à l’impératif de la reddition des comptes en 2011 en renvoyant aux réalisations de leurs ONG ou Fonds.

Apparemment, il n’aurait rien à redire eu égard aux services énormes que rendent ces instances. Mais au fond, elles participent de la lutte contre l’émergence d’un Etat digne de ce nom par le court-circuitage des instances publiques ayant le devoir de rendre officiellement compte. Elles engendrent le clientélisme, le népotisme et le néocolonialisme, nuisibles à l’émergence d’un Etat de droit démocratique. Elles promeuvent des oligarchies prédatrices au service des réseaux mafieux nationaux et internationaux. La cour des comptes et le Parlement sont évités au profit des Conseils d’administration ou des Commissaires au compte des ONG et des Fonds. « Les arrangements amicaux » disqualifient le contrôle étatique en bonne et due forme. Et les questions d’intérêt général trouvent leurs réponses dans des instances ad hoc non mandatées par les citoyens.

Du point de vue des principes démocratiques, le principe de la souveraineté politique est violé. Les décisions publiques relèvent désormais des structures autres que celles voulues par les citoyens.

Pour tout prendre, ces ONG et ces Fonds reposent le problème éternel de cette législature : la parallélisation des institutions publiques. Les visées électoralistes et le goût du pouvoir pour le pouvoir donnent des coups tordus à « la jeune démocratie » dont les gouvernants actuels ne cessent de nous rabâcher les oreilles.

Par ailleurs, ces ONG et Fonds lavent les bailleurs de fonds de leur opprobre. Apparemment ! Dans les faits, cette ongéisation des questions publiques confirme leur hypocrisie et leur cynisme. Soutiens des seigneurs de guerre, ils peuvent, en les finançant, donner l’impression qu’ils sont pour la promotion de la dignité humaine, de l’autogouvernement et de l’autodétermination des peuples. L’une des questions sur laquelle nous devrions beaucoup travailler est celle de la sortie obligatoire de ce cercle vicieux. Peut-être que le premier pas sera effectué dans la consolidation de l’Alliance Sud-Sud pour laquelle Hugo Chavez et Mouammar Kadhafi se battent.

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14 novembre 2009 6 14 /11 /novembre /2009 21:01

14 novembre 2009
Marie-France Cros
La Libre


Certaines de ses dispositions risquaient d’alourdir la dette du Congo. Après un long bras de fer, Chinois et autorités congolaises ont cédé au FMI.

Le "mégacontrat chinois" , dont le contenu avait été révélé par "La Libre Belgique" en décembre 2007 et dont l’ambassadeur de Chine à Kinshasa affirmait encore en mars dernier qu’il "ne serait pas modifié", a été amendé, ouvrant ainsi la porte à une possibilité d’accord entre Kinshasa et les institutions de Bretton Woods.

Le protocole d’accord entre le gouvernement congolais et un consortium d’entreprises chinoises étatiques (dont la composition a changé en cours de route) avait été signé le 17 septembre 2007. Il prévoyait la construction d’infrastructures au Congo par des entreprises chinoises (12 routes, 3 autoroutes, une ligne de chemin de fer, 32 hôpitaux, 145 centres de santé, 2 universités et 5 000 logements sociaux), par le biais d’un prêt chinois, qui serait ensuite remboursé en matières premières congolaises (8 millions de tonnes de cuivre, 200 000 tonnes de cobalt, 372 tonnes d’or).

Le contenu de l’accord avait soulevé une série de protestations chez les Occidentaux, soit dans les milieux d’affaires, où l’on craignait que les Chinois ne mettent la main sur toutes les richesses congolaises; soit dans les milieux politiques, où l’on s’indignait de ce que Pékin coupe ainsi l’herbe sous le pied de ceux qui conditionnaient l’aide à Kinshasa à une diminution de la corruption et une amélioration des droits de l’homme; soit dans les milieux d’aide au développement, où l’on considérait le contrat comme léonin pour le Congo.

Le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale (BM) appuyèrent cette dernière position, en soulignant qu’une des clauses du contrat revenait à accroître de manière insupportable la dette congolaise (11,5 milliards de dollars) : le gouvernement de Kinshasa garantissait, en effet, qu’au cas où les cours des métaux baissaient au-dessous d’un certain seuil, il rembourserait aux entreprises chinoises le manque à gagner. Les protestations de l’ambassadeur de Chine à Kinshasa, selon qui le Congo ne devrait pas nécessairement compenser la différence en argent mais pouvait le faire en octroyant de nouvelles concessions minières aux entreprises chinoises, n’avaient pas modifié la position des institutions de Bretton Woods. D’autant que le crash des cours miniers qui avait suivi la crise financière internationale de 2008-2009 rendait cette perspective très réelle.


Après un long bras de fer, Chinois et autorités congolaises ont cédé et modifié le contrat par des avenants. Dorénavant, la garantie de l’Etat sur les cours miniers est supprimée.

Par ailleurs, la seconde phase des infrastructures prévues (3 milliards de dollars) est suspendue; seule reste la première phase (même montant).

Le FMI et la BM ont effectué une analyse conjointe de la viabilité de la dette avec ce nouveau contrat chinois; ils la jugent dorénavant susceptible d’amener "l’allègement de la dette" du Congo qui était bloqué jusqu’ici, les institutions financières ne voulant pas la diminuer au profit des Chinois.

Selon l’analyse de ces institutions, "le taux de concessionnalité" (= l’élément don) du contrat modifié, évalué entre 46 et 42 % dans l’hypothèse la moins favorable, est jugé "acceptable".


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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 16:53

10 novembre 2009
Le Potentiel
 

Programmes Amani, Starec… La fragilisation de la RDC se poursuit

Trop d’initiatives de paix tuent la paix. Partant, elles retardent le développement de la RDC. Après le Programme Amani, voici le programme de Stabilisation pour la reconstruction de l’Est du Congo, STAREC. Fait curieux, ce sont les mêmes animateurs et les mêmes bailleurs de fonds au risque de produire les mêmes causes qui produisent les mêmes effets. A-t-on tiré les leçons utiles des précédents programmes, de premiers pas du processus de restructuration de l’Armée ? Tout se passe comme si, subtilement, on continuait à fragiliser la République démocratique du Congo. Pour quel but ?...

Le Premier ministre, Adolphe Muzito, peu avant de s’envoler pour le Caire où il est allé assister au sommet Chine –Afrique, a présidé une importante séance de travail dans son cabinet. Celle-ci portait sur les efforts financiers à déployer pour la reconstruction et la paix en République démocratique du Congo. Il s’est dégagé, au cours de cette rencontre que les Nations unies « offrent 20 millions de dollars américains en guise de leur contribution à la consolidation de la paix dans l’Est de la RDC. Cette précision est de l’Abbé Apollinaire Malumalu, président du Programme de Stabilisation et de reconstruction des zones sortant des conflits armés, STAREC.

Outre les Nations unies, des partenaires traditionnels comme les Pays-Bas et la Belgique ont donné leurs contributions, notamment 2,7 millions de dollars pour les Pays-Bas et 6 millions d’euros pour la Belgique. 7 projets ont été identifiés et concernent la consolidation de la paix et la reconstruction des provinces du Kivu, de la Province Orientale et du Katanga, particulièrement le Nord-Katanga.

A cela s’ajoutent les 15 projets existants et en cours d’exécution pour une valeur de 138 millions de dollars en vue de l’amélioration de la situation sécuritaire – désengagement et réintégration des ex-combattants, campement des FARDC, extension de l’autorité de l’Etat.

Eviter de tourner en rond

On ne peut que saluer cet effort de la communauté internationale, doublé de celui des partenaires extérieurs traditionnels. Cette disponibilité devrait plutôt inciter les autorités congolaises à éviter de tourner en round en tirant des leçons utiles de précédentes initiatives.

En fait, ce n’est la première fois qu l’on se retrouve avec les mêmes acteurs, tant du côté national que celui des partenaires extérieurs dans le but de consolider la paix et s’engager de plain-pied dans la phase de la reconstruction nationale. Mais quelle a été la leçon tirée avec la Conférence de Goma, le Programme Amani, le mixage au sein des forces armées, le brassage ? Il est difficile de faire un bilan exact. Car à ce stade de la fin présumée de tous ces programmes, on ne se permettrait plus d’initier d’autres programmes de paix et de reconstruction.

Certes, au niveau de la restructuration des FARDC, le brassage et le mixage ont suffisamment démontré leurs limites. On ne peut pas encore se réjouir du processus de réintégration des FARDC qui pose encore problème. Pour preuve, au Kivu, l’on enregistre des dérapages significatifs avec les anciens éléments du CNDP et autres groupes armés réfractaires. Les FARDC ne sont pas encore homogènes tel que l’on aurait vivement souhaité pour étendre l’autorité de l’Etat sur tout le territoire national. Ajouter à cela, des coups de colère de certaines unités qui revendiquent leur intégration et reconnaissance des gardes militaires.

La déclaration de Malumalu

Ce qui intrigue le plus est la dernière déclaration de l’Abbé Apollinaire Malumalu. Sortant de cette séance de travail, il a déclaré que 7 projets ont été identifiés. Entre autres, le cantonnement des familles des éléments des FARDC et « l’intégration dans la Police, des éléments venant des groupes armés ».

Cette déclaration ne rassure personne. Le fait est simple. Si les résultats sont mitigés, pour ne pas parler de l’échec du processus de la réforme de l’armée avec les anciens groupes armés, comment peut-on se permettre de refaire le même parcours sinueux avec la Police ? C'est-à-dire, verser des éléments venant d’anciens groupes armés au sein de la Police. Tout se passe comme si l’on n’a pas tiré des leçons utiles du processus de la réforme de l’Armée pour se permettre de retenter la même expérience controversée au sein de la Police. Et aussi curieux que cela peut paraître, le programme a été avalisé par les partenaires traditionnels qui se sont manifestés dans la réforme de l’Armée. Notamment la Belgique, et l’ONU. Il y a là de signes évidents d’une campagne diabolique de continuer à fragiliser la RDC par des programmes de saupoudrage visant la réforme de l’Armée et de la Police.

D’autre part, pourquoi s’obstine-t-on à reconduire l’Abbé Malumalu à la tête de plusieurs initiatives de paix. Après la CENI, avec toutes les remarques pertinentes et acerbes, Malumalu a été dans le comité d’organisation de la Conférence de Goma, ensuite, président du Programme Amani et maintenant président de STAREC. Sans oublier qu’il a fait partie de la délégation à la Conférence de Nairobi sur les négociations de paix Gouvernement- CNDP.

Le problème ici n’est pas celui d’être pour ou contre l’abbé Malumalu. Moins encore de lui dénier certaines qualités intellectuelles et morales. Mais en politique, il faut éviter de «diriger par défi ». Malumalu serait utile à plusieurs initiatives. Mais pour des raisons de commodité politique, il aurait été sage de faire preuve d’humilité et s’incliner devant d’autres individualités des mêmes valeurs morales et intellectuelles pour marquer psychologiquement la population.

Assemblée nationale et Sénat interpelés

L’heure est grave pour que toutes les institutions nationales s’approprient chaque initiative visant le rétablissement d’un nouvel ordre national en RDC. Il est inadmissible qu’un tel programme qui connaît la participation des partenaires traditionnels ne soit discuté et apprécié au niveau de l’Assemblée nationale et du Sénat. Ils doivent s’approprier toutes les initiatives de paix et de concorde nationale. Se taire serait synonyme de complicité.

L’observation faite par nos confrères de Radio Okapi est pertinente : « Au risque de connaître un échec programmé, la restauration de la paix, la stabilisation et le développement de l’Est de la RDC est un problème national qui devrait être examiné par l’ensemble des politiques du pays et ne pas le confier, comme ce fut le cas pour le Programme Amani à une poignée de personnes ». Qui dit le contraire ?

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 16:49

10 novembre 2009
L'Avenir Quotidien


Selon Alain Leroy, en un an la Rdc a fait des progrès

HRW a demandé l’Onu de retirer l’appui de la Monuc aux Fardc. Le secrétaire général adjoint de l’Onu en charge des opérations de maintien de la paix est lui, pour le renforcement de l’appui de la Monuc aux Fardc *Le bilan des prétendus civils tués par les Fardc est de 62 victimes. Et l’Onu ne parle que de bilan. Hrw lui, parle de 505 tués. La Monuc pour une enquête conjointe pour déterminer les responsabilités.

On ne cessera pas de parler de ce qui se passe à l’Est de la Rdc. Au cours des derniers mois, beaucoup de choses ont été dites. On retient le rapport de l’Ong britannique qui accuse les Fardc d’avoir massacré des populations civiles. Les éléments de ce rapport de Hrw doit avoir une incidence dans la position du Rapporteur spécial de l’Onu en charge des droits de l’homme qui avait marginalisé la Monuc et ne s’était fié qu’aux Ong pour tirer ses conclusions.

Adoptant le ton des Ong, le fonctionnaire de l’Onu avait dénoncé ce qu’il avait appelé massacre des Fdlr en parlant des civiles hutus rwandais. Quelques jours après, au moment où Hrw publie son rapport où il parle de 505 civiles congolais tués par les Fardc, Alain Leroy, secrétaire général adjoint de l’Onu en charge des opérations de maintien de la paix, est venu en Rdc. Comme on devrait s’y attendre, il est monté au créneau notamment pour annoncer la suspension de l’appui de la Monuc à la 213ème brigade des Fardc. Plus rien ne pouvait arrêter la conjecture à ce sujet. Plus d’une fois, Alain Leroy tente de calmer la tempête qu’il a provoquée.

Le gouvernement a fait des avancées

En séjour à l’Est de la Rdc, Alain Leroy a eu le temps de s’imprégner des réalités de terrain sur cette partie orientale de la Rdc. Rentré à Kinshasa, le secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des opérations de maintien de paix a animé un point de presse avant de quitter Kinshasa vendredi soir pour New York.

Rappelons que Alain Leroy est venu en Rdc pour évaluer l’avancement du processus de paix. Son voyage à l’Est de la Rdc lui a permis de faire le constat selon lequel, ce pays a fait des avancées significatives. Dans ce point de presse qu’il a animé au siège de la MONUC à Kinshasa, Alain Leroy a souligné que d’énormes changements ont été enregistrés dans le processus de paix en RDC par rapport à l’année dernière. « J’étais venu l’année dernière exactement à la même période, c’est-à-dire début novembre. Et à l’époque, c’était une situation de crise, en particulier près de Goma lorsque le CNDP (Congrès national pour la défense du peuple, ex-mouvement rebelle devenu parti politique), alors mouvement rebelle mené par Laurent Nkunda, actuellement assigné à résidence surveillée au Rwanda, était très menaçant. C’était une période de tension très forte. Evidemment je peux voir les grands progrès réalisés en un an. C’est vrai qu’il y a beaucoup de choses à régler. Mais, on est vraiment sur la voie de sortie de crise. Et le pays est sur la bonne voie », a fait savoir Alain Leroy.

Les événements de l’époque lui donnent raison. L’année dernière, la Commission de l’Onu en charge des droits de l’homme s’est déclarée « profondément préoccupé devant la dégradation de la situation des droits de l’homme et de la situation humanitaire au Nord Kivu depuis la reprise des hostilités le 28 août 2008 et demande à toutes les parties concernées de respecter pleinement leurs obligations au regard du droit international, y compris le droit international humanitaire, les droits de l’homme et le droit des réfugiés, pour assurer la protection de la population civile et faciliter l’activité des institutions humanitaires ».

Kimia II doit se maintenir

Sur ce chapitre de progrès, Alain Leroy a évoqué l’amélioration des relations entre la RDC et le Rwanda caractérisée par « l’échange d’ambassadeurs », ce qui constitue, selon lui, « des très bons symboles de l’amélioration de la situation ». Un autre progrès est celui enregistré sur la lutte contre les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR – rébellion rwandaise armée opérant à partir du sol congolais) qui tuent et pillent les populations congolaises dans l’Est du pays. Sur ce point, le Secrétaire général de l’Onu chargé des opérations de maintien de la paix ne parle pas le même langage avec certaines Ong qui estiment que l’opération militaire contre les Fdlr serait un échec. Cette guerre contre les Fdlr a permis à la Monuc et à la communauté internationale à changer de langage.

Hier, on demandait aux parties de revenir à la raison, aujourd’hui, il n’y a qu’un ennemi, les Fdlr. Pour que les Humanitaires travaillent, il fallait que la Commission de l’Onu en charge des Droits de l’homme « Invite instamment toutes les parties à autoriser et faciliter l’assistance humanitaire et à appuyer l’action actuellement menée pour établir des couloirs humanitaires dans toute la région afin de permettre l’accès et la libre circulation des personnes et des biens ainsi que pour donner aux institutions humanitaires la possibilité d’acheminer les denrées alimentaires, l’eau, les médicaments et les abris de première nécessité ». Aujourd’hui, il y a encore certaines attaques marginales contre les humanitaires, mais ils n’ont plus besoin des couloirs pour s’émouvoir.

Et Alain Leroy de poursuivre : « Je crois qu’il y a beaucoup de progrès dans la lutte contre les FDLR. Tout ce qui a été fait pour la stabilisation de l’Est en appui du STAREC (Programme de Stabilisation et de reconstruction des zones sortant des conflits armés), je crois qu’il y a beaucoup d’éléments très favorables ».

Construire une armée républicaine

Joseph Kabila avait soutenu lors des discussions sur la formation de l’armée nationale qu’on ne pouvait pas créer une armée sur base des groupes rebelles. Tout le monde, y compris la communauté internationale a soutenu que la Rdc parte à zéro en faisant le plaquage des rebelles sans formation militaire. Pas étonnant que du côté armée, beaucoup de choses restent à faire. Alain Leroy l’a reconnu en disant qu’ en dépit d’énormes progrès notamment dans l’intégration des groupes armés au sein des Fardc, beaucoup restaient à faire pour arriver à une véritable armée républicaine, professionnelle, et disciplinée.

Dans ce domaine, la communauté internationale en qui le gouvernement congolais a cru, partage la responsabilité. C’est parce que la communauté internationale n’a pas permis à la Rdc de se doter d’une armée dissuasive que l’on compte sur l’appui de la Monuc. Cette aide qui ne devrait être qu’un appoint est devenue essentielle dans le cadre des opérations Kimia II.

La suspension des appuis jusque quand

Il a été posé à Alain Leroy la question de savoir pourquoi, après avoir condamné le massacre de 62 personnes civiles à Lukweti imputé aux unités des Fardc, la MONUC a-t-elle pris la décision de suspendre son soutien à la 213ème brigade des Fardc et pourquoi les autorités congolaises n’ont-elles pas été prévenues ? Pourquoi n’a-t-on pas privilégié une enquête qui établirait les responsabilités ?

A ces questions, Alain Leroy a fait savoir que cette décision avait été prise « parce qu’il y avait déjà des résultats très clairs d’une enquête préliminaire menée par le bureau conjoint des Nations Unies pour les droits de l’Homme ». C’est ici qu’il faut situer l’incidence des Ong. « Ce sont les directives du Conseil de sécurité qui disent que nous ne pouvons pas soutenir une unité qui porterait atteinte aux droits de l’Homme. Et là évidemment, cibler les civils est un acte extrêmement grave. Et nous avons à l’esprit la politique de " tolérance zéro" du président de la République (ndlr : Joseph Kabila). Nous avons suspendu immédiatement notre soutien à la 213ème brigade. Mais, avant de prendre cette décision, nous avons informé toutes les autorités militaires, le ministre de la Défense, le chef d’Etat-major général des FARDC », s’est expliqué Alain Leroy. Il a également soutenu et annoncé l’idée d’une enquête conjointe.

Rapport de HRW, oui mais…

Malgré cette décision, une base temporaire de la MONUC a été déployée à Lukweti en vue de rassurer les populations. En ce qui concerne le rapport de Hrw sur la multiplication des atrocités commises par les Fardc ( sic) dans le cadre de l’opération Kimia II dans l’Est de la RDC, rapport qui demande à la MONUC de suspendre son soutien aux FARDC au risque d’être impliquée elle-même dans de nouvelles atrocités, Alain Leroy a estimé d’abord que la question était très complexe, ensuite, il a fait savoir que la MONUC avait reçu mandat du Conseil de sécurité pour assister les FARDC, afin de désarmer les groupes rebelles, en particulier les FDLR.

La suspension de l’appui de la Monuc à la 213ème brigade est-elle définitive ? A cette question, Alain Leroy a dit : « Nous avons suspendu notre soutien à la 213ème brigade. Et nous discutons avec les autorités militaires pour que ceci ne se reproduise plus. Et je suis sûr que les autorités militaires aussi sont conscientes que cette situation inacceptable à Lukweti ne doit pas se reproduire. Sinon, la MONUC sera obligée de suspendre son soutien ».

Enfin, il a reconnu la nécessité du maintien pour un temps des unités de la Monuc pour sécuriser les populations civiles dans l’Est de la Rdc. « C’est vrai que les populations civiles apprécient énormément la présence de la MONUC pour contribuer à se sentir rassurées et protégées. Le soutien à l’opération Kimia II reste important et la présence de la MONUC dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu reste essentielle », a-t-il expliqué. En plus, Alain Leroy a indiqué qu’il a eu une discussion sur le mandat de la MONUC avec le président de la RDC, Joseph Kabila. Il a révélé que tout le monde était « d’accord pour reconfigurer le mandat de la MONUC, afin de la concentrer à des tâches essentielles pour consolider la paix » en RDC.

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 16:39

10 novembre 2009
Radio Okapi

La société civile du Nord Kivu a exhorté, lundi, les animateurs du Starec, (le programme du gouvernement pour la stabilisation et le relèvement de l’est de la RDC) à améliorer leur communication afin de mieux faire connaître leurs structures.

Le président de la société civile du Nord Kivu, Jason Luneno, l’a déclaré, lundi, au cours de l’émission Dialogue entre Congolais de Radio Okapi. Intervenant dans la même émission, le chercheur belge Xavier Zeebrook a estimé que le défi sécuritaire reste prioritaire pour les populations de l’Est de la RDC.

La visibilité du Starec semble poser problème. Alors que ce programme est à quelques mois de son démarrage, ses structures locales ne sont pas encore mises en place, a indiqué Jason Luneno, président de la société civile du Nord Kivu.

D’après lui, le Starec n’est pas encore connu des populations concernées parce que ses animateurs ne sont pas encore installés. Autre sujet d’inquiétude pour Jason Luneno, c'est le retard observé dans le démarrage effectif des activités de cette structure qui remplace le programme Amani. « Si le Starec a été créé pour une année et qu’on a déjà consommé 4 mois. 6 mois après, on va l’évaluer pour constater qu’il n’a rien produit. Ensuite, on va le dissoudre et on va penser à créer des nouvelles structures. L’essentiel pour nous société civile n’est pas de créer de nouvelles structures. Mais de savoir ce qu’on fait, avec qui et comment on le fait », a-t-il déclaré.
Pour sa part, le chercheur belge Xavier Zeebroek du groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité, (GRIP), a relevé des défis majeurs qu’il ne faudrait pas, selon lui, perdre de vue pour la construction de la paix. D’après ce chercheur, le premier défi est sécuritaire. Il faut d’abord que les populations du Kivu et de l’Ituri essentiellement puissent vivre en paix, c'est-à-dire vivre à l'abri de la menace quasi permanente des exactions, des massacres, des viols comme c’est le cas actuellement, a-t-il indiqué. Il faut également s’attaquer aux problèmes des centaines de milliers des déplacés, au Kivu notamment, a-t-il poursuivi. Xavier Zeebroek a aussi encouragé le gouvernement congolais à se concentrer à la reconstruction de la justice pour faire cesser l’impunité de tous ceux qui commettent des massacres et des viols.
Pour rappel, le week-end dernier, les Nations unies ont annoncé une contribution de 20 millions de dollars américains au Starec.

Le Starec a pris la relève du Programme Amani

Créé par le président Kabila, le Starec a été présenté le jeudi 20 août à Kinshasa. Il concerne la stabilité et la reconstruction de toute la partie de l’Est de la RDC, du Sud-Uéle au Nord Katanga. Le Starec prend la relève du Programme Amani. Il a trois composantes : la sécurité, l’humanitaire et l’économie. Le volet sécuritaire tient à résoudre la question d’insécurité par le déploiement de la police, l’armée et par la construction des casernes. Il consiste à aider le gouvernement à retrouver ses prérogatives régaliennes par la restauration de l’autorité de l’Etat.

Le volet humanitaire concerne la réinsertion des personnes déplacées. Il faut faire revenir tous les déplacés chez eux et leur trouver des occupations. Le succès du Starec passe notamment par le renforcement des structures judiciaires et l’installation des tribunaux de paix. Ce programme est prévu pour une année
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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 22:58

17 octobre 2009
Le Potentiel


Selon l'ONU, les groupes armés et l’armée nationale poursuivent les massacres en RDC

Le professeur Philip Alston, rapporteur spécial des Nations unies sur les exécutions extra judiciaires, a séjourné du 5 au 15 octobre 2009 en RDC à la demande du gouvernement congolais. Au terme de son séjour, il a publié un rapport accablant. Il a également proposé des recommandations auxquelles le gouvernement le République devra répondre vis-à-vis du Conseil des droits de l’homme à Genève et de l’Assemblée générale de l’Onu à New York.

J’ai visité la République Démocratique du Congo du 5 au 15 octobre et tenu des réunions à Kinshasa, au Bas-Congo (Kisantu), au Nord-Kivu (Goma), au Sud-Kivu (Bukavu et Minova), et en Province Orientale (Dungu et Doruma).

A travers la République Démocratique du Congo j’ai eu des rencontres avec les représentants du gouvernement central, provincial et local, les représentants de la police et des militaires, des juges et des procureurs, des représentants de la MONUC, des membres de la communauté diplomatique, des représentants de la société civile à tous les niveaux, des agences humanitaires, des représentants de groupes religieux, des détenus, les ex-combattants des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda FDLR) et Lord’s Resistance Army -(LRA). J’ai également rencontré de nombreux témoins de violations de droits de l’homme ainsi que des membres des familles des victimes.

Je tiens à exprimer mes remerciements les plus sincères au gouvernement de la RDC pour m’avoir invité à visiter le pays. Ceci est la preuve de la volonté du gouvernement de coopérer avec le Conseil des droits de l’homme des Nations unies et mérite d’être reconnu. Je suis également reconnaissant à la MONUC qui n’à épargné aucun effort pour favoriser le succès de ma mission. Les deux SRSG adjoints, Madame Leila Zerrougi et Monsieur Ross Mountain, le commandant des forces Monsjur Babacar Gaye et Monsieur Todd Howland, directeur du Bureau conjoint des droits de l’homme se sont dépassés pour m’aider. Ils ne doivent néanmoins pas être tenus responsables de l’analyse et des recommandations que j’ai faites en ma capacité d’expert indépendant.
La définition que fournit le droit international des exécutions extrajudiciaires est bien plus large que- celle contenue dans la législation de la RDC. Elle comprend les tueries commises par les forces gouvernementales ainsi que celles perpétrées par d’autres groupes ou individus envers lesquelles le gouvernement a un devoir d’investigation, de poursuite et de sanction.

L’un des problèmes les plus préoccupants est la privatisation totale de I’Etat. Les militaires sont peu ou souvent pas payés. Ils se financent souvent par l’extorsion et le vol commis dans la communauté. La MONUC fournit la plupart de leurs rations alimentaires. Un système de justice inefficace tolère et parfois même encourage l’apparition de la justice populaire au sein des communautés locales. Les -soins de santé et l’éducation sont donnés en sous-traitance (« outsourced ») aux institutions internationales ; d’ailleurs les autorités gouvernementales se plaignent que celles-ci ne font pas assez. Le gouvernement central n’assure le budget que d’une seule dans l’ensemble du pays. Les autres continuent à fonctionner car des administrateurs souvent auto-désignés commettent des exactions sur les prisonniers et les membres des familles de ceux-ci. Ce phénomène de privatisation réduit l’urgence de toute réforme fiscale et d’une responsabilisation. Le gouvernement se contente de trouver des ressources pour satisfaire ses propres besoins, Les solutions à ce phénomène dépassent la portée de mon rapport. Néanmoins, tant que ce problème n’est pas abordé de façon énergique, la capacité du gouvernement à garantir la sécurité, la justice et le respect des droits de l’homme ne pourra qu’en pâtir encore davantage et les milliards de dollars versés par la communauté internationale n’auront pas servi à la mise en place d’un cadre institutionnel durable.

Tueries commises par l’armée congolaise et les FDLR au Nord et Sud-Kivu

Kimia II, l’opération militaire de l’armée congolaise (FARDC) avec l’appui de la MONUC dans les Kivu contre les groupes armés des FDLR, qui a commencé officiellement au mois de février 2009, poursuit en ensemble d’objectifs, mais sous le prisme des droits de l’homme, elle a eu catastrophiques des centaines de milliers de personnes déplacées, des milliers de cas de viol, des centaines de villages entièrement brûlés, et au moins mille victimes civiles. En outre, les mines situées dans les Kivu n’ont toujours été démilitarisées et continuent d’être exploitées par des groupes armés, en particulier par les FARDC.

Un manque de planification, de coordination et de coopération dans le cadre de Kimia II est à l’origine des tueries prévisibles et répétées, y compris des massacres dans le Sud-Walikale et à Masisi perpétrés par les FDLR. Des villages laissés sans aucune protection par les FARDC ou la MONUC sont ainsi devenus des cibles faciles pour les forces des FDLR. Depuis le mois de janvier 2009, les FDLR ont commis en moyenne 50 à 60 tueries par mois, alors qu’il y en avait moins de dix par mois en 2008.

Des cas de viols brutaux ont accompagné ces atrocités. Beaucoup de ces événements constituaient des actes de représailles contre des civils suspectés d’avoir coopéré avec les FARDC lorsque celles-ci contrôlaient la région. De nombreux commandants en chef des FDLR, notamment ceux qui résident actuellement en Allemagne ont joue un rôle décisif dans ces opérations Or, ils vivent en toute liberté.

Dans beaucoup d’autres régions ce sont les FARDC elles-mêmes qui constituent le plus grand risque direct à la sécurité. Le manque de vérification (vetting) des ex-membres de groupes armés, en particulier ceux de l’ex-Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP), et une carence de formation et le planification au moment de l’intégration des ex-CNDP et autres groupes au sein des FARDC dans les Kivu a mené, sans surprise, à des cas de violations commises par l’armée contre les civils et n’a pas pu mettre fin à l’existence de structures parallèles de commandement ex-CNDP au sein de l’armée. Le processus de mise en place d’une armée professionnelle n’a pas encore véritablement commencé. La formation a été, dans le meilleur de cas, qu’extrêmement superficielle, même quand elle s’adressait aux commandants. Le nombre précis de soldats est inconnu et la composition des unités militaires vague. Les uniformes des soldats n’indiquent que rarement leur nom ou -celui de leur brigade. Les efforts continus de l’EUSEC pour mener à bien un recensement au sein de l’armée sont indispensables pour professionnaliser les forces armées.

J’ai reçu des informations dignes de foi quant à des tueries importantes non-rapportées commises par les FARDC en 2009 dans les Kivu. A Shalio (près de Busurungi au Nord-Kivu) il semblerait que les FARDC, commandées par le Colonel Zimulinda, ait attaqué un camp de fortune de réfugiés Hutu Rwandais le 26 avril 2009, Les FARDC ont entouré le camp, tiré et battu à mort au moins 50 réfugiés et ont entièrement brûlé le camp. Il semblerait que quelques 40 femmes aient été enlevées dans ce camp. Un petit groupe de dix femmes qui a pu s’échapper a témoigné avoir subi des viols collectifs. Les femmes portaient des marques de blessures graves. On leur avait coupé des morceaux de leurs seins. Le sort des trente autres femmes est inconnu. Le 10 mai, au moins 96 civils ont été massacrés par les FDLR à Busurungi à titre de représailles des tueries de Shalio. J’ai également reçu des informations quant à des tueries commises par les FARDC sur l’axe Nyabiando Pinga au Nord-Kivu. Une enquête sérieuse devrait être entreprise.

Outre ces assassinats à grande échelle commises par les unités des FARDC, il y aussi ides cas de meurtres isolés commis par des soldats. Le fait que le gouvernement n’arrive pas à fournir régulièrement les rations alimentaires et payer la solde des soldats et les détournements de fonds commis par les commandants obligent les soldats à vivre aux dépens de la population. J’ai ainsi reçu de nombreux témoignages de tueries commises lors de vols des denrées alimentaires et autres articles nécessaires à la survie, et de cas de décès lorsque les civils étaient forcés de porter les bagages des FARDC, Il va de soi que le nombre de violations décroît de façon spectaculaire dans les régions où les FARDC sont payées et nourries.

Province Orientale et l’Armée de résistance du Seigneur (LRA)

Dans le passé plus de 1 200 civils ont été tués de façon brutale par les LRA. Beaucoup étaient des règlements de compte à la suite des opérations militaires lancées par le gouvernement. Tant l’opération Rudia I (opération conjointe FARDC-MONUC du mois de septembre 2008) que l’opération Lightning Thunder (opération conjointe FARDC-Ouganda-SPLA avec appui logistique des Etats-Unis décembre 2008) ont été immédiatement suivies de représailles sous forme de tueries perpétrées par la LRA. A Dungu et à Doruma, j’ai parlé à des adultes et des enfants qui avaient été enlevés par la LRA. Lors de ces attaques, des enfants ont été obligés de servir comme soldats et ont été formés pour tuer; des personnes ont été battues à mort avec des bâtons et des machettes sous l’oeil des membres de leurs familles. Compte tenu de l’historique des tueries à titre de représailles commises par la LRA en Ouganda et au Soudan, ces massacres étaient prévisibles et le gouvernement et la MONUC auraient dû faire preuve de davantage de diligence pour accorder la priorité à la protection des civils lors de la planification des opérations militaires. C’est un impératif du droit humanitaire international et du droit des droits humains.

Il existe une différence criante et préoccupante entre les allégations de succès de l’opération Rudia II (opération conjointe FARDC-MONUC mars 2009 en cours) avancées par les forces armées et la réalité sur le terrain. Le commandant FARDC de Rudia II a confirmé avec insistance que la mission avait réussi et que le territoire du Congo était désormais nettoyé des forces de la. LRA. Toutefois, et même si les massacres de septembre-décembre 2008 ne se sont plus répétés, la LRA continue ses incursions régulières au Congo. Au mois de juillet 2009, par exemple, il y a eu au moins 56 attaques de la LRA qui ont abouti à 40 meurtres et 157 enlèvements. Au mois d’août on parle de 32 attaques, 15 meurtres et 39 enlèvements. Au mois de septembre il y a eu au moins 22 meurtres et 37 enlèvements. Un témoin a décrit une attaque il y a à peine deux semaines au cours de laquelle les membres de la LRA ont volé et essayé d’enlever la soeur du témoin, alors qu’elle travaillait dans les champs.

Les besoins sécuritaires de la province Orientale n’ont pas suffisamment retenu jtl’attention de la communauté internationale. Le défi est d’autant plus grand que le territoire est vaste et l’accès difficile. Il y une petite présence de la MONUC mais les effectifs et les -capacités ne sont pas suffisants pour réagir efficacement- face aux menaces. En dépit d’efforts de la part de la MONUC, la communication avec la population laisse beaucoup à désirer. Les efforts de communication de la MONUC avec la population ont été inadéquats. En partie, il s’agit d’un simple échec de relations publiques. Les efforts ont été insuffisants pour : (i) expliquer le rôle de la MONUC à la population; (ii) veiller à ce que des avantages tangibles tels que l’approvisionnement en électricité et couverture radio soient assurés et (iii) qu’un réseau de communication communautaire soit mis en place pour améliorer la sécurité et permettre à la MONUC et aux FARDC de réagir rapidement en cas d’attaque ou de menace crédible.

Par ailleurs, il importe que les incidents majeurs et les tueries fassent l’objet d’une évaluation et d’un rapport en temps voulu. On sait que le rapport des enquêtes du Bureau conjoint des droits de l’homme de la MONUC dans le cas des massacres commis par la LRA à la fin de 2008 ne sont toujours pas disponibles, neuf mois après ces incidents. Des retards dans l’obtention d’autorisations de publication semblent saper l’efficacité du travail sur le terrain. La LRÀ sévit au Bas-Uélé, Haut-Uélé, sud-Soudan, jusqu’en République Centrafricaine et constitue toujours une menace véritable en RDC. Face au refus du gouvernement de reconnaître ce fait, la population a voté avec ses pieds : un grand nombre de personnes déplacées refuse toujours de rentrer dans leur région. La LRA est aussi devenue une menace régionale, ayant attaqué des civils dans le nord de l’Ouganda, en RDC, au sud-Soudan et en République Centrafricaine. On estime à 65 000 le nombre de civils tués au cours des vingt dernières années et à plus de deux millions le nombre de personnes déplacées. En dépit de sa petite taille la LRA sème la panique et contribuera de le faire à moins qu’une solution régionale ne soit trouvée. - Il faut ainsi une conjugaison de nouvelles pensées stratégiques militaires et de mesures tactiques pour encourager et faciliter les désertions dans les rangs de la LRA.

Tout comme dans les Kivu, de nombreux interlocuteurs ont identifié les FARDC comme étant la menace la plus grave en matière de sécurité dans la province Orientale. Pour une bonne partie de l’année courante, les gardes républicaines étaient déployées en Orientale mais au cours des derniers mois, une nouvelle brigade des FARDC comprenant des membres des ex-CNDP est arrivée du Nord-Kivu pour remplacer la Garde républicaine. On pouvait prévoir que cette nouvelle brigade, responsable d’harcèlements, de pillages, de viols et d’assassinats dans les Kivu allait agir de la même façon en Orientale. La plupart des actes restent impunis, la population ne sachant pas qu’il est possible de porter plainte et ne sachant à qui s’adresser. Un procureur militaire est arrivé à Dungu pour la première fois la semaine passée. Au cours des deux mois et demi passés, il y a eu au moins quinze meurtres commis par les FARDC en Haut-Uélé, la plupart accompagnés de pillage et de vol. Dans un cas, deux femmes ont été tuées pour avoir résisté à un viol collectif par des soldats. On s’attend à ce que, au fur et à mesure que les soldats de la brigade intégrée remplacent la Garde républicaine en Orientale, le nombre de ces abus augmente. On s’attend également que les groupes d’auto-défense des villageois s’organisent à nouveau et envisagent de prendre les armes face à l’impunité des FARDC. La province Orientale se trouve à un tournant critique et tous les signaux d’alarme sont allumés annonçant une répétition des violences constatées dans les Kivu.

Assassinats politiques au Bas-Congo et à Kinshasa

Le gouvernement a nié les assassinats à motif politique de centaines de civils à Kinshasa (partisans du parti de Bemba) et au Bas-Congo (partisans de Bunda Dia Kongo) en juin 2006, début 2007 et janvier et mars 2008, perpétrés par les forces de sécurité de la RDC. La communauté internationale n’y a pas prêté grande attention bon .plus. Aucune institution n’a dû rendre compte de ces assassinats et de cette répression à grande échelle. Ces actes sont dus, entre autres, à la police (en particulier le bataillon Simba, l’unité de police intégrée et services spéciaux), à l’Agence nationale de renseignement (ANR), à la Garde républicaine et à l’Etat major de renseignements militaires (DEMIAP).

La position dominante d’un appareil d’état hautement répressif m’est apparue clairement lorsque je me suis rendu à Kisantu au Bas-Congo en début de semaine pour m’entretenir avec des témoins des assassinats de partisans du BDK, entretiens rendus impossibles dans le district en violation flagrante de la liberté de mouvement et de communication due au rapporteur spécial des Nations unies par le gouvernement hôte. Le maire de Kisantu, sous les ordres du Gouverneur, a présenté des prétextes peu valables et futiles pour justifier cette interdiction répressive. En outre, dès que j’ai quitté Kisantu, la personne qui avait organisé les rencontres a été immédiatement arrêtée par la police, ce qui a nécessité mon retour à Kisantu afin d’assurer sa libération. Je reste profondément préoccupé par la sécurité de cette personne et des témoins et ferai tout ce qui est dans mon pouvoir pour suivre cette situation. J’ai par ailleurs présenté une plainte officielle au gouvernement en rapport avec cette violation des obligations assumées envers le Conseil des droits de l’homme.

Morts en prison

Mes interlocuteurs, y compris le Ministre de la justice, qui est responsable du système pénitentiaire, étaient unanimes pour dénoncer les conditions atroces des prisons. J’ai pu visiter la prison centrale de Goma où je me suis entretenu avec quelques détenus. La prison aune capacité de 150 personnes mais contient 800 prisonniers vivant dans une saleté indescriptible. La prison leur fournit une seule ration alimentaire largement insuffisante par jour. Par conséquent, ils dépendent essentiellement de leurs familles pour se nourrir. Etant donné que le contrôle interne des prisons est laissé entièrement aux mains des prisonniers, les plus forts se taillent la part du lion des rations alimentaires. Les plus faibles et ceux qui n’ont pas de famille à proximité, perdent graduellement du poids et sont davantage exposés aux maladies. Il n’est donc pas étonnant que beaucoup meurent en prison.

Le nombre de prisons et de prisonniers au Congo n’est pas connu. Les registres ne sont pas entretenus. Beaucoup de prisonniers pourrissent en prison, même après avoir servi leur sentence. La grande majorité de prisonniers n’a pas été jugée. Essentiellement, le système carcéral est un dépotoir où l’on entasse les ennemis de l’Etat et ceux qui sont trop pauvres pour soudoyer le système judiciaire. Les conditions abominables, ainsi que la corruption et un contrôle minimal de l’Etat font que les fuites sont monnaie courante, exacerbant davantage la situation d’impunité.

Violence sexuelle et exécutions extrajudiciaires

La violence sexuelle à grande échelle continue de sévir. Les chiffres ne sont pas à même de projeter le degré d’horreur de cette violence. Des femmes et des fillettes, et même des bébés, ont subi des viols collectifs ; des fusils, des bâtons, du sable et de la colle ont été insérés dans leurs corps;leurs organes génitaux ont été mutilés. Certains auteurs de viols sont allés aussi loin que d’arracher des fétus de l’utérus de la femme. Des victimes ont ainsi été littéralement violées à mort. J’ai reçu des témoignages de viols collectifs dans les Kivu d’une brutalité telle que les femmes ont succombé à leurs hémorragies et à leurs blessures dans les jours ou les semaines qui ont suivi les viols. D’autres victimes ont été exécutées immédiatement après le viol ; les membres de la famille qui ont essayé de s’interposer ont également été tués. Même si les preuves statistiques ne sont pas encore complètes, des preuves circonstanciées provenant de diverses sources montrent que les viols et les tueries sont particulièrement pernicieux lorsque les groupes armés agissent à titre de riposte contre les communautés êél1àborêr avec 1àffie opposée. Ceux qui travaillent avec les victimes des viols ont également été attaqués et menacés.

En dépit de cette situation cauchemardesque et toute l’attention qu’elle a suscitée au niveau politique, les autorités continuent de nier l’étendue du problème. Lorsque j’ai interrogé une haute autorité militaire à l’est de la RDC sur les violences dans sa région, il m’a répondu que seul 15 pourcent des allégations des ONG étaient justifiées, que la plupart des autres cas n’était que des inventions, et que c’était après tout dans la nature de la femme d’être infidèle. Le fait est que le nombre et la gravité des attaques ne s’estompe pas et semble même s’aggraver. C’est particulièrement le cas dans le Kivu, où le nombre important de viols a augmenté après le lancement des opérations militaires du début 2009. Ce sont les membres des groupes armés qui sont responsables de la majorité des cas de viol dans les Kivu.

Impunité et systèmes de justice pénale et militaire

L’impunité est une cause principale de la continuation des tueries et est le résultat des lacunes graves du système judiciaire à tous ses niveaux. L’impunité est si étendue que même Bosco Ntaganda, qui fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la CPI pour avoir enrôlé des enfants soldats en Ituri, a été intégré dans les FARDC et détient un poste de commandement supérieur, quand bien même officieux, au sein de l’opération Kimia II. Beaucoup d’autres, notamment Sultani Makenga, Bernard Byamungu et Salumu Mulenda, qui ont des dossiers détaillés de crimes de guerre et autres violations graves, se sont vus accorder des postes de responsabilité au sein de l’armée.

A travers le pays, la corruption endémique et l’ingérence politique font que l’argent et les connaissances peuvent vous éviter enquêtes, poursuites et jugement. Des juges m’ont avoué avoir reçu des menaces dans l’exercice de leurs fonctions et reçu des propositions de pots-de-vin. Ils manquent d’ailleurs cruellement de ressources. La désignation, la révocation et la promotion des juges se fait souvent dans un contexte d’ingérence politique. La nouvelle Cour militaire opérationnelle établie dans le cadre de Kimia II a permis quelques progrès timides dans la poursuite d’un petit nombre de soldats de rang inférieur, mais cette cour souffre d’un manque d’effectifs, ne peut conduire des enquêtes indépendantes et ne dispose pas de pouvoirs pour entamer des poursuites de haut niveau.

La peur empêche beaucoup de victimes et de témoins potentiels de dénoncer les crimes. Il n’existe aucun programme de protection de victimes au sein du gouvernement congolais. La MONUC a mis sur pied un très petit programme de protection, avec un effectif limité et des ressources restreintes, l’empêchant d’assurer la protection nécessaire.

Le rôle de la MONUC

La MONUC remplit des fonctions d’une extrême importance. J’ai été très impressionné par le professionnalisme et le dévouement de son personnel mais la dimension «droits de l’homme » de ses activités a besoin d’être repensée. Le Bureau conjoint des droits de l’homme a fait un excellent travail et les nouvelles équipes conjointes de protection créées pour servir d’alarme précoce dans des situations de menace sécuritaires constituent un pas dans la bonne direction pour assurer la protection des populations civiles. Néanmoins, elle souffre de pénuries de ressources et rencontre de nombreux obstacles quant à l’accès et l’on ne donne pas toujours suite à ses recommandations.

Les problèmes principaux sont de deux ordres. Il y a d’abord les tensions inévitables qui découlent de la subordination de la composante «surveillance droits de l’homme» à l’autorité d’une mission de maintien de la paix. La surveillance des droits de l’homme sera toujours perçue par certains comme un obstacle sur la voie des réformes politiques. On aura ainsi tendance à la reporter à plus tard, à la diluer, voire même la décourager. Quand bien même faite généralement de bonne foi, cette tendance sape la crédibilité et l’efficacité des activités « droits de l’homme ». Les arrangements actuels dans le cadre de la MONUC ne résolvent pas de façon satisfaisante ce problème et le rôle constructif du Haut commissariat des droits de l’homme ne ressort pas clairement dans ce contexte, Il y a ensuite le fait que le mandat du Conseil de sécurité a transformé la MONUC en une partie au conflit dans les Kivu. Cela crée inévitablement un conflit d’intérêts quant à la capacité et la volonté de la MONUC d’enquêter sur les allégations de violations commises par les FARDC ou par ces propres forces. Même dans l’hypothèse d’une performance sans faute de ses tâches, la perception de manque d’indépendance devient inévitable. Il faut ainsi penser à créer un nouveau mécanisme capable de garantir un rôle de surveillance et une capacité redditionnelle indépendante, efficace et crédible.

Le système des Nations Unies a fait des efforts significatifs pour documenter les violations de droits de l’homme commises entre 1993 et 2003 (« mapping »). C’est un projet indispensable et un pas important sur la voie de la responsabilisation, et les conclusions devraient être publiées dans les trois mois à venir.
Pour compléter les points susmentionnés, mon rapport au Conseil des droits de l’homme se penchera également sur les questions relatives au rôle de la police et de la nécessité d’une réforme ambitieuse, sur la question des milices d’auto-défense et des exécutions commises par la justice populaire, sur l’assassinat de journalistes et de «sorcières» et sur la protection des défenseurs de droits de l’homme, ce dernier point ayant une importance particulière, compte tenu du harcèlement et de l’intimidation constante que subissent ceux-ci.

Recommandations

Il y a bien longtemps que l’on ressent une fatigue de recommandations en RDC. Des centaines de rapports contiennent es milliers de propositions de réformes, pour la plupart sans suite. Il est donc inévitable de se fixer des priorités. Les six recommandations ci-dessous sont tant nécessaires que réalisables dans les six mois à venir. Au mois de juin 2010 je ferai rapport au Conseil des droits de l’homme sur les progrès obtenus sur chacune d’elles.

1. L’impunité est chronique. Pour les FARDC, souvent tout est permis. Ses soldats ne courent pas un grand risque d’être punis pour le viol ou le pillage de la population civile. Leur anonymat et leurs armes leur assurent l’impunité en cas de crime. Par conséquent, dans un premier temps, il faut exiger le port d’un uniforme portant le nom de l’individu ainsi que son appartenance à son unité militaire Le Conseil sécurité doit en faire une condition préalable a toute assistance.

2. La présence de présumés auteurs de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et d’autres violations graves au sein des forces armées est un message très fort aux autres militaires qui se disent que l’impunité règne et que la brutalité et la force l’emportent sur la loi. Le slogan selon lequel « la paix d’abord, la justice ensuite» ignore fondamentalement la dynamique en cours. Il n’y aura ni paix, ni justice tant que le gouvernement et la communauté internationale ne prendront au sérieux la nécessité de traduire immédiatement devant la justice les auteurs présumés de crimes haineux. Accorder à des individus tels que Bosco Ntaganda, Innocent Zimulinda, Sultani Makenga, Bernard Byamungu et Salumu Mulenda un sursis provisoire (pour quelques années seulement nous dit-on) équivaut â tourner en dérision les droits humains. Aucun raisonnement stratégique sophistiqué ne devrait occulter ce fait.

3. Mes rapports ont une fonction fondamentale: servir de sonnette d’alarme. Et ces sonnettes d’alarmes retentissent fortement en RDC. A l’heure actuelle, Kinshasa et le Bas-Congo constituent un terreau fertile pour d’autres tueries des forces de sécurité à l’approche des élections. En Orientale, on devrait s’attendre à une multiplication des cas de violations par les FARDC et â des attaques sporadiques continues de la LRA. Des affrontements entre les groupes d’auto-défense et les FARDC sont aussi possibles à moins que des mesures de prévention ne soient prises urgemment. Dans les Kivu, la population civile paiera un lourd tribut lors des attaques de représailles des FDLR si l’on n’y prévoit pas des mesures de protection renforcées. Il incombe au gouvernement et à la communauté internationale d’assurer la responsabilité de mise en place de mesures préventives immédiates.

4. La réforme du secteur sécuritaire est complexe et nécessite beaucoup de temps. Une question fort négligée est celle de l’avenir de la Garde républicaine. C’est une véritable bombe à retardement. A moins d’intégrer complètement la Garde républicaine au sein des FARDC, on court le risque d’en faire un obstacle incontrôlable et explosif sur la voie des élections libres et de la gouvernance démocratique.

5. Être un prisonnier-en RDC est sans soute pire que de se retrouver en enfer. Le système carcéral irresponsable et sans pitié est la cause de la mort de nombreux prisonniers, lie nombre véritable de prisons et de prisonniers n’est pas connu. La surpopulation carcérale est choquante, même selon les normes des pays les plus pauvres. D’innombrables prisonniers restent en prison des années sans être jugés et beaucoup meurent de faim. Un budget raisonnable doit être prévu pour toutes les prisons, et un recensement de la population carcérale devrait être effectué dans les six mois. Le délai qu’un prisonnier peut passer en détention préventive devrait être conforme aux normes internationales de droits de l’homme. Les prisonniers détenus en violation de ces normes devraient être libérés et tous les lieux de détention appartenant aux acteurs non-autorisés par la loi devraient être fermés.

6. Une attention urgente doit être accordée à l’amélioration et à la restructuration de la capacité des Nations Unies à surveiller et à faire état des violations des droits de l’homme en RDC de façon efficace, indépendante et crédible. Alors que les dispositions actuelles sont pertinentes par certains égards, beaucoup reste encore à faire.

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17 octobre 2009 6 17 /10 /octobre /2009 22:51

17 octobre 2009
Xinhuanet

Le partenariat militaire belgo-congolais au beau fixe, selon le chef de la Défense belge

Le général d'armée Charles Henry Delcour, chef de la Défense belge, qui est arrivée jeudi soir à Kinshasa, a mis en exergue vendredi l'excellence du partenarit militaire entre son pays et la République démocratique du Congo (RDC).

Le général Delcour a annoncé, à l'issue des entretiens avec le ministre de la Défense charles Mwando Nsimba et avec son homologue congolais, le lieutenant général Didier Etumba, la présentation des projets de partenariat devant être soumis à l'examen des experts militaires de deux pays en vue d'un travail harmonisé.

Il a souligné que la contribution belge dans la formation sera accentuée sur les officiers et sur la mise en place d'un bataillon commando, entièrement formé par des instructeurs belges, dans le cadre de la force d'intervention rapide.

Le général Delcour rencontrera le commandant des forces de la Mission de l'ONU en RDC (MONUC), le général Babacar Gaye et le chef de la mission de conseil et d'assistance de l'Union européenne en matière de réforme du secteur de la sécurité en RDC.

Il doit se rendre ensuite à Kindu dans la province du Maaniema où est basé le bataillon commando en formation par les instructeurs belges pour se rendre compte du travail déjà réalisé.

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13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 12:01

Lu pour vous le 13 octobre 2009
Publié le 9 avril 2009
Thomas Fessy
BBC Afrique


Les mines du Congo : entre rebelles et multinationales


Malgré les opérations militaires contre elles, les milices hutues F.D.L.R. contrôlent toujours des mines de l'Est de la République démocratique du Congo, comme le montre ce reportage de Thomas Fessy.

Au sommet d'une montagne du Sud Kivu, un mineur agite sa pelle pleine de roches dans le torrent.
Il cherche de la cassitérite, ce précieux minerai noir et crystalisé dont est tiré l'oxyde d'étain. Les creuseurs constituent le premier maillon de la longue chaîne du commerce de minerais, l'autre bout étant occupé par les entreprises multinationales.

Un peu moins de 150 kilomètres séparent Bukavu, la capitale provinciale, de Mwenga, chef-lieu du territoire portant le même nom.
Le territoire est largement contrôlé par les milices Hutu des Forces Democratiques pour la Libération du Rwanda (F.D.L.R.). Ces rebelles Hutu avaient fui dans l'est du Congo après le génocide de 1994, auquel ont participé certains de leurs chefs. Plus de 800 000 Tutsi et Hutu modérés avaient été tués, mais les Hutu extrémistes avaient finalement perdu le pouvoir et avaient trouvé refuge dans les montagnes congolaises.

Quelques années plus tard certains d'entre-eux ont créé les F.D.L.R., qui demandent l'ouverture d'un dialogue inter-rwandais.


Taxes et mauvais traitements

Les récents travaux d'une entreprise chinoise ont amelioré l'état de la piste, jusque-là contrôlée par les bandes armées, mais il faut tout de même quatre heures pour relier Bukavu à Mwenga.
Les mines constituent la principale activité économique du territoire de Mwenga, mais la majorité d'entre elles sont aux mains des F.D.L.R. qui, selon un rapport d'experts de l'ONU publié en décembre dernier, génèrent plusieurs millions de dollars, chaque année, grâce à l'exploitation illégale de ces carrières de cassitérite, d'or et de coltan.

A Mwenga, les rebelles Hutu rwandais viennent vendre et acheter toutes sortes de produits.
Un négociant, qui tient à garder l'anonymat pour des raisons de sécurité, raconte comment il se procure des métaux précieux dans les mines de la région. « Nous achetons chez les creuseurs, mais pour entrer et sortir de la carrière, nous devons payer les F.D.L.R. C'est une sorte de taxe qu'ils prélèvent pour nous laisser transporter le minerai », affirme-t-il. « Ils sont armés et nous surveillent. Ils peuvent nous arrêter et dans ce cas nous devons payer plus d'argent », ajoute-t-il.« Ils peuvent aussi nous garder sous leur lit pendant qu'ils dorment. C'est leur manière de faire. Certains sont meme battus et fouettés ».


Dans la jungle avec les rebelles

Des rebelles hutus F.D.L.R

Les F.D.L.R contrôlent la majorité des mines de Mwenga

Un matin, le commandant de la seconde division des F.D.L.R. du Sud Kivu envoie trois de ses combattants, en civils, au carrefour de la route principale de Mwenga et du chemin qui mène a Kitamba, à deux heures de marche plus haut dans la forêt. Le chemin est très boueux en raison des fortes pluies. Au bout d'une demi-heure, nous sommes finalement rejoints par six autres combattants, armés de kalachnikovs et de fusils mitrailleurs.

La plupart d'entre eux portent des uniformes de l'armée congolaise.
Kitamba est l'un des fiefs des F.D.L.R. dans la région, qu'ils contrôlent en grande partie. Le colonel rebelle, Job Rukundo attend sur le perron d'une église isolée. Le périmètre est bouclé par des hommes en armes, et je lui demande s'il sait que la population craint son mouvement. « Ces informations sont fausses et sans fondement », me répond-il. « Nous n'avons pas de problème avec la population, poursuit-il, mais certains ont choisi le camp de notre ennemi et ceux sont eux qui donnent ce genre d'informations. » « Sincèrement, les FDLR ne prélèvent pas de taxes et ne sont pas impliqués dans les activités minières. Pour survivre, nous nous arrangeons avec l'agriculture et le petit commerce, pour éviter de demander à la population quoi que ce soit. »

Le commandant rebelle nie également l'existence d'une mine un peu plus haut dans la montagne, mais quelques villageois congolais me guident vers le site en question.
Après une nouvelle heure et demi de marche dans la jungle, nous atteignons finalement une carrière artisanale. « Je dois donner un kilo de cassitérite aux rebelles chaque semaine ou l'équivalent en argent », indique un creuseur. Couvert de poussière, alors qu'il sort d'une cave creusée dans la roche de trois mètres de profondeur et soutenue par quelques bambous, il ajoute que tous les mineurs doivent payer une taxe aux F.D.L.R. sous peine d'être arrêtés ou fouettés.


Comptoirs d'exportation : l'autre bout de la chaîne

De retour à Bukavu, la capitale provinciale, les comptoirs d'export reconnaissent ne pas pouvoir remonter l'itinéraire des minerais qu'ils achètent, jusqu'à la mine même.
Mudekareza Namegabe préside l'un des principaux comptoirs, le Groupe Olive, ainsi que la Federation du secteur privé de la province. Il est cité dans un rapport des Nations Unies comme acheteur de minerais provenant de sites contrôlés par les F.D.L.R. Il affirme ne pas avoir acheté de cassitérite depuis janvier.

Les négociants sont pourtant formels : ils ont vendu des sacs de ce caillou noir à son comptoir. «
Ce sont des mensonges !», s'exclame Mudekareza Namegabe. «Ce sont eux qui installent la fraude dans le secteur minier ici».

Egalement cité dans le rapport des Nations Unies, le président du comptoir Panju a, lui, refusé de me rencontrer pour répondre à mes questions.


'Comme des étranger sur notre sol'

Une fois concassée, la cassitérite est achetée par les multinationales occidentales.
Ce minerai sert notamment a la construction de boîtes de conserve et de téléphones portables. Dans l'est du Congo, cette chaîne commerciale permet aux rebelles hutu rwandais des F.D.L.R. de se financer. «On ne peut rien faire», se lamente un villageois.

«Nous vivons comme des étrangers sur notre propre sol. Le pouvoir est à eux. Qu'est-ce que nous pouvons faire nous autres ? Rien que regarder».

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