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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 22:26

4 janvier 2011

Colette Braeckman

 

La lutte pour le pouvoir en cours en Côte d’Ivoire a des répercussions au Congo, où des élections présidentielles sont prévues pour novembre prochain : le ministre de l’Information et porte parole du gouvernement Lambert Mende Omalanga a déclaré qu’il était envisagé de proposer une modification de la Constitution, afin de remplacer le scrutin présidentiel à deux tours par une élection à un tour seulement. Cette réflexion était déjà en cours, pour des raisons budgétaires entre autres, mais les évènements de Côte d’Ivoire pourraient précipiter la décision : «nous avons frôlé le pire en 2006 » assure le ministre » et nous voulons aujourd’hui, à tout prix, éviter tout risque de dérive identitaire, comme en Côte d’Ivoire, en Guinée ou au Kenya… »


Cette décision confirme que la situation à Abidjan passionne les pays du Golfe de Guinée, mais aussi l’opinion congolaise où l’on trace quelquefois des parallèles entre l’histoire des deux pays, les argumentaires utilisés par les parties en présence et les modalités de la crise.
Au départ, dans les deux pays, au début des années 90, il y avait un dictateur vieillissant, ami de l’Occident et en particulier des anciennes puissances coloniales, la Belgique et la France. Mobutu comme Houphoüet Boigny apparaissaient également comme des relais régionaux, intervenant ici comme « sages », des médiateurs, ou là comme des boutefeux : l’Angola –qui ne soutient pas l’idée d’une intervention militaire contre Laurent Gbagbo- n’a pas oublié comment les armes destinées à Savimbi transitaient par le Zaïre de l’époque tandis que le leader de l’Unita était le bienvenu à Abidjan.


Tout bascula lorsque l’exigence de démocratisation toucha l’Afrique : dès 1990, Mobutu fut lâché par les Belges, suivis par les Européens et en 1993, les funérailles d’Houphoüet furent aussi celles d’une certaine Françafrique. Les modalités de la succession furent différentes : en Côte d’Ivoire, le dauphin désigné, Henri Konan Bédié, finalement élu en 1995, fit face à un challenger de poids, le Premier Ministre du « Vieux », Alassane Ouattara, qui dès le décès du patriarche avait annoncé son intention de lui succéder.

 

Si Ouattara, venu des milieux financiers internationaux et formé aux Etats Unis, avait été chargé de mettre en œuvre des politiques d’austérité impopulaires, c’est aussi parce que beaucoup ne le considéraient pas comme un Ivoirien de souche. De la même manière que quelques années plus tôt, Kengo wa Dondo, Tutsi d’origine, avait été chargé de remettre de l’ordre dans les finances de Kinshasa. En Côte d’Ivoire, Konan Bédié mena campagne contre son rival Ouattara en inventant le concept d’ « ivoirité ». Cette exclusive, au Congo, allait se traduire par celui de « nationalité douteuse » puis, lors des élections de 2006, par la «congolité ».

 

Même si les modalités de la succession furent différentes dans les deux pays, la guerre, elle, allait être au rendez vous. A Kinshasa, alors que la France aurait souhaité associer Kengo wa Dondo à la succession d’un Mobutu déclinant, les Américains s’étaient choisi un autre « homme fort » dans la région, sinon deux : Paul Kagame au Rwanda et au Burundi Yoweri Museveni. Ces deux « nouveaux leaders » entendaient diriger à distance l’immense Congo sinon le morceler, avec l’assentiment de certains milieux américains. Dès que fut dissipée l’euphorie suscitée par la chute de Mobutu, tous les Occidentaux, Belges compris, s’entendirent sur un point commun, qui ressemble étrangement aux sentiments qu’inspire aujourd’hui Gbagbo : la détestation de la « communauté internationale ». Laurent Désiré Kabila, initialement choisi comme simple porte parole des rebelles, n’avait pas triché aux élections, mais il s’était « autoproclamé » chef de l’Etat, entendait exercer ses prérogatives et encourager un développement autocentré. La conclusion ne tarda pas : il n’était pas l’homme qu’il fallait.


Le scénario de la deuxième guerre du Congo, lancée en août 1998 au départ du Rwanda, inspirera plus tard celui de la Côte d’Ivoire : des rebelles, entraînés dans les pays voisins (le Rwanda, l’Ouganda comme plus tard le Burkina Faso) dénoncent les discriminations, réelles ou exagérées, dont leur groupe ethnique est victime ; ils s’emparent d’une partie du territoire, l’occupent, et envoient ses ressources vers les pays frontaliers, le Rwanda et l’Ouganda en l’occurence. Les voisins de la Côte d’Ivoire feront de même : le Ghana, le Burkina Faso, bénéficient de l’exportation de matières premières venues de Côte d’Ivoire, le diamant, le cacao…

 

Au Congo, en 1998, la communauté internationale choisit de qualifier de « guerre civile » une agression venue de l’extérieur et qui n’est pas soutenue par les populations de l’est ; elle refuse de s’interposer et convoque une conférence de paix dont les dés seront pipés : à Lusaka, en 1999, les rebelles congolais sont mis sur le même pied que les représentants du pouvoir central, ce qui permet de mettre en minorité l’indésirable Laurent Désiré Kabila. En outre, l’argument des droits de l’homme est habilement utilisé pour discréditer le vieux maquisard : alors que l’on sait aujourd’hui, grâce au « mapping report » de l’ONU, que les massacres de réfugiés hutus ont essentiellement été commis par des rebelles sous les ordres de l’armée rwandaise, ou par les commandos de Kagame lui-même, c’est à Kabila que l’on fait porter la responsabilité des tueries. Alors qu’à Lusaka ses émissaires ont cédé aux pressions, Kabila se tourne alors vers la rue, où des manifestants dénoncent la capitulation. Il faudra attendre 2002 pour que la roue tourne.

 

Auparavant, le 16 janvier 2001, le coriace président a été victime d’un assassinat dont les commanditaires sont toujours demeurés dans l’ombre. En Côte d’Ivoire, après que le général Gueï se soit brièvement emparé du pouvoir, des élections ont lieu en 2000 mais Alassane Ouattara comme Henri Konan Bédié sont empêchés de se présenter. Laurent Gbagbo, issu de l’opposition, l’emporte contre le général Gueï et comme ce dernier conteste le résultat d’un scrutin de toutes manières hypothéqué par la mise à l’écart de deux personnalités de poids, il recourt à son arme préférée : la rue. Gbagbo avoue lui-même que les conditions de cette élection étaient « calamiteuses » et promet un gouvernement d’union nationale. La campagne de dénigrement est immédiate : les partisans de Gbagbo, qui tiennent la rue, sont accusés d’avoir commis un massacre de Duouilas (musulmans du Nord) à Yopougon (un quartier populaire d’Abidjan). Le président mal élu est accusé d’avoir repris à son compte le thème de l’ « ivoirité » cependant inventée par Bédié, des campagnes sont menées contre le cacao ivoirien, la première ressource du pays, car des enfants présentés comme esclaves sont employés dans les plantations du Sud…

 

En 2002, l’éclatement de la guerre ne surprend guère ceux qui étaient passés par Ouagadougou : les rebelles, des Ivoiriens du Nord mais aussi des combattants recrutés dans tous les pays sahéliens, s’étaient entraînés durant des mois au Burkina Faso, avec la bénédiction du président Blaise Compaoré. La France accepte cependant de s’interposer pour empêcher la chute de la capitale, elle ne fait pas jouer les accords de défense mais le contingent de la Force Licorne se déploie dans une « zone de confiance » qui bloque l’avance des rebelles et coupe le pays en deux.

 

Lorsqu’en 2003 la France, avec de Villepin aux Affaires étrangères, convoque toutes les parties ivoiriennes dans un lycée de Linas Marcoussis, la « formule de Lusaka » déjà utilisée au Congo est recyclée : les rebelles sont placés sur pied d’égalité avec les représentants du gouvernement et ces derniers se voient sommés d’accepter un « gouvernement d’union » dans lequel les représentants des Forces nouvelles occuperont des postes clés, la défense et la sécurité. En outre les deux armées seront fusionnées. Gbagbo, placé devant le fait accompli et galvanisé par son épouse Simone, plus intraitable que lui, et par Charles Blé Goudé, le leader des « jeunes patriotes »recourt une fois encore à la rue : les foules en colère envahissent Abidjan et s’en prennent aux ressortissants français.


Au Congo, dès 2001, la négociation a repris avec Joseph Kabila, plus malléable que son père. Il a compris que, provisoirement en tous cas, mieux valait plier : en échange du départ des troupes étrangères et de la réunification du pays, les principaux groupes rebelles (le MLC de Bemba et le RCD de Ruberwa, proche du Rwanda) sont intégrés au pouvoir de Kinshasa. Est ce un hasard si le RCD se voit confier la défense et la sécurité, si Jean-¨Pierre Bemba a la haute main sur l’économie ? De 2002 jusque 2006, Joseph Kabila rassure les Occidentaux par sa modération ; il fait promulguer un Code Minier extrêmement ouvert aux investissements étrangers, promet de privatiser les entreprises publiques et donne tous les gages que lui demande le CIAT (comité d’accompagnement de la transition, composé d’ambassadeurs étrangers). Il est récompensé de sa modération, non seulement par le vote des électeurs (54%) mais aussi par le fait que son rival Jean-Pierre Bemba se retrouve entre les mains de la Cour pénale internationale. En outre, les accords de paix prévoient l’intégration des forces rebelles au sein de l’armée gouvernementale, avec l’appui de la communauté internationale.


En Côte d’Ivoire, d’autres accords, signés à Ouagadougou cette fois, avec Compaoré comme médiateur, prévoient eux aussi des élections générales supervisées par les Nations unies. Auparavant, les provinces du Nord, tenues par les rebelles, devraient être désarmées, les différentes armées intégrées ou démobilisées. En outre, Guillaume Soro, l’un des leaders de la rébellion, deviendra le Premier Ministre de Gbagbo : ici aussi les rebelles entrent au cœur du pouvoir.


Au Congo, comme en Côte d’Ivoire, le volet militaire s’avère un échec : dans le premier cas, l’intégration des divers groupes armés, basée sur le principe de l’impunité, introduira dans une armée déjà faible et corrompue des hommes sans foi ni loi, des militaires étrangers, ce qui privera Kabila du plus important des instruments de sa souveraineté, une armée fonctionnelle. En outre, l’Est du pays n’ayant pas été désarmé, des rébellions comme celle de Nkunda ou d’autres en gestation font peser sur Kinshasa une sorte d’épée de Damoclès.

 

En Côte d’Ivoire, les groupes d’autodéfense et autres milices constitués dans le Sud n’ont jamais été réellement démobilisés ou intégrés et ils demeurent une masse de manœuvre entre les mains de Charles Blé Goudé, le ministre de la Jeunesse de Gbagbo, comparable aux milices mai Mai qui avaient appuyé Kabila dans l’Est du Congo et dont certains membres devinrent de redoutables bandits.


Dans le Nord, les rebelles des Forces Nouvelles, qui n’avaient pas été désarmé et avaient gardé leurs structure de commandement ont été accusées d’intimider les électeurs, ce qui permis au « camp Gbagbo » de mettre en cause la crédibilité du scrutin et d’annuler le vote dans neuf circonscriptions.


Si les Congolais craignent que le « scenario ivoirien » se produise chez eux en 2011, c’est aussi parce que Joseph Kabila, en plus de la reconstruction des infrastructures, a aussi « ouvert je jeu », passé d’importants accords avec les Chinois et diversifié les partenaires. Les termes des attaques, reposant sur des faits réels et sur un incontestable durcissement du régime, se dessinent déjà : la corruption de l’entourage présidentiel, les violations des droits de l’homme.. Quant à Laurent Gbagbo, s’il n’ a pas réellement touché aux intérêts français (Total vient de se voir accorder un important champ pétrolier, Bouygues et Bolloré n’ont rien perdu) il a lui aussi fait jouer les appels d’offres, invité de nouveaux acteurs économiques, laissé s’implanter les Libanais. La France a vu disparaître son hégémonie d’autrefois, de la même manière qu’au Congo, les Européens doivent désormais côtoyer de nouveaux partenaires.


Derrière le maintien ou non de Gbagbo au pouvoir se joue le contrôle du Golfe de Guinée, cet Eldorado pétrolier que Français ou Américains, en perte de vitesse dans le monde arabe, et unis pour cette fois, ne souhaitent pas voir passer en d’autres mains. A leurs yeux, Alassane Ouattara, ami personnel de Sarkozy, ancien directeur du FMI, gestionnaire libéral et avisé, représente un interlocuteur beaucoup plus crédible que Gbagbo le nationaliste. A l’instar de bon nombre d’Africains, l’opinion congolaise observe l’exceptionnelle unanimité de la communauté internationale à propos de la Côte d’Ivoire et se demande quel est le véritable enjeu de l’épreuve de force en cours.

 

Quant au gouvernement de Kinshasa, issu de la majorité présidentielle, il n’entend pas se laisser piéger dans un scrutin à deux tours qui permettrait à tous les candidats de l’opposition de se rallier à une candidature commune, dirigée contre le président sortant et il envisage de passer à un simple scrutin majoritaire…

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Published by Juliette Abandokwe - dans RDCongo
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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 21:53
« Nil novi sub sole » dit le Sage de l’Ecclésiaste. Cette expression latine signifie simplement « Rien de nouveau sous le soleil ». Ces paroles de l’Ecclésiaste peuvent n’avoir pas été une réalité ailleurs mais au Congo, tout le monde qui suit l’évolution des faits sociopolitiques admet sans peine que cette sagesse est bel et bien une réalité vivante. Au fait, dans le chef des créateurs et gestionnaires de la crise congolaise, qu’est-ce qui est nouveau ? La répétition de certains faits a toujours prouvé qu’il n’y a rien de neuf sous le soleil congolais. Cela donne aux acteurs extérieurs qui façonnent la politique congolaise de ne pas se faire des soucis supplémentaires ; le schéma des années soixante reste toujours valable. Les mêmes modèles sont reproduits face aux circonstances qui ne changent que très peu. Le Congo et les Congolais ne sont jamais un énigme pour les Néocolonialistes. On les lit facilement, même de l’extérieur de leur propre être. 
L'ombre de Mobutu Sese Seko plane encore sur le Congo dans la manière machiavélique de dribbler ses opposants, zigouiller les mal-pensants, tripatouiller les institutions...
Dans leur combat de libération du joug colonial, les Congolais se réveillent aussi tôt que possible dans les années cinquante et adoptent le nationalisme comme vision. Le leadership politique endigue les aspirations profondes du peuple dans leur combat pour la liberté. La voie vers la libération se trace et un espoir s’étire à l’horizon. Pendant que l’indépendance se trouve déjà à portée de mains, l’impérialisme colonialiste mondial, qui exploite les richesses du Congo depuis des siècles, réagit en parachutant Joseph - Désiré Mobutu du néant politique pour faire de lui le plus puissant homme du paysage politique de la nouvelle nation. Les élections ont bon avoir lieu et le peuple a bon exprimé son désir mais son choix nationaliste qui menace les intérêts des acteurs extérieurs est vite court-circuité par l’assassinat du leader du peuple et héros de l’indépendance Patrice-Emery Lumumba. Ceci se passe en Janvier 1961.
Par cet acte barbare, le pays est replongé entre les serres de ses expoiteurs et le peuple est remis poing et pieds liés entre les mains de ses oppresseurs. Les rêves d’un Congo libre et indépendant s’évanouissent avec une chasse organisée contre les Nationalistes, pionniers de l’indépendance.
Fatigués du règne Mobutu Sese Seko qui n’aura servi pendant plus de deux décennies que la cause qui l’avait porté au pouvoir, les Congolais reprennent conscience et un nouvel élan de nationalisme et de lutte patriotique se dessine à l’horizon. En assassinant M'zée Laurent-Désiré Kabila le 16 janvier 2001, on parachute du néant Joseph Kabila. Le putsch de Janvier 2001 qui amène Joseph Kabila au pouvoir ressemble aussi bien dans le fond que dans la forme à celui du 24 Novembre 1965 qui amena Mobutu Sese Seko au même pouvoir. Tous les deux putschistes bénéficient d’une couverture de la communauté internationale et une transition de cinq ans leur est accordée sans une enquête préalable sur l’assassinat de leurs prédécesseurs.
Au Congo, l’histoire se répète bel et bien. Aussi, plusieurs faits démontrent une similitude déroutante entre Joseph Kabila et Joseph-Désiré Mobutu. Voici quelques traits tirés d’une liste infinie de ressemblances :
1. Du départ du néant.
La République démocratique du Congo regorge d’une ressource politique diversifiée et de grande valeur lors de la lutte pour son indépendance. Sa répartition géopolitique montre à suffisance que les mouvements d’indépendance ne sont pas des faits isolés mais une revendication nationale. Thomas Kanza, Joseph Ileo, Jean Bolikango, Guillaume Lubaya, Janson Sendwe, Anicet Kashamura, Christophe Ngbenye, Pierre Mulele, Patrice Lumumba etc. font la preuve vivante d’une représentativité nationale car provenant de toutes les provinces. Par contre, il n’est aucun point où l’on retrouve le nom de Joseph-Désiré Mobutu sur l’échiquier politique de l’époque. C’est un inconnu, un ramassis, une post-fabrication des services d’intelligence occidentaux.
Joseph-Désiré Mobutu n’était rien dans le processus de lutte pour l’indépendance, Joseph Kabila mêmement n’est rien dans la lutte contre le régime de Mobutu. Par contre, un autre fait de répétition est visible : toutes les régions se mobilisent autour de cet idéal où l’on retrouve des noms tels Faustin Birindwa, Etienne Tshisekedi, Laurent-Désiré Kabila, Antoine Marandura, André Kisase Ngandu, Antoine Gizenga, Marcel Lihau, Frederic Kibasa etc., qui constituent encore une fois une élite politique de très grande valeur et une représentativité de tout l’espace géopolitique de notre pays (ils viennent de toutes les provinces pour accréditer la thèse d’un réveil national et d’un signe d’unité contre la dictature mobutienne).
De la même façon que Mobutu n’était rien dans le paysage politique de la période pré indépendance, Joseph Kabila n’est rien dans la période de lutte contre la dictature de Mobutu. C’est un inconnu politiquement, un objet volant non identifié (OVNI).
Mobutu, militaire de rang en stage de journalisme en Belgique est recruté à la va-vite par les services d’intelligence occidentaux (CIA) et infiltré dans le pré carré du leader nationaliste Lumumba pour l’espionner et le vendre par la suite. Il réussit son coup en Janvier 1961. Joseph Kabila, membre des services d’intelligence rwandais est recruté à la va-vite et infiltré dans le pré carré de Laurent-Désiré Kabila pour l’espionner et le vendre aux ennemis du Congo par la suite. Il réussit son coup en Janvier 2001.
Ici, mêmes les dates d’exécution des forfaits corroborent la similitude et des faits, et des hommes, et des méthodes mises à contribution. Il n’est pas besoin d’être spécialiste en ceci ou cela pour s’en rendre compte.
2. De l’âge.
Pendant que dans leurs pays respectifs, les Occidentaux accèdent au pouvoir politique suprême entre la cinquantaine et la soixantaine, Mobutu a trente ans lorsqu’il est imposé dans l’hémicycle du pouvoir en 1960; c’est donc un adolescent, un néophyte dépourvu de toute expérience de gestion de la chose publique :c’est qui l’amène à recourir régulièrement à l’expertise des mêmes néocolonialistes pour maintenir l’expédition de certaines affaires courantes de l’Etat. Un moment c’est un allemand du nom de Blumenthal qui est gouverneur de la banque centrale, institution qui régule l’économie du pays. Plus tard par voie de corruption et de conversion volontaire ou forcée, on lui recrute parmi la meilleure ressource intellectuelle dont regorge le pays pour asseoir son malsain projet de société et pérenniser son règne. Il finit son pouvoir entouré d’une armée des professeurs d’universités comme conseillers sans grands résultats.
En Janvier 2001, Joseph Kabila a moins de trente ans quand il est imposé à la tête de la République démocratique du Congo avec une superficie de 2. 345 000 km2, un pays de plus de soixante millions d’habitants (le dernier recensement date de 1984) et qui a la taille de toute l’Europe Occidentale. C'est Louis Michel, Ministre des Affaires étrangères de la Belgique qui a eu le toupet d'annoncer l'assassinat de M'zée Laurent-Désiré Kabila à RFI et tous les médias mondiaux. Que "Big Loulou", petit nom de Louis Michel n'ai jamais aimé et apprécié M'zée Laurent-Désiré Kabila, cela peut se comprendre, fallait-il que ça soit lui qui annonce l'assassinat d'un chef d'Etat étranger non Belge à l'opinion internationale, là est le vrai problème. Joseph Kabila qui arrive au pouvoir n'a pour seule expérience qu’il brandit "Momemi Maki abundaka te asuanaka té !", arrivé à Kinshasa dans le cortège des Kadogos après s'être converti au métier des armes au sein de l’armée patriotique rwandaise (APR). Un moment c’est un zimbabwéen blanc du nom de Billy Rotternberg qui gère la Gécamines, cette même institution qui contribue pour plus du tiers dans les recettes du budget national. Au moment où nous couchons ces quelques lignes, c’est un armada « d’intellectuels » qui l’entoure pour justifier ses actions et couvrir ses limites. Il est aujourd’hui talonné des professeurs d’universités comme conseillers.
Bien que Mobutu, géant de taille soit l’opposé de Joseph Kabila, l’âge d’accession à la magistrature suprême du pays les rapproche tels deux vrais jumeaux.
3. Des officiers fabriqués de toute pièce.
Ni un stage de journalisme en Belgique dans les années cinquante ni trois mois de formation en Chine ne pouvaient jamais faire respectivement de Mobutu un officier militaire de haut rang dans la Force Publique de l’époque, ni de Kanambe un général major dans la défunte armée zaïroise des années deux mille.
Pour pallier aux limites intellectuelles et militaires de leurs pions, les Occidentaux sont capables de tout. Quelques jours de stage en journalisme ont transformé un soldat de rang de la Force Publique en officier supérieur de la future armée congolaise. Il mourra avec le plus élevé de grades reconnus par toute armée ; celui de maréchal. Trois mois de formation en Chine ont transformé Joseph Kabila, militaire de rang de l’armée patriotique rwandaise en suite, en général major des Forces Armées de la République Démocratique du Congo-FARDC. Nul ne sait ce qu’il deviendra cinq ou dix ans plus tard... finira-t-il en un autre maréchal ?
Face à cette déroutante ressemblance et à cet agenda similaire des faiseurs des rois, il est incroyable que la cécité politique, mieux la naïveté nous laisse croire que la situation n’est pas la même. Le temps seul nous prouvera la vérité d’ici là, sauf qu’il risque d’être trop tard pour nous de vomir ce somnifère qui nous maintient dans un sommeil adamique.
Il est des faits réels qui ne trompent pas entre ces deux hommes préfabriqués par des laboratoires des ennemis de notre peuple : ils se ressemblent. De quoi conclure que si, nous échouons toujours d’avoir le portrait de l’homme qu’il faut pour incarner nos aspirations au moment qu’il faut, l’impérialisme colonialiste mondial a toujours celui de son homme de paille capable de sauvegarder ses intérêts. Le portrait-robot que l’on nous amène cinquante ans le prouve à suffisance. L’on comprend donc que de tout ce temps, la communauté internationale n’avait pas encore trouvé un second Mobutu ; Eureka ! cria-t-elle sans doute en identifiant Joseph Kabila. Et c’est vite parti pour une nouvelle étape de recolonisation.
4. Des origines controversées.
Nul n’ignore que tout au long de la lutte contre la dictature mobutienne, les questions des origines de Mobutu ont alimenté la polémique politique. Autant Mobutu n’avait que très peu ou pas du tout convaincu les Zaïrois sur l’authenticité de ses origines même après la publication du livre du journaliste français Jean-Louis Remilleux de Le Figaro intitulé "Dignité pour l’Afrique". Selon un passage de ce livre une femme de l’ethnie Bangala nommée Yemo née en 1922 met Mobutu au monde en 1930 c’est- à- dire à huit ans d’âge. Du reste Mobutu est bien connu par ses oncles maternels qui le poussent dans la Force Publique mais de son père, très peu reste connu et nul n’osa questionner cet énigme.
Le thème de la "Congolité" que la Haute Autorité des Médias (HAM) de Modeste Mutinga et ses acolytes ont instrumentalisé lors des élections Louis Michel de 2006. Corrompu, acheté Modeste Mutinga occupe le poste de Rapporteur de Sénat, AMP-Parti-Etat et s'est fait bâtir une villa à Binza dans la commune de Ngaliema, quittant la commune populeuse de Ngaba Priver les Congolais d'un débat démocratique entre les deux candidats en lice au premier tour de l'élection présidentielle, est une hantise. Les Joséphistes veulent réitérer leur exploit de 2006, en tripatouillant la Constitution de Liège pour imposer une élection présidentielle à un tour sans débat !
L'étouffement des dépositions des différents témoins, membres de la famille Kabila (cas d’Etienne Taratibu lors des travaux de Sun City en RSA) tout comme les collègues de maquis de Laurent-Désiré Kabila( cas de Mzée Yambuya Lotika Kibesil cf:www.reveil-fm.com/.../338-a-coeur-ouvert-avec-pierre-yambuya-lotika-kibesi, l’interview accordée le 3 avril 2009 à Réveil-FM.com).
Malgré le livre de Vital Kamerhe « Pourquoi j’ai choisi Kabila ? », Joseph Kabila reste un énigme par rapport à ses origines. L’on somme les Congolais de ne pas en parler et une armada de la presse coupagiste-propagandiste-embrigadée des Joséphistes au pouvoir s’évertue à falsifier la réalité pour les besoins de la cause. Comment Joseph Kabila qui était un agent des services de renseignement rwandais lorsque l’AFDL avançait vers Kinshasa a-t-il pu accéder si facilement au pouvoir ?
La mythologie d’une femme née en 1922, Maman Yemo, qui enfante Mobutu en 1930 revient aujourd’hui au galop avec une autre femme, Sifa Mahanya, de la province du Maniema, qui défie toutes les théories modernes de la génétique en acceptant une maternité imaginaire, fabriquée de toute pièce par des stratèges qui veulent pérenniser la main mise de l’impérialisme sur les richesses du Congo.
Simple accident de similitude ou stratégie bien conçue ? Est-il nécessaire d’écrire des livres pour justifier les origines de quelqu’un ? « Quelle que soit la longueur de la nuit, l’aube finit toujours par apparaître » dit une sagesse africaine.
5. Des méthodes d’arrivée au pouvoir.
La lutte congolaise pour l’indépendance s’est soldée par une victoire de la démocratie naissante dont le leadership politique de l’époque s’est efforcé de faire l’apprentissage. Au lieu que cela plaise aux Occidentaux qui n’ont que la démocratie comme intrant unique de tout développement, Mobutu est amené au pouvoir par un putsch qui court-circuite tout le processus démocratique commencé. En 1965, il s’installe par la terreur en suspendant la Constitution de Luluabourg, véritable chef d’oeuvre législatif des Congolais eux-mêmes. Il dirigera par la suite le pays par un méli-mélo des textes on ne sait législatifs constamment modifiés et toujours brillamment défendus par d’éminents juristes mais ayant moins ou pas du tout de valeur constitutionnelle démocratique. La communauté internationale approuve et loue son leadership.
Joseph Kabila est parachuté à la tête de la nation congolaise pendant que l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila présageait un retour à l’ordre politique initié par les travaux de la Conférence Nationale Souveraine avec une Constitution qui reflétait la volonté du peuple congolais. Joseph Kabila se maintient au pouvoir avec l’aide des textes et accords rédigés de l’extérieur et défendus par une cohorte des légistes congolais et étrangers mobilisés par le colonialisme mondial. De la constitution de la transition à celle de la troisième république promulguée dite Constitution de Liège rédigée par les Belges dont deux Congolo-Belges: Evariste Boshab et Bob Kazadi Kabamba, sous l'instigation de Louis Michel, en avril 2006 après une comédie référendaire, la querelle de ces deux textes ne cesse de plonger la transition dans un désarroi autant il est constamment fait référence à l’un comme à l’autre dans la gestion certaines questions pertinentes de cette période cruciale. Par l’appui des parrains extérieurs, un nouveau régime de terreur instauré contre toute tentative d’opposition aux voeux de la communauté internationale s’installe. Les libertés publiques sont réprimées au point où les geôles sont plein à craquer : journalistes, membres de la société civile, cléricaux, politiciens sont soit physiquement éliminés soit incarcérés sous des conditions inhumaines.
La terreur campe à la porte du Congolais. Les agents de l'Agence Nationale des Renseignements (ANR) sont partout et dans tout. Cela sent le brûlé de la toute puissante deuxième république du mobutisme. Pourtant l’ère est celle du Joséphisme...
Les Congolais pas tous amnésiques ! En 2009, Joseph Kabila avait mis en place une commission d' «évaluation de la Constitution» qui avait pour mission de se livrer à l'activité la mieux prisée actuellement sous les tropiques: "le charcutage des Constitutions".
Bien qu'étant à son premier mandat, Joseph Kabila, en homme prévoyant, préparait déjà le terrain de la présidence à vie. En effet, dans le cahier des charges qu'elle avait reçu du locataire de Palais de la Nation, la commission devrait pousser le mandat présidentiel de 5 à 7 ans et le rendre illimité. Les hommes chargés de la basse besogne avaient eu également pour tâche de faire en sorte que constitutionnellement, le chef de l'Etat puisse siéger au Conseil supérieur de la magistrature.
Pourtant, la Constitution de Liège qui est la loi fondamentale elle-même interdit tout projet de révision de ces deux dispositions, en son article 220.
A l'époque, le gouvernement congolais dément avec la dernière énergie cette information diffusée par RFI. Tout cela ressemblait à du déjà vu et entendu. C'est dire combien les Constitutions en Afrique ne sont que de simples documents modifiables à souhait, selon la boulimie du pouvoir de ceux qui nous gouvernent. Qui pourrait empêcher Joseph Kabila d'assouvir ses ambitions de futur président à vie?
Etienne Tshisekedi dont le retour au pays a auguré un regain d'espoir ? Vital Khamere que Joseph Kabila a bouté du perchoir de l'Assemblée nationale ? Jean -Pierre Bemba qui est en train de se démener derrière les barreaux de la Cour pénale internationale ?
Chouchou de la communauté internationale, dans les deux semaines qui ont suivi sa montée sur le trône, en Belgique lors de la conférence de presse, c'est Louis Michel qui répondait à sa place, il a marché sur le tapis rouge de l’Élysée accueilli par le président Jacques Jacques, avant d’aller serrer la main de Collin Power, le successeur de Madeleine Albright, qui en voulait tant à M'zée Laurent-Désiré Kabila.
Joseph Kabila, a peu à faire pour se tailler son costume de président à vie. Il ne lui reste plus qu'à exhumer la toque de léopard de Feu Mobutu Sese Seko que Laurent Désiré Kabila-son père- a chassé du pouvoir avant d'être lui-même abattu dans son palais, dans des circonstances encore troubles.
Dossier à suivre !
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Published by Juliette Abandokwe - dans RDCongo
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14 octobre 2010 4 14 /10 /octobre /2010 01:25

13 octobre 2010

APPA

 

Le gouvernement congolais devrait de toute urgence procéder à l’arrestation de Bosco Ntaganda


(Londres, le 13 octobre 2010) – Le gouvernement de la République démocratique du Congo devrait arrêter immédiatement Bosco Ntaganda, général de l’armée congolaise sous le coup d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Depuis janvier 2010, Ntaganda a été impliqué dans l’assassinat d’au moins huit personnes, les arrestations arbitraires de sept autres personnes, ainsi que l’enlèvement et la disparition d’au moins une autre personne. Certains de ces incidents se sont produits dans l’est du Congo, d’autres au Rwanda, pays voisin.

 

Ntaganda, qui vit et se déplace au vu de tous à Goma, dans l’est du Congo, a en outre menacé directement ou indirectement plus d’une vingtaine de personnes qu’il considère comme des adversaires. En dépit de preuves substantielles de ses exactions, le gouvernement congolais n’a pas pris de mesures pour arrêter Ntaganda, qu’il estime indispensable au « processus de paix » dans l’est du Congo.

« Ntaganda devrait être arrêté et tenu de répondre de ses crimes, au lieu d’être autorisé à se déplacer librement dans Goma », a déclaré Anneke Van Woudenberg, chercheuse senior à Human Rights Watch. « Cet homme constitue une menace pour les habitants de l’est du Congo, et l’impunité dont il bénéficie tourne en dérision la politique de tolérance zéro du gouvernement congolais pour les atteintes aux droits humains. »

 

La majorité des personnes prises pour cible par Ntaganda sont des membres de la famille ou d’anciens partisans du chef rebelle Laurent Nkunda, évincé par Ntaganda en janvier 2009 de la direction des rebelles du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP), avec l’aide des autorités militaires du Rwanda. Après s’être emparé de la direction du CNDP, Ntaganda a annoncé la fin de la rébellion. Il a affirmé qu’il intégrerait les troupes rebelles au sein de l’armée nationale congolaise, pour mener des opérations conjointes avec les forces armées rwandaises contre  les Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR), groupe rebelle composé essentiellement de Hutus rwandais.

 

Ntaganda s’est assuré un poste de général dans l’armée congolaise. Le gouvernement congolais a indiqué qu’il n’exécuterait pas le mandat d’arrêt émis par la CPI contre Ntaganda dans l’intérêt du maintien de la paix, prétendant que Ntaganda est nécessaire pour maintenir les anciennes troupes du CNDP intégrées au sein de l’armée congolaise.

 

Le putsch de Ntaganda, ainsi que l’arrestation et la détention ultérieures sans chef d’accusation de Nkunda au Rwanda, ont profondément divisé le mouvement du CNDP. Un certain nombre de partisans de Nkunda se sont opposés à la direction de Ntaganda, même s’ils ont pris leurs nouvelles fonctions au sein de l’armée congolaise. D’autres civils et activistes sans liens avec le CNDP ont également été les cibles d’arrestations arbitraires et d’actes d’intimidation de la part de Ntaganda et de ses partisans, après avoir dénoncé les violations des droits humains commises par Ntaganda et appelé à son arrestation.

 

Assassinats, disparitions et arrestations arbitraires

 

L’assassinat le plus récent s’est produit le 14 septembre, lorsque le Lieutenant-colonel Antoine Balibuno, ancien membre connu et respecté du proche entourage de Nkunda, a été tué par balles au centre de Goma. Des témoins ont expliqué à Human Rights Watch que quelques heures avant le meurtre, Balibuno avait été appelé pour rencontrer dans un bar le Lieutenant-colonel Kabakule Kennedy et le Lieutenant-colonel John Asiki, deux proches partisans de Ntaganda. Il s’est rendu à cette rencontre à contrecœur, accompagné par des amis proches.

 

Sur l’insistance de Kennedy et d’Asiki, Balibuno a quitté le bar avec eux plus tard ce soir-là et il est monté dans leur véhicule. Il a téléphoné à un ami depuis le véhicule peu après, laissant le téléphone allumé. Son ami pouvait l’entendre au téléphone qui demandait à ceux qui se trouvaient dans la voiture pourquoi ils l’emmenaient au domicile de Ntaganda.

 

L’ami qui était à l’autre bout de la ligne a indiqué lors d’un entretien avec Human Rights Watch que Balibuno disait : « Vous avez dit que nous allions au Dallas [un night-club de Goma], mais maintenant nous allons chez Bosco…Ce n’est pas ce que nous avions convenu. Maintenant il y a une jeep pleine de soldats qui bloque la route. Je ne comprends pas. Est-ce que vous allez me tuer ici ? » Puis la ligne a été coupée. Quelques minutes plus tard, vers 22 heures, Balibuno a été tué par balles. Un policier qui a entendu les coups de feu et est allé voir ce qui se passait a trouvé son corps devant le restaurant connu sous le nom « l’ancien VIP » dans le centre de Goma, présentant des blessures par balles à la tête, au cou et à la poitrine.

 

Au cours des mois précédant son assassinat, Balibuno avait confié à plusieurs reprises à Human Rights Watch et à d’autres qu’il avait été menacé par Ntaganda à cause de son refus d’appuyer la direction du CNDP par Ntaganda. Moins d’une semaine avant son assassinat, Balibuno a expliqué à Human Rights Watch que Ntaganda avait donné l’ordre au Lieutenant-colonel Kennedy de former une « unité commando » pour mener à bien des assassinats et des enlèvements contre les personnes opposées à Ntaganda.

 

Le meurtre de Balibuno a immédiatement exacerbé les tensions entre les factions du CNDP favorables à Nkunda et à Ntaganda. Des personnes proches de Balibuno ont reçu des menaces par téléphone, les avertissant qu’elles seraient les prochaines sur la liste. Des responsables judiciaires ont confié à Human Rights Watch qu’ils étaient réticents à donner suite au meurtre, de peur de représailles de la part de Ntaganda. Aucune arrestation n’a été effectuée, en dépit de pistes claires indiquant qui était impliqué dans le meurtre.

 

« Le Président Kabila affirme que Ntaganda est nécessaire au processus de paix, mais les attaques brutales de Ntaganda contre ses opposants ainsi que son mépris flagrant du droit congolais et des droits humains fondamentaux ne sont en aucune façon un moyen de parvenir à la paix », a insisté Anneke Van Woudenberg.

 

Au moins sept autres personnes ayant des liens familiaux ou autres avec Nkunda ont été assassinées au cours des quatre derniers mois. L’un des assassinats documentés par Human Rights Watch, et dans lequel des agents de l’État rwandais pourraient être impliqués, a eu lieu à Gisenyi, une ville rwandaise frontalière de Goma.

 

Le 20 juin, un petit groupe d’hommes, comprenant au moins un garde du corps bien connu de Ntaganda et des individus décrits par des témoins comme des agents de sécurité rwandais, a fait irruption chez Denis Ntare Semadwinga, 77 ans, ancien membre influent du CNDP ayant des liens étroits avec Nkunda. Semadwinga a été poignardé à plusieurs reprises à la poitrine et il a été égorgé. En dépit des appels au secours à la police rwandaise des voisins et de membres de la famille, aucun policier n’était encore arrivé sur les lieux plus de deux heures plus tard.

 

Des amis et des membres de la famille indiquent que Semadwinga a été pris pour cible parce qu’il s’était opposé à la direction de Ntaganda sur le CNDP. Il avait été convoqué pour un interrogatoire par les services de sécurité rwandais avant d’être assassiné, et avait été interrogé sur son soutien à Nkunda. Selon des informations reçues par Human Rights Watch, Semadwinga aurait pu aussi être en contact avec le Général Kayumba Nyamwasa, un opposant du président rwandais, Paul Kagame. En juin 2010, Nyamwasa a échappé de peu à une tentative d’assassinat en Afrique du Sud. Des personnes vivant au Rwanda et soupçonnées d’avoir des liens avec Nyamwasa ont également reçu des menaces.

 

En plus des personnes assassinées, sept autres civils et officiers de l’armée critiques à l’égard de Ntaganda ont été arbitrairement arrêtés sur les ordres de Ntaganda depuis le mois de janvier, selon les entretiens menés auprès des victimes et d’autres renseignements fiables reçus par Human Rights Watch. La plupart de ces personnes ont été placées en détention à la prison du renseignement militaire à Goma. Dans presque tous les cas, Ntaganda a dicté les chefs d’accusation qui devaient être retenus, selon ce qu’ont indiqué à Human Rights Watch les personnes arrêtées. Les fonctionnaires pénitentiaires et judiciaires ont expliqué aux détenus qu’ils avaient reçu l’ordre de traiter leurs affaires différemment, au lieu de suivre la procédure requise, parce qu’ils avaient été arrêtés sur les ordres directs de Ntaganda.

 

Dans trois de ces cas, les autorités judiciaires ont enquêté sur les charges présumées mais n’ont pu trouver aucune preuve. Toutefois, les autorités judiciaires ont informé les détenus qu’elles ne pouvaient pas les relâcher du fait que Ntaganda était impliqué. Dans d’autres cas, les enquêtes étaient limitées ou inexistantes. Certains détenus ont ensuite versé un pot-de-vin pour être relâchés et se sont enfuis en exil. D’autres ont été relâchés au bout de plusieurs semaines ou mois, sans que les affaires aient été transférées aux autorités judiciaires.

 

D’autres personnes n’ayant aucun lien avec le CNDP ou avec Nkunda mais qui avaient critiqué Ntaganda ont également été prises pour cible. Sylvestre Bwira Kyahi, président de la société civile dans le territoire de Masisi, a été enlevé à Goma le 24 août, très probablement sur l’ordre de Ntaganda, et détenu pendant une semaine dans une prison secrète. Bwira vivait dans la clandestinité depuis fin juillet après avoir reçu des menaces par téléphone de la part du « secrétaire » de Ntaganda à propos d’une lettre ouverte adressée par Bwira au président congolais, Joseph Kabila, dénonçant, entre autres, les exactions commises par les troupes sous le commandement de Ntaganda et appelant à l’arrestation de Ntaganda en application du mandat d’arrêt de la CPI.

 

Au cours de sa détention, Bwira a eu les yeux bandés, il a été attaché à un pilier et battu à maintes reprises. Il a été interrogé quant aux raisons qui motivaient son opposition au CNDP par des soldats qu’il a identifiés comme des Tutsis et appartenant au CNDP, dont les dirigeants sont essentiellement des Tutsis. Sous les pressions de la société civile et des groupes de défense des droits humains, Bwira a été « provisoirement relâché ». Bwira a expliqué à Human Rights Watch qu’avant qu’il ne soit libéré, les soldats lui ont injecté dans la jambe une substance inconnue. Bwira reçoit toujours des soins médicaux pour les complications causées par cette injection et les mauvais traitements subis durant sa détention.

 

Human Rights Watch a reçu des informations à propos de quatre autres arrestations arbitraires et disparitions à Gisenyi et Cyangugu, villes rwandaises frontalières de l’est du Congo, dans lesquelles des membres des forces de sécurité rwandaises et peut-être des soldats fidèles à Ntaganda ont pu être impliqués. Parmi les personnes qui ont disparu figure Sheikh Iddy Abbasi, ancien partisan de Nkunda qui a été enlevé devant chez lui à Gisenyi en mars 2010 et n’a pas été revu depuis.

 

« Nous insistons auprès des autorités rwandaises pour qu’elles mènent des enquêtes sur les meurtres et les disparitions qui ont eu lieu sur le territoire rwandais et qu’elles traduisent en justice les auteurs de ces actes », a déclaré Anneke Van Woudenberg.

 

Un passé de violations des droits humains

 

taganda fait l’objet d’un mandat d’arrêt émis par la CPI pour crime de guerre, pour avoir recruté et enrôlé des enfants comme soldats, et les avoir fait participer activement à des hostilités en 2002-2003 dans le district de l’Ituri dans l’est du Congo. En plus des crimes de guerre sur lesquels s’appuie le mandat d’arrêt de la CPI, Ntaganda aurait aussi assuré le commandement des combattants qui ont arrêté, torturé ou tué des centaines de civils en Ituri entre août 2002 et mars 2003. Des soldats de maintien de la paix des Nations Unies ont indiqué que des troupes se trouvant sous le commandement de Ntaganda se sont également rendu responsables du meurtre d’un Casque bleu kényan en janvier 2004 et de l’enlèvement d’un Casque bleu marocain plus tard cette année-là.

 

Plus récemment, en novembre 2008, au Nord Kivu, les troupes du CNDP se trouvant sous le commandement de Ntaganda ont tué environ 150 personnes dans la ville de Kiwanja, l’un des pires massacres au Nord Kivu au cours des deux dernières années. En 2009, après que Ntaganda a été promu général de l’armée congolaise, les troupes sous son commandement ont tué délibérément au moins 270 civils dans la zone entre Nyabiondo et Pinga, dans l’ouest du territoire de Masisi. Au cours du premier semestre 2010, Human Rights Watch a documenté 25 attaques contre des villages dans la même zone, ayant entraîné la mort d’au moins 105 civils. Ces opérations ont pu avoir en partie pour motif une tentative de s’emparer de terres agricoles fertiles de la région. Selon des soldats de l’armée congolaise interrogés par Human Rights Watch, Ntaganda jouait un rôle de commandement dans ces attaques.

La CPI est compétente pour ces autres graves crimes internationaux. Human Rights Watch a appelé le procureur de la CPI à enquêter sur ces incidents et à inculper Ntaganda si les preuves le permettent.

 

Le 11 octobre, les autorités françaises ont arrêté Callixte Mbarushimana en France. Il est le secrétaire exécutif des FDLR rwandaises, groupe contre lequel Ntaganda prétend combattre. Mbarushimana faisait l’objet d’un mandat d’arrêt de la CPI pour crimes graves commis dans l’est du Congo en 2009.

 

« Le fait de ne pas avoir exigé que Ntaganda rende compte de ses crimes passés lui a laissé les mains libres pour continuer à perpétrer des atrocités », a souligné Anneke Van Woudenberg. « Mettre un terme à l’impunité pour les crimes de Ntaganda est essentiel pour briser le cycle de violence et pour veiller à ce que toutes les parties au conflit affrontent la justice pour leurs attaques brutales contre les civils. »

 

Problèmes pour la mission de l’ONU

 

La participation de Ntaganda aux opérations militaires dans l’est du Congo cause en outre des problèmes importants pour la mission de stabilisation de l’ONU au Congo, la MONUSCO. Le 6 octobre, l’agence de presse Reuters a publié une interview exclusive de Ntaganda au cours de laquelle il confirmait jouer un rôle de premier plan dans les opérations militaires dans l’est du Congo, baptisées Amani Leo, et soutenues par les soldats de maintien de la paix de l’ONU.

 

La confirmation par Ntaganda de son rôle est corroborée depuis 2009 par des notes internes de réunions de l’armée, des ordres militaires signés et la confirmation de la part d’autres officiers de l’armée que Ntaganda leur donne des ordres. Le gouvernement congolais continue de nier que Ntaganda joue un rôle dans l’opération Amani Leo.

 

Selon la politique de conditionnalité adoptée par la MONUSCO fin 2009 pour appuyer les opérations militaires de l’armée congolaise, et d’après les avis juridiques des propres avocats de l’ONU, la MONUSCO ne peut pas soutenir une opération dans laquelle un individu visé par un mandat d’arrêt de la CPI joue un rôle prépondérant.

 

Le Bureau des affaires juridiques de l’ONU (Office of Legal Affairs, OLA) a donné en avril 2009 à la mission de maintien de la paix de l’ONU l’avis suivant : « Il y aurait aussi des obstacles juridiques importants à la participation de la MONUC à l’opération envisagée dans la Directive si Bosco Ntaganda devait jouer un rôle important dans cette opération, que ce soit en tant que commandant ou officier supérieur dans une ou plusieurs des unités des FARDC impliquées, ou comme officier d’état-major impliqué dans la planification ou l’exécution de l’opération ou de tout autre façon. »

 

Le Conseil de sécurité de l’ONU doit débattre de la question de la mission de maintien de la paix de l’ONU au Congo cette semaine à New York.

 

« La mission de l’ONU devrait fournir son soutien au gouvernement congolais pour arrêter Ntaganda, comme cela a été le cas pour d’autres auteurs d’atteintes aux droits humains, et suspendre d’ici là son soutien aux opérations Amani Leo », a conclu Anneke Van Woudenberg. « Sinon les soldats de maintien de la paix de l’ONU se trouveront dans une position intenable consistant à soutenir un criminel de guerre présumé recherché par la CPI. »

 

Pour plus d’informations sur Bosco Ntaganda, veuillez consulter :

 

·         Lettre publique de Human Rights Watch, datée du 1er fevrier 2009 et exigeant l’arrestation de Bosco Ntaganda :

http://www.hrw.org/fr/news/2009/02/01/lettre-au-pr-sident-kabila-il-faut-arr-ter-bosco-ntaganda

 

·         Lettre publique adressée le 19 février 2009 par diverses organisations congolaises au Président de la RD Congo au sujet de l’arrestation de Bosco Ntaganda : 

http://www.hrw.org/fr/news/2009/02/19/lettre-des-organisations-nationales-au-pr-sident-de-la-rd-congo-sur-l-arrestation-de

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4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 13:47

29 juin 2010

Richard Werly

Le Temps

 

Patricelumumba-98613.jpgPatrice Lumumba fut le 1er remier ministre du Congo indépendant

(Photo : wikipedia)

 

 

Invité aux cérémonies du cinquantième anniversaire de l’indépendance, ce mardi, le souverain Albert II est confronté à Kinshasa à la part d’ombre de son frère Baudouin 1er. Les héritiers du héros de l’indépendance assassiné Patrice Lumumba réclament justice.

 

 Le ministre des Finances belge Didier Reynders craignait une polémique autour du faste de la visite royale. Après avoir, ce printemps, autorisé Albert II à se rendre à Kinshasa pour assister ces mardi et mercredi aux cérémonies du cinquantième anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo (RDC), le gouvernement avait donc prié le monarque et son épouse, la reine Paola, de limiter leur délégation.

 

 Las. C’est une autre bombe, celle de l’histoire et de ses zones d’ombre, qui a précédé l’arrivée, lundi soir, d’Albert II et de sa suite dans la capitale de l’ancien Congo belge. Une bombe du nom de Patrice Lumumba, ce premier ministre charismatique et révolutionnaire qui, lors de la proclamation de l’indépendance en 1960 et en présence du roi Baudouin 1er, avait eu « l’outrecuidance » de s’en prendre durement à la domination belge dans un discours au vitriol. Avant d’être destitué en septembre, traqué puis assassiné le 17 janvier 1961… par les sicaires katangais de l’ex-colonisateur.

 

 « Crimes de guerre »

 

 La bombe en question est une plainte, déposée, mardi 22 juin, à Bruxelles et Kinshasa par les trois fils de Patrice Lumumba, François, Guy et Roland. Elle accuse de « crimes de guerre » une dizaine de citoyens belges et exige de rouvrir ce dossier empoisonné « au nom de la lutte contre l’impunité ». Avec, en plus, un pavé dans ce marigot de l’histoire, puisqu’un échange de lettres, selon les fils de Lumumba, démontre que le très pieux – mais aussi ultra-conservateur et très fier de l’œuvre coloniale belge – Baudouin 1er aurait donné son aval à la liquidation du premier chef du gouvernement du Congo libéré. De quoi transformer la célébration de ce mardi en affaire d’Etat.

 

 Le contexte et les hommes, en outre, ont tout pour donner des cauchemars à Albert II. Invité par l’actuel président congolais Joseph Kabila, le souverain a promis de « cicatriser les plaies » dans ces terres africaines cruellement exploitées et annexées par son ancêtre Léopold II. Alors qu’à l’inverse l’ancien ministre belge des Affaires étrangères Karel De Gucht, aujourd’hui commissaire européen au Commerce, n’hésitait pas en 2007-2008 à sermonner le jeune chef d’Etat, frôlant l’insulte.

 

 Mieux : les enfants de Lumumba, en ressortant le cadavre de leur père torturé par les Katangais avant d’être tué en présence de policiers belges qui avoueront avoir dissous son cadavre dans de l’acide, réveillent la question minée des crimes « imprescriptibles » que la fameuse loi belge de « compétence universelle » se proposait de juger. « Après tout, de quel droit notre pays s’arrogerait-il le droit de juger le reste du monde tout en s’exonérant de balayer devant sa porte ? » s’exclame la journaliste du Soir Colette Braeckman.

 

 Rien ne dit, bien sûr, que la justice donnera suite à la plainte. Cela devrait se décider en octobre. Mais un rejet de celle-ci serait risqué vu que la Belgique est par ailleurs vilipendée par les partisans de l’ex-vice-président congolais Jean Pierre Bemba, arrêté à Bruxelles le 25 mai 2008 et transféré à la Cour pénale internationale de La Haye qui l’a inculpé de crimes contre l’humanité. Or Bemba reste très populaire à Kinshasa…

 

Eviter l’esclandre

Albert II, face à cela, ne pourra qu’accuser le coup et miser, pour éviter l’esclandre, sur le protocole… Et les règlements de comptes intracongolais. Au début des années 1990, l’un des fils de Patrice Lumumba, François, a tenté en vain de faire revivre un parti au nom de son père, avant de rejoindre l’opposition à Joseph Kabila et d’envisager un temps de se présenter contre lui à la présidentielle de 2006.

 

Personne, au sein du pouvoir congolais actuel, n’a donc intérêt à remettre de l’huile sur le feu. D’autant qu’avec 60% de la population âgée de moins de 20 ans, et des élites affairées à commercer avec la Chine l’exploitation de leurs ressources naturelles, le nom de Lumumba et son idéal révolutionnaire font de moins en moins recette.

 

En Belgique, en revanche, beaucoup aimeraient bien voir s’ouvrir, cinquante ans après, les sordides placards de la décolonisation. Un historien flamand, Ludo De Witte, qualifie ainsi la mort de Lumumba de « péché originel du roi Baudouin enfermé toute sa vie dans un pacte du silence avec les complices du crime ».

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4 juillet 2010 7 04 /07 /juillet /2010 13:31

 

30 juin 2010

Gilles Olakounlé

 

Alors que la République Démocratique du Congo (RDC) célèbre son indépendance ce 30 juin, la sécurité de l’ex Congo Belge est toujours assurée par le déploiement du plus important contingent de casques bleus à travers le monde.

« Car cette indépendance du Congo, si elle est proclamée aujourd’hui dans l’entente avec la Belgique, pays ami avec qui nous traitons d’égal à égal, nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier cependant que c’est par la lutte qu’elle a été conquise(…), une lutte dans laquelle nous n’avons ménagé ni nos forces, ni nos privations, ni nos souffrances, ni notre sang ». Ce 30 juin 1960, le jeune Premier ministre Patrice Emery Lumumba jette le froid sur une cérémonie jusque-là hypocritement conviviale, à laquelle participait le roi des belges Baudouin 1er, qui a fait le voyage à Léopoldville, l’actuel Kinshasa.

Comme ailleurs sur le continent en cette année des indépendances, l’heure est à l’optimisme. Lumumba parle du début d’une « lutte sublime » qui va mener son pays à la paix, à la prospérité et à la grandeur. Cinquante ans plus tard, l’actuel chef de l’Etat Joseph Kabila ne rappellera sans doute pas le discours de Lumumba lors des festivités prévues ce 30 juin 2010 à Kinshasa en présence de son invité de marque, l’actuel roi des Belges, Albert II. Au cours du dernier demi-siècle, la paix, la prospérité et la grandeur auront été des denrées rares au Congo-Léopoldville renommé Zaïre, puis République démocratique du Congo (RDC).

Moins de deux semaines après la proclamation de l’indépendance, le gouvernement de l’Etat indépendant du Congo demandait l’assistance militaire de l’ONU pour protéger le territoire national menacé à la fois par la sécession du Katanga, province minière la plus riche du pays, et par les fortes tensions avec la Belgique.

Assassinat de Patrice Lumumba

Le Conseil de sécurité autorise rapidement le déploiement d’une force des Nations unies. Cette mission, qui comprendra presque 20 000 hommes à son pic, n’empêche pas le Congo de connaître son premier crime politique majeur : l’assassinat de Patrice Lumumba, le 15 janvier 1961. C’est l’issue fatale d’une conspiration alliant les adversaires politiques congolais du fougueux et idéaliste Premier ministre, et les services secrets occidentaux tout autant hostiles à ce dernier, accusé de sympathies communistes.

Le 30 juin 1964, les soldats de la plus grosse mission de paix de l’ONU à l’époque quittent le pays désormais « pacifié » par une main de fer enrobée du velours de la corruption et de toutes les compromissions. Celle du général Mobutu Sese Seko qui s’autoproclamera Maréchal, pillera les caisses de l’Etat et ne quittera le pouvoir, par la force, qu’au bout de 32 ans. Il est chassé par les troupes d’une rébellion soutenue par les voisins rwandais et ougandais et conduite par un ancien partisan de Lumumba, Laurent-Désiré Kabila. Ce dernier est assassiné à son tour dans son bureau de la présidence en janvier 2001.

Aujourd’hui, près de 20’000 soldats et policiers de l’ONU sont encore sur le sol de la RDC. C’est sans doute pour éviter de donner la fâcheuse impression d’un pays qui a tourné en rond pendant cinquante ans et qui est toujours incapable d’assurer sa sécurité que le gouvernement de Joseph Kabila, qui a succédé à son père, a fait mine de réclamer avec insistance le départ des casques bleus de la Mission des Nations Unies au Congo (Monuc) présents depuis dix ans.

Objet de convoitises depuis deux siècles

Le Conseil de sécurité n’a autorisé que le départ de 2’000 soldats avant le 30 juin et un changement cosmétique de la Monuc en Monusco comme mission de stabilisation au Congo à compter du 1er juillet. En 2010, le Congo, 80 fois plus vaste que la Belgique, porte toujours comme une malédiction les circonstances de sa colonisation, d’abord par le roi des Belges qui en fit sa propriété personnelle puis par l’Etat belge, et celles de sa décolonisation dans le contexte de la guerre froide.

Extraordinairement riche en matières premières précieuses, du diamant à l’uranium, de cuivre au colombo-tantalite (coltan) essentiel dans l’industrie électronique, le pays fait l’objet de toutes les convoitises depuis près de deux siècles. Les acteurs locaux et étrangers changent mais les ingrédients du cauchemar de l’écrasante majorité des 66 millions d’habitants n’ont point varié : prédation, violence et impuissance. Le meurtre le 2 juin dernier de l’une des personnalités les plus respectées de la société civile congolaise, le défenseur des droits humains Floribert Chebeya, est venu rappeler l’extrême vulnérabilité de ceux qui luttent au quotidien pour que ce potentiel géant d’Afrique ne soit pas à jamais un gros poids mort au cœur du continent.

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23 juin 2010 3 23 /06 /juin /2010 19:09

23 juin 2010

Grandslacs.info

 

 Note de Juliette: D'après les infos qui circulent, Monsieur Semadwinga, alors qu'il regardait la Coupe du Monde dans son salon, a été sauvagement poignardé et égorgé. Tous sont convaincu de l'étroite complicité de Kagamé dans ce crime, et on accuse les hommes de Kagamé dans ce crime sanglant. La peur règne jusque dans les rues de Goma, et personne n'ose parler ce ce qui s'est passé. La nouvelle de cette assassinat, politique de toute évidence, ne circule dans aucun journal ni au Rwanda, ni en RDC, et les médias internationaux également ne font aucune mention de cet événement, qui suit de très près l'assassinat de Floribert Chebaya à Kinshasa. L'impunité encore et toujours sévit en Afrique profondément....

Denis Semadwinga, directeur de cabinet de Laurent Nkunda, a été assassiné lundi 21 juin dans sa demeure à Gisenyi. Selon diverses sources, il aurait été tué par des inconnus qui auraient pénétré sa maison dans la soirée du 21 juin. Originaire de Rugari sur le territoire de Rutshuru, Denis Semadwinga a occupé, durant sa carrière, des postes à responsabilité, tant sous le règne de Mobutu que dans l'opposition à Kabila, père et fils. A Kinshasa, Denis Semadwinga Ntare a supervisé le service d'archives de la présidence de la république sous Mobutu. Puis, dans l'opposition à Kabila, il deviendra directeur de cabinet du président du rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), et directeur de cabinet de Laurent Nkunda au sein du CNDP. Il a notamment pris part aux négociations de Nairobi sous la houlette de l'Onu et de l'Union africaine. Historien de formation, Denis Semadwinga s'est attaché à prouver, en se référant à des documents historiques de l'histoire du Congo, que les Tutsi constituaient bel et bien une ethnie autochtone congolaise. Grandslacs.info présente ses condoléances les plus sincères à toute sa famille, notamment à M° Claude Semadwinga, son fils.

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16 juin 2010 3 16 /06 /juin /2010 09:40

15 juin 2010

Cheick Beldh'or Sigue

Kabila ou le visage d'une dictature silencieuse

 

Mort, retrouvé sans vie dans sa voiture sur la route de Kinshasa, le 2 juin 2010 dernier. Aux appels de détresse répétés de Floribet CHEBEYA, président de l’ONG congolaise des droits de l’homme "La voix des sans-voix", l’Etat congolais aura réagi par un silence pour le moins coupable. 
De fait, Floribet CHEBEYA savait la mort constamment à ses trousses, décidée à lui clouer définitivement le bec pour une cause aussi défendable que dérangeante, à laquelle il aura consacré énergie, foi et engagement sacerdotal. 


Sur le champ de bataille, un grand combattant est tombé, les armes à la main, laissant à la postérité un grand vide sur le front des droits de l’homme en RDC. Car, on le sait, au fil des ans, Floribet CHEBEYA avait fini par se faire un nom. Il était devenu une figure emblématique de la société civile congolaise, en d’autres termes, un de ses derniers Mohicans. Sans doute s’en trouvera-t-il d’autres pour poursuivre le combat, parmi lesquels ce confrère congolais de CHEBEYA qui confiait : "Aujourd’hui c’est lui, demain ce sera moi. Nous sommes tous sur la liste noire". Une liste sur laquelle auront figuré non seulement CHEBEYA, mais aussi des journalistes qui auront aussi, payé de leur vie, leur engagement pour des causes tout aussi nobles.

 

 Face à ces assassinats répétés, on s’interroge : y a-t-il un capitaine dans le navire RDC qui n’en sera certainement ni à sa première, ni à sa dernière odyssée meurtrière ? 

 

 

 

A qui profitent ces crimes et surtout, à l’œil et au doigt de qui les exécutants obéissent-ils ? 
En tout état de cause, aujourd’hui beaucoup plus qu’hier, la RDC offre au reste du monde, la dégueulasse image d’un pays qui a mal à ses libertés individuelles et collectives. 


Quoique qualifié de dictateur et quelles qu’aient été ses tares, l’ex-président MOBUTU se sera au moins illustré par une grande qualité : celui d’avoir été un véritable rassembleur. Aussi ses compatriotes vivaient-ils plus sous la menace extérieure qu’intérieure. 
En effet, aujourd’hui, le péril est plus interne, marqué par des assassinats ciblés visant des poils à gratter du régime. 


Alors, qui sauvera la RDC ? Le président Joseph KABILA ? Rien n’est moins certain. Car sous ses dehors candides, il cache une dictature silencieuse et féroce sans doute nourrie par des réflexes de chef de guerre mal reconverti. 


La RDC se stabilisera-t-elle jamais, avec ces crimes à répétition ?

Le doute est permis, d’autant qu’une chape d’impunité continue à envelopper ces drames. Et dire que c’est dans ce contexte de criminalité que KABILA réclame… le départ de la MONUC, la Mission de l’Organisation des Nations unies en RD Congo !

 

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13 juin 2010 7 13 /06 /juin /2010 19:11

12 juin 2010

CongoForum

 

Revue de la presse congolaise

Il  y a du nouveau dans l’affaire Chebeya et c’est bien sûr le sujet dominant d’actualité traité par les journaux kinois. Les faits nouveux sont la fin de l’autopsie et  la mise en résidence surveillée du général Jean de Dieu Oleko dans l’affaire Chebeya. Il ne semble pas y avaoir de lien entre ces deux faits.

Autopsie

Cette nuit, l’ambassade des Pays-Bas, relayée presque simultanément  par AFP, la Monuc puis Le Potentiel, a annoncé la fin de l’autopsie. La nouvelle est même accompagnée d’une photo de « l’équipe », un peu comme s’il s’agissait d’un match de football.

L'autopsie de Chebeya "n'exclut pas l'usage de la violence" (dit AFP) dans la mort du militant congolais des droits de l'homme Floribert Chebeya, mais la cause du décès n'est pas encore établie avec certitude, selon des résultats partiels de l'autopsie.
"
Aucune cause de la mort n'est encore établie de façon certaine. Tout en n'excluant pas l'usage de la violence, l'autopsie n'indique, jusqu'ici, aucun signe de violence excessive" sur le corps du militant retrouvé le 2 juin sur une route de Kinshasa, affirme l'ambassade des Pays-Bas en RDC après l'autopsie réalisée par des Néerlandais.

 "Des recherches complémentaires seront effectuées de façon approfondie dans plusieurs instituts aux Pays-Bas" pour connaître les causes de la mort de Chebeya, sur la base de prélèvements effectués vendredi à Kinshasa par l'équipe de médecins légistes néerlandais assistée par un expert médico-légal congolais, précise un communiqué de l'ambassade.
Les résultats définitifs de cette autopsie seront connus "d'ici trois à cinq semaines", souligne l'ambassade. "L'équipe néerlandaise a quitté Kinshasa ce (vendredi) soir", ajoute le texte.   

(Le corps de Floribert Chebeya ayant été retrouvé sans vie le lendemain du rendez-vous, qui n'a pas eu lieu, avec le chef de la police, le général John Numbi, à l'arrière de sa voiture, les mains liées dans le dos et portant des traces de coups, sur une route en périphérie de Kinshasa, on soupçonnait depuis un bon moment que « l’usage de la violence n’était pas exclu » ! Sur ce point, on enfonce une porte ouverte  et le PGR avait déjà qualifié officiellement les faits de « meurtre » avant que l’autopsie ait lieu. L’apport des experts étrangers, dans ce cas précis, était surtout d’assurer que des prélèvements soient effectués dans les régles de l’art et envoyés dans de bonnes conditions à des laboratoires qui n’existent pas en RDC NdlR).L’Avenir rapporte que compte tenu de la complexité de l’opération et étant donné que l’on ne peut se permettre une quelconque erreur d’appréciation, il faudra attendre le rapport final sur les conclusions de cette autopsie dans trois à cinq semaines. Ils seront communiqués au Procureur général de la République pour les besoins de l’enquête. Ce dernier, à l’issue des investigations, communiquera ces résultats à la famille du disparu.  

Funérailles le 30 juin  

M. Chebeya, considéré désormais par les ONG locales de droits de l'homme comme "un martyr", sera inhumé le 30 juin pour lui "rendre hommage" au cours de cette journée "sacrée", qui marque aussi la commémoration du Cinquantenaire de l'indépendance de l'ex-Congo belge, a annoncé Me Kayembe, porte-parole des ONG congolaises, toujours d’après le même communiqué d’AFP.  Ce jour-là, un grand défilé officiel est prévu à Kinshasa, auquel doivent assister le président Joseph Kabila et le roi des Belges Albert II.
(Il semble bien que l’on ait fini par se dire, à Kinshasa « Puisque ce mouvement nous échappe, feignons d’en rendre la tête » et décidé d’intégrer les funérailles de Chebeya dans les fêtes du Cinquantenaire plutôt que d’essayer qu’elles se fassent à un autre moment.
Les médecins légistes, en demandant un délai de 3 à 5 semaines pour leurs travaux de laboratoire, ont rendu un signalé service aux autorités congolaises en leur procurant un répit qui va au-delà du 30 juin. Accepter le « pluralisme » de l’autopsie, admettre les funérailles au 30 juin, ce sont là de bons moyens de « relâcher la pression » NdlR).

Et c’est probablement comme un autre moyen d’apaiser l’opinion publique en lui « jetant un os à ronger » qu’il faut considérer la mise en cause croissante des cadres supérieurs de la police, qui continue à être dans le collimateur des ONG . "Nous sommes convaincus et sûrs que l'enquête va aboutir à cela: Floribert Chebeya a été torturé dans les locaux de la police et il en est mort", a affirmé vendredi un porte-parole des ONG congolaises, Me André-Marie Kayembe.(AFP)  

Mise en cause de Jean de Dieu Oleko  

« Rebondissement dans l’affaire Chebeya : Le Général J. Oleko en résidence surveillée ». Ce titre apparaît en gras et en manchette du Potentielde ce samedi, qui illustre sa manchette avec une photo de l’équipe des médecins légistes congolais et néerlandais ayant pratiqué l’autopsie sur la dépouille de Floribert Chebeya, et note que l’enquête sur la mort de Chebeya révèle chaque jour de nouveaux détails.
La dernière information est, bien sûr, la mise en résidence surveillée du général Jean de Dieu Oleko, inspecteur provincial de la police nationale pour la ville de Kinshasa. Le este de l’article ne fait que citer le communiqué dont il a été question plus haut.

La Prospérité signale également la mise en résidence surveillée du général Jean de Dieu Oleko. D’autres arrestations ont été opérées dans les rangs des officiers de la police. Il  cite le cas du major Kitulwa Amisi Georges, déféré devant l’Auditorat militaire. Selon des sources dignes de foi, les services de sécurité sont déterminés à traquer les assassins de Floribert Chebeya jusque dans  leur dernier retranchement. « Cette fermeté est une réponse à la détermination du chef de l’Etat à tirer au clair cette affaire ténébreuse qui tarde encore à livrer son auteur intellectuel, ses complices et ses exécutants ».

(Passons sur « la détermination du Chef de l’Etat » qui devient de plus en plus un ingrédient obligé de tout discours officiel. On lira bientôt que « inspirées par la vision de Joseph Kabila, les vaches congolaises ont donné plus de lait ». Le culte (électoral) de la personnalité est ridicule partout, même en RDC ! On imagine mal, n’importe où dans le monde, et donc même à Kinshasa, que la police annonce qu’elle prend les enquêtes criminelles par-dessous la jambe, parce qu’elle a autre chose à faire, qu’on est très pris par les préparatifs du mariage de la plus jeune fille du commissaire ou par le championnat de belote de la police ! Pourquoi diable insister presque journellement sur le fait qu’on a l’intention de faire son travail, lequel, dans la police, consiste entre autre à traquer les assassins ? Si tout le monde agissait de la sorte, les bouchers diffuseraient des communiqués pour dire que, bien entendu en application de la pensée de Kabila, ils vont trancher de la viande, les conducteurs de bus, qu’ils seront au volant et, pourquoi pas, les filles légères qu’elles se tiendront, sur leur trottoir habituels, à la disposition des messieurs ayant de quoi se payer une bonne secousse. 

Cette débauche de proclamations ne peut avoir qu’un sens : elle est proportionnelle au scepticisme au scepticisme de la population et une telle abondance de déclarations ne peut signifier qu’une chose : pratiquement plus personne ne croit à la détermination et à l’honnêteté des policiers chargés d’une enquête.

Ce qui ramène une question : de quelle manière la crédibilité et la transparence seront-elles assurées non pas dans l’autopsie, qui n’est qu’un acte isolé, mais bien dans l’enquête de police elle –même ? NdlR)

Parallèlement à cette action, rapporte La Prospérité, le Procureur général de la République (PGR) est monté au créneau, jeudi dernier, pour annoncer, au regard des éléments d’enquêtes en sa possession, qu’il s’agit d’un meurtre. Le PGR n’a pas non plus exclu que cette qualification change au fur et à mesure que les enquêtes apportent d’autres éléments.

(La mise en cause d’Oleko amène un autre détail croquignolet. L’officier de police a été mis en résidence surveillée, ce qui était aussi le cas, il y a quelques jours, du député Mukonkole. Dans le cas de ce dernier, la résidence surveillée l’a tout simplement mené à Makala, le PGR expliquant qu’on ne pouvait le laisser résider chez lui, parce que cela aurait étendu la surveillance policière à ses proches, femme, enfants, parents, etc…  En bonne logique, le même raisonnement devrait s’appliquer à Oleko et celui-ci devrait également se retrouver « au gnouf ». Ou alors, faut-il penser qu’Oleko est le seul Congolais à habiter vraiment seul ? NdlR)  

Une nouvelle « théorie du complot ».  

Afrik’com est un site Internet basé à Paris et diffusant des informations sur l’Afrique et généralement sur tout ce qui concerne la diaspora « black ». A propos de l‘affaire Chebeya, il a mis en ligne une interview de Jean-Paul Mopo Kobanda, juriste et chercheur à l’Université de Paris 1, qui a longuement travaillé sur les crimes de guerre dans la région des Grands Lacs. http://www.congoforum.be/fr/interviewsdetail.asp?subitem=&id=168245&interviews=selected

 Il émet la théorie suivante : « L’assassinat de Floribert Chebeya a été perpétré dans un contexte de coup d’Etat manqué qui devait avoir lieu à la fin du mois de mai 2010, à Kinshasa, et coïncider avec le voyage de Joseph Kabila, à Nice, pour participer au sommet France-Afrique. John Numbi est soupçonné d’être un des éléments clés du dispositif qui projetait ce coup de force. Ce n’était pas la première fois que le nom de John Numbi était associé à un projet de coup d’Etat. Mais l’analyse des évènements concordants ont fini par convaincre Kabila de l’imminence du projet. Je vous donne un exemple : il y a un mois, 17 millions de dollars sortis de la BCC (Banque centrale du Congo) et destinés à financer l’équipement technique destiné aux contrôles biométriques effectués par la Police nationale ont été logés sur le compte personnel de John Numbi à Rawbank. Cet argent prêté par la BIAC (Banque internationale pour l’Afrique au Congo) à l’Etat congolais avec un taux d’intérêt élevé est gagé sur l’exportation de cobalt. Seulement 110 ordinateurs (PC) auraient été commandés. C’est vous dire si John Numbi a de la trésorerie pour soutenir un coup de force. Quand Joseph Kabila annule au tout dernier moment son voyage à Nice, il ne lâche plus John Numbi qu’il demande à ses services de surveiller discrètement. Kabila avait pourtant confirmé sa présence aux autorités françaises et sa participation à une réunion sur les Grands-Lacs qui devait se tenir en marge du sommet avec différents protagonistes, dont le président rwandais, Paul Kagame.  

Q : Quel rapport avec Floribert Chebeya ? 

R : Il est victime d’un enjeu de pouvoir entre Joseph Kabila et John Numbi. Son militantisme et sa défense acharnée du peuple congolais ont fourni à ses tueurs un prétexte mais ne constituent pas les seules causes de son effacement.  

Q : Quelle aurait alors été la motivation exacte de John Numbi pour le faire assassiner ? 

R : En tant qu’Inspecteur général de la police nationale, John Numbi ne peut tuer d’opposants que dans l’intérêt du régime qu’il défend et si son chef lui en donne ordre. Il semble néanmoins qu’un fait médiatique majeur aurait pu être le facteur déclencheur du coup de force qui se préparait. Rien ne nous dit avec certitude que M. Numbi est l’ordonnateur final de l’assassinat car il avait plus à perdre à tuer Chebeya en lui donnant rendez-vous dans les locaux de la police nationale qu’à gagner. On n’assassine pas un défenseur des droits de l’homme « mondialement connu » en lui fixant au préalable un rendez-vous officiel. N’importe quel apprenti tueur procéderait autrement. Dans d’autres assassinats politiques, le régime avait procédé autrement pour atteindre les cibles visées. On voit bien qu’un piège a été tendu et refermé sur John Numbi, considéré comme un pilier important du pouvoir kabiliste. Etait-il devenu encombrant et incontrôlable ?  

Q : Le colonel Mukala (sic) serait passé aux aveux, une autre personne que M. Numbi aurait pu donner l’ordre d’assassinat ? 

R : Arrivé vers 17h00 dans le bureau du colonel Daniel Mukalay qui a remplacé le célèbre colonel Raus Chalwe à la tête de la Direction des services spéciaux de la police depuis 3 ans, M. Chebeya a été aussitôt étranglé. La consigne n’était apparemment pas de l’intimider. Si l’ordonnateur de cet assassinat avait voulu laisser suffisamment de traces compromettantes pour permettre la localisation des exécutants, il ne se serait pas pris autrement. La tentative de déguisement de l’assassinat en une aventure extraconjugale qui tourne mal est aussi grossièrement montée pour ne pas être crédible.  

Q : Le gouvernement congolais annonce la suspension de John Numbi et non son arrestation ? Comment interprétez-vous cette décision ? 

R : Il y a deux interprétations possibles. Face à la gravité de l’acte qui est ici en cause, soit le gouvernement congolais dispose de plus d’éléments à charge contre John Numbi et doit le déférer illico devant la justice et le placer en détention provisoire. Ça, c’est le travail du procureur général de la République. Mais encore faut-il qu’il ait les mains libres. Soit il n’y a pas de charges et cette mesure purement administrative n’a qu’une valeur symbolique et momentanée pour faire passer la tempête médiatique… La réalité dépasse ces deux cadres logiques parce que, jusqu’ici, ce sont exclusivement les services de sécurité qui diligentent les enquêtes sous la coordination directe de la présidence de la République. Cette attitude est à analyser au regard d’une part de la forte pression médiatico-politique tant au niveau national qu’international qui nécessitait des gages rapides de justice de la part du gouvernement congolais. D’autre part, la place que John Numbi a pu se construire au sein du régime kabiliste ces dernières années est très stratégique. Il est celui à qui Joseph Kabila confiait des missions délicates comme les accords avec le CNDP de Nkundabatware, la répression de Bundu Dia Kongo (BDK) et l’intervention de l’armée rwandaise dans l’Est du pays. M Numbi a pu ainsi mettre sous son commandement un important dispositif sécuritaire constitué d’un bataillon (SIMBA) d’hommes mieux dotés en armement et bien payés qui n’obéissaient qu’à lui seul. D’ailleurs, je remarque qu’une fois la décision de suspension de M Numbi a été rendue publique, sa ferme au Katanga a été perquisitionnée sur ordre de la présidence et la décision de regrouper les éléments du bataillon SIMBA éparpillé entre Goma, Kinshasa et Katanga a été ordonnée. Il est même question de les exfiltrer de la police nationale pour les réintégrer au sein des forces aériennes, leurs unités d’origine. Je souligne enfin que Numbi a tissé des liens solides avec plusieurs chancelleries africaines et occidentales. L’émotion forte suscitée par l’assassinat de Floribert Chebeya tant sur le plan national qu’international est un alibi rêvé pour Kabila pour se défaire d’un pareil allié devenu au fil de temps encombrant et dangereux pour le régime.  

Q : La mort de Chebeya ne nuit-il pas plus au régime de Kabila qu’elle ne lui profite ? 

R : La vraie question est à mon avis : à qui profite le crime ? Pour le moment, le bénéficiaire s’appelle Joseph Kabila car l’assassinat lui permet de faire d’une pierre deux coups : se débarrasser d’une part d’un défenseur des droits de l’homme devenu redoutable pour son régime et très écouté tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, ça fait moins des dénonciateurs et décourage ceux qui veulent suivre le même chemin. De l’autre côté, l’alibi lui est fourni d’éloigner le danger que commençait à présenter John Numbi. Seulement, le régime ne pouvait mesurer à l’avance l’émotion internationale que ce crime allait susciter. C’est peut-être l’assassinat de trop pour ce régime qui s’en était toujours sorti impunément jusque-là. En tout cas, l’avènement d’un Etat démocratique où la vie des citoyens, leurs droits et libertés sont respectés n’est pas possible en RDC tant que les assassinats politiques seront systématiquement utilisés comme arme de dissuasion par le régime. »

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9 juin 2010 3 09 /06 /juin /2010 12:16

8 juin 2010

 Le Potentiel

 

L’ambassade de la Rdc en Grande Bretagne a été attaquée par les compatriotes congolais vivant à Londres, occasionnant ainsi de grosses pertes matérielles dont la voiture personnelle du diplomate congolais en Grande-Bretagne, Kikaya Bin Karubi.

Des échos en provenance de Londres renseignent que dans la nuit du 6 au 7 juin 2010 aux environs de 22h30', l’Ambassadeur Barnabe Kikaya Bin Karubi a été attaqué par des inconnus qui ont mis le feu à sa résidence située dans le quartier de Henbon, au nord de la ville de Londres.
 
Cette attaque, qui n’a pas encore été revendiquée, est survenue au moment où l’Ambassadeur était en train de travailler dans son bureau privé. Il a entendu frapper à la porte. Quand il a ouvert, il s’est trouvé nez à nez avec ses voisins venus l’avertir que sa résidence la maison était entrain de brûler.

Selon des témoins, l’Ambassadeur Kikaya a eu juste le temps de réveiller ses enfants qui dormaient au 1er étage et de les mettre à l’abri chez les voisins. Et pendant ce temps, son épouse a téléphoné à la Police et aux services anti-incendie. Ces derniers sont arrivés un quart d’heure plus tard et au bout d’une heure l’incendie était maîtrisé. Il faut signaler qu’on déplore des grosses pertes matérielles, entre autres l’incendie du véhicule officiel de même que sa voiture personnelle. Mais aucune perte en vie humaine n’a été signalée.
 
C’est l’occasion de signaler ici que depuis leur arrivée en Grande-Bretagne, un groupe de compatriotes excellent en actes de terrorisme contre leur Ambassade et les diplomates accrédités au Royaume-Uni. Même les officiels congolais en mission sont pris pour cibles. C’est le cas, entre autres, du Sénateur She Okitundu, à l’époque Directeur de Cabinet du Chef de l’Etat.
 
C’était en 2006. L’année suivante, soit en 2007, l’Ambassade de la RDC a été incendiée pour la première fois. D’autres actes de vandalisme ont été commis, notamment le vol de l’effigie du Chef de l’Etat, la destruction de la TV de l’ambassade. Depuis lors, des menaces sont proférées de manière récurrente aux diplomates congolais en poste à Londres.
 
Malgré cette hostilité injustifiée, l’Ambassadeur Kikaya a décidé de mener une politique de main tendue à l’égard des membres de la communauté congolaise. Il poursuit de façon méthodique la résolution de différents conflits entre ses compatriotes, dans le strict respect des lois du pays accréditaire. C’est ainsi que le 27 mai 2010, M. Aimé Kabangu a comparu au Tribunal de Westeminster en présence de l’Ambassadeur venu soutenir les diplomates qui comparaissaient en qualité de témoins.
 
Il sied de souligner que pour la circonstance, l’Ambassadeur a dû lever son immunité diplomatique et celle des diplomates.
 
Cette attaque étant un énième acte de terrorisme perpétré contre nos diplomates, il y a lieu de se poser les questions sur la capacité des autorités britanniques de protéger des diplomates étrangers et particulièrement

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5 juin 2010 6 05 /06 /juin /2010 22:22

4 juin 2010

AFP

Un rapporteur de l'ONU met en cause le gouvernement pour la mort d'un défenseur des droits de l'homme 

Un rapporteur de l'ONU a estimé vendredi "vraisemblable" la "participation" du gouvernement de la République démocratique du Congo dans la mort de Floribert Chebeya, un des plus respectés défenseurs des droits de l'homme en RDC.

 

Prenant note de la demande d'ouverture d'une enquête par le ministre congolais de l'Intérieur, le rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires de l'ONU, Philip Alston, a estimé "qu'il n'y a pas de raison de penser que ce sera une véritable enquête".

 

Et ce, "particulièrement en raison des circonstances qui laissent penser qu'il est très vraisemblable qu'il y a eu une participation du gouvernement" dans l'affaire, a-t-il encore dit aux journalistes. Le président de l'ONG "La voix des sans-voix" (VSV) avait disparu mardi soir, avec son chauffeur, après s'être rendu à l'inspection générale de la police nationale congolaise (PNC), où il devait, selon la VSV, rencontrer l'inspecteur général, le général John Numbi.

 

Le corps de Floribert Chebeya, 47 ans, a été finalement retrouvé mercredi matin sur la banquette arrière de son véhicule à Mitendi sur la route du Bas-Congo à l'ouest de Kinshasa.

 

Le rapporteur de l'ONU, qui a eu l'occasion de rencontrer Floribert Chebeya lors de sa dernière mission en RDC en octobre 2009, a qualifié la situation sur le terrain de "très dangereuse".

Il a ainsi déploré que les massacres de civils perpétrés par l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) se poursuivent, contrairement à ce que prétendent les autorités.

 

L'expert onusien -- qui ces six dernières années a visité de nombreux autres pays où les droits de l'homme sont violés -- s'est dit particulièrement "désespéré" par l'attitude du gouvernement de la RDC. "Ils ont rejeté mon rapport, disant qu'il était tendancieux. C'est toujours un très mauvais signe lorsqu'un gouvernement est dans un état de déni total", a-t-il conclu.

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