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22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 17:57

22 août 213
Acheikh Ibn-Oumar

40ème anniversaire de l'assassinat d'Outel Bono



Il y a quarante ans, le 26 août 1973, tombait en plein cœur de Paris, sous les balles d’un tueur professionnel jamais retrouvé, le docteur Outel Bono, figure emblématique de l’intelligentsia Progressiste Tchadienne. Avec le recul du temps, on peut aujourd’hui affirmer qu’il représentait à son époque la conscience morale du jeune État tchadien indépendant. Cet assassinat, qui interrompait brutalement une carrière politique prometteuse, avait retenti au Tchad et au-delà, comme un véritable coup de tonnerre et l’hallali d’une certaine vision de l’avenir. Son message d’intransigeante éthique, rigueur intellectuelle et engagement pacifique est plus que jamais d’actualité.

SINGULIER DESTIN

Le mouvement étudiant africain en France a toujours été connu pour ses turbulences vis-à-vis des régimes en place. Mais, en cette année 1973, mes camarades et moi ne nous attendions pas à la mesure sans précédent du gouvernement tchadien à notre égard. Ce dernier avait décidé de supprimer brutalement toutes les bourses et exigeait le rapatriement immédiat de la totalité des étudiants de France et Belgique. Ceux qui refusaient de repartir au pays seraient déchus de leur nationalité, pas moins ! La défunte Kaltouma Guembang, présidente de l’union des femmes du parti au pouvoir PPT/RDA (Parti Progressiste Tchadien) qui désapprouva la mesure, fut arrêtée pour « complot contre le Chef de l’Etat ».

 

Le prétexte de ces réactions disproportionnées était la diffusion d’une série de tracts anonymes en France et en Belgique, dénonçant les méfaits du régime de N’Djamena et signés par un mystérieux « Corbeau averti ». Nous comprîmes rapidement que cette hystérie du pouvoir était due à l’arrivée en France du docteur Outel Bono qui bénéficiait d’une aura sans pareille au sein de l’opinion tchadienne et particulièrement la jeunesse intellectuelle, et que les tracts du « Corbeau averti » étaient attribués à ses sympathisants.Le dimanche matin, 26 août 1973, à 09h30, le docteur Outel Bono, en rentrant dans sa voiture, rue de la Roquette, dans le quartier de la Bastille, fut abattu de deux balles à la tête, par un tueur qui réussit à prendre la fuite, à bord d’un véhicule. Le Tchad avait connu des épisodes politiques bien sanglants, mais nous étions loin, très loin d’imaginer qu’un opposant pouvait être assassiné, au grand jour, en plein Paris.

Il est vrai que bien d’autres hommes politiques s’inscrivent également et durablement dans l’histoire mouvementée du Tchad souverain, qu’ils soient pionniers de l’indépendance, intellectuels, maquisards, dirigeants de partis politiques, chefs d’Etat, militants des droits de l’homme, syndicalistes, parlementaires, cadres, officiers ou autres. Cependant, pour avoir vécu les soubresauts de mon pays depuis son accession à la souveraineté internationale en 1960, je suis convaincu que parmi toutes ces figures marquantes de notre nation, s’il fallait retenir un seul nom, ce serait celui du docteur Outel Bono.

Destin bien singulier et charisme évident d’un homme qui n’a jamais été député, ministre ou chef d’Etat et encore moins chef de guerre. Sans aucun doute aurait-il pu devenir un grand chef de parti politique, mais lâchement abattu dans l’anonymat d’une rue parisienne par un tueur mercenaire inconnu, on a cru le faire taire définitivement.

Il n’avait que trente-neuf ans ! Mais ses paroles et son idéal survivent à son élimination, et seront de plus en plus fortes avec le temps.

Il faudra sans doute encore quelques années, pour que se manifeste pleinement la portée historique et transgénérationnelle du message visionnaire et l’exemplarité du combat pacifique mené par le docteur Outel Bono. C’est-à-dire, quand se seront apaisées les confrontations d’ordre ethnique, régional, religieux, ou générées par des ambitions démesurées ; quand que notre société enfin réconciliée avec toutes ses composantes, entrepredra de rechercher dans ses expériences et sa culture, les bases fondamentales de la reconstruction nationale.

QUI ÉTAIT LE DR OUTEL BONO ?

Outel Bono est né en 1934, à Kokaga, dans le district de Fort-Archambault (actuelle Sarh), région du Moyen-Chari. Après un cycle primaire au Tchad, il bénéficia d’une bourse du Territoire pour poursuivre des études secondaires et supérieures en France, brillamment couronnées en 1960 par un doctorat de médecine à l’Université de Toulouse. Il regagna le Tchad en 1962 pour se mettre au service de son pays, en même temps que la poignée d’autres cadres supérieurs formés alors en France, tels que Jacques Baroum, Adoum-Maurice Hel-Bongo, Doungous Moreau, Antoine Bangui, Daouda Konaté, Georges Diguimbaye, Pierre Djimet, etc.

Un personnage de la trempe d’Outel Bono, avec ses qualités intellectuelles, son indépendance d’esprit et sa probité reconnue, avait très tôt suscité la méfiance de Tombalbaye, le premier président tchadien. Aussi, sera-t-il constamment soumis à une surveillance policière pointilleuse, à de nombreuses tracasseries et des accusations fantaisistes, suivies d’arrestations et de condamnations ; son assassinat en étant l’aboutissement cynique.

Ainsi, dès le mois de mars 1963, il figurait parmi les personnalités arrêtées pour « complot » contre le chef de l’Etat. A ce propos, ouvrons une petite parenthèse pour relater le témoignage de M. Antoine Bangui-Rombaye afin d’éclairer le public sur ce prétendu complot. « Après le congrès du PPT/RDA en janvier-février 1963 à Fort Archambault, le bureau politique se réunit pour discuter de la composition du nouveau gouvernement. Au cours de la séance, certains membres, dont Outel Bono, suggérèrent au président-secrétaire général du parti, Tombalbaye, de répartir plus équitablement les différents postes ministériels en rééquilibrant leur affectation entre des personnalités originaires des différentes régions du Tchad, notamment celles du Nord. ‘’Je trouverai une solution à votre problème après mon retour de la conférence de l’OCAM de Ouagadougou ‘’ (OCAM : Organisation Commune Africaine et Malgache), leur a promis Tombalbaye pour clore les discussions. Dès le lendemain, il s’envolait pour la Haute Volta devenue le Burkina Faso. Il en revint dix jours après et sans perdre de temps, dans la nuit qui suivit, tous ceux qui avaient contesté la formation de son gouvernement furent arrêtés à Fort-Lamy, sauf Outel Bono qui sera intercepté une semaine plus tard, au retour d’une partie de chasse. Le procès des prétendus conjurés eut lieu au mois de juin 1963. Le tribunal spécial, pour la circonstance présidé par Kodibri Nagué, un ancien parlementaire de l’ancienne Union française, originaire de la même région que le médecin et composé essentiellement de notables du pays, prononça la condamnation à mort du docteur Outel Bono et de quelques autres accusés tels Abbo Nassour, Mahamat Abdelkérim, Issa Allatchimi ».

Néanmoins, la sentence ne fut pas appliquée grâce à la mobilisation des amis d’Outel, nombreux en France au sein de la Gauche, particulièrement à l’iniative de son épouse, née Nadine Dauch, une Toulousaine qu’il avait rencontrée au cours de ses études. La condamnation fut commuée en détention à perpétuité. Gracié en décembre 1965, Outel Bono fut affecté en tant que médecin-chef à l’hôpital d’Abéché. Quelques mois plus tard, il revenait à Fort-Lamy pour exercer son métier, sous haute surveillance policière.

A partir de 1968, il déclina systématiquement toutes les tentatives de récupération politique sous forme d’offres de portefeuille ministériel, pour ne se contenter que du poste de directeur de la santé. A nouveau arrêté en 1969, en compagnie d’un groupe de jeunes cadres, il fut condamné à cinq ans de travaux forcés pour « atteinte à la sûreté de l’Etat ».

Une nouvelle campagne de mobilisation en France avec la diffusion de tracts de protestation au Tchad sur fond de montée de la guérilla du Frolinat, poussèrent le président Tombalbaye à faire machine arrière. Outel Bono et ses compagnons bénéficièrent quelques mois plus tard d’une mesure de grâce.

En 1972, il revint en France pour un stage de mise à niveau à l’hôpital de la Salpêtrière à Paris. Au même moment au Tchad, une nouvelle vague de répression s’abattait sur d’autres personnalités politiques, fonctionnaires et hommes d’affaires. Quelques amis lui conseillèrent de prolonger son séjour en France.

Dans ces circonstances, sous la poussée des sollicitations de nombreux compatriotes, le docteur Outel Bono, dont les seules armes étaient l’abnégation professionnelle, l’intégrité morale, la probité intellectuelle et les débats d’idée, cette fois décida de se lancer corps et âme dans l’arène politique. Il élabora un projet pour constituer un nouveau parti politique dénommé : Mouvement Démocratique pour la Rénovation du Tchad, soit MDRT. Peu après la diffusion de son manifeste, salué avec enthousiasme par de nombreux fonctionnaires et étudiants, il convoqua à Paris une conférence de presse prévue le 28 août 1973, destinée à lancer son parti. Elle n’eut pas lieu puisque nous savons aujourd’hui, et ce n’est pas par hasard, qu’il fut assassiné deux jours auparavant. Ce rendez-vous manqué avec l’histoire, aurait pu orienter de manière positive l’avenir du Tchad.

TCHAD-INDEPENDANCE-TOMBALBAYE-DE GAULLE

L’affaire fut portée devant la justice française qui mit près de dix ans avant de conclure, en 1982, en retenant  la thèse d’un « crime passionnel » ( !) On se demande sur quelles bases ? Son épouse relança la procédure jusqu’à la Cour de cassation, mais son pourvoi fut rejeté. Il ne fait pas de doute que de fortes pressions émanant de certains cercles du pouvoir en France ont été à l’origine de la mise au placard de ce dossier très gênant.

SON ENGAGEMENT POLITIQUE

Faut-il rappeler que les années 1950 furent pour les pays d’Afrique et ceux du Tiers-Monde en général une grande période d’effervescence nationaliste ? Partout soufflait le vent de l’indépendance. Pour les jeunes ressortissants des anciennes colonies françaises qui eurent la chance d’entreprendre des études supérieures, la France constituait le principal foyer d’activisme politique et culturel. La maison d’édition Présence Africaine et surtout la FEANF (Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France) étaient les deux vecteurs de cet éveil patriotique. L’étudiant Outel Bono, animateur de la section tchadienne, y joua un rôle de premier plan. Président de l’AETF (Association des Etudiants Tchadiens en France), il assuma en même temps le poste de rédacteur en chef du bulletin trimestriel l’Etudiant tchadien.

Ce journal, circulant au Tchad dans les milieux lettrés, contribua à la formation politique des jeunes. Ainsi, un numéro de l’année 1959 contenait-il d’importants articles tels que « Où va le Tchad ? » et « Le tribalisme, arme de division, de misère et d’obscurantisme ».

Le général de Gaulle revenu au pouvoir en 1958, lança son fameux référendum pour la constitution de la Communauté française, visant à maintenir dans le giron français les anciens territoires colonisés, sous couvert d’une large autonomie ; l’ancienne puissance colonisatrice se réservant leur représentation extérieure, leur défense et leur monnaie. La quasi-totalité des dirigeants africains firent campagne pour le « oui », alors que les étudiants et jeunes fonctionnaires optèrent pour le « non », à l’exemple du Parti Démocratique de Guinée (P.D.G.) d’Ahmed Sékou Touré.

Au Tchad, un groupe constitué par une partie de l’organisation de la jeunesse du MSA (Mouvement Socialiste Africain, présidé par Ahmed Koulamallah), désavoua la position de ses dirigeants favorables au vote du « oui », et fit campagne pour le « non ». Il finit par faire scission et forma un nouveau parti radical, l’UNT (Union Nationale Tchadienne). Outel Bono et quelques-uns de ses camarades étudiants en France manifestèrent leur solidarité avec cette nouvelle formation.

Au cours de ses vacances au Tchad en 1957, Bono ramena des publications de l’AETF et de la FEANF qu’il fit circuler dans toutes les régions, dans l’espoir de sensibiliser la jeunesse scolarisée et les syndicalistes. Dans son livre autobiographique « Fils de Nomade », Khayar Oumar Deffalah écrit :«Aujourd’hui, je regrette de ne pas avoir su discuter avec ce grand homme (Outel Bono) que j’admirais depuis mon enfance, lorsqu’il venait à la boutique de Mahamat Ousmane rencontrer ses camarades Mahamat Abba, Ibrahim Abatcha, Mahadi Bourma et (Daouda) Konaté. C’est lui qui m’avait mis entre les mains l’un des exemplaires de « l’Etudiant Noir », l’organe de sensibilisation et d’information de la Fédération des Etudiants d’Afrique Noire en France (FEANF) »

Lorsqu’il rentra définitivement au Tchad en 1962, l’UNT était déjà dissoute. Son aile la plus radicale, menée par Ibrahim Abatcha et Mahamat Abba, était entrée en clandestinité, avec la ferme détermination de déclencher une insurrection populaire. Avec cet objectif, peu après, ils créèrent le Frolinat.

Jusqu’en 1963, des débats houleux divisaient la mouvance révolutionnaire. Outel Bono, quant à lui, désapprouvait l’option de lutte violente mais conservait une position critique vis-à-vis de l’autoritarisme de plus en plus affiché du président Tombalbaye. Machiavélique, celui-ci écartait systématiquement de son chemin toutes les personnalités politiques susceptibles de lui faire ombrage. C’est ainsi qu’il commença à neutraliser ses propres camarades au sein du parti PPT, Gabriel Lisette, Toura Gaba, Allahou Taher et tant d’autres, pour ensuite tendre la main aux jeunes cadres progressistes fraîchement rentrés de France. Il invita ses jeunes intellectuels à lui faire des propositions de réforme du parti. « On avait l’impression que les dirigeants du Parti Progressiste Tchadien œuvraient pour un grand rassemblement…On pensait que le parti unique pouvait éviter les disputes tribales », rappelait Antoine Bangui sur les antennes de RFI, à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance.

 

PPT-Pancarte

Cela explique pourquoi ils rejoignirent les rangs du PPT à l’issue de son congrès de 1962. Les deux médecins Outel Bono et Jacques Baroum furent alors nommés membres du Bureau politique, instance suprême du parti. Néanmoins, toujours fidèle à ses convictions, Bono continua de dénoncer les abus du régime, et plaida pour une représentation plus équilibrée dans les instances gouvernementales entre les régions, ce qui lui valut la condamnation de 1963. A ce propos, son attitude très courageuse lors de ce procès, sa brillante argumentation pour balayer les accusations portées contre lui, eurent un écho retentissant dans l’opinion tchadienne et le rendirent célèbre alors que la veille encore, il n’était un personnage inconnu des masses populaires.

A sa libération, il fut affecté à Abéché. En réalité, un piège tendu par le pouvoir car la région du centre-est commençait à être secouée par les agitations du Frolinat en voie de constitution. En le mutant dans cette ville, Tombalbaye cherchait à prouver qu’il avait gardé des contacts avec son ami Ibrahim Abatcha. Mais le médecin ne s’y laissa pas prendre et se concentra sur son métier tout en maintenant ses distances avec ce qui allait devenir le parti unique.

La population était impressionnée par ce brillant médecin qui dédaignait les hautes fonctions politiques facilement à sa portée, et trouvait plus important de se consacrer uniquement à soigner ses compatriotes ; alors que le moindre titulaire du certificat d’études primaires, et tous ceux qui avaient quelque peu appris le français au contact du Maître colonial, se voyaient ouvrir les portes de la haute administration, du parlement et du gouvernement.

Une autre occasion s’offrit à Tombalbaye pour se débarrasser du docteur Outel Bono. En mai 1969, une conférence sur le thème apparemment anodin de : « structures familiales et développement », eut lieu dans les locaux du centre culturel tchadien à Fort-Lamy. Trois conférenciers, Michel N’Gangbet, secrétaire général de la Chambre de commerce, Saleh Kebzabo, rédacteur en chef de l’Agence Tchadienne de Presse (ATP) et Aziz Sabit, directeur d’Air Tchad, firent des exposés qui soulignaient les mauvaises orientations de la politique économique du gouvernement depuis l’indépendance. Les interventions furent transmises en direct à la radio. Le docteur Bono prit en dernier la parole et démontra avec brio l’exploitation des paysans producteurs de coton, puis l’absurdité de la politique dite de développement du gouvernement qui ne pouvait selon lui qu’engendrer la misère croissante des masses populaires. Son intervention enflamma le public.


.Michel Ngangbet-Photo 1Dans l’un de ses ouvrages, Michel N’Gangbet notera : « Très connu pour sa vertu et son éloquence dans les milieux de la FEANF et de l’AETF, ce dernier fulmine et attaque le système politique… Interrompu plusieurs fois par les applaudissements de l’assistance, il devient tour à tour véhément, pathétique selon les idées avancées. C’est dans un tonnerre de cris de joie que le docteur s’assied… »

Alors jeune lycéen, je me souviens du sentiment incroyable qui nous avait subjugués à l’écoute de ses paroles transmises à la radio. On croyait rêver !

Il faut avoir en tête le contexte qui prévalait à l’époque. Depuis 1963 le pays était enfermé dans un système totalitaire. Les arrestations arbitraires et l’omniprésence de la police politique avaient créé un climat de terreur. Personne ne pouvait imaginer qu’une voix critique pût s’élever pour déchirer le voile de la propagande officielle et donner un écho si éloquent à la souffrance et la misère paysannes.

Durant les jours qui suivirent cette conférence du centre culturel, le pays entier ne parlait que de la justesse des propos et du courage d’Outel Bono. Des tracts commençaient à circuler. Pour les prochaines élections présidentielles, nombreux étaient ceux qui souhaitaient le voir affronter Tombalbaye.

Aziz Sabit-Photo1

Ce dernier ne tarda pas à réagir. Outel Bono et les organisateurs de la conférence furent arrêtés. La fébrilité s’empara de la population. Dans notre milieu collégien, des propositions de grève de soutien à Bono furent évoquées. Par précaution, l’armée fut déployée à proximité des bâtiments scolaires, probablement pour éviter une réédition des troubles sanglants de septembre 1963. Hâtivement jugés, Outel Bono et les conférenciers furent une nouvelle fois condamnés. Mais c’était trop tard. La popularité de ce médecin avait atteint un tel sommet que le régime comprit très vite que son maintien en détention ou son élimination physique risquaient d’engendrer des conséquences imprévisibles et d’ouvrir un boulevard au plus grand danger du moment, à savoir, la guérilla du Frolinat. Aussi, les condamnés furent-ils libérés trois mois plus tard, en août 1969. Bono réintégra son poste de directeur de la santé tout en continuant la pratique de son métier.

Salh-Kebzabo11

Ce n’était qu’un sursis avant le dernier acte fatal, c’est-à-dire son assassinat dont nous commémorons en ce mois d’août le quarantième anniversaire.

Ses assassins avaient vu juste. La disparition d’Outel Bono avait laissé un vide incommensurable et son projet politique s’éteignit avec lui, malgré les efforts déployés par son compagnon Julien Maraby pour le faire revivre. 

QUI A TUÉ LE DOCTEUR OUTEL BONO ?

Beaucoup d’interrogations continuent à entourer l’assassinat d’Outel Bono, non seulement sur le plan de la mise en œuvre de la machination, mais également sur les véritables dessous politiques.

Les relations entre Tombalbaye et ses mentors français, en particulier le tout puissant Jacques Foccart, s’était détériorées de façon spectaculaire. Au nom de la nouvelle politique de Révolution culturelle et d’Authenticité, le régime adopta un discours violent contre le « néocolonialisme français » (sic !).

Certaines rumeurs disaient que la France incitait Tombalbaye à se retirer du pouvoir pour éviter l’éclatement du pays. D’autres disaient qu’on lui suggérait simplement de procéder à une large ouverture du gouvernement aux cadres contestataires, afin d’injecter un sang nouveau dans son système et rénover sa méthode de gestion.

Selon Bichara Idriss Haggar, dans son ouvrage « François Tombalbaye. Déjà le Tchad était mal parti » (Editions L’Harmattan, 2007 ; page 330-331) : «Si l’idée de trouver une solution de rechange au régime de Tombalbaye était admise par tous, l’unanimité des milieux français sur le MDRT comme alternative était moins évidente…Nombreux sont les informateurs qui ont affirmé que le docteur Bono avait l’appui du gouvernement français. En réalité le problème résidait dans le fait qu’en 1973, il n’y avait pas une seule politique de la France…mais plusieurs…le docteur Bono avait certes l’appui ou le soutien de certains en France, mais pas celui du gouvernement. »

Tombalbaye de son côté, pour calmer les interrogations de l’opinion et la presse, finit par accuser les propres « amis » du docteur. Ainsi, en janvier 1975, il fit arrêter Georges Diguimbaye et Mahamat Ousmane, qui furent sauvés par le coup d’Etat militaire du 13 avril de la même année.

Dans le chapitre très détaillé intitulé « Intraitable docteur Bono », de son livre « La Françafrique. Le plus long scandale de la République », le regretté François-Xavier Verschave livre des éléments très importants (pages 166-170) :

«  Thierry Desjardin, du ‘Figaro’, découvre que l’assassin d’Outel Bono serait un certain Léon Hardy ou Leonardi. Ce nom, en réalité un pseudonyme, suffit à la police pour remonter jusqu’au tenancier d’un bar d’Avignon, de son vrai nom jacques Bocquel. C’est un séide du Sdece (Service de contre-espionnage français, devenu DGSE, en 1982), et un ami de Gourvenec…Interrogé par la police…Bocquel ne cachera pas que Gourvenec lui a proposé plusieurs missions délicates, dont celle d’enlever le leader rebelle tchadien Abba Siddick. Si on le lui avait demandé, admet-il, il n’aurait pas hésité à abattre Outel Bono. Mais il nie l’avoir fait…Il n’est pas entendu par le juge d’instruction et encore moins inculpé… Le journaliste tient cette information d’Hissène Habré –alors « rebelle »…Le futur président tchadien a enregistré la « confession » du capitaine Galopin, venu négocier la libération de l’otage (Françoise Claustre)…L’officier français aurait avoué qu’Outel Bono avait été abattu…dans un guet-apens organisé par les services secrets français , via Gourvenec et Bayonne…Me Kaldor (avocat de la famille Bono) demande au juge d’instruction de trancher l’affaire en comparant les empreintes digitales de Bocquel avec celles, très lisibles, relevées le jour même sur les vitres de la DS d’Outel Bono : il fait comparer les empreintes non pas à celles de Bocquel, mais à celles des policiers qui ont extrait Bono de la voiture !…En 1991, Nadine Bono aura l’occasion de connaître un ancien honorable correspondant de la DGSE, Paul Bigot – alias Paul Wuis -… Ce pilote de ligne, fils d’un ami de Tombalbaye, admettra la responsabilité du service dans l’assassinat d’Outel Bono. Tout en s’excusant : ’’Il s’agissait d’une erreur politique…’’ ».

Toujours, selon Verschave, « qu’Outel Bono ait été exécuté par des foccartiens ne fait aucun doute ». Mais des questions demeurent : Tombalbaye avait-il commandité directement le meurtre, comme ce fut le cas du pouvoir marocain pour Ben Barka ? Etaient-ce plutôt les amis de Tombalbaye au sein des réseaux français qui avaient voulu ainsi lui rendre service ? Outel Bono représentait-il un danger spécifique pour les intérêts stratégiques français ? Cette dernière hypothèse est avancée par l’hebdomadaire allemand Der Spiegel. Ce journal  « avait révélé un accord secret entre Paris et Tripoli : la France laisserait à la Libye la bande d’Aouzou…Cette zone…paraissait dotée d’un très riche sous-sol. Les compagnies occidentales auraient préféré placer ce pactole sous la férule d’un Kadhafi plutôt que le laisser dormir en lisière d’un Tchad anarchique. Devant Bayone, Outel Bono avait signifié sa ferme opposition à ce marchandage – un nouveau signe de son insuffisante flexibilité»

jacques-foccart-l-africain

TROP DE MORTS ET DISPARITIONS NON ELUCIDÉES

Le pouvoir tchadien de l’époque était logiquement le principal, sinon l’unique suspect dans l’assassinat du Dr Bono, mais en droit, cela n’en fait pas un coupable définitif ; et de toute façon, cette culpabilité serait établie que cela ne suffirait pas, car il faudra préciser les circonstances exactes et l’identité de tous les acteurs, complices et témoins. Les responsabilités de la justice et des services spéciaux français devront être rappelées.

Beaucoup de pays africains ont été traumatisés par la liquidation criminelle de personnalités illustres : Patrice Lumumba, Ernest Ouandié, Sankara. Certains, à l’instar de Bono ont été assassinés en Europe : Félix-Rolland Moumié, Mehdi Ben Barka, Dulcie September, pour ne citer que ceux-là.

Le Tchad occupe sur ce plan une place de premier plan, tant l’ensemble des régimes qui se sont succédés depuis l’indépendance ont chacun allongé la liste des crimes à visage découvert, aussi bien que celle des disparitions mystérieuses et des morts non-clarifiées.

Citons à titre d’exemple :

Sous le régime du président Tombalbaye : Jean Baptiste, Silas Sélingar, Daniel Béguy, André Mougnan, Hisseine Guiagoussou, Adji Kosséï, Mahamat Camara et les dizaines de cadres civils et militaires, hommes d’église, etc. liquidés dans la dernière phase, pendant la « Révolution culturelle » ; sans parler de la politique de la terre brûlée pour contrer l’insurrection du Frolinat.

Le régime du CSM (Conseil Supérieur Militaire), qui avait renversé Tombalbaye, et son avatar le Gouvernement d’Union, formé avec le CCFAN, plongea le pays dans l’effroyable guerre civile de 1979, avec un nombre indéterminé de victimes civiles (sans doute plusieurs dizaines de milliers).

Le GUNT (Gouvernement d’Union Nationale de Transition) ne fut pas en reste. Le partage du territoire entre les tendances politico-militaires et l’encombrante présence militaire libyenne, instaurèrent l’anarchie et la « justice » sommaire des petits seigneurs de guerre, avec leur lot d’exactions sanglantes contre les populations et de morts non élucidées : Le Cheikh Adam Barka, Brahim Youssouf, Lieutenant Mahmoud Haggar. Sans compter l’absurde carnage de la guerre dite des « neuf mois », entre les frères ennemis du Frolinat, qui engloutît la fine fleur de ce mouvement, et transforma N’Djamena en un champ de ruines et de charniers à ciel ouvert.

Le régime de Habré devrait battre tous les records en matière de mépris de la vie humaine, en banalisant les arrestations extrajudiciaires, les conditions carcérales atroces, la torture, les exécutions massives de prisonniers de guerre, et les punitions collectives. Et on ne compte pas le nombre de cadres ou simples civils, pris dans les zones de combats, ou arrêtés par la police politique (DDS) et qui ont disparu sans explication : Dr Noukouri Goukouni, Galmaye Youssoubo, Lawane Hassane Filédjé, les journaliste Ramadan Matha Ben Matha, Saleh Gaba et Akhali Mahamat Makka, les commandants Galiam et Derring, Ahmed Lamine, Ahmed Dadji, etc. Les souvenirs de Septembre Noir (1984), de la répression massive au Guéra (1987) et en pays Zaghawa (1989/90), font encore frémir aujourd’hui.

Le régime actuel du MPS (Mouvement Patriotique du salut), qui a recyclé la quasi-totalité des tortionnaires de son prédécesseur -à commencer par le général Déby Itno lui-même, qui fut au sommet des appareils militaires et sécuritaires- est encore moins excusable. En effet, il avait bénéficié à son arrivée, de toutes les conditions internes et externes pour instaurer une réconciliation définitive et jeter les bases d’un Etat de droit. Malheureusement, ne tirant aucune leçons des douloureuses expériences passées, il cumula à lui seul, les tares de chaque régime précédent, dans tous les domaines de la gestion. Pour ces qui est des liquidations extra-légales, les cas du commandant Demtita Ngarbaroum, Me Joseph Behidi, Mamadou Bisso, le colonel Abbas Koty, Bichara Digui, Youssouf Togoïmi, Ibni Oumar Mahamat Saleh, etc. sont les plus médiatisés, mais, là aussi, c’est par milliers que se comptent les victimes, en particulier lors de la rafle de Maïduguri (1992), ainsi que lors des massacres punitifs visant des communautés nationales particulières (Hadjeraï, Ouaddaïens, Tama, etc.)

Il faudra un jour dissiper toutes ces zones d’ombres entourant les assassinats politiques, les campagnes de répressions indiscriminées, les disparitions et les morts mystérieuses, et clarifier cette frontière très brouillée entre les décès naturels ou accidentels et les crimes planifiés ; mettre en lumière les détails exacts des circonstances de ces morts, et quand c’est possible, déterminer les lieux d’ensevelissement. Cela permettra à la mémoire collective tchadienne de retrouver son équilibre, et surtout, aux familles concernées de faire leur travail de deuil, et à nous autres responsables et acteurs de procéder à une autocritique sincère, et de nous soumettre humblement au jugement du peuple et de l’Histoire, à l’exemple de l’admirable expérience sud-africaine (« Vérité et Réconciliation »).

Concernant tous ces martyrs de la cause nationale tchadienne, pour l’histoire et l’honneur de notre pays, il nous paraît important de ne pas « ajouter le crime de l’oubli au crime de l’assassinat ».

Quant à ce personnage d’exception qu’était Outel Bono, il importe de perpétuer sa mémoire, afin d’éclairer les générations montante, qui ont tant besoin de contre-exemples plus positifs que ceux qui leur sont offerts. Cela passe par des gestes symboliques à la mesure de sa stature. Il existe un pavillon dénommé Outel Bono, au sein de l’hôpital central de N’Djamena. Cela montre au moins que certains que sein de l’administration tchadienne se souviennent encore de lui, mais cela n’est pas suffisant. En France, il faut saluer l’initiative de l’association Survie qui, en 2003, avait  commémoré le 30ème anniversaire de l’assassinat d’Outel Bono, et cosigné avec la veuve Nadine Dauch-Bono, à travers son président feu Verschave, une demande au maire de Paris, pour l’inauguration d’une plaque en hommage à ce grand homme.

Mais le plus important c’est de donner vie et perpétuer son combat et surtout, sa précieuse philosophie conjuguant révolution, pacifisme et humanisme, éminemment utiles pour éclairer le présent et l’avenir de la longue marche de notre peuple vers la construction d’une nation occupant pleinement sa place sur la scène africaine et mondiale.

DEUX MESSAGES POUR L’AVENIR

Lucidité

Pour un intellectuel africain de ces années-là, l’émergence des Etats nationaux faisant leurs premiers pas, présentait deux options politiques possibles : soit l’intégration plus ou moins assumée au pouvoir en place, soit le radicalisme révolutionnaire inspiré du marxisme. Cette seconde option sacralisait le soulèvement populaire violent théorisé par Mao Ze Dong, Ho chi Minh, Che Guevara etc. Pour ces théories révolutionnaires, le pluralisme politique, les libertés individuelles, l’Etat de droit, n’étaient que des notions fades, relevant de ce que nous appelions dédaigneusement « la démocratie formelle, la démocratie bourgeoise ».

Revenons à Michel N’Gangbet : « Nous, étudiants africains, condamnons avec véhémence et sans réserve cette indépendance nominale et sans contenu réel. Pour nous, l’indépendance doit se conquérir les armes à la main, à l’instar de l’exemple offert par le Viêt-Nam et l’Algérie. »

Au Tchad, cette voie était celle choisie par le Frolinat. Quand nous étions étudiants dans les années 70, le Frolinat constituait le point focal de notre engagement. L’attitude de Bono était différente et remarquable puisque, courageusement engagé dans la voie révolutionnaire et nourri d’écrits marxistes, il n’avait pas succombé aux mirages de la « lutte armée rédemptrice » ni chanté les vertus des systèmes politiques nationalistes-progressistes singeant les  modèles chinois et soviétiques. Le caractère incontournable de la démocratie pluraliste libérale et des libertés individuelles, comme principes essentiels de l’action politique émancipatrice, la puissance du mouvement citoyen pacifique, paraissent aujourd’hui évidents. Mais dans la période d’avant les années 90, un intellectuel qui défendait de tels principes risquait d’être incompris, sinon tourné en dérision et taxé de « réformiste bourgeois » ou carrément de « pro-impérialiste ».

Je me souviens qu’à l’époque, en dépit de l’admiration que nous portions au docteur Bono, nous nous disions : « Pourquoi ne regagne-t-il pas la lutte armée du Frolinat, pourquoi n’appelle-t-il pas à une révolution socialiste au lieu de parler des droits de l’homme et d’assainissement de la gestion étatique, en risquant inutilement sa vie dans une lutte pacifique sans issue ? » Cette lucidité et cette indépendance de pensée nous paraissaient incongrues.

Il a fallu les décennies de déchirements, de destructions matérielles et humaines, les bilans catastrophiques des régimes dits « progressistes et réellement indépendants », pour que certains commencent à comprendre les limites du schéma révolutionnaire classique.

Largesse d’esprit

Dans un Tchad où la première question qui saute à l’esprit quand on mentionne un personnage connu, est : « De quelle ethnie, de quelle région est-il issu ? », Bono avait réussi ce miracle de faire oublier ses origines. Son charisme, la hauteur de son propos, l’exemplarité de son comportement professionnel et social étaient tels qu’il ne venait à personne l’idée de se poser la question de son appartenance ethnique, régionale ou confessionnelle.

Personnellement, ce n’est qu’au moment de sa mort que j’ai su qu’il était le parent de l’un de mes camarades dans le mouvement estudiantin en France auquel j’appartenais. Je compris alors qu’il était d’origine Tounia, une tribu de la vallée du Chari affiliée aux Niellim, Boua et aux Goula du Guéra.

Alors qu’aujourd’hui encore, les composantes « légalistes » et « politico-militaires » de l’opposition tchadienne manifestent une grande frilosité quant à la nécessaire complémentarité de leurs combats, nous nous souvenons d’Outel Bono qui, tout en restant hostile à la lutte armée et très critique à l’égard des méthodes des dirigeants du Frolinat, affirmait néanmoins sa disponibilité à former un front commun avec ce mouvement pour une lutte solidaire contre la dictature.

Comme l’illustre ce passage du manifeste du MDRT, le parti qu’il s’apprêtait à lancer juste avant son assassinat :

« …Le Frolinat s’est défini comme une alternative de dernière chance, le seul moyen d’en finir avec un Gouvernement qui n’hésite pas à massacrer des populations entières pour l’intérêt d’une minorité de profiteurs. Nous saluons le courage historique de nos compatriotes…Mais ceci dit, nous devons affirmer notre désaccord avec la pratique politique du Frolinat…Il reste néanmoins que les possibilités existent, où certaines conditions politiques réalisées, tous les patriotes tchadiens, fermement opposés au régime concentrationnaire de Fort-Lamy, se retrouvent au coude à coude, dans le même combat, pour un même objectif de souveraineté nationale, de démocratie économique et politique, pour un même idéal de fraternité tchadienne ».

J’ai limité mon exposé aux deux aspects de la philosophie de Bono : sa lucidité et sa largesse d’esprit, tout en sachant que son message déborde largement sur d’autres thématiques telles que la construction nationale, la réforme de l’administration territoriale, la transition, etc. qui je l’espère, feront l’objet d’autres études approfondies par les générations montantes de militants de la cause démocratique et populaire tchadienne.

En conclusion de ce modeste rappel, méditons sur cet autre extrait du manifeste du MDRT, dont la pertinence reste toujours d’actualité : « Aucune chance de salut en dehors d’un engagement franc, net et précis de l’élite actuellement silencieuse et de l’organisation des forces populaires. Chacun doit se sentir concerné. Nul n’a le droit de se croiser les bras et d’attendre que, par miracle, la situation vienne à changer. »

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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 16:44

4 août 2013
Serigne Saliou Guèye
« Le Témoin » N° 1133 –Hebdomadaire Sénégalais ( AOUT  2013

 

J’avais décidé, après les interventions pertinentes sur l’affaire Hissène Habré de mes deux collègues, en l’occurrence le directeur de publication Mamadou Oumar Ndiaye et Aly Samba Ndiaye, de ne point me prononcer sur le sujet tant je trouvais que tout a été dit sur l’injustice qui entoure ce procès inéquitable. Mais l’abdication du monarque belge Albert II en faveur de son fils Philippe au palais royal de Bruxelles a aiguillonné mon désir ardent de me prononcer sur l’affaire Habré aux relents colonialistes. Cette cérémonie m’a rappelé que le palais où Albert II a prononcé son acte abdicataire et qui est construit avec les richesses extorquées des terres congolaises est le symbole de la cruauté que son grand-père Léopold II.

C’est cette Belgique déroulant le tapis rouge à son nouveau monarque, descendant du barbare Léopold II, qui a lancé, sous la houlette de Tchadiens à qui on a offert la nationalité belge, la procédure ayant abouti à l’arrestation du président Hissène Habré. Une procédure déclenchée par la Belgique le 19 septembre 2005 au nom de sa loi sur la compétence universelle pourtant abrogée le 5 août 2003. Foulant au pied la souveraineté du Sénégal et méprisant son système judiciaire, le procureur du parquet fédéral belge a enjoint ses collègues sénégalais d’appliquer le principe d’obligatoriété « aut dedere aut judicare », c’est-à-dire d’extrader ou juger Habré. Le président Abdoulaye Wade, qui n’a jamais voulu être en porte à faux avec le droit international mais qui n’a jamais voulu se comporter en laquais des Occidentaux, a toujours usé d’artifices et de stratagèmes juridico-financiers pour ne jamais tenir ce procès gênant au pays de la Téranga. Il réussira son jeu puisque c’est son successeur Macky Sall, faisant preuve de pusillanimité avec sa ministre de la Justice rêche et inflexible dans sa posture d’envoyer à la potence l’ex-chef de l’Etat tchadien, qui exécutera finalement les volontés de la Belgique avec l’inculpation suivie d’incarcération de Habré le 2 juillet dernier.

 

L'injustice aux pays colonisés, l'absolution aux puissances coloniales

Il faut dire que ce procès n’est pas celui des présumés victimes de Habré mais celui de la société civile qui a poussé les autorités belges à mettre en place la loi dite de compétence universelle de juin 1993 révisée en 1999 et en 2003. Au nom de la souveraineté de notre pays, le président de la République ne devait jamais céder sous la pression des prétendus droits-de-l’hommiste qui, pour des raisons financières, sont prêts à fouler au pied les principes qu’ils prétendent défendre en observant l’omerta sur les exactions sanglantes des puissances occidentales qui sont par ailleurs leurs bailleurs.

Si la loi belge sur la compétence universelle qui transperce le temps, le territoire et la souveraineté a permis à des Tchadiens nationalisés Belges de porter plainte contre Hissène Habré, pourquoi ne s’est-elle pas appliquée à l’époque de la guerre du Golfe sur le général Tommy Franks, commandant en chef des troupes américano-britanniques en Irak, lorsque l’avocat belge Jan Fermo, sur initiative de ressortissants irakiens et jordaniens, a porté plainte pour crimes de guerre ? La réponse est toute trouvée. Les minuscules Etats sénégalais et tchadiens ne sont pas comparables au géant américain. Ainsi les Etats-Unis ont rejeté l’autorité présumée des tribunaux belges, leur déniant tout droit de juger ses chefs militaires qui ont provoqué la guerre du Golfe, et même d’ailleurs tout ressortissant américain. L’alors Secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, avait qualifié les plaintes d’« 
absurdes » et dénié l’autorité de la Belgique de juger les dirigeants américains lors d’un sommet de l’OTAN tenu le 12 juin 2003. Il avait même menacé de délocaliser le siège de l’OTAN de Bruxelles vers un autre pays en ces termes : «la Belgique doit reconnaître qu’il y a des conséquences à ses actions et cette loi remet en question sérieuse de savoir si l’OTAN peut continuer à tenir des réunions en Belgique et si de hauts responsables américains, militaires et civils, seront en mesure de continuer à visiter des organisations internationales en Belgique. Jusqu’à ce que cette question soit résolue, nous nous opposerons à toute nouvelle dépense pour la construction d’un nouveau siège de l’OTAN, ici à Bruxelles, jusqu’à ce que nous savons avec certitude que la Belgique entend être un endroit accueillant pour l’OTAN de mener ses activités, comme il a été depuis tant d’années.» 

La Maison Blanche est allée plus loin dans ses propos comminatoires à l’endroit de la Belgique qui s’est auto-attribué une loi qui dénie la souveraineté américaine. Aussi un diplomate américain a-t-il même suggérer l’adoption d’un
 Universal Jurisdiction Rejection Act qui autoriserait le président américain à utiliser tous les moyens nécessaires, y compris militaires, pour délivrer un ressortissant américain détenu dans un Etat étranger sur la base d’une loi de compétence universelle. Mais plus discrètement, les Etats-Unis ont également fait savoir aux autorités belges qu’une partie du trafic maritime en provenance des Etats-Unis qui transitait par le port d’Anvers pourrait être déroutée vers Rotterdam aux Pays-Bas. Au même moment, Israël a rappelé son ambassadeur à Bruxelles en guise de protestation après que ladite loi s’est abattue sur le fasciste et raciste Ariel Sharon – alors Premier ministre de l’Etat hébreu – responsable des massacres de Sabra et Chatilah, où furent assassinés des milliers de civils palestiniens, femmes, enfants et vieillards confondus. Ainsi entre menaces diplomatiques proférées par les USA et intérêts financiers, la loi belge du 16 juin 1993, tant controversée, fut amendée avant d’être abrogée le 5 août 2003 pour permettre aux Etats-Unis furibards et à Israël de ne plus être poursuivis par des plaignants ressortissants d’un quelconque pays.

Autant de faits qui montrent que la Belgique, qui tire les ficelles dans l’affaire Habré, ne peut se prévaloir d’une quelconque légitimité pour examiner des faits commis dans un contexte politique, social et culturel dont il ignore souvent les subtilités et les contingences. En étant le seul pays au monde à reconnaître de manière aussi extensive la compétence de ses tribunaux en matière d’infraction au droit international humanitaire, elle s’est exposée à occuper un rôle dont elle n’avait ni les moyens matériels, ni les moyens diplomatiques concernant les plaintes contre un général américain et le Premier ministre israélien. Pourtant, rien n’a empêché le Sénégal, souverainement, de récuser le mandat d’arrêt du parquet fédéral belge et d’adopter le même comportement quand un juge d’Evry, en France, avait lancé des mandats d’arrêt internationaux contre des personnalités sénégalaises accusé d’homicide involontaire et de non-assistance à personnes en danger dans le naufrage du bateau le Diola. Malheureusement, sous la pression des Occidentaux et d’ONG puissantes comme Human Rights Watch et Amnesty International, la vassalité de sa ministre de la Justice aussi, le président Macky Sall a cédé là où Abdoulaye Wade a usé de ruses et d’atermoiements ponce-pilatistes pendant une décennie.


Léopold II, responsable de la mort de 10 millions de Congolais

La tenue du procès de Habré aurait tout son sens si la Belgique, initiatrice du mandat d’arrêt contre lui, s’était appliqué le même principe en ce qui concerne les crimes commis odieusement au Congo par le roi Léopold II entre 1880 et 1909. Durant cette période, presque 10 millions de Congolais ont trouvé la mort dans des conditions atroces. Ayant fait du Congo sa propriété personnelle depuis le congrès de Berlin de 1885 qui consacra le partage ignoble de l’Afrique, Léopold II, pour exploiter le caoutchouc et l’ivoire, n’a pas hésité à faire recours à des méthodes inhumaines et dégradantes tels que les viols, les incendies de villages, les mutilations, les amputations manuelles, le fouettage inhumain, l’esclavage. Des milliers de Congolais virent leurs mains sectionnées pour s’être opposés à leur asservissement par le roi des Belges au point qu’on appela le Congo « le pays des mains coupées ». En effet, les images de personnes amputées pendant la guerre civile sierra-léonaise que les télévisions occidentales ont l’habitude de passer en boucle pour flétrir la sauvagerie de Foday Sankoh, le défunt leader du RUF, et de son allié Charles Taylor ne sont rien devant les cruautés de Léopold II. Ainsi en passant au crible ces horreurs de l’ancêtre du nouveau monarque  Philippe, tout nouveau roi belge, ensevelies par une conspiration du silence, un journaliste américain du nom d’Adam Hochschild parle d’ « holocauste oublié ».

Habré qu’on accuse démesurément d’avoir tué 40 mille personnes serait bien un nain devant la barbarie inoubliable de Léopold II. Par conséquent, la Belgique doit être trainée devant les tribunaux pour crimes contre l’humanité et génocide. Dans la planification jusqu’à la liquidation physique et tragique du Premier ministre congolais Patrice Emeri Lumumba, les Belges donneurs de leçons de justice sont aux premières loges. Le seul tort du père  de l’indépendance congolaise  a été de revendiquer pour son pays une entière souveraineté, laquelle souveraineté fait encore défaut, après 52 ans d’indépendance, à des pays comme le Sénégal qui s’est plié aux oukases de la justice belge et aux pressions tchadiennes pour juger et condamner, in fine, Hissène Habré.

 

LA BELGIQUE COMMANDITAIRE DE L’ASSASSINAT DE LUMUMBA

 

Dans la chaîne de l’assassinat de Patrice Lumumba, des figures de l’administration coloniale belge constituent des maillons importants. C’est le petit-fils de Léopold II, le défunt Roi Baudouin 1er, qui s’impliquera le 17 janvier 1961 dans l’élimination tragique du Premier ministre Patrice Emeri Lumumba (avec ses compagnons Joseph Okito et Maurice Mpolo). Et c’est le numéro un des services secrets belges à Léopoldville, le colonel Marlière, (Kinshasa), par ailleurs conseiller militaire de Mobutu qui était le cerveau de l’opération Barracuda laquelle devait aboutir à la liquidation du leader nationaliste. Harold d’Aspremont Lynden, ministre des Affaires africaines, Pierre Wigny, ministre des Affaires étrangères, Guy Weber, Major de l’armée belge, conseiller militaire de Moïse Tshombé, leader du Katanga, Jacques Brassinne, Chargé de mission du gouvernement belge, le colonel Frédéric Vandewalle, chef de la sûreté congolaise… tous ces Belges ont été des rouages essentiels dans le processus de liquidation du père de l’indépendance congolaise. Et c’est l’alors Premier ministre belge, Gaston Eyskens, et Joseph-Désiré Mobutu qui ont ratifié officiellement l’assassinat de Lumumba, avec la bénédiction du président américain Dwight Eisenhower. Un capitaine belge commandait le peloton de quatre Congolais qui a fusillé Lumumba et ses compagnons.

Leurs corps sont déchiquetés et dissous dans un fût d’acide sulfurique par deux policiers belges. Ces mêmes Belges ont joué un rôle déterminant dans le génocide rwandais entre Hutus et Tutsis. Pendant l’occupation coloniale, ils ont divisé le peuple rwandais en deux entités en théorisant une différenciation raciale artificielle entre les Tutsis minoritaires et les Hutus majoritaires. Cette distinction, au départ socio-professionnelle et politique, est devenue raciale et politique dans l’organisation coloniale de la société. Les différenciations raciales irrationnelles marquées sur les cartes d’identité des Rwandais furent intégrées par les populations au point de pousser ces deux catégories ethniques d’un même peuple à s’entre-anéantir de 1959 à 1994. Avec un passé aussi… noir, la Belgique ne devait point s’acharner sur celui que l’on qualifie de Pinochet africain.

 

Habré et Déby, même sort

Certes Hissène Habré, comme tous les présidents tchadiens voire africains, n’a pas les mains propres. Par conséquent, on ne l’exonère de passer devant une juridiction pour répondre des crimes et tortures dont il est accusé. Mais il revient souverainement aux juridictions africaines, indépendamment de l’influence des ONG ou des puissances occidentales, de statuer sur son cas sans exempter ceux qui, au même degré ou plus, sont impliqués dans les crimes et tortures dont on accuse Habré. Et dans ce cas de figure, Idriss Déby, l’actuel président tchadien, qui était commissaire de la Direction de la Documentation et de la Sécurité (DDS), police politique et répressive d’Hissène Habré, devait passer devant les tribunaux pour justifier ses crimes et tortures.

Quand Assane Dioma Ndiaye, le président de la Ligue sénégalaise des droits de l’homme, exonère Déby en arguant qu’il agissait sous les ordres d’un chef et que ce chef qui n’est d’autre que Habré est seul comptable de ses crimes, on aurait pu raisonner de la sorte pour Modibo Diop, Karim Wade, Abdoul Aziz Diop, Ndongo Diaw et tout autre dignitaire libéral emprisonné pour délit d’enrichissement illicite ou de malversations financières puisque tous agissaient sous les ordres d’un supérieur. Le führer Hitler est mort au moment où les forces russes ont envahi Berlin. Pourtant, le procès de Nuremberg s’est tenu en 1946 avec à la clé douze condamnations à mort de ses compagnons du 3
e Reich qui agissaient sous ses ordres.

Mais si aujourd’hui Déby, qui devait croupir dans la même prison que son mentor, contribue au procès de ce dernier à hauteur de trois milliards, il signe ipso facto son propre non-lieu tout en condamnant Habré à passer le reste de ses jours en prison. Il serait en effet absurde que les milliards versés pour le procès de Habré se terminent par un acquittement de ce dernier. En fin de compte, ce procès biaisé dès l’abord par les manœuvres procédurières n’est qu’une mascarade destinée à protéger des criminels encore en service et à satisfaire les desiderata de nos maîtres colonialistes.

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21 juillet 2013 7 21 /07 /juillet /2013 16:40

18 juillet 2013
derniereminute.sn


Note de Juliette:

Cet article étant destiné à prendre la défense de Hissène Habré le pauvre bougre, et signé par le Collectif des ressortissants Tchadiens indignés (Dakar – Sénégal), est à prendre avec d'infimes pincettes. J'ai beaucoup hésité avant de le poster, et le fais pour dénoncer les crimes d'Idriss Déby sans pour autant prendre la défense de son boss d'un temps, Hissène Habré. Les crimes d'Idriss Déby mentionnés sont tout simplement à additionner aux milliers de crimes (tortures et assassinats) de Hissène Habré, sans oublier les milliers de prisonniers politiques détenus aujourd'hui dans les prisons tchadiennes, arbitrairement et sans représentation juridique. 

 

DERNIEREMINUTE.SN - Le gouvernement de Macky SALL s’est résolu, contre vents et marrées, à organiser à nouveau le procès de l’ancien Président Tchadien Hissein Habré, exilé au Sénégal depuis 23 ans. Et cela en violation manifeste des décisions de justice déjà rendues dans cette affaire parmi lesquelles l’injonction de la Cour de justice de la CEDEAO qui, le 18 novembre 2010, a fermement condamné une telle entreprise au Sénégal. En plus, au regard du Droit sénégalais, les juristes de tout bord sont unanimes, les chambres africaines créées au sein des juridictions sénégalaises sont anticonstitutionnelles et donc illégales.

Mieux, le champ des poursuites est politiquement délimité à l’intervalle de temps 1982 – 1990 qui correspond curieusement à la présidence de Monsieur Hissein Habré en tant que Chef de l’Etat tchadien alors que le Tchad vivait des troubles politico-militaires cycliques depuis pratiquement son indépendance en 1960. Rappelons que le Tchad a connu six (06) chefs d’Etat depuis son indépendance à cette date et tous sont arrivés et chassés du pouvoir par les armes.

Le peuple tchadien n’acceptera jamais cette discrimination macabre qu’opèrent la justice sénégalaise et des ONG des droits de l’homme, toutes corrompues et aux ordres de l’occident. Car elle lèse gravement toutes les victimes des autres régimes qui ont succédé au Tchad, sans oublier les victimes des puissances étrangères (Libye, France, Soudan, Nigéria) et particulièrement celles du régime actuel d’Idriss Deby Itno au pouvoir depuis décembre 1990 (23 ans !).

La justice sénégalaise compte t-elle donc occulter le rôle d’Idriss Deby dans les évènements qui ont secoué le Tchad de 1982 à 1990 ? Au vu de la très forte contribution financière du Président Idriss Deby à hauteur de 4 milliards de francs (soit 50% du budget) à ce procès qui s’annonce comme le procès de la honte. Le Président Macky SALL accepte les pétrodollars ensanglantés d’Idriss Deby Itno !

C’est une HONTE et un scandale universel qui affectera sans nul doute durablement l’image de la justice sénégalaise.

Outre la période de 1982 – 1990 retenue par les fameuses chambres africaines, pourra t-on vraiment fermer les yeux sur les centaines de crimes odieux et crapuleux commis chaque jour au Tchad sous le régime actuel d’Idriss Deby Itno ?

Ci-après une liste, loin d’être exhaustive mais suffisamment affreuse pour mesurer l’ampleur du drame que vit le peuple tchadien sous le régime de démocratie criminelle d’Idriss Deby Itno. Le Président Macky Sall et son gouvernement sont interpelés devant l’histoire, leurs responsabilités sont engagées.

 

Bref rappel


http://www.hisseinhabre.com/IMG/arton128.jpg?1374001098

Idriss Deby a pris le pouvoir au Tchad le 1er décembre 1990 à la tête d’une rébellion armée soutenue par la France, la Libye, le Soudan et  la françafrique. Il y règne 23 ans après sans partage par le truchement des élections aux scores staliniens, des modifications interminables de la Constitution (il n’y a pas de limitation de mandat présidentiel au Tchad de Deby, il est déjà à son 4ème mandat !) et des crimes odieux des opposants politiques et des cadres Tchadiens. 

Le lundi 15 juillet 2103, le Directeur de publication du journal « Abba Garde » a été arrêté par les agents de l’ANS, police politique du régime Deby. Le régime lui reproche d’avoir publié un article intitulé « Assassinats des cadres tchadiens sous Deby, c’en est trop ! ».

 

Ces informations ci-dessous sont vérifiables sur plusieurs dizaines de sources différentes (Internet, documents de presse, livres, vidéos, audio). Les représentations diplomatiques, les organisations Onusiennes, les Ong des droits de l’homme, les Tchadiens et tous les étrangers qui ont vécu ces dernières années au Tchad peuvent valablement confirmer la véracité de ces informations.

 

13 octobre 1991

MALDOMLe Président Idriss Deby accuse son Ministre de l’intérieur, 2ème homme fort du régime, le ColonelMaldom Bada Abbas, de préparer un coup d’Etat.
Il s’en suit l’arrestation et exécution du Colonel Ibrahim Elias, chef d’Etat major général des armées 2ème adjoint, en même temps que 63 autres officiers, tous proches du Ministre de l’intérieur qui sera lui incarcéré durant plusieurs mois sans procès avant d’être relâché, complètement mis hors circuit politique. Point de procès.

 

12 Janvier 1992

BISSAUMamadou Bissau, haut Cadre de l’administration tchadienne, plusieurs fois Ministre et Ambassadeur en Europe, Secrétaire général du parti politique RDP (Rassemblement pour la Démocratie et le progrès), a été abattu à son domicile devant sa famille le 12 janvier 1992 par la garde présidentielle d’Idriss Deby. Son tort est d’avoir voulu organiser une conférence de presse pour dénoncer les bombardements aveugles de l’aviation française contre la rébellion du MDD (rébellion armée née de la chute du régime Habré) qui luttait contre le régime Deby dans la région du Lac Tchad. Des bombardements qui ont occasionné des victimes parmi les populations civiles. Point de procès.

 

16 Février 1992

BEHIDIMaître Joseph Behidi, membre fondateur de la ligue tchadienne des droits de l’homme (LTDH) dont il fut le 1er Vice-Président, a été abattu au seuil de son domicile dans la nuit du 16 février 1992 par des hommes enturbannés à bord d’un véhicule neuf sans immatriculation connu pour appartenir à la Présidence de la République. L’enquête indexera la garde rapprochée du Président Deny et précisément son neveu le Colonel Kerim Nassour, chef de la sécurité rapprochée du Président Idriss Deby. Point de procès.

 

Avril 1992

Extradition extrajudiciaire et manu militari de Maïduguri  (Etat du Bornou, Nord Nigéria) vers Ndjaména des responsables du MDD, connue sous le nom de convoi de la mort. Parmi les hauts responsables :

- Goukouni Guet, ex-chef d’état major du Président Goukouni weddeye,

- Dr. Mahamat Boukhary, Secrétaire d’Etat au Ministère des affaires étrangères sous le régime du Président Hissein Habré,

- Mahamat Saker commandant de la BSIR (Brigade spéciale d’intervention rapide),

Tous extradés clandestinement vers le Tchad, torturés et exécutés dans les cellules de l’actuel palais présidentiel sous les ordres d’Idriss Deby.

Près de 500 personnes ont été raflées et extradées manu militari de Maïduguri (nord Nigeria) vers Ndjaména où elles ont subi des sévices et des traitements inhumains dans les prisons.

Toutes les organisations de défense des droits de l’homme (nigérianes, tchadiennes, FIDH, Amnesty, etc.) ont dénoncé ces crimes dans leurs rapports. Point de procès.

 

18 juin 1992

Commandant Abakar Adjar, Com-zone de la région du Lac, arrêté lors de la dissidence du Colonel Abbas Koty, ministre de la défense d’Idriss Deby. Il a été arrêté et exécuté avec ses hommes à Moussoro le 18 juin 1992.

 

Mai 1993

Colonel Kaffine chadallah, CEMGA 1er adjoint, proche du Ministre de l’intérieur Maldom Bada Abbas, est entré en dissidence après le prétendu coup d’Etat du 13 octobre 1991. Refugié au Nigéria, il sera contraint de rallier le régime Deby sous la menace d’une extradition extrajudiciaire. Moins d’un mois après son retour à Ndjaména, il mourra en pleine séance de la conférence nationale de 1993, victime dit-on d’un arrêt cardiaque, mais tout porte à croire qu’il ait été empoisonné par les agents de l’ANS (agence nationale de sécurité, police politique du régime Deby). Point de procès.

 

Juin 1993


http://www.derniereminute.sn/wp-content/uploads/2013/07/MOISE.jpgColonel Moïse Kété. 

 

Capitaine Laokin Bardé Frison 

http://www.derniereminute.sn/wp-content/uploads/2013/07/LAOKIN-300x292.jpgTous les deux compagnons d’armes d’Idriss Deby quand il luttait contre le régime Habré mais très tôt entrés en dissidence à cause des dérives criminelles et mafieuses du nouveau régime. Ils animaient un foyer de rébellion dans le Sud du Tchad où se poursuivait le projet pétrolier. Conviés à la table de la négociation avec le gouvernement, tous les deux furent arrêtés et exécutés sur le chemin de leur transfèrement vers la capitale où au même moment se tenait la conférence nationale. Point de procès.

 

22 octobre 1993

 ABASSAssassinat du Colonel Abbas Koty Yacoub et deux de ses proches parents à son domicile, juste après la prière du vendredi. Son corps a été exposé devant le commissariat central de Ndjaména de 15h à 19h avant qu’il ne soit enterré à un endroit tenu secret.

Ancien Directeur de Cabinet militaire du Président Goukouni Weddeye (1979-1982), ex-CEMGA, ex-Ministre de la défense nationale, ex-Ministre des Transports sous le régime Deby, Abbas Koty est entré en rébellion contre Idriss Deby qu’il a pourtant aidé à prendre le pouvoir en 1990. Invité en Libye, Khadafi le poussa à signer un accord de paix avec Deby le 15 août 1993. Il sera assassiné deux mois après son retour au Tchad. Point de procès.

 

Entre 1994 – 1996

Annour Idriss Haggar (Laborantin) et Abakar Idriss Haggar (DG de l’école normale supérieure) ainsi que Bakhit mahamat Haggar, Hamid abderahmane Haggar (Chef de projet du PEV au ministère de la santé), seront froidement assassinés entre 1994 et 1996. Leur tort est d’être de la même ethnie que Deby et surtout de la famille que le Dr. Bichara Idriss Haggar, Secrétaire général exécutif de l’UNIR (mouvement politique du président Hissein Habré), qui a refusé de se ranger avec le nouveau pouvoir et s’est exilé au Canada. Point de procès.

 

16 août 1996

BICHARABichara Digui Arou a été arrêté après l’assassinat du Colonel Abbas Koty le 22 octobre 1993. Emprisonné pendant de longs mois, il a été libéré en décembre 1994 sous la pression des Ong des droits de l’homme.

Influent homme d’affaires dans le commerce de produits pétroliers, le bâtiment et le transport, Bichara Digui s’est attiré les foudres de Deby qui n’accepte pas qu’un membre de son ethnie (Zaghawa) puisse aller militer dans un parti autre que le sien, le MPS.

Persuadé de ne pouvoir arriver à faire changer Bichara Digui d’opinion, le président Deby décida alors de l’éliminer physiquement. Il a commencé d’abord à lui proférer directement des menaces de mort, à l’isoler ensuite et enfin de le faire assassiner le 16 août 1996, par un commando composé de trois personnes devant son domicile de Klemat, à N’djamena. Point de procès.


1996

YACOUBLe Commandant Yacoub aldaris Ibrahim, chef de la rébellion CNR (conseil national du redressement) a été arrêté à la frontière entre le Tchad et le Soudan par les autorités soudanaises et livré clandestinement aux forces d’Idriss Deby. Ces dernières l’exécutèrent entre Adré et Abéché, à l’Est du Tchad. Point de procès.

 

1996

Le Colonel Mahamat Fadil et le Capitaine Wileda Nourri (Aide de camp du Président Hissein Habré jusqu’à Dakar) ont été arrêtés par la police nigérienne (sous l’ordre de feu président Baré Maïnassara du Niger) dans la ville de Zinder où ils étaient allés rendre visite à leurs familles dans le camp des refugiés de Gouré. Livrés au Tchad avec l’avion présidentiel dépêché par Idriss Deby à Niamey, ils seront torturés à la présidence de la République et assassinés malgré les protestations du HCR, des ligues Nigériennes et Tchadiennes des Droits de l’homme, de la presse tchadienne qui a fait de leur arrestation un véritable tollé médiatique avec des titres comme : « Silence, on tue au palais ! ». Point de procès.

 

1997

 Assassinat du Chef d’état major général des armées à Paris, le Colonel Moussa Bachar Houno. La thèse de l’accident n’a jamais été prouvée. Point de procès.

 

1998

 Monsieur Djidy Hissein Mi, Directeur de la Coopération internationale sous le régime du Président Hissein Habré, refugié à Dakar, a été assassiné au Niger par la brigade mixte tchado-nigérienne. Sa veuve sénégalaise vit toujours à Dakar avec ses 3 enfants. Point de procès.

 

1998

 Yahya Bardi, responsable du MDJT (rébellion armée dirigée par l’ex ministre de la défense de Deby, Monsieur Youssouf Togoïmi), fait prisonnier dans le Tibesti et présenté à la Télé-Tchad, il a tenu courageusement un discours historique et héroïque appelant les Tchadiens à lutter contre le régime pour préserver leur liberté et dignité. Il a été exécuté. Point de procès.

 

Juillet 2002 

GUETIAssassinat du Dr. Gueti Mahamat, DG de l’Asecna Tchad de 1985 à 1999, Directeur du département Marketing et stratégie à la direction générale de l’Asecna à Dakar Yoff de 2000 à fin 2001, président du parti politique PDT. Ayant refusé toute alliance politique avec Deby, il sera tué dans l’explosion de sa voiture minée non loin de son domicile à Faya (Nord du Tchad) où il battait campagne pour les élections législatives de juillet 2002. Sa veuve sénégalaise vit à Yoff Tonghor à Dakar. Point de procès.

 

22 Septembre 2002

Assassinat de Youssouf Togoïmi, Magistrat, ancien Procureur de la République, successivement Ministre de la Justice, de la défense et de l’intérieur entre 1991 et 1998, président du MDJT, rébellion armé contre le régime de Deby à partir de 1998.

Inspectant ses troupes dans le Tibesti (extrême nord du Tchad), sa voiture a sauté sur une mine télécommandée par des agents infiltrés, blessé aux deux jambes, il a été évacué en Libye où il a été soigné pendant plusieurs mois puis interdit de sortie de territoire libyen.

Le 22 septembre 2002, la Libye de Khadafi avait annoncé sa mort lors d’une simple séance de kinésie. Cependant, Khadafi a toujours refusé de remettre à sa famille (père, veuve) son corps malgré plusieurs demandes insistantes, même auprès de l’UA.

Après la chute de Khadafi, le chef des services secrets libyens, Senoussi Abdallah, arrêté en Mauritanie en 2012 et livré aux nouvelles autorités libyennes, a affirmé que le Magistrat Youssouf Togoimi a été livré à Idriss Deby depuis septembre 2002 par l’avion présidentiel du Tchad et il a été exécuté. Point de procès.

2007
Assassinat à domicile de Mme Dochi Koreïdo, qui a reçu dans son salon et servi à boire à ses assassins qui, après identification, l’ont froidement abattu à bout portant. Son tort est d’avoir son frère parmi les milliers de rebelles qui luttaient à l’Est du Tchad contre le régime Deby. Point de procès.

 

3 février 2008

IBN OUMARPr. Ibni Oumar Mahamat Saleh, ancien Ministre de Plan et de la coopération sous le régime HABRE, Président du Parti pour les Libertés et le Développement (PLD), candidat aux élections présidentielles de 1996, 2001 et 2006,  Porte-parole de l’opposition démocratique depuis août 2007. Opposant irréductible à Idriss Deby, il a refusé les postes ministériels pour ne pas cautionner la démocratie à la baïonnette et la gabegie instaurée en mode de gouvernement.

 

Ibni Oumar a été enlevé à son domicile le 3 février 2008 par la garde rapprochée du président Idriss Deby Itno au lendemain du retrait des rebelles venus de l’Est du Tchad qui ont assiégé la capitale Ndjaména et failli renverser le régime Deby n’eut été l’intervention française décidée par Sarkozy. Depuis février 2008, il est officiellement porté disparu. La commission d’enquête internationale (France OIF, UA) sur les évènements de février 2008 a entendu plusieurs dizaines de témoins qui ont clairement identifié la garde rapprochée du Président Deby. Son assassinat ne fait l’ombre d’aucun doute. 5 ans après aucun signe de vie. Ses deux enfants de nationalité française ont porté plainte en France. Un Juge d’instruction a été finalement désigné au courant du mois de juin 2013.

 

24 janvier 2009

Assassinat de Mme Gani Nassour Betchi, sœur cadette de M. Timane Erdimi, ancien Directeur de Cabinet civil du président Deby, au lendemain de sa désignation à la tête de l’UFR (union des forces de la résistance) qui regroupe plusieurs mouvements armés qui luttaient à l’Est du Tchad contre le régime de Deby.
Feue Mme Gani a été enlevée de son domicile par des hommes du clan Itno dans la nuit du 24 janvier 2009 et retrouvée le lendemain matin près du canal de Diguel égorgée. Point de procès.

 

Aux titres de génocides, rappelons :

Guera en 1991 : repli des fidèles de Maldom (Colonels Kaffine et Garboubou) dans le Guera après le prétendu coup d’Etat du 13 octobre 1991 contre Idriss Deby, la GP (Garde Présidentielle) investit la région, il s’en suit un véritable génocide dénoncé par toutes les Organisations internationales des droits de l’homme. Relire leurs rapports sur le Tchad de cette année. Point de procès.

- Boudouloum et Goré en 1992 : répression des populations de ces localités sous prétexte de lutter contre la rébellion dirigée par le Colonel Moïse Kété et le Capitaine Laokin Bardé Frison (plus tard arrêtés et assassinés à la table de négociation). La France a vigoureusement condamné ces violations des droits de l’homme. Point de procès.

Gniguilim et Chokoyane en 1993 : attaque de la rébellion armée du RDL dirigée par le Capitaine Mahamat Nour Abdelkerim (ancien ministre de la défense de Deby) dans ces deux agglomérations, la GP intervient depuis Ndjaména et réprime sauvagement les populations civiles accusées d’avoir jubilé avec les rebelles : 80 morts. Point de procès.

Ndjaména 1993: manifestation à Ndjaména des ressortissants de Gniguilim et Chokoyane qui protestent contre la répression sauvage des populations civiles. La manifestation déraille, des commissariats ont été pris d’assaut, des policiers tués. La GP d’Idriss Deby intervient et mate dans le sang la manifestation, une centaine de morts. Certains achevés dans leur lit d’hôpital tandis que d’autres sont descendus de l’ambulance qui les transportait vers l’hôpital. Point de procès.

- Ndjamena, 2 et 3 février 2008: plus de 2.000 morts parmi les population civiles dans les combats à Ndjaména entre les rebelles venus de l’Est et les forces d’Idriss Deby soutenues par la France et des mercenaires (Ukrainiens, Mexicains, Sud Africains) qui pilotent les hélicoptères de combat. Idriss Deby avait déclaré sur les ondes de RFI avoir donné l’ordre de tirer sur tout attroupement. Des armes chimiques ont été utilisées contre les rebelles. Le rapport du département américain sur ces évènements de février 2008 a fait état de 297 exécutions imputées aux forces gouvernementales. Point de procès.

- 2005 – 2010 : Exécution sommaire des prisonniers de guerre à l’Est du Tchad. Les groupes ethniques qui composent la rébellion sont particulièrement ciblés. La Croix-Rouge et toutes les ONG  humanitaires, les forces de la MINURCAT, de l’EUFOR, les ONG des droits de l’homme et les chancelleries présents au Tchad durant cette période charnière ont fermé les yeux sur ces dérives criminelles des forces de défense d’Idriss Deby.

 

Conclusion

Cette liste que nous avons essayé de dresser est très loin d’être exhaustive. Car, vous avez certainement relevé que nous avons cité ici que des responsables politiques ou militaires, mais combien sont ceux dont le nom est anonyme et qui ont été sauvagement fauchés quelque part dans ce vaste Tchad, combien sont ceux qui ont perdu la vie pour avoir refusé de céder leur voiture, leur moto ou bicyclette, téléphone portable, pour avoir refusé de vendre leur maison familiale ou leur terrain, pour avoir réclamé le paiement d’une facture ou d’une dette, ou tout simple pour avoir refusé de donner en mariage leur fille, pour avoir refusé l’humiliation (injure, brimade), pour avoir courtisé la même fille au lycée, pour un accident de circulation, et que sais-je encore. Ils sont des centaines qui ont ainsi perdu leur vie pour des faits anodins sous d’autres cieux mais qui valent la mort sous le régime Deby.

 

Les femmes ont été particulièrement opprimées par ce régime barbare des Itno et leurs alliés. Aché Fouda (fille de 16 ans torturée par les nièces du Président Deby), voir la vidéo

http://videoixir.com/izle/4073581/ache-fouda-torturee-par-la-niece-du-president-tchadien-deby.html )

a été la goutte d’eau qui aurait pu déverser le vase. Les viols et kidnappings des filles et femmes d’autrui ont connu des dimensions inimaginables. Ils ont été faits parfois à dessein, juste pour déshonorer, humilier et casser définitivement un homme, une famille. Cette animalité des gens de Deby n’a épargné personne, même pas ceux qui se sont résignés et ont accepté de servir ce régime abominable.

 

Un régime qui s’illustre par sa brutalité criminelle et sa médiocrité intellectuelle, par le pillage systématique et effréné des deniers publics, par la corruption à portée de main, impose depuis 23 ans un règne de plomb, apocalyptique, parsemé de fraudes électorales à répétition, de modifications constitutionnelles à ne pas finir qui font d’Idriss Deby un président à vie, un roitelet de la trempe d’Omar Bongo, Khadafi, El Béchir, Mobutu.

 

Un jour viendra, une commission d’enquête fera la lumière sur tous ces crimes odieux du régime d’Idriss Deby Itno. En attendant, ce criminel contre l’humanité s’offre quelques plaisirs en finançant avec des pétrodollars ensanglantés le procès de son prédécesseur Al Hadj Hissein Habré accueilli au Sénégal au nom de la jadis Téranga…

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21 juillet 2013 7 21 /07 /juillet /2013 16:15

21 juin 2013
N'djamena Times

 

Depuis plus de 15 ans, tous les observatoires et ONG spécialisés dans l’évaluation des pratiques de corruption à travers le monde sont unanimes : le Tchad n’a jamais quitté le peloton de tête des pays les plus corrompus d’Afrique, et même du monde.

Cela donne la chair de poule mais ce n’est que la triste et affligeante réalité, car aucun secteur d’activité danshttp://www.jeuneafrique.com/photos/006102009115051000000corruption2.jpg ce pays n’échappe à ce fléau. Le plus grave étant que c’est l’Etat qui se trouve être l’opulente matrice de cette sordide pratique ayant tout simplement – et le plus gaillardement du monde - érigé la corruption en … sport national !

Officiellement, la frontière séparant le Tchad du Cameroun entre Nguéli et Kousseri se ferme chaque fin de journée à 17 h pour être de nouveau ouverte le lendemain matin à 8 h.

 
Dans les faits il n’en est rien, car dès que la nuit commence à tomber, le trafic au dessus des fleuves Logone et Chari est même plus actif que de jour. Et pour cause : Si les véhicules ne franchissent plus la frontière, il en est autrement des piétons et des engins à deux roues – sur lesquels se juchent généralement 3 à 4 personnes – qui vont et viennent dans les deux sens toute la nuit à un rythme démentiel.


En fait, traverser la frontière Tchado – Camerounaise de nuit a un prix : 500 FCFA pour chaque piéton, et 1000 FCFA pour une moto, à quoi il faut ajouter 1000FCFA pour chaque passager de l’engin. Il suffit de compter le nombre de personnes à pied ou à moto se déplaçant de part et d’autre des deux pays pour aboutir à la logique conclusion que les agents de police ou ceux préposés aux douanes en service nocturne au poste frontière de Nguéli s’en retournent à leurs domiciles respectifs au lever du jour les poches pleines à craquer de billets de banque.


C’est ainsi que, assurer la garde de nuit à ce poste frontière est devenu non seulement une aubaine, mais surtout un privilège pour la simple raison que les agents choisis pour ce service sont tenus chacun à leur patron une quote-part bien déterminée du butin récolté toute la nuit.


Mais il ne faut pas croire que la chaine s’arrête seulement aux agents chargés de la surveillance de la frontière ou à leurs seuls supérieurs directs, ces derniers gavent chaque semaine leurs propres directeurs de grosses enveloppes afin d’être maintenus le plus longtemps possible dans leurs postes si juteux.


Les bakchichs à la frontière de Nguéli ne sont qu’une des innombrables d’expressions de ce cancer qui a métastasé dans toutes les couches de la société tchadienne. Dans toute l’administration aucun service ne s’obtient sans qu’il n’y ait eu un « dépannage » opéré sous la table.


Dans les commissariats de police, les brigades de gendarmerie, au palais de justice, au Trésor public, à l’hôpital – de la maternité à la morgue – il faut toujours mettre la main à la poche si l’on tient à être vite et bien servi. Dans les services des Douanes, ou dans n’importe quelle régie financière, vos documents et factures auront beau être en règle, tant que vous n’aurez pas « graissé la main » de l’agent dont la fonction est de vous servir, vous serez contraint d’attendre des semaines, des mois, voire un an et plus. N’allez surtout pas vous plaindre auprès de son chef, il vous dira le plus sérieusement du monde qu’il vous suffit de « motiver » son agent qui – pour sa part – lui sera reconnaissant de vous avoir fait le dessin !


Il faut le dire, au risque d’en pleurer, la pratique de la corruption s’est tant et si bien généralisée au Tchad que dans les lycées, collèges, et jusqu’aux instituts de l’enseignement supérieur, il suffit de « banquer » la somme qu’il faut pour que les bonnes notes soient assurées, et même … que les diplômes soient obtenus.


Et parlant de diplômes, il est courant que, contre espèces sonnantes et trébuchantes des élèves de terminale ou de l’université – munis de fausses cartes d’identité - composent aux examens à la place des vrais impétrants. Assurant ainsi à ces derniers leurs diplômes sans en avoir le vrai niveau. Ainsi en est-il au Tchad où même les diplômes sont achetés ou négociés. Mais alors pour quel résultat ?


Personne n’ignore rien de ces ignobles réalités, Idriss Deby encore moins, mais tout le monde s’en accommode. Le pays tout entier navigue ainsi dans un immense océan d’une corruption est devenue La règle de vie.


Comment cette corruption n’est-elle pas compréhensible quand l’on rencontre au sommet de la haute administration de nombreux individus propulsés du jour au lendemain aux plus hautes fonctions, directeur, des Douanes, des Impôts ou du Trésor sans être titulaire seulement du BEPC, et ne justifiant tout juste pour unique compétence que le fait d’être un neveu, un beau frère ou un beau fils du chef de l’Etat ou de l’une de sa demi douzaine d’épouses !


On comprend tout autant aisément quez de jeunes blanc becs à peine âgés de 25 ou 30 ans, roulant dans de somptueuses voitures, ne justifiant d’aucun cursus scolaire, baragouinant quelques mots de français et ne parlant qu’arabe local, qui raflent à la pelle de faramineux marchés publics, pour, au bout du compte, être propriétaires d’insolents duplex et immeubles au quartier chic Amdjaress, Farcha et Diguel à N’Djamena.


Dans la Police, l’Armée, la Gendarmerie ou la Garde Nomade, il existe des milliers de personnes vivant tranquillement au quartier, sont détenteurs d’une carte professionnelle, mais sont payés à la fin de chaque mois sans jamais être démasqués. Ces individus sont recrutés par des réseaux qui leur offrent 50% du salaire ainsi payé dans la plus parfaite illégalité.


Pour décrire toutes les astuces et autres subterfuges déployés tous les jours et à tous les instants au Tchad, il faudrait tout un livre. En tout cas il sera écrit un de ces jours, Inch’ALLAH !


C’est ainsi que, s’engager à combattre le cancer de la corruption au Tchad nécessitera une impitoyable guerre de répression de longue haleine, car tout le monde au Tchad connait, pratique ou ferme les yeux sur la corruption.


Cette guerre contre la corruption sera dure, longue, fatigante, mais elle devra absolument être conduite jusqu’au bout. Il y va du salut et de la crédibilité de notre pays réduit aujourd’hui en véritable far West.


Cette guerre, ne sera pas une affaire de six mois, d’un ou de deux ans. Il sera question d’identifier tous les modes de corruption entrés dans les habitudes depuis plus de deux décennies, de les circonscrire et de les bannir.


Il faudra aussi, et surtout, « laver » les mentalités et les cerveaux, et procéder à une nouvelle éducation civique qu’il faudra systématiser de la maternelle à l’Université.


A dire vrai, pour venir à bout de la corruption généralisée qui englue le Tchad, il faudra peut-être envisager 20 à 30 ans de lutte. En somme toute une génération. Cela ne pourra ne pas être fait.


C’est l’une des options les plus urgentes du projet de notre société.

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17 juillet 2013 3 17 /07 /juillet /2013 17:06

16 juillet 2013
Xibaaru

Un citoyen tchadien accuse Idriss Déby de préparer un sale coup contre Hissein Habré

déby 1Selon un citoyen tchadien qui nous a fait parvenir une déclaration, le Président Idriss Déby du Tchad s’adonnerait à des pratiques peu orthodoxes pour enfoncer davantage l’ancien président Hissein Habré. Pour Doud Djassouss, auteur de la déclaration « après l’arrestation de l’ancien président tchadien Hissein Habré à Dakar le dimanche 30 juin dernier, Idriss Deby a réuni le premier cercle de son entourage durant toute la nuit 2 juillet. Y ont participé entre autre des zélateurs comme Hassan Sylla Bakari, et Mahamat Béchir Okorimi ancien ministre de l’Environnement et cinq membres dont Andjami Youssoubo Alias Sougoudo ». 

Après avoir identifié toutes les personnes présentes à cette réunion Doud Djassouss ou le citoyen tchadien comme il se nomme, nous en donne l’objectif : « Outre la déclaration à la nation du chef de l’Etat, il a été décidé la mise sur pied d’une structure particulière. Il s’agit d’une Commission spéciale chargée de sensibiliser et de faire une opération nationale de collecte de Handicapés au Tchad et dans les pays environnants, à laquelle Idriss Deby finance à travers une cagnotte de 3 milliards FCFA. Le ministre de la communication Bakari a été désigné comme président de ladite commission. Une somme de 3 milliards a été allouée à cette commission chargée de sillonner toutes les régions du Tchad afin de trouver de candidats

Curieusement, cet important financement est loin d’être un appui social ou un soutien sanitaire au bénéfice réel de la population tchadienne. La somme en question dépassant le milliard est destinée à « soutenir » des Tchadiens handicapés et indemnes, « victimes de la DDS durant le régime de Hissein Habré ». Ce fameux soutien se manifestera, par une prise de position des handicapés contre l’ancien président tchadien, et eux de se constituer comme témoins victimes de ces actes lors de son procès. Les sommes faramineuses contre un mensonge public, voilà une véritable affaire rocambolesque !

Personne ne s’imaginait que la mascarade et la manipulation d’Idriss Deby iraient jusqu’à tel point ». 

« Pour la cause patriotique ! » conclura-t-il sa déclaration.
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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 02:53

3 juillet 2013
Boundi OUOBA

 

L’ancien président tchadien Hissène Habré est dans la nasse.

En effet, après avoir coulé une vingtaine d’années paisibles au Sénégal, pays d
e la Téranga, l’ex-dictateur a été appréhendé, tel un galapiat, le 30 juin dernier. Et c’est hier, 2 juillet 2013, qu’il a été présenté pour la première fois à la Commission d’instruction des chambres africaines extraordinaires. Finie donc l’impunité pour l’ex-dictateur qui, on le sait, a longtemps bénéficié de la protection de l’ex-président sénégalais Abdoulaye Wade. 


Donc, Hissène Habré sera jugé pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre, au grand bonheur des victimes qui, depuis de
s lustres, n’y croyaient plus. Mais le plus ahurissant dans tout ça est l’attitude du chef d’Etat tchadien, Idriss Déby, qui, à chaque occasion, ne manque pas de donner de la voix dans cette affaire de l’ex-président Habré. Dans une récente sortie, Déby a affirmé haut et fort que des crimes ont été commis par l’ex-président et que des charniers ont même été découverts après la chute du régime Habré. Et, cerise sur le gâteau, le président s’est permis d’égrener quelques crimes commis par Habré avec en sus une chronologie datée qui laisse perplexe. Comment sait-il tout cela ? Idriss Déby a vraiment manqué une occasion de se taire ; cela d’autant qu’il n’est ni juge ni avocat. A moins qu’il ne craigne que le procès de Habré donne lieu à des révélations fracassantes. 


http://fr.africatime.com/sites/default/files/styles/large/public/photo-articles/deby_rigole_0.jpg?itok=mslbWUf9Car, on le sait, pour avoir collaboré pendant une dizaine d’années avec le président Habré, Déby sait bien de quoi il parle. Et cela est la preuve qu’il a une co-responsabilité dans les crimes de guerre et crimes contre l’humanité reprochés à Habré ; cela d’autant qu’en sa qualité de commandant en chef des Forces armées, Déby constituait même la charpente du régime. En tout cas, pour autant qu’on sache, un régime ne peut pas mener une guerre contre une rébellion sans que le chef d’état-major des armées ne soit impliqué aux premiers rangs puisqu’en règle générale, c’est lui qui commande les opérations.

C’est dire donc qu’en faisant une telle sortie pour le moins inopportune, Déby donne des verges à ses adversaires pour se faire fouetter. La sagesse et le bon sens commandent, dans le cas d’espèce, que l’on sache garder sa langue dans sa poche pour ne pas courir le risque de devenir ridicule. Et d’ailleurs, on a l’impression que le Tchad, depuis la prise du pouvoir par Déby, est tombé de Charybde en Scylla. Car après 20 ans d’exercice du pouvoir, Déby n’aura apporté que misère et mal gouvernance politique sur fond de disparition d’opposants Tchadiens.

Le cas le plus illustratif est celui de l’opposant Mahamat Saleh qui a disparu sans que l’on sache pour quelle raison. Pour tout dire, Déby est un dictateur au même titre que l’ex-président Hissène Habré. Et, on ne peut nullement l’absoudre à bons comptes dans ce qui est arrivé sous le régime Habré. Toutefois, on peut, à la décharge du président Déby, comprendre son coup de force contre Habré, dans la mesure où ce coup de force est né d’une certaine divergence de vues sur la gestion de la chose politique.

A défaut de démissionner, Déby a préféré, en bon militaire, prendre ses responsabilités en mettant fin aux errements de Habré. C’est tout à son honneur. Dommage qu’il soit lui-même tombé dans les mêmes travers que son prédécesseur.

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8 juin 2013 6 08 /06 /juin /2013 16:48

8 juin 2013
Belga

Note de Juliette: Idriss appelle ses "amis" au secours!

Idriss Deby est sous pression. Paniqué, il terrorise en vain son opposition de tous bords, n'arrive plus à gérer ses relations houleuses avec les Libyens ses voisins (notamment les Toubous) et ne trouve pas meilleure stratégie que de manipuler la fibre très sensible des occidentaux concernant la menace islamiste, ainsi que la situation très embrouillée de la Libye malgré sa "libération" du tyran Khadafi (ami et souteneur de Déby). Il ne fait que jeter l'huile sur le feu pour provoquer une réaction de la France vis-à-vis de ceux qui le dérangent en Libye.http://www.rfi.fr/actufr/images/081/chirac_deby_afp200.jpg


Déby doit partir. C'est lui le problème, pas les autres!


Deby: La Libye risque de "nous exploser à la figure" 

Le président tchadien, Idriss Déby, a livré un diagnostic alarmant sur la Libye qui risque de "nous exploser à la figure" en étant la base de "tous les islamistes radicaux" dans la région du Sahel, samedi dans un entretien au journal français Le Figaro. 

"La Libye est au bord de l'explosion. Je n'ai pas du tout la solution mais on ne peut pas regarder cette situation, la laisser évoluer et nous exploser à la figure. La communauté internationale doit aider les autorités légitimes de la Libye", a déclaré M. Déby. "Tous les islamistes radicaux sont aujourd'hui en Libye", poursuit le président tchadien pour qui les liens de ces groupes avec Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) ne font "pas de doute". "Hier ils n'avaient pas de terrain, aujourd'hui ils en ont un: c'est la Libye tout entière. Hier ils n'avaient pas d'armes, maintenant ils les ont toutes. Ils n'ont même pas besoin de fabriquer des trucs artisanaux. Hier, ils se cachaient. Aujourd'hui ils s'affichent et disent qu'ils imposeront la charia en Afrique", affirme M. Déby. "La communauté internationale doit se réveiller pour sauver la Libye sinon tout ce que nous avons fait au Mali ne servira à rien", insiste-t-il. "Malheureusement, à l'horizon je ne vois pas dans les trois ou quatre années à venir une Libye stabilisée à moins d'un miracle. Le terrorisme peut frapper quand il veut même au Tchad", dit-il. Des soldats tchadiens sont intervenus aux cotés de l'armée française et d'autres pays africains pour chasser les groupes islamistes armés qui occupaient le nord du Mali. 

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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 22:58

22 mai 2013
Fabrice Tarrit
Président de l’Association Survie

macky-sall-deby-padare-13-05-2013-06-18-31.pngLe Tchad a connu début mai une vague d’arrestation d’opposants accusés de fomenter un complot contre Idriss Déby. Le blogueur Makaila Nguebla a quant à lui été contraint, sous pressions tchadiennes, à quitter le Sénégal, où il était exilé. Pendant ce temps, les relations avec Paris sont au beau fixe. Nul ne saurait ternir la belle image d’un Tchad accouru aux côtés des Français pour « sauver le Mali ».

Au téléphone, la voix de Makaila Nguebla est toujours aussi enthousiaste et déterminée. On a du mal à croire que ce jeune blogeur tchadien vient tout juste d’être expulsé du Sénégal, où il vivait depuis 2005 en exil (mais sans statut de réfugié), vers la Guinée Conakry, pays qu’il ne connaît pas. Il témoigne sa reconnaissance envers ceux qui le soutiennent dans son combat (ils ont été nombreux, au Sénégal et en Europe, parmi eux RSF, Amnesty, la RADDHO, etc.) et évoque ses tentatives en cours pour trouver un nouveau pays où s’installer, où il sera plus en sécurité qu’en Guinée.

Sa situation plus qu’inconfortable, il la doit au zèle des autorités sénégalaises, sans doute pressées de céder aux injonctions du Ministre tchadien de la Justice, Jean-Bernard Padaré, en visite à Dakar quelques jours auparavant pour parler « coopération judiciaire » entre les deux pays, sur fond d’affaire Hissène Habré. Et bien sûr au régime répressif tchadien et à sa capacité de traquer ses opposants bien au delà de ses propres frontières, en utilisant au besoin des moyens sophistiqués de contrôle des télécommunications.

Le 7 mai, Makaila était arrêté et interrogé par la Direction de la Surveillance du Territoire (DST) sénégalaise. Le lendemain soir, il se trouvait déjà dans un avion en partance pour Conakry.Le « crime » qui a valu son expulsion à Makaila ? Avoir supposément incité les jeunes (et les moins jeunes) tchadiens à renverser le régime. Fin mars,ce blogueur connu au Tchad pour son engagement et sa capacité à dévoiler des scandales sur la corruption et la répression au Tchadse trouvait au Forum Social Mondial de Tunis où il a pris l’initiative d’organiser une conférence de presse sur la situation au Tchad à laquelle il a invité un représentant de Survie à s’exprimer. Ce débat, réunissant une trentaine de personnes, a permis à des militants de plusieurs pays, dont la Tunisie, de connaître l’état de la répression au Tchad, la nature du soutien français apporté au régime de Déby depuis son arrivée au pouvoir par un putsch en décembre 1990, d’échanger sur les expériences de résistance à l’oppression, de mobilisation de la société civile.

Les interventions et témoignages, filmés sur des téléphones portables étaient diffusées le soir même sur le blog de Makaila et relayées sur les réseaux sociaux. Dés le lendemain, il recevait des appels enthousiastes en provenance du Tchad ou du Cameroun voisin, où se déplacent parfois des militants tchadiens afin de contourner la surveillance des communications. Deux jours plus tard, les images de Makaila à la manifestation de clôture du FSM, derrière une banderole affichant « Au Tchad, le terroriste c’est Idriss Déby » étaient à leur tour relayées sur la toile. Pas de quoi menacer réellement le régime solidement installé à plus de 2000 km de là, on le voit. Et pourtant.Outre ses activités à Tunis, la DST sénégalaise, documents à l’appui, a reproché à Makaila ses contacts avec des journalistes et blogueurs actuellement emprisonnés au Tchad, Eric Topona et Moussaye Avenir de la Tchiré, arrêtés le 6 mai et Jean Laokolé, détenu depuis le 23 mars.

Makaila et ses confrères sont les cibles d’une vaste chasse aux sorcières lancée par la dictature qui a pris de l’ampleur avec le dévoilement début mai par le régime d’une supposée tentative de déstabilisation qui s’est soldée par l’arrestation d’une dizaine de personnalités politiques et militaires, dont certaines ont été détenues sans éléments probants par les Renseignements généraux tchadiens, dans des conditions qui ont suscité la colère de leurs avocats.

Le député d’opposition Gali Gatta NGothé figure parmi les inculpés, lui qui il y a un an avait échappé à un complot du régime contre sa personne lui ayant valu une période de détention pour « délit de braconnage ».Indéniablement, Déby, que le soutien aux troupes françaises au Mali vient de draper d’une nouvelle aura internationale utilisée pour asseoir encore davantage son pouvoir, veut écraser définitivement toute velléité de contestation interne et externe.Soutenu par les Organisations africaines (Union Africaine, Cedeao) reconnaissantes à son égard d’avoir « sauvé l’honneur » des troupes africaines au champ de bataille, intégré à la MISMA onusienne au Mali et pressenti pour y diriger la future force de maintien de la paix, la MISNUMA, avec le soutien appuyé du Ministre français de la Défense, le régime Déby se croit intouchables et se montrent impitoyables envers ceux qui égratignent ce vernis d’honorabilité.S

es opposants, nombreux au sein de la société civile, du monde syndical, de la classe politique, subissent les uns après les autres arrestations arbitraires, menaces, accusations fantaisistes, quand ce ne sont pas des violences et tortures, qui ont conduit par le passé un grand nombre d’opposants à la mort, à l’exempled’Ibni Oumar Mahamat Saleh, « disparu » en février 2008.C’est dans ce contexte extrêmement tendu au Tchad que plusieurs médias français ont relayéle projet des autorités françaises de faire défiler les troupes tchadiennes le 14 juillet, sur les Champs Elysées.On pensait pourtant avoir touché le fond en matière de compromission française avec Déby lors de l’accueil de ce dernier à l’Elysée en décembre 2012, de l’incorporation des troupes supplétives tchadiennes par la France pour « défendre les droits de l’Homme au Mali », ou de l’hommage rendu par de nombreux députés français aux soldats tchadiens et au dispositif Épervier à la tribune du Parlement le mois dernier. Mais c’est donc en plein Paris, s’il obtient de pouvoir s’y rendre et de s’y voir reconnaître le statut de réfugié, que Makaila Nguebla, qui n’a pas pu fouler le sol tchadien depuis de nombreuses années, apercevra peut être à nouveau, portés par les applaudissements des officiels français, les soldats d’un régime sanguinaire qui l’a contraint à l’exil.

En Françafrique, sous François Hollande comme chez ses prédécesseurs, tant que le cynisme continuera à dicter les relations diplomatiques et tant que Makaila et les autres résistants à l’arbitraire continueront à subir cette triste politique, le pire restera malheureusement toujours à redouter.
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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 22:09
2 mai 2013 
Cheikh Dieng
Coup d’État déjoué au Tchad : « Le régime de Déby qui repose sur l’armée est faible »

Les autorités tchadiennes ont déjoué mercredi une tentative de coup d’État destiné à renverser le régime d’Idriss Déby. Pour le moment, aucune piste ne permet de déterminer les véritables commanditaires de cet acte. Interrogés par Afrik.com, certains spécialistes soulignent la fragilité du régime de N’Djamena.

Le coup d’État manqué du 1er mai contre Idriss Déby est encore sur toutes les lèvres au Tchad. Le communiqué lu à la télévision par Hassan Sylla, ministre de la Communication a pris le pays de court : « Aujourd’hui, un groupe d’individus animés de mauvaises intentions a tenté de mener une action visant à déstabiliser les institutions de la République. C’était sans compter les vaillantes forces de sécurité qui les surveillaient depuis décembre 2012 et les ont neutralisés ce matin ».

Si le coup d’Etat a été déjoué par les forces armées du pays, plusieurs personnes ont été tuées à la suite de violents affrontements entre les présumés conspirateurs et forces de l’ordre. Selon des sources militaires qui se sont confiées à l’AFP, trois à huit personnes ont péri et une quinzaine d’autres ont été blessées.


L’information verrouillée

Selon le journal tchadien en ligne, Journaldutchad.com, les principaux auteurs arrêtés ont été confiés au Procureur de la République pour les besoins de l’enquête. Pour l’instant, les informations tombent au compte-goutte. La présidence mène une campagne de communication très efficace et tente au maximum de verrouiller l’information. Tout ce que l’on sait, c’est qu’un député de l’opposition Saleh Makki, soupçonné d’avoir soutenu la tentative de putsch, qui appartient au parti Coordination des Partis politiques pour la Défense de la Constitution (CPDC), a été interpellé.

Qui serait derrière cette tentative de coup d’État ? Ce putsch raté n’est-il pas le fait de groupuscules venus de la Libye voisine pour se venger de la présence militaire tchadienne dans le nord du Mali ? Joints par Afrik.com, deux spécialistes de l’Afrique, André Bourgeot, chercheur au CNRS, et Lydie Boka, Directrice de l’agence d’analyse de risques StrategiCo, tentent d’apporter des éléments de réponse face à cette situation.

Lidye Boka qui met en exergue la fragilité du régime de N’Djamena, rappelle que « Idriss Déby a failli être renversé en 2008. Sans l’intervention de la France, son propre neveu Timan Erdimi, aujourd’hui réfugié dans le Golf, aurait pris le pouvoir. Son régime, qui repose sur l’armée et les clans, est fragile et marqué par de nombreux remaniements depuis janvier 2013. Ce qui constitue un facteur négatif ». La spécialiste reconnait toutefois que le régime d’Idriss Déby, renforcée par son rôle de médiateur dans la crise centrafricaine, a gagné une certaine notoriété dans la sous-région de l’Afrique de l’Ouest notamment, en raison de la présence des troupes tchadiennes dans le nord malien. En revanche, souligne-t-elle, cela ne le met pas à l’abri d’une tentative de déstabilisation de son régime.


« Menace provenant de la Libye ? »

Une menace due à de nombreuses années passées au pouvoir, mais aussi à la situation de la Libye, où l’insécurité est grandissante ? C’est en tous cas ce que pense Idriss Deby, qui a récemment indiqué que la Libye abritait un camp d’entraînement en vue de déstabiliser son régime. « C’est possible même si la Libye a démenti cela », selon Lydie Boka.

Un avis loin d’être partagé par André Bourgeot, qui estime qu’il faut être très prudent contre une éventuelle menace provenant de la Libye à l’encontre du régime tchadien. Le chercheur au CNRS se veut prudent : « Il faut juste noter que le pouvoir libyen est très faible ». Il refuse catégoriquement d’utiliser le terme de « poudrière en Libye », le jugeant prématuré. Il note pour sa part que cette tentative de putsch contre Idriss Déby pourrait être liée au maintien des soldats tchadiens dans le nord-Mali. Un maintien que l’Assemblée nationale tchadienne n’a pas approuvé.
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8 mai 2013 3 08 /05 /mai /2013 10:30

                                                                             

 

 

                                                                                              Yaoundé, le 08 Mai 2013

                                                                                              URGENTE ET TRES HAUTE ATTENTION

                                                                                              MONSIEUR   IDRISS  DEBY

                                                                                              Président de la république du TCHAD

                                                                                              S/C  l'Ambassadeur du TCHAD à Yaoundé

Réf: 058/PRO/ABUS/0413

Objet: MISE  EN GARDE SOLENNELLE CONTRE

                La campagne internationale de harcèlement des citoyens Tchadiens

 

Monsieur le Président,

La Commission indépendante contre la corruption et la discrimination vous présente ses respectueux compliments, et se fait un devoir pressant, de vous mettre en garde contre la campagne internationale que vous avez initié à travers un réseau de complicités avec certains gouvernements plus ou moins à votre solde, pour harceler, arrêter, déporter, torturer et assassiner des citoyens tchadiens opposés à votre régime de terreur.

En effet l'arrestation et la déportation intervenues à Dakar le 07 mai 2013 du blogueur et militant des droits de l'homme Makaila Nguebla , vient s'ajouter à une longue série dont le terrain de prédilection semble être la Centrafrique depuis la prise du pays par vos unités spécialisées avec la bénédiction complaisant de certaines puissances étrangères.

Face à cette situation qui se traduit également au plan intérieur par des arrestations arbitraires de parlementaires et l'invention des faux complots pour consolider votre régime chancelant, la commission tient à vous rappeler, que vous demeurez un client de la cour pénale international au même titre que votre prédécesseur  Hissen Habré dont vous avez été le chef d'état major. Vos actions au Mali ne sauraient en rien, faire oublier les souffrances du peuple tchadien, l'absence d'élections libres, et la mauvaise gouvernance chronique dont un des traits est le détournement des revenus du pétrole par votre famille.

La Commission demande instamment que la campagne que vous avez engagée soit arrêtée toit de suite, et que les citoyens tchadiens vivant partout dans le monde, sortent de l'insécurité et de la peur. Pour cette cause, le secrétaire général de l'ONU de même que madame le procureur de la cour pénale internationale dès ce jour, pour s'intéresser à ce dossier.

Avec, monsieur le Président, les assurances de nos sentiments panafricanistes et fraternels.

                                                                                              Le président de la Commission

                                                                                              SHANDA  TONME

                                                                                              Médiateur universel

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