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12 avril 2010 1 12 /04 /avril /2010 11:24

10 avril 2010

RFI

 

 

Les gouvernements africains ont multiplié les contrats de location de terres agricoles avec des sociétés étrangères au cours de ces cinq dernières années. Le phénomène n'est pas nouveau mais les motivations, les acquéreurs et le rythme d'acquisition, oui.

 

 Depuis deux ans, l'Association des agriculteurs sud-africains (Agri-SA) est très courtisée par les gouvernements africains.


La puissante organisation, créée en 1904 et qui compte 70 000 membres, est une aubaine pour plusieurs pays qui veulent redynamiser leur agriculture. Agri-SA, qui doit faire face à un programme de restitution de terres aux communautés locales, freiné mais inéluctable, se montre très intéressée. La flambée des prix des denrées de base, le développement des agrocarburants ne sont pas étrangers à ce nouvel intérêt. Mais surtout, pour la première fois, en 2008, l'Afrique du Sud a dû importer de la nourriture : la production nationale ne suffisant plus à une population en constante augmentation.


Ainsi le gouvernement du Congo-Brazzaville -tout comme celui de la République démocratique du Congo- a-t-il offert aux agriculteurs sud-africains de venir exploiter 10 millions d'hectares de terres agricoles.


Les pourparlers sont entourés d'extrême discrétion en raison des fortes résonances que constitue un tel accord. Toutefois, en novembre 2009, l'un des responsables d'Agri-SA annonçait la signature d'un contrat avec le Congo-Brazzaville portant sur l'exploitation de 200 000 ha dans la vallée de Nyari. Cette superficie étant, selon le communiqué officiel, celle des fermes d'État, abandonnées depuis plus de 10 ans. Par la même occasion, Agri-SA confiait que des contrats étaient en discussion avec 16 autres pays africains.

 

Des rapports alarmants


La location de terres agricoles à des sociétés étrangères n'est pas un phénomène nouveau en Afrique. Du temps de l'administration coloniale, les partenariats État-privé existaient déjà. Les indépendances ont simplement modifié les intervenants nationaux. Les contrats peuvent revêtir de multiples formes avec soit l'importation de main d'oeuvre, soit la participation de petits agriculteurs assistés par les sociétés qui leur fournissent semences, pesticides et équipement. Cultures d'exportation sont bien entendu favorisées. Cette distinction provoquant des inégalités criantes entre agriculteurs et menaçant l'équilibre des productions alimentaires locales.


En 2008, la hausse spectaculaire des prix du pétrole (voir graphique La Documentation française) a provoqué une ruée mondiale sur les terres susceptibles d'accueillir le colza, palmier à huile, canne à sucre, tournesol et toutes plantes pouvant se transformer en agrocarburant. La hausse des denrées alimentaires à base de céréales, a suivi, rendant attractif un secteur traditionnellement délaissé.


Les investisseurs se sont manifestés en Amérique du Sud, en Asie mais aussi en Afrique. La terre n'y est pas chère. L'agriculture a besoin de capitaux pour se moderniser. Les paysans, et la société civile, sont peu organisés.

 

Ce sont les négociations entre le Sud-coréen Daewoo Logistics et le gouvernement malgache de Marc Ravalomanana, entamées en novembre 2008 portant sur 1,3 million d'hectares pour un bail emphytéotique, qui ont servi de détonateur dans le paysage africain. Le projet, vivement combattu sur le terrain, sera retiré quelques mois plus tard et provoquera la chute du président, le 15 mars 2009.

Depuis, plusieurs organisations internationales dont la Banque mondiale et l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) s'alarment de cette frénésie foncière à parfum spéculatif, certaines sociétés n'ayant aucune expérience dans le domaine de l'agriculture. Les gouvernements, dont la probité en matière de gestion des sols reste aléatoire (80% des terres africaines relèvent de «propriété légitime» et n'ont pas de titres légaux de propriété, selon le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement-Cirad), ne sont pas insensibles à l'appel de ces nouvelles sirènes et, force est de reconnaître, que les contrats sur des terres dites «sous-exploitées», ces cinq dernières années. L'opacité qui entoure les tractations et la clandestinité de certains contrats n'ont rien de rassurant.


Les pays qui achètent


L'Arabie saoudite et les Émirats sont parmi les plus gros acheteurs. En 2008, l'Arabie saoudite s'est imposée de nouvelles limites sur l'utilisation de l'eau en agriculture et a offert des prêts à taux préférentiels aux sociétés qui s'implanteraient dans des pays à fort potentiel agricole. Leurs terrains de prédilection : l'Égypte, le Soudan* qui sort lentement de la guerre civile, l'Éthiopie (la location annuelle est de moins d'1 euro/ha), le Kenya et l'Ouganda. Leurs intérêts se portent aussi sur le Mali et le Sénégal.


L'Égypte, Djibouti, l'Inde, la Chine prospectent également en Éthiopie. Un pays très ouvert qui a aligné plus de 800 contrats (enregistrés) de location avec des investisseurs étrangers depuis 2007. Les surfaces couvertes par ces contrats ne sont pas astronomiques au regard de ce qui se conclut dans d'autres pays, mais les facilités d'exportation et les exemptions accordées par le gouvernement, choquent dans un pays où la disette est monnaie courante, et où les petits paysans ne peuvent faire valoir leurs titres de propriété.


La République de Djibouti, dont les surfaces arables ne constituent que 0,05% de son territoire, est allée prendre langue avec les dirigeants malawites pour cultiver 55 000 ha.


La Chine, qui a fait venir 400 nationaux et ses propres semences, exploite aujourd'hui un peu plus de 4 000 ha en Ouganda. Au Cameroun (10 000 ha) et au Mozambique, les Chinois comptent cultiver du riz. Des négociations pour faire venir 10 000 colons en Afrique australe sont en cours.

 
En Tanzanie, c'est une société suédoise qui convoite 400 000 ha dans le district de Bagamoyo, au nord de Dar-es-Salaam pour planter de la canne à sucre. Précisément là où subsistent 1000 petits riziculteurs.


Au Liberia, la Lybian African Investment Portofolio, filiale suisse d'un fonds souverain lybien, lorgne sur une concession de 17 000 ha pour produire du riz.


Avec 197 millions d'ha en cultures sur 807 millions d'ha, identifiés comme «disponibles», le continent africain apparaît comme plein de promesses.


Le Nord du Soudan a une longue tradition de location de terres à des sociétés étrangères qu'elles soient occidentale, africaine ou arabe. La plaine de Gezira comptait 105 millions d'ha en exploitation en 1962 contre un peu plus d'une centaine en 1911.

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Published by Juliette Abandokwe - dans Panafrique
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