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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 08:26
25 juillet 2013
Survie

Les Maliens sont convoqués le 28 juillet pour élire leur président de la République. L’association Survie dénonce les pressions des autorités françaises et des autres puissances qui dictent aux autorités maliennes les conditions et la date du scrutin.

Alors que ces élections sont censées viser le retour à un ordre institutionnel stable, de nombreux éléments remettent en cause sa crédibilité :
  • la situation à Kidal est instable [1]. L’accord de Ouagadougou du 18 juin 2013, imposé au gouvernement malien par intérim, a abouti sur un retour symbolique de 150 soldats maliens, fortement encadrés par les troupes françaises et les casques bleus et d’une partie de l’administration malienne, et un regain de tensions.
  • le vote des déplacés, des réfugiés, et de très nombreux Maliens est compromis [2].
  • des soupçons de fraude sur la base de cartes électorales sans photographie (un marché français) se font déjà entendre, y compris par un des favoris de l’élection, Soumaïla Cissé.
De très vives critiques ont été émises, tant par les plus hautes autorités maliennes, que des partis politiques et la société civile [3], pointant notamment l’ingérence et les pressions françaises. La France et la communauté internationale restent sourdes et, malgré les préoccupations des Maliens, travaillent à imposer la mascarade.

Pour les autorités françaises, ces élections sont l’aboutissement d’une séquence d’ingérence politique, militaire et diplomatique dans la résolution de la crise malienne [4], totalement décomplexée.

Le 28 mars, François Hollande déclarait dans son allocution télévisée qu’il serait "intraitable" sur la tenue des élections maliennes : les autorités françaises font de ces élections leur question, et ont déjà admis que le taux de participation serait peu élevé. Le ministre Pascal Canfin l’assume : « le taux de participation est traditionnellement faible dans le pays , oscillant entre 20% et 30% [il était en fait de 36% à l’élection de 2007]. (..) Si dans le contexte actuel, avec le très grand nombre de réfugiés et de personnes déplacées, on arrivait à 30%, ce serait un succès. »" [5] !

Après avoir souligné les risques d’une telle élection [6], Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations unies, est finalement prêt à les cautionner, laissant une fois de plus l’ONU servir d’écran de fumée aux intérêts français en Afrique. Il a ainsi déclaré lors d’un point de presse le 15 juillet "que les résultats – même si les élections peuvent être imparfaites – doivent être respectés par les parties, toutes les parties."

L’Union Européenne s’est aussi préparée à cautionner cette élection, en la finançant à hauteur de 17 millions d’euros et en y envoyant une mission d’observation électorale, qui ne se rendra pas dans les 3 régions du Nord du pays, et qui est présidée par le parlementaire Louis Michel, connu pour sa caution à des élections truquées, comme récemment lors des élections législatives au Tchad (2011).


Annulant la procédure d’appel d’offre, le gouvernement malien a attribué le marché des cartes électorales de manière discrétionnaire à Morpho Safran, société possédée à 30% par l’Etat français pour plus de 13 millions d’euros. Un contrat juteux qui augure d’un "marché de la reconstruction" qui saura bénéficier aux entreprises françaises.


Alors que les élections sont censées se faire dans un contexte de paix et de maîtrise du territoire, les "accords" de Ouagadougou maintiennent dans le flou la question du désarmement : cantonnement et non désarmement des groupes armés, mise sur pied d’équipes mixtes de sécurité, redéploiement très restreint de l’armée nationale et de l’administration. La France et la communauté internationale remettent notamment le désarmement des groupes rebelles et la résolution de la crise au lendemain d’une élection faussement présentée comme le gage d’un nouveau départ pour le Mali.

L’association Survie exige la fin de l’ingérence française au Mali et le retrait des 3200 soldats français toujours présents au Mali. Survie exhorte la France et l’Union européenne de cesser toute pression sur les autorités maliennes, dans le cadre de cette élection et par la suite.
 
[1] Des violences provoquant la mort de plusieurs civils ont eu lieu la semaine du 15 juillet, à 10 jours de l’élection présidentielle, compromettant la tenue du scrutin dans la zone.

[2] Le fichier à partir duquel sont constituées les listes n’est pas exhaustif (il y manque des villages, l’inscription des jeunes majeurs) et les autorités n’ont pas été en mesure de distribuer toutes les cartes électorales. Nombre de Maliens vivant en France, inscrits sur les listes, ne pourront pas non plus voter. 

[3] Ainsi, le président de la CENI émettait des doutes sur le scrutin le 28 juin 2013 ( http://maliactu.net/soumaila-cisse-... ) et le Président de la République par intérim confirmait que "Le délai souhaité par certains ne permettra pas de résoudre les problèmes techniques" (http://www.lesechos.fr/economie-pol... ) ; on peut aussi évoquer les critiques de Tiebele Drame, négociateur de l’accord de Ouagadougou, qui a retiré sa candidature en qualifiant Laurent Fabius de "directeur des élections au Mali" (http://maliactu.net/tiebile-drame-j... ) .

[4] Voir à ce propos l’ouvrage collectif de Survie, La France en guerre au Mali – enjeux et zones d’ombre, qui sera publié le 22 août aux Editions Tribord. Les principales séquences ce cette ingérence sur les suivantes : résolutions à l’ONU en faveur d’une intervention militaire, lancement de l’opération Serval - sans mandat multilatéral, imposition d’une feuille de route aux institutions maliennes fin janvier 2013, organisation d’une conférence sur le financement de la reconstruction du Mali coprésidée par la France et l’Union européenne, pressions pour imposer une médiation avec certains groupes armés au Nord en amont des élections…

[5] Pascal Canfin déclarait le 22 mai devant la Commission des Affaires Etrangères de l’Asssemblée Nationale, en assumant le rôle français d’organisation de l’élection présidentielle : « Un bon indicateur sera la participation. S’il faut bien entendu d’abord que les gens puissent voter – c’est le sens de notre travail sur la gestion des listes électorales –, encore faut-il qu’ils le souhaitent. Nous travaillons, en lien avec le PNUD, à mobiliser la société malienne autour de ces élections. Le taux de participation est traditionnellement faible dans le pays, oscillant entre 20% et 30%. Si dans le contexte actuel, avec le très grand nombre de réfugiés et de personnes déplacées, on arrivait à 30%, ce serait un succès ».
[6] "En l’absence de réconciliation, il ne peut guère y avoir de débat politique constructif et des élections risqueraient d’exacerber l’instabilité, voire de donner lieu à des violences. [...] il sera extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible, d’organiser un scrutin libre et pacifique dans le nord, en particulier dans les camps de réfugiés et chez les déplacés." Rapport S/2013/189 (26 mars) du Secrétaire général des Nations unies sur la situation au Mali.
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Published by Juliette Abandokwe - dans Panafrique
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1 août 2013 4 01 /08 /août /2013 17:54

1er août 2013
Jean-Frédéric Légaré-Tremblay

 

http://www.blog-city.info/fr/img9/9517_chine-afrique-374x530.gifLes entreprises chinoises sont de moins en moins les bienvenues en Afrique. De nombreux leaders africains dénoncent désormais les échanges entre la Chine et leur continent, qu’ils considèrent comme une nouvelle forme de colonialisme.« La Chine prend nos ressources primaires et nous vend ses produits manufacturés. C’était aussi l’essence du colonialisme », écrivait en mars dernier Lamido Sanusi, gouverneur de la Banque centrale du Nigeria, dans une lettre ouverte auFinancial Timesde Londres.De nombreux pays africains ont pourtant accueilli à bras ouverts des entreprises d’État chinoises à partir du début des années 2000, leur permettant d’exploiter leur pétrole, leur fer ou leur or, en échange d’enveloppes d’aide au développement bien garnies. Mais les pratiques cavalières de certaines de ces entreprises — réservoirs de pétrole brut à ciel ouvert au Soudan, pots-de-vin versés aux leaders de tout acabit — ont choqué les populations locales.

Résultat : bien des pays espèrent aujourd’hui reprendre la maîtrise de leurs ressources naturelles. La Zambie, par exemple, vient de retirer à une société chinoise un permis d’exploitation de mines de charbon pour non-respect des lois environnementales et de sécurité au travail. De son côté, le Gabon s’apprête à saisir les actifs de la société pétrolière Sinopec, invoquant une rupture de contrat.

En ce moment, les échanges commerciaux entre l’Afrique et la Chine s’élèvent à 200 milliards de dollars. Ils ont été multipliés par 20 au cours de la dernière décennie.

 

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Published by Juliette Abandokwe - dans Panafrique
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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 01:52

21 juillet 2013
Interview réalisée par Kamel Moulfi et Mohamed El-Ghazi


Note de Juliette: Opinion pro-Gbagbo. Mais bon exposé sur les besoins de l'Europe vis-à-vis de l'Afrique. 


Alain Toussaint, conseiller de Laurent Gbagbo, s'est confié dans les colonnes d'Algérie patriotique. Il revient sur le procès du président déchu, la crise ivoirienne mais aussi le développement des relations Sud-Sud et la nécessité pour l'Afrique de s'affranchir du joug impérialiste. (IGA)

Algerie patriotique : Sous Gbagbo, la Côte d’Ivoire a connu un développement économique considérable. Le PIB de la Libye de Kadhafi était un des meilleurs dans le monde. La Syrie avait réussi, malgré un système politique fermé, à unir une société multiconfessionnelle. Le Venezuela de Chavez a rendu au peuple son honneur. L’Algérie, locomotive de l’Afrique, subit un terrorisme barbare depuis vingt ans. Pourquoi les pays du Sud qui avancent dérangent-ils le Nord ?

Alain Toussaint : Le Nord a toujours eu besoin de sources d’approvisionnement en matières premières. Pour s’assurer qu’il n’y aura jamais de rupture, ces pays riches recourent à la violence armée. L’Afrique subit à la fois la domination politique, militaire et économique des grandes puissances qui lui imposent leur diktat. Notre continent qui compte un milliard d’habitants aujourd’hui – ils seront 2 milliards en 2050 – a d’énormes défis à relever : infrastructures, industrie, éducation, santé, culture, médias, etc.

L’Afrique est donc un vaste marché convoité par toutes les autres nations. La survie économique de l’Europe, par exemple, dépend du contrôle des marchés africains. Ses entreprises doivent écouler leurs produits manufacturés en Afrique. S’il y a 20 ans, les pays du Sud faisaient l’essentiel de leur marché au Nord, le rapport s’est inversé avec la montée en puissance des pays émergents, emmenés par les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Grâce à la dynamique créée par ces nouveaux acteurs, le Sud commerce davantage avec le Sud même si certains Etats d’Afrique subsaharienne restent encore relativement dépendants du Nord, notamment dans les domaines de la médecine, des technologies de pointe et de l’armement. Le partenariat Sud-Sud représente une menace pour le Nord dont la part de marché dans l’économie mondiale est en pleine décroissance. Il lui faut donc s’agripper à l’Afrique, y compris par la violence. Alors, certains chefs d’Etat sont imposés de l’extérieur via des opérations de déstabilisation déguisées en croisades pour la « démocratie ». Par la puissance de leurs médias, des dirigeants étaient diabolisés avant d’être neutralisés.

Le Vénézuélien Hugo Chavez a succombé à un mystérieux cancer de la gorge ; Laurent Gbagbo, pourtant réélu à la tête de la Côte d’Ivoire en novembre 2010, est maintenu en détention par la France à la prison de la Cour pénale internationale (CPI), à la Haye, aux Pays-Bas. Plusieurs autres leaders progressistes d’Afrique noire et du Maghreb – mais aussi d’Amérique latine – demeurent sous la menace permanente des maîtres d’hier. L’Algérie, qui a développé un partenariat très fort avec la Chine, n’est pas à l’abri. Son gaz et son pétrole sont convoités. Les pays occidentaux ont du mal à admettre que le temps de la soumission est passé. Ils refusent de mettre à jour leur logiciel et de changer leur vision erronée d’un continent en mouvement.

Renversement du pouvoir en Côte d’Ivoire, intervention militaire au Mali, pillage des ressources halieutiques au Sahara Occidental occupé, exploitation des richesses naturelles dans d’autres pays africains… Pourquoi l’Afrique n’arrive-elle toujours pas à s’affranchir ?

La suprématie des pays occidentaux repose sur leur hégémonie économique et militaire. D’ailleurs, ils en abusent pour jouer le rôle de gendarmes du monde dont ils n’ont reçu mandat de personne. Ils font la pluie et le beau temps, décernent des brevets de dictateurs ou de démocrates à qui bon leur semble au gré de leurs intérêts géostratégiques, occupent des territoires sous le prétexte d’y lutter contre le terrorisme, attisent les conflits internes en armant un camp contre l’autre, utilisent un armement sophistiqué quand ils dénient le droit à des gouvernements agressés d’en faire autant pour combattre les pantins qu’ils ont formés et armés.

Tout le monde a compris la finalité de cette forme de paternalisme et de néocolonialisme. Plus que des missions pour le rétablissement de la « démocratie », il s’agit de conquêtes économiques. Regardez ce qu’ils ont fait au Mali, en Côte d’Ivoire, en Libye, en RDC, etc. Leur seul et unique objectif est le contrôle des richesses naturelles du continent africain. La grave crise économique actuelle que connaissent ces « grandes » puissances a davantage aiguisé leur appétit et renforcé leur détermination à dominer l’Afrique. En plus du pillage de nos ressources, il y a le fardeau de la dette africaine. Elle reste un facteur d’appauvrissement des populations et de sous-développement. C’est aussi le moteur de l’aliénation car elle entretient une dépendance totale à l’égard des pays « riches » du Nord et des institutions financières de Bretton Woods, qu’ils ont créées, notamment le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale.

Dans le monde multipolaire en gestation, les pays africains doivent se défaire de cette tutelle qui retarde leur décollage. Face à la nouvelle donne géopolitique et géoéconomique, un profond désir de liberté, d’indépendance effective et d’unité anime chaque Africain. Cela passe par la constitution de nouveaux pôles régionaux solides afin de tenir le choc face à des pays occidentaux entrés dans un cycle inévitable d’affaiblissement. L’Afrique n’a pas vocation à être l’éternelle vache à lait de l’Occident. Politiquement, militairement et économiquement, le continent doit enfin s’affranchir. Mais attention, il ne s’agit pas de remplacer les anciennes idoles par de nouvelles qui joueront le même rôle. Encore moins de passer d’un maître à plusieurs maîtres.

L
es pillages et les interventions militaires ne changeront rien aux aspirations légitimes des peuples africains, privés de dignité depuis des siècles. Il faut bâtir en commun une Afrique solide pour nos enfants et les générations futures. Les Africains doivent comprendre que la bonne gouvernance est l’une des portes vers le développement. Nous devons envisager des réformes dans plusieurs domaines : politique, économique, social, culturel, etc. Nous devons, enfin, bâtir des institutions fortes et crédibles, socle de l’Etat de droit, au service des peuples africains. L’Afrique sera ce que les Africains voudront qu’elle soit. Il en va de même des relations avec les pays occidentaux. Le temps du réveil a sonné.

Des pays arabes réclament une réforme profonde de la Ligue arabe. Pensez-vous que l’Union africaine dans sa forme actuelle joue un rôle positif ou doit-elle subir une refonte totale ?

L’Organisation de l’Unité africaine (OUA) puis l’Union africaine (UA) n’ont jamais été au service des peuples africains. L’idée des pères fondateurs de l’OUA partait d’un bon sentiment, mais leur vision panafricaniste a ensuite été dévoyée par des chefs d’Etat africains en mission exclusive pour leurs maîtres occidentaux. Après un demi-siècle d’existence, une refondation de l’OUA s’impose, ainsi que la redéfinition de ses missions. Quelle est sa vision de l’Afrique et du monde d’aujourd’hui ? Comment se projette-t-elle dans le futur ? Comment compte-t-elle défendre les peuples africains et les énormes ressources du continent face à la horde de pilleurs surarmés qui menacent l’existence-même de nos pays ? Nous devons rester unis pour protéger nos intérêts. Depuis l’élection de la présidente de la Commission de l’UA, la Sud-Africaine NkosazanaDlamini-Zuma, je sens les lignes bouger. L’Afrique digne a enfin pris les commandes de l’organisation continentale. Bien avant, le Libyen Mouammar Kadhafi, assassiné par la coalition des « démocrates de la canonnière », nourrissait une réelle ambition pour l’Afrique unie et forte. En plus de renforcer les capacités de l’UA,le Guide estimait que l’autonomie et l’indépendance passaient par la création d’une monnaie unique africaine adossée à une Banque centrale, la mise sur pied d’un vrai Parlement des peuples africains, des infrastructures de télécommunications, des routes pour dynamiser un marché interafricain, etc. L’UA doit énormément s’impliquer dans la vie politique, institutionnelle et économique de nos pays plutôt que de les abandonner entre les griffes des ex-colonisateurs qui dictent leur loi à des Etats surendettés, livrés aux lobbies militaro-industriels. Les choses doivent changer.

Pourquoi la France de Sarkozy s’est-elle particulièrement acharnée contre le président Laurent Gbagbo et imposé par les armes Alassane Ouattara ?

La Côte d’Ivoire demeure la chasse gardée de la France selon l’entendement des dirigeants français. Un pays stratégique puisqu’il représente à lui seul plus de 40% de l’Union économique et monétaire (Uemoa), qui regroupe les ex-colonies françaises d’Afrique de l’Ouest et qui ont en commun une monnaie dénommée le franc CFA. En réalité, Gbagbo n’a jamais remis en cause les intérêts français en Côte d’Ivoire. Bien au contraire. Les multinationales hexagonales ont largement profité des années Gbagbo. Seulement, dès son élection en octobre 2000, le nouveau chef d’Etat a mis en œuvre une politique de partenariat avec les pays émergents et ceux du Sud. Cette tentative d’ouverture a fortement déplu à la puissance tutélaire, la France, qui estime que la Côte d’Ivoire est sa propriété exclusive. Même la politique sociale de Gbagbo, notamment l’Assurance-maladie universelle (AMU), agaçait la métropole à tel point que l’Elysée de Jacques Chirac a dépêché un jour à Abidjan un ministre français afin de demander à Laurent Gbagbo de surseoir à sa « révolution ». Voilà l’une des origines des malheurs de Gbagbo qui s’entêtait à tenir des conseils des ministres à Abidjan sans prendre l’ordre du jour à l’Elysée. Laurent Gbagbo est à la Côte d’Ivoire ce qu’Ahmed Ben Bella a été à l’Algérie. Un pacifiste, un patriote mais surtout le père de la conscience nationale. Les ex-colons lui ont préféré Alassane Ouattara, l’homme de la finance internationale, imposé par les armes au terme d’une rébellion barbare qui a fait des milliers de morts depuis septembre 2002. Depuis le 11 avril 2011, nous sommes dans une fiction de démocratie en Côte d’Ivoire. C’est le règne de la terreur, la violence d’Etat. Nos amis sont pourchassés, enlevés et assassinés par les milices d’un régime inhumain, qui s’endette sans compter pour faire plaisir à ses parrains. Aujourd’hui, plus de 700 personnalités – dont la première dame Simone Gbagbo, Pascal Affi Nguessan, le chef du parti de Gbagbo, un gouverneur de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), Michel Gbagbo, le fils de Gbagbo, Charles Blé Goudé, ancien ministre et leader des jeunes patriotes, des députés –, sont arbitrairement détenues par le pouvoir ivoirien. Les donneurs de leçon d’hier, si prompts à accabler Gbagbo dès que la météo est mauvaise à Abidjan, sont subitement devenus aveugles et muets. Mais je reconnais que c’est bien le type de « démocratie » que préfère la France en Afrique.

Vous estimez que la décision de la CPI d’ajourner le verdict de l'audience de confirmation des charges contre Laurent Gbagbo est annonciatrice de sa libération prochaine. Sur quoi fondez-vous votre optimisme ?

C’est la CPI elle-même qui m’encourage à le penser. Comme vous le savez, ses juges ont demandé au procureur Fatou Bensouda de poursuivre ses investigations afin de présenter des preuves plus solides qui pourraient justifier un procès à l’encontre de Laurent Gbagbo. Or, Gbagbo a été déporté à La Haye depuis le 29 novembre 2011, en violation de ses droits, sur la base d’un mandat illégal. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à dire que le dossier d’accusation est vide. La Cour ne doit pas avoir honte de reconnaître qu’elle a été induite en erreur, trompée et manipulée par le gouvernement français de Nicolas Sarkozy et son allié Alassane Ouattara. Il n’y a aucun mal à cela. Laurent Gbagbo, à qui Jacques Chirac promettait la CPI depuis 2003, est innocent. Il doit être libéré immédiatement.

Qui, selon vous, a instrumentalisé la CPI pour « monter » un procès contre l’ancien président de Côte d’Ivoire ?

La dimension politique de cette affaire est incontestable. La détention du président Gbagbo est une escroquerie politique. Le gouvernement français détient la solution du problème Gbagbo. François Hollande qui a hérité de ce dossier n’ignore rien du complot ourdi par Nicolas Sarkozy contre Laurent Gbagbo, vainqueur de la présidentielle de novembre 2010. Le nouveau chef d’Etat français rendrait service à la Côte d’Ivoire et à la France en autorisant la libération de notre leader.

De grâce, ne me parlez pas de justice ! C’est une affaire politique, vous le savez très bien. Gbagbo est un prisonnier politique de l’impérialisme occidental, comme le furent avant lui Samory Touré, Toussaint Louverture, Béhanzin, Kadjo Amangoua et d’autres. Le président Gbagbo se retrouve à La Haye à la suite de petits arrangements entre amis, notamment Nicolas Sarkozy, l’ancien procureur de la CPI, Louis Ocampo-Moreno, et leur ami Alassane Ouattara. On le voit, le politique prédomine sur le judiciaire. L’entêtement de la CPI à vouloir coûte que coûte condamner Gbagbo est une erreur de politique pénale qui nuit gravement à son image et à sa crédibilité.

Cette Cour est si partisane qu’elle n’a engagé, pour l’heure, que des poursuites contre le camp Gbagbo mais pas contre celui d’Ouattara, le « démocrate » préféré de la communauté internationale. Cette politique du « deux poids deux mesures » démontre bien que la CPI est instrumentalisée. Les leaders africains comme Laurent Gbagbo, les présidents soudanais Omar El-Béchir ou kenyan Uhuru Kenyatta sont les victimes du nouveau colonialisme judiciaire, dans le droit fil de la domination économique, militaire et politique des puissances occidentales sur l’Afrique. Cette forme de terrorisme doit aussi cesser.

Est-il probable que Laurent Gbagbo soit libéré ? Quel impact sa libération aurait-elle sur la vie politique en Côte d’Ivoire ?

Selon moi, les chances de libération du président Gbagbo sont intactes. Le dossier est vide. Sa détention fait peser une hypothèque sur l’avenir de la Côte d’Ivoire. La libération de Nelson Mandela avait contribué à construire la nouvelle Afrique du Sud post-apartheid. Celle de Laurent Gbagbo peut être un puissant moteur de la réconciliation nationale en Côte d’Ivoire. Son retour parmi les siens permettra de renouer le fil du dialogue entre Ivoiriens, d’apaiser les cœurs et d’annihiler toute tentative de belligérance. Laurent Gbagbo a toujours œuvré pour la paix et l’unité des Ivoiriens. Il est le fondateur d’un parti politique qui transcende les clivages ethniques, religieux et sociaux. Gbagbo est un rassembleur. Cet homme du peuple manque énormément à ses compatriotes, dont une écrasante majorité – toutes obédiences politiques confondues - vit très mal son incarcération à La Haye.

Si Gbagbo recouvrait sa liberté, envisage-t-il de revenir aux affaires politiques dans son pays ?

C’est une question délicate que vous me posez. Seul le président Laurent Gbagbo est en mesure d’y répondre. Mais je ne doute pas qu’il prendra une décision cohérente, en pleine harmonie avec sa conscience, son parcours et l’espérance toute fondée qu’il incarne pour le peuple ivoirien et l’Afrique qui l’attendent.

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7 juillet 2013 7 07 /07 /juillet /2013 15:51

6 juillet 2013
Gilles Munier 
(Afrique Asie – juillet/août 2013)



Depuis 1958, quand Golda Meir, ministre des Affaires étrangères, a fait de l’Afrique subsaharienne un des principaux objectifs diplomatiques d’Israël, la politique africaine de l’État dit hébreu a connu des hauts et des bas. Elle est aujourd’hui à son plus haut niveau. Faut-il s’en offusquer quand certains États arabes entretiennent des relations avec Tel-Aviv ?
 
Il est loin le temps où les pays africains rompaient, les uns après les autres, leurs relations diplomatiques avec Israël. En 1967, l’agression de l’Égypte par l’armée israélienne, l’essor de la question palestinienne, la déclaration du général de Gaulle le décrivant comme « un État sûr de lui-même et dominateur » avaient fait voler en éclat l’image d’Épinal présentant Israël comme une nation pacifique, prodiguant son aide sans rien demander en retour, et qui s’était libérée – comme les pays du tiers-monde – de l’occupation britannique. En 1973, la guerre d’Octobre, la flambée du prix du pétrole, les pressions diplomatiques arabes et le vote de la résolution de l’Onu décrétant que « le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale », firent le reste. Sur la trentaine de pays africains entretenant des relations avec Tel-Aviv, seuls le Lesotho, le Swaziland et le Malawi – pays dans la mouvance sud-africaine – les maintinrent ouvertement. Ce sérieux revers diplomatique était néanmoins tempéré par l’ouverture discrète de « bureaux commerciaux» et la poursuite de programmes souterrains de coopération universitaire et agricole. 

 
À la suite des accords de Camp David en 1978 signés par Anouar al- Sadate et Menahem Begin, de ceux d’Oslo en 1993 couronnés par la poignée de main entre Yasser Arafat et Yitzhak Rabin à la Maison-Blanche, de la mise en sommeil de la lutte armée pour libérer la Palestine, de la condamnation de l’apartheid par Israël, puis de l’abrogation de la résolution antisioniste de l’Onu, les États africains ont rétabli progressivement leurs relations avec Tel-Aviv, leurs dirigeants estimant sans doute qu’ils n’avaient pas à être « plus arabes que les Arabes ».
 
Opérations secrètes
 
Le faux-nez israélien évitant aux États-Unis d’être accusés d’impérialisme, l’offensive israélienne en Afrique subsaharienne a été soutenue financièrement et matériellement par Washington. Dans les années 1960, le budget consacré par la CIA aux opérations secrètes du Mossad au sud du Sahara, notamment au Soudan, Angola, Congo-Kinshasa et Ouganda, avoisinait les 20 millions de dollars. Un document secret, publié en 1979, a révélé qu’à la veille de la guerre de juin 1967, la CIA l’avait même augmenté de 5 millions de dollars.
 
C’est connu, Israël investit dans le long terme, patiemment, ce qui, à quelques exceptions près, n’a jamais été le cas de ses adversaires arabes. L’accueil d’étudiants, les stages d’apprentissage agricole, dans l’agroalimentaire, l’irrigation, et surtout les formations militaires ont permis à Israël d’implanter des réseaux d’influence et de renseignement sur une bonne partie du continent africain, de collecter des informations à caractère politique et économique permettant de s'immiscer en douceur dans les affaires intérieures d’un pays. Avoir entraîné, par exemple, le général Mobutu au parachutisme en 1963, deux mois avant son accession au pouvoir, a offert ensuite des opportunités…
 
En Ethiopie, après avoir soutenu l’empereur Haïlé Selassié, Israël s’est appuyé sur Kesse Kebede, ancien étudiant en économie et sociologie en Israël, devenu un des principaux conseillers de son successeur, Mengistu Haïlé Mariam, pour livrer des armes lui permettant de combattre les rebelles du Tigré et du Front de libération de l’Érythrée (FPLE). L’objectif des Israéliens était d’éviter que la mer Rouge ne devienne une « mer arabe », préoccupation qui demeure d’actualité. À l’heure de la guerre contre le « terrorisme islamique », Israël aurait étoffé ses antennes dans la Corne de l’Afrique en positionnant des forces spéciales à Djibouti pour garantir le passage des navires se rendant au port d’Eilat.
 
Plusieurs officiers de renseignement israéliens ayant débuté en Afrique ont fait de brillantes – ou de sanglantes carrières: Nahum Admoni, directeur du Mossad de 1982 à 1989, a dirigé les attaques du bureau de l’OLP à Tunis et fait assassiner Abou Djihad ; Reuven Merhav a été en poste à Téhéran et Pékin, nommé directeur du ministère des Affaires étrangères israélien et le transfert des Falashas éthiopiens (Opération Salomon) en Israël ; David Kimche – le plus célèbre d’entre eux, décédé en 2010 – un temps n° 2 du Mossad, a fait partie du commando chargé de venger les athlètes israéliens assassinés aux jeux Olympiques de Munich et a préparé l’invasion du Liban en 1982. Aujourd’hui, des « hommes d’affaires »ont remplacé les diplomates israéliens rentrés au pays après la guerre d’Octobre 1973. Ils sont tous considérés en Afrique, à tort ou à raison, comme des agents du Mossad. On ne prête qu’aux riches !
 
Corruption à grande échelle
 
En septembre 2012, la visite qu’a effectuée Avigdor Lieberman, ministre des Affaires étrangères, en Éthiopie, au Kenya, Ghana, Nigeria et en Ouganda n’avait pas seulement pour but de répondre à la tournée de Mahmoud Ahmadinejad, le président iranien, au Kenya, à Djibouti et en Ouganda en février de la même année. Le dirigeant du parti ultraraciste Israël Beytenou – dont les membres attaquent les migrants africains à Tel-Aviv – dirigeait une délégation composée surtoutde dirigeants de sociétés d’armement et de sécurité, pour la plupart d’anciens membres des services de renseignement. En 2012, Israël a été classé 8e exportateur mondial d’armes dans un rapport du Congrès américain, bien que celles vendues à l’Afrique subsaharienne aient baissées en pourcentage. Les principales exportations israéliennes dans ce domaine – 1,5 milliard de dollars – se font maintenant avec l’Inde et la Chine. L’Afrique, qui éclusait un tiers des ventes d’armes israéliennes à la fin des années 1970, n’est pas grande consommatrice d’armements sophistiqués. Ses dirigeants réclament surtout des formations de leurs services de sécurité rapprochée et de leurs unités d’élite antiterroristes, évidemment moins chers. Au Cameroun, le président Paul Biya est allé plus loin : il avait engagé le colonel israélien Avram Avi Sirvan pour diriger ses gardes du corps, mais l’homme est mort dans un accident d’hélicoptère inexpliqué en 2010. Le Nigeria demeure l’un des principaux importateurs d’armes israéliennes. Les commissions n’y sont pas toujours bien réparties. Le président Goodluck Jonathan a dû démettre de ses fonctions le chef d’état-major de l’armée et le commandant en chef de l’armée de l’air, impliqués dans une affaire de corruption après la signature de contrats d’armement de plus d’un milliard de dollars avec Israël. Selon le quotidien israélien Haaretz (16/9/10), le marchand d’armes israélien Amit Sadeh est mêlé au scandale.
 
Outre le commerce des armes, les Israéliens misent sur la téléphonie, l’espionnage informatique et la cyber-défense : au Nigeria, l’administration Jonathan s’est adressée à Elbit Systems, basée à Haïfa, pour l’aider à espionner les communications Internet du pays. Ailleurs, les « hommes d’affaires» sont très présents dans les industries minières africaines, notamment l’extraction du diamant. À Kinshasa, le diamantaire milliardaire israélien Dan Gertler, proche du président Joseph Kabila et d’Avigdor Lieberman, est sur la sellette. Il est accusé d’avoir obtenu des actifs miniers « par le crime et la corruption ». Gertler aurait acheté une importante concession de cobalt et de cuivre à 5 % de sa valeur sur le marché, via une de ses sociétés basées aux îles Vierges. Le bradage des actifs miniers par le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) est estimé, par le parlementaire britannique Eric Joyce, à 5,5 milliards de dollars. Les malversations impliquant des Israéliens n’empêchent pas le Parti socialiste de RDC de militer pour la création d’un groupe de pression qui, à l’échelle continentale, orienterait « les donations des sponsors juifs » vers des candidats défendant les intérêts d’Israël en Afrique !
 
Truquages électoraux en série
 
Autre spécialité des experts israéliens en Afrique : le trucage des élections. Même Robert Mugabe, président du Zimbabwe, a fait appel à leur savoir-faire lorsqu’il a été question de donner à sa réélection un vernis démocratique. Selon le Mail & Gardian (12/4/13), Nikuv International Projects, accusée de manipulations électorales dans plusieurs pays africains, a siégé à Harare, la capitale zimbabwéenne, dans les locaux des Forces de défense, et enregistré les électeurs sous la supervision de Daniel Tondé Nhepera, vice-directeur de l’Agence centrale d’intelligence zimbabwéenne. En 2008, déjà, l’ambassade israélienne… en Afrique du Sud avait dû démentir les bruits attribuant la victoire de Mugabe au Mossad.
 
En Zambie, Nikuv a permis au président Frederick Chiluba de se maintenir au pouvoir jusqu’en 2002 grâce à des fraudes électorales de grande ampleur. En 1996, sur 4,5 millions d’électeurs, la société israélienne n’en aurait enregistré que 2,3 millions ! Le nombre d’«anomalies » se comptait par milliers, notamment celles d’électeurs enregistrés dans un bureau de vote qui n’était pas le leur, ou ayant des cartes portant le même numéro. L’opposition avait boycotté la présidentielle. En novembre 2012, Michael Sata, ancien ministre de Chiluba, élu président de la République en 2011, aurait appelé à ses côtés l’équipe Nikuv de 1996 pour préparer les prochains scrutins.
 
Au Lesotho, en mars 2013, le Département contre la corruption et les crimes économiques, enquêtant sur un contrat de fabrication de cartes d’identité et de passeports biométriques signé par l’ancien gouvernement de Pakalitha Mosisili, a effectué une descente dans les locaux de Nikuv à Maseru, la capitale. Amon Peer, son directeur local, s’est réfugié en Afrique du Sud, déclarant qu’il ne retournerait au Lesotho que sous couvert d’« immunité ». 
 
Le site Internet sud-africain amaBhugane, qui publie les investigations de journalistes du Mail & Gardian, a révélé que Nikuv intervient aussi au « Ghana, Botswana et Angola dans lestélécommunications, l’agriculture et la sécurité » et, qu’elle est liée à ISC (International Security Consultancy) dont le président fondateur, Daniel Issacharoff, ancien patron de la compagnie aérienne El Al, occupe un poste élevé au Mossad…
 
L’ISC – ex-International Consultants for Targeted Security, Société de consultants pour la Sécurité ciblée – a, elle, des représentants au Kenya et au Nigeria. Elle intervient en Afrique du Sud dans le domaine « du conseil en matière de sécurité aérienne, des virus informatiques et de la contre-surveillance » via un secrétariat implanté au sein de la société de sécurité Nicholls, Steyn et Associés.
 
Espionnage à Johannesburg
 
En 2009, les journalistes de « Carte blanche », un programme télévisé d’investigation en français, ont  découvert que des agents armés du Shin Bet, le contre-espionnage israélien, interrogeaient et détenaient parfois des voyageurs de l’aéroport Olivier-Tambo deJohannesburg en toute illégalité. Ils étaient couverts par l’ambassade d’Israël en Afrique du Sud. Les informations sur les personnes suspectées, avec spécification de leur race, ethnie et religion, étaient enregistrées. Interviewé par un journaliste de l’émission, Virginia Tilley, membre du Conseil de Recherche en sciences humaines d’Afrique du Sud, a confirmé dans l’émission avoir été interrogée et séparée de ses bagages par des Israéliens, et Jonathan Garb, un juif sud-africain, ancien employé d’El Al, a précisé que pendant qu’elle était questionnée, un agent du Shin Bet photographiait ses documents et les transmettaient à Tel-Aviv. Le scandale provoqué par les révélations sur le profilage des voyageurs a obligé le gouvernement sud-africain à expulser Eli Shukrun, chef de l’équipe de sécurité d’El Al. Le ministère des Affaires étrangères israélien estime qu’il aurait dû bénéficier de l’immunité diplomatique. Selon le site Crescent on line, il a été remplacé par un certain Avi Katz, agent connu pour sa participation à des activités d’espionnage et de contre-terrorisme. 
 
Les 5 et 6 novembre 2011, le Tribunal Russel pour la Palestine s’est réuni au Cap et a conclu que les Palestiniens sont soumis à « une forme aggravée d’apartheid ». Force est de constater que cela n’empêche pas les échanges commerciaux entre l’Afrique du Sud et Israël de progresser : ils auraient augmenté de 500 % depuis la chute du pouvoir blanc. Aujourd’hui, au sud du Sahara, Israël est représenté officiellement dans une quarantaine de pays. À qui le reprocher puisque plusieurs États arabes entretiennent des relations diplomatiques avec Tel-Aviv ou sont en contact secret avec les dirigeants israéliens, comme c’est le cas – entre autres – du Maroc et du Qatar ?
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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 16:21
3 juillet 2013
Source : Cellule Ouvrière du Bassin Minier Ouest du Pas-de-Calais


Il y a ceux qui ne veulent rien voir pour ne pas comprendre et laisser à des individus sans morale ni valeurs, le soin de procéder aux bases oeuvres ou de se servir de l’immigration comme un réservoir qu’on emplit ou vide selon les besoins du capital, et il y a ceux qui veulent savoir pour comprendre d’où vient cette exploitation de masse qui nous opprime jusqu’à vouloir nous supprimer toute liberté pour nous remettre à l’état de coolies, de serfs voire d’esclaves comme cela a été fait pendant des siècles.

Premier film anticolonialiste de l’hexagone, interdit pendant plus de quarante ans, cet efficace documentaire contre le colonialisme en Afrique noire valut à son auteur, le magistral  René Vautier treize inculpations et une condamnation à un an de prison.

C’est l’après-guerre. Les pays d’Europe se sont reconstruits. Déjà les média montrent aux bons français que « tout va pour le mieux dans les « colonies-modèles » où la République française mène ses pupilles d’une main maternelle vers les lumières de la raison et du progrès… » mais les révoltes anticoloniales, asphyxiées pendant des années par une répression sanglante, se réveillent pour sonner le glas de l’empire français qui a créé sa richesse et son rang de 5ème puissance économique mondiale sur les dépouilles des millions d’africains exploités du nord au sud et d’est en ouest, et sur un pillage intensif sous bonne garde militaire...

Comme disait l’autre facho « le temps béni des colonies et du Ya ‘bon Banania » alors que nous ferions mieux de balayer devant notre porte plutôt que de donner des leçons de « démocratie droit de l’hommiste »

Tout le monde pouvait le croire et pourtant, certains camarades n’étaient pas de cet avis.

Sur une proposition de la Ligue française de l’Enseignement, René Vautier part filmer les conditions de vie dans les villages des colonies françaises d’Afrique occidentale (Côte-d’Ivoire, Haute Volta, Sénégal, Soudan français — actuel Mali).

Sur place, il décide de témoigner d’une réalité non commandée ; sans la permission des autorités françaises, il tourne ainsi le premier film anticolonialiste français consacré à l’Afrique noire.

Ce film de 17 mn est à regarder avec attention, car ce qui s’est passé il y a 60 ans en Afrique, se passe aujourd’hui à notre porte avant qu’il ne la franchisse… à voir donc ICI


 
****

Ci-dessous deux discours, un extrait de celui d’Enersto-che-Guevara le 27 janvier 1965 à Alger au nom de la révolution cubaine, et celui de Jules Ferry qui est présenté comme un grand humaniste et un grand républicain français à l’Assemblée nationale (chambre des députés) le 28 juillet 1885, ( nous avons ajouté la réponse de Clémenceau du 30 juillet 1885). Deux discours séparés par 80 années et que tout oppose jusqu’à la moindre virgule… Les deux côtés de la barricade !

Alger le 27 janvier 1965.

« Chers frères,

Cuba participe à cette Conférence, d’abord pour faire entendre à elle seule la voix des peuples d’Amérique, mais aussi en sa qualité de pays sous-développé qui, en même temps, construit le socialisme.

Ce n’est pas un hasard s’il est permis à notre représentation d’émettre son opinion parmi les peuples d’Asie et d’Afrique. Une aspiration commune nous unit dans notre marche vers l’avenir : la défaite de l’impérialisme.

Un passé commun de lutte contre le même ennemi nous a unis tout au long du chemin.

Cette conférence est une assemblée de peuples en lutte ; cette lutte se développe sur deux fronts également importants et réclame tous nos efforts. La lutte contre l’impérialisme pour rompre les liens coloniaux et néo-coloniaux, qu’elle soit menée avec des armes politiques, des armes réelles ou avec les deux à la fois, n’est pas sans lien avec la lutte contre le retard et la misère ; toutes deux sont des étapes sur une même route menant à la création d’une société nouvelle, à la fois riche et juste.(...)

Chaque fois qu’un pays se détache de l’arbre impérialiste, ce n’est pas seulement une bataille partielle gagnée contre l’ennemi principal, c’est aussi une contribution à son affaiblissement réel et un pas de plus vers la victoire finale.

Il n’est pas de frontière dans cette lutte à mort. Nous ne pouvons rester indifférents devant ce qui se passe ailleurs dans le monde, car toute victoire d’un pays sur l’impérialisme est une victoire pour nous, de même que toute défaite d’une nation est défaite pour nous. La pratique de l’internationalisme prolétarien n’est pas seulement un devoir pour les peuples qui luttent pour un avenir meilleur, c’est aussi une nécessité inéluctable. (...)

Nous devons tirer une conclusion de tout cela : le développement des pays qui s’engagent sur la voie de la libération doit être payé par les pays socialistes. Nous le disons sans aucune intention de chantage ou d’effet spectaculaire, ni en cherchant un moyen facile de nous rapprocher de tous les peuples afro-asiatiques, mais bien parce que c’est notre conviction profonde. Le socialisme ne peut exister si ne s’opère dans les consciences une transformation qui provoque une nouvelle attitude fraternelle à l’égard de l’humanité, aussi bien sur le plan individuel dans la société qui construit ou qui a construit le socialisme que, sur le plan mondial, vis-à-vis de tous les peuples qui souffrent de l’oppression impérialiste.

Nous croyons que c’est dans cet esprit que doit être prise la responsabilité d’aider les pays dépendants et qu’il ne doit plus être question de développer un commerce pour le bénéfice mutuel sur la base de prix truqués aux dépens des pays sous-développés par la loi de la valeur et les rapports internationaux d’échange inégal qu’entraîne cette loi. (... )

Comment peut-on appeler " bénéfice mutuel " la vente à des prix de marché mondial de produits bruts qui coûtent aux pays sous-développés des efforts et des souffrances sans limites et l’achat à des prix de marché mondial de machines produites dans les grandes usines automatisées qui existent aujourd’hui ? (...)

Les pays socialistes ont le devoir moral de liquider leur complicité tacite avec les pays exploiteurs de l’Ouest. Le fait que le commerce est actuellement réduit ne signifie rien. En 1959 Cuba vendait du sucre occasionnellement à un pays du bloc socialiste par l’intermédiaire de courtiers anglais ou d’autres nationalités. (...)

Il n’est pas pour nous d’autre définition du socialisme que l’abolition de l’exploitation de l’homme par l’homme. Tant que cette abolition ne se réalise pas nous restons au stade de la construction de la société et si, au lieu que ce phénomène se produise, la tâche de la suppression de l’exploitation s’arrête, et même recule alors on ne peut plus parler de construction du socialisme.

Toutefois l’ensemble des mesures que nous proposons ne sauraient être prises unilatéralement.

Il est entendu que les pays socialistes doivent payer le développement des pays sous-développés.

Mais il faut aussi que les forces des pays sous-développés se tendent et prennent fermement la voie de la construction d’une société nouvelle - quels que soient les obstacles - où la machine, instrument de travail, ne soit pas un instrument d’exploitation pour l’homme.

On ne peut pas non plus prétendre à la confiance des pays socialistes si l’on joue à garder l’équilibre entre capitalisme et socialisme en essayant d’utiliser les deux forces en compétition pour en tirer des avantages précis : une nouvelle politique de sérieux absolu doit gouverner les rapports entre les deux groupes de sociétés.

Nous devons souligner encore que les moyens de production doivent être de préférence aux mains de l’État de façon à ce que les marques de l’exploitation disparaissent peu à peu. (... )

Le néocolonialisme a montré ses griffes au Congo. Ce n’est pas un signe de puissance mais bien de faiblesse ; il a dû recourir à la force, son arme extrême, comme argument économique, ce qui engendre des réactions d’opposition d’une grande intensité.

Cette pénétration s’exerce aussi dans d’autres pays et sous une forme beaucoup plus subtile qui crée rapidement ce qu’on a appelé la "sudaméricanisation" de ces continents, c’est-à-dire le développement d’une bourgeoisie parasitaire qui n’ajoute rien à la richesse nationale mais qui, au contraire, accumule hors du pays dans les banques capitalistes ses énormes profits malhonnêtes et traite avec l’étranger pour obtenir encore davantage de bénéfices, avec un mépris absolu pour le bien-être de son peuple. (...)

L’aspect de la libération par les armes d’une puissance politique d’oppression doit être abordé suivant les règles de l’internationalisme prolétarien : s’il est absurde de penser qu’un directeur d’entreprise dans un pays socialiste en guerre puisse hésiter à envoyer les tanks qu’il produit sur un front ne pouvant présenter de garanties de paiement, il ne doit pas sembler moins absurde de vouloir vérifier la solvabilité d’un peuple qui lutte pour sa libération ou qui a besoin d’armes pour défendre sa liberté.

Dans nos mondes, les armes ne sauraient être marchandises, elles doivent être livrées absolument gratuitement dans les quantités nécessaires - et possibles - aux peuples qui les demandent pour les utiliser contre l’ennemi commun.

C’est dans cet esprit que l’Union soviétique et la République populaire de Chine nous ont accordé leur aide militaire. Nous sommes socialistes, nous constituons une garantie d’utilisation de ces armes, mais nous ne sommes pas les seuls et nous devons tous être traités de la même manière. (... )

Je ne voudrais pas terminer ces mots, ce rappel de principes que vous connaissez tous, sans attirer l’attention de cette assemblée sur le fait que Cuba n’est pas le seul pays d’Amérique latine, tout simplement c’est Cuba qui a la chance de parler aujourd’hui devant vous, je veux rappeler que d’autres peuples versent leur sang pour obtenir le droit que nous avons, et d’ici comme de toutes les conférences et partout où elles ont lieu, nous saluons les peuples héroïques du Vietnam, du Laos, de la Guinée dite portugaise, de l’Afrique du Sud et de la Palestine ; à tous les pays exploités qui luttent pour leur émancipation nous devons faire entendre notre voix amie, nous devons tendre la main et offrir nos encouragements aux peuples frères du Venezuela, du Guatemala et de Colombie qui aujourd’hui, les armes à la main, disent définitivement "non" à l’ennemi impérialiste »

****
Discours de Jules Ferry, le 28 juillet 1885:
« Vous nous citez toujours comme exemple, comme type de la politique coloniale que vous aimez et que vous rêvez, l’expédition de M. de Brazza. C’est très bien, messieurs, je sais parfaitement que M. de Brazza a pu jusqu’à présent accomplir son oeuvre civilisatrice sans recourir à la force ; c’est un apôtre ; il paie de sa personne, il marche vers un but placé très haut et très loin ; il a conquis sur ces populations de l’ Afrique équatoriale une influence personnelle à nulle autre pareille ; mais qui peut dire qu’un jour, dans les établissements qu’il a formés, qui viennent d’être consacrés par l’aréopage européen et qui sont désormais le domaine de la France, qui peut dire qu’à un moment donné les populations noires, parfois corrompues, perverties par des aventuriers, par d’autres voyageurs, par d’autres explorateurs moins scrupuleux, moins paternels, moins épris des moyens de persuasion que notre illustre Brazza, qui peut dire qu’à un moment donné les populations n’attaqueront pas nos établissements ? Que ferez-vous alors ? Vous ferez ce que font tous les peuples civilisés et vous n’en serez pas moins civilisés pour cela ; vous résisterez par la force et vous serez contraints d’imposer, pour votre sécurité, votre protectorat à ces peuplades rebelles. Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures ... « Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures... La vraie question, messieurs, la question qu’il faut poser, et poser dans des termes clairs, c’est celle-ci : est-ce que le recueillement qui s’impose aux nations éprouvées par de grands malheurs doit se résoudre en abdication ? [...] Est-ce que, absorbés par la contemplation de cette blessure qui saignera toujours, ils laisseront tout faire autour d’eux ; est-ce qu’ils laisseront aller les choses ; est-ce qu’ils laisseront d’autres que nous s’établir en Tunisie, d’autres que nous faire la police à l’embouchure du fleuve Rouge et accomplir les clauses du traité de 1874, que nous nous sommes engagés à faire respecter dans l’intérêt des nations européennes ?

Est-ce qu’ils laisseront d’autres se disputer les régions de l’Afrique équatoriale ? Laisseront-ils aussi régler par d’autres les affaires égyptiennes qui, par tant de côtés, sont des affaires vraiment françaises ? « Je dis que la politique coloniale de la France, que la politique d’expansion coloniale, celle qui nous a fait aller, sous l’Empire, à Saïgon, en Cochinchine, celle qui nous a conduits en Tunisie, celle qui nous a amenés à Madagascar, je dis que cette politique d’expansion coloniale s’est inspirée d’une vérité sur laquelle il faut pourtant appeler un instant votre attention : à savoir qu’une marine comme la nôtre ne peut pas se passer, sur la surface des mers, d’abris solides, de défenses, de centres de ravitaillement. L’ignorez-vous, messieurs ? Regardez la carte du monde... et dites-moi si ces étapes de l’Indochine, de Madagascar, de la Tunisie ne sont pas des étapes nécessaires pour la sécurité de notre navigation ? « Rayonner sans agir, sans se mêler aux affaires du monde, en se tenant à l’écart de toutes les combinaisons européennes, en regardant comme un piège, comme une aventure toute expansion vers l’Afrique ou vers l’Orient, vivre de cette sorte, pour une grande nation, croyez-le bien, c’est abdiquer, et dans un temps plus court que vous ne pouvez le croire ; c’est descendre du premier rang au troisième et au quatrième »

Et la réponse de Georges Clémenceau, le 30 juillet 1885:

« Je passe maintenant à la critique de votre politique de conquêtes au point de vue humanitaire. [...]" Nous avons des droits sur les races inférieures. " Les races supérieures ont sur les races inférieures un droit qu’elles exercent et ce droit, par une transformation particulière, est en même temps un devoir de civilisation. Voilà, en propres termes, la thèse de M. Ferry et l’on voit le gouvernement français exerçant son droit sur les races inférieures en allant guerroyer contre elles et les convertissant de force aux bienfaits de la civilisation. Races supérieures ! Races inférieures ! C’est bientôt dit. Pour ma part, j’en rabats singulièrement depuis que j’ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande, parce que le Français est d’une race inférieure à l’Allemand. Depuis ce temps, je l’avoue, j’y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation et de prononcer : homme ou civilisation inférieure ! [...] Je ne veux pas juger au fond la thèse qui a été apportée ici et qui n’est autre chose que la proclamation de la puissance de la force sur le Droit. L’histoire de France depuis la Révolution est une vivante protestation contre cette unique prétention. C’est le génie même de la race française que d’avoir généralisé la théorie du droit et de la justice, d’avoir compris que le problème de la civilisation était d’éliminer la violence des rapports des hommes entre eux dans une même société et de tendre à éliminer la violence, pour un avenir que nous ne connaissons pas, des rapports des nations entre elles. [...] Regardez l’histoire de la conquête de ces peuples que vous dites barbares et vous y verrez la violence, tous les crimes déchaînés, l’oppression, le sang coulant à flots, le faible opprimé, tyrannisé par le vainqueur ! Voilà l’histoire de votre civilisation ! [...] Combien de crimes atroces, effroyables ont été commis au nom de la justice et de la civilisation. Je ne dis rien des vices que l’Européen apporte avec lui : de l’alcool, de l’opium qu’il répand, qu’il impose s’il lui plaît. Et c’est un pareil système que vous essayez de justifier en France dans la patrie des droits de l’homme ! Je ne comprends pas que nous n’ayons pas été unanimes ici à nous lever d’un seul bond pour protester violemment contre vos paroles. Non, il n’y a pas de droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures. Il y a la lutte pour la vie qui est une nécessité fatale, qu’à mesure que nous nous élevons dans la civilisation nous devons contenir dans les limites de la justice et du droit. Mais n’essayons pas de revêtir la violence du nom hypocrite de civilisation. Ne parlons pas de droit, de devoir. La conquête que vous préconisez, c’est l’abus pur et simple de la force que donne la civilisation scientifique sur les civilisations rudimentaires pour s’approprier l’homme, le torturer, en extraire toute la force qui est en lui au profit du prétendu civilisateur. Ce n’est pas le droit, c’en est la négation. Parler à ce propos de civilisation, c’est joindre à la violence, l’hypocrisie. »
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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 15:34

3 juillet 2013
Stéphanie Maupas (La Haye, correspondance) 
Source: Le Monde.fr

 
L'accusation était retentissante. C'était le 27 mai, au terme du sommet marquant les 50 ans de l'Union africaine (UA). Pendant trois jours, les Etats avaient planché sur la meilleure stratégie pour contrer les poursuites engagées par la Cour pénale internationale (CPI) contre le président du Kenya, Uhuru Kenyatta, fraîchement élu, lorsque le président en exercice de l'UA et premier ministre d'Ethiopie, Hailemariam Desalegn, a accusé la Cour de mener "une sorte de chasse raciale" contre les Africains. 

Etablie par traité en 1998, la Cour pénale internationale a ouvert ses portes en 2002. L'idée de créer une cour permanente, chargée de poursuivre les responsables de génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, est née dans le sillage du tribunal de Nuremberg, qui avait jugé les principaux dignitaires nazis après la seconde guerre mondiale. Elle faisait suite à la création de plusieurs tribunaux ad hoc chargés de statuer sur les crimes de masse en ex-Yougoslavie, au Rwanda et en Sierra Leone, dans les années 1990. Depuis lors, elle a ouvert des enquêtes dans huit pays, tous africains. De quoi donner corps à l'accusation d'Hailemariam Desalegn. 

Parmi la trentaine de responsables poursuivis, Uhuru Kenyatta occupe une place particulière : le président kényan, élu le 4 mars, doit répondre avec son colistier, William Ruto, de crimes contre l'humanité pour des violences commises après l'élection présidentielle de décembre 2007. Le procès doit commencer à l'automne. L'Union africaine voit ces poursuites d'un très mauvais oeil. Dans une résolution, elle s'inquiète de la "menace" que ces actes d'accusation pourraient faire peser "sur les efforts destinés à promouvoir la paix et la sécurité ainsi que la primauté du droit et de la stabilité en Afrique". Uhuru Kenyatta fait l'objet de poursuites depuis 2010. Les pourfendeurs de la CPI voient dans son élection à la présidence un véritable référendum contre l'institution. Ses partisans, eux, assurent que les poursuites ont au contraire permis de tenir, cette fois, des élections dans le calme au Kenya. 

LE LABEL "CRIMINEL DE GUERRE" 

Quoi qu'il en soit, le label "criminel de guerre" pèse sur Uhuru Kenyatta : ainsi le président américain, Barack Obama, a-t-il soigneusement évité la patrie de son père lors de sa récente tournée africaine. L'Union européenne, elle aussi, est embarrassée. Pourtant, lors d'une visite à Londres, le 7 mai, M. Kenyatta a été longuement reçu par le premier ministre, David Cameron. L'ancienne puissance coloniale ne souhaite pas ternir des relations diplomatiques et économiques fructueuses. Et personne n'a intérêt à susciter une crise politique au Kenya. 

Uhuru Kenyatta "ne fait pas l'objet d'un mandat d'arrêt, il s'est toujours présenté devant la Cour", souligne Christian Behrmann, chargé pour Bruxelles des relations avec la CPI. Interrogé sur le risque de déstabilisation du Kenya, Christian Behrmann botte en touche... et invite à contacter l'organisation No Peace Without Justice ("Pas de paix sans justice"). 

La bataille africaine contre la CPI remonte aux mandats d'arrêt pour génocide et crimes contre l'humanité émis en 2009 contre le président du Soudan Omar Al-Bachir, accusé de crimes de masse au Darfour. Depuis, l'Union africaine a pris plusieurs résolutions contre la Cour, permettant à ses membres de coopérer avec elle "à la carte". Aux accusations de ne s'attaquer qu'aux Africains, la Cour répond que ce sont les Etats africains eux-mêmes - République démocratique du Congo (RDC), Ouganda, République centrafricaine, Côte d'Ivoire et Mali - qui l'ont saisie. 

Les raisons de cette situation sont multiples. Peu après l'ouverture de la CPI, en 2002, son premier procureur, Luis Moreno Ocampo, avait mené des tractations secrètes en vue d'obtenir de premières affaires "rapides et faciles", croyant offrir ainsi des victoires faciles à la toute jeune institution. En échange, les gouvernements s'assuraient une certaine protection. L'exemple de la RDC est criant : quelques chefs de milice ont été poursuivis sans qu'aucun haut responsable des guerres de l'Est congolais, qui ont fait des millions de morts, ne soit visé. 

L'AFFAIRE LAURENT GBAGBO 

Pour tenter d'"apaiser" l'Union africaine, les 122 Etats membres de la Cour ont élu sa candidate, la Gambienne Fatou Bensouda, au poste de procureur en décembre 2011. Plus encline que son prédécesseur à s'opposer aux manoeuvres des Etats, elle s'est exposée à une attaque frontale du Rwanda, fin mai, avant que les juges l'aient enjointe de revoir sa copie, le 3 juin, dans l'affaire Laurent Gbagbo. La procureure s'est vu reprocher d'avoir fondé les poursuites visant l'ancien président ivoirien sur de simples rapports d'ONG et de l'ONU. Comme dans tous ses dossiers, l'affaire a été mal construite. Pendant ce temps, à Abidjan, des victimes des forces pro-Gbagbo sont descendues dans la rue pour protester contre les juges. 

Au-delà de l'accusation récurrente d'un manque de rigueur des procureurs, les cibles choisies par la Cour éveillent aussi les doutes sur son indépendance. Le cas kényan est également édifiant : Raila Odinga, dont le parti avait enclenché les violences de 2007, n'a jamais été inquiété. Concurrent malheureux d'Uhuru Kenyatta à l'élection de mars 2013, il était le favori des Occidentaux. Même constat en Côte d'Ivoire, où aucun des partisans du président Alassane Ouattara n'a, à ce jour, été publiquement accusé, ou en Ouganda, où les forces armées ont été épargnées, tandis que sont poursuivis les chefs de la sinistre Armée de résistance du Seigneur (ARS), terrible milice de Joseph Kony. La CPI donne l'impression de choisir ses cibles et, au fond, de conduire une justice de puissants. Ses détracteurs lui reprochent dès lors d'épargner aussi bien George Bush que Vladimir Poutine ou Bachar Al-Assad pour les crimes commis en Irak, en Tchétchénie ou en Syrie. 

A sa décharge, l'institution ne peut poursuivre que les ressortissants d'Etats qui ont ratifié son traité, ou ceux qui commettent des crimes sur les territoires de ces derniers. La Syrie, la Russie et les Etats-Unis n'ont pas signé et sont donc quasi exemptés de risques de poursuites. En effet, seul le Conseil de sécurité des Nations unies peut permettre à la Cour d'intervenir sur les territoires des 79 Etats non parties à la CPI. 

Or, malgré les pressions occidentales et la mobilisation des ONG, les appels pour saisir la Cour pour les crimes commis en Syrie ont échoué, Pékin et Moscou opposant leur veto à toute procédure contre Damas. Dans les couloirs de la CPI, bâtiment de verre coincé entre une autoroute et une voie de chemin de fer aux confins de La Haye, ce blocage inspire quelques soupirs de soulagement : la Cour semble bien trop fragile aujourd'hui pour conduire une telle affaire. 

BIEN DES CONTORSIONS 

Face à la Cour, chaque Etat développe sa propre stratégie, au prix de bien des contorsions. L'affaire Ntaganda est à cet égard emblématique : le milicien congolais, frappé par un mandat d'arrêt en juillet 2012, avait frappé "volontairement" à la porte de l'ambassade américaine, mi-mars, pour annoncer sa reddition. Mais c'est l'ambassadeur britannique qui l'accompagnera jusqu'à l'aéroport, afin qu'il s'embarque sur un vol vers La Haye. 

"Les Etats-Unis ont utilisé le Royaume-Uni pour ne pas avoir l'air de coopérer avec la Cour", explique alors un diplomate de la région. Quant aux autorités rwandaises, elles nient tout lien avec l'affaire, même si la reddition de ce commandant du M23, une milice soutenue par le Rwanda, permet à Kigali de calmer les critiques. Salomon Baravuga, conseiller politique du M23 en Europe, raconte avoir, "depuis des mois, négocié avec lui pour qu'il aille à La Haye". Le procès n'a pas encore commencé, mais l'affaire Ntaganda illustre à merveille la géopolitique de la justice internationale. 

En provoquant l'Union africaine, la Cour a fait bouger ses dirigeants. Depuis plusieurs années, l'UA planche pour se doter d'une Cour contre les crimes de guerre. Une façon de contrer la CPI. Un premier exemple de justice continentale paraît prometteur. Au terme d'un long bras de fer avec la Belgique, l'Union africaine a demandé à Dakar de conduire, "au nom de l'Afrique", le procès de l'ancien président tchadien Hissène Habré.

Quant aux défenseurs de la CPI, ils s'adonnent depuis des mois au "shopping judiciaire", cherchant où la procureure pourrait poser ses filets hors du continent africain. Une dizaine de pays font l'objet d'une analyse de la procureure. Sur la liste figurent l'Afghanistan et la Colombie, visés par la Fédération internationale des droits de l'homme. 

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3 juillet 2013 3 03 /07 /juillet /2013 14:32

3 juillet 2013
Blog de Makaila

 

 

Selon nos informations concordantes en provenance de Ndjaména et de Dakar, de nombreux agents de renseignements de la tristement célébré Agence Nationale pour la Sécurité (ANS), police politique du régime d’Idriss Deby, se trouvent depuis quelques semaines dans la capitale sénégalaise,  pour traquer les sympathisants de l’opposition tchadienne en exil  à la majorité composée d’étudiants.

Ces agents  circulent à bord des véhicules à vitres fumées et sont aperçus souvent au niveau de cafés huppés de Dakar.

Collaborent-ils avec la Direction des renseignements sénégalais pour neutraliser les membres de l’opposition tchadienne en exil dans l’espace communautaire CEDEAO ?

Pourquoi, l’Etat du Sénégal se plie-t-il autant à la volonté d’une redoutable dictature au Tchad ?

Et si demain,  il arrivait que Deby tombe comme Ben Ali, Moubarak et Khadafi, que feront les autorités  sénégalaises  face au x nouvelles autorités tchadiennes qui succéderaient à Idriss Deby ?

Macky Sall  ne doit-t-il pas  prendre la mesure  pour éviter d’avilir l’image du Sénégal !

 

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12 juin 2013 3 12 /06 /juin /2013 08:57

12 juin 2013
RFI

 


L’ONU a nommé, ce mardi 11 juin, un général rwandais à la tête de la Mission de l’Onu en cours de déploiement, au Mali (Minusma). Jean-Bosco Kazura a été préféré au candidat tchadien, le général Oumar Bikimo, qui a commandé le contingent tchadien au Mali. Pourquoi le Tchad, qui a le plus gros contingent au Mali, n’a-t-il pas obtenu le poste ? Et comment le Rwanda, qui n’a pas de contingent au Mali, a-t-il réussi à l’obtenir ?

Les généraux Oumar Bikimo, commandant les forces Tchadiennes au Mali (béret rouge), et Mahamat Idriss Deby, fils du président Tchadien (turban). Les généraux Oumar Bikimo, commandant les forces Tchadiennes au Mali (béret rouge), et Mahamat Idriss Deby, fils du président Tchadien (turban).

C’est au Japon – au sommet nippon-africain de la Ticad – que le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a annoncé la mauvaise nouvelle au président tchadien, Idriss Deby. Pour Ndjamena, c’est une grosse déception tant sa candidature lui semblait la plus légitime. En effet, c’est l’armée tchadienne qui était en première ligne avec les Français, au nord du Mali, et qui a payé le prix du sang : 38 morts et des dizaines de blessés.

Alors comment expliquer une telle décision ?

D’abord parce que – même s’il était l’un des deux généraux qui commandait les troupes tchadiennes au nord du Mali – le général Bikimo n’a pas convaincu sur ses capacités politiques et stratégiques. En effet, être le chef militaire d’une mission onusienne de maintien de la paix c’est occuper, avant tout cela, un poste politique.

Ensuite, parce que c’est la première participation d’ampleur des soldats tchadiens aux opérations de maintien de la paix. Des novices – explique une source onusienne – qui ne connaissent pas les rouages du système onusien et qui pensaient arriver en terrain conquis.

Il se trouve aussi que les nominations, à ce niveau de responsabilité, sont le résultat de marchandage. Ainsi, la rivalité entre le Tchad et la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a profité au candidat rwandais qui est apparu comme une solution médiane.

La présence du Tchad, cette année encore, sur la liste noire des pays utilisant des enfants soldats a-t-elle joué ? Pas vraiment, explique-t-on côté onusien.
Mais à New York, entretemps, on sait bien qu’il faudra trouver un poste au Tchad, vu l’importance du contingent tchadien pour la Minusma. Le problème, c’est que Ndjamena n’a postulé sur aucun autre poste.

Appel au retrait des forces tchadiennes

Tous les Tchadiens sont très déçus de cette décision. Ils sont d’autant plus surpris que dans la chaîne de commandement, il n’y a aucun officier général tchadien », a déploré Abdelnasser Garboa, journaliste et président du Comité de soutien aux Forces armées tchadiennes au Mali (Fatim), joint par RFI.

Il va même jusqu’à appeler au retrait des forces tchadiennes au Mali : « Je pense que nos forces n’ont plus rien à faire au Mali. Elles ont libéré le Mali ; elles ont fait leur travail. Il est temps, pour nous, de rentrer », a-t-il poursuivi avant d’ajouter : « Nous n’allons plus accepter de faire tuer un seul de nos soldats. Nous n’accepterons jamais qu’un seul soldat tchadien meurt dans cette situation où le comité international ne reconnait pas notre effort. », a insisté le président du comité de soutien aux Fatim.

Satisfaction du Rwanda

Contrairement au Tchad, le Rwanda est devenu un expert dans la maîtrise des rouages du système onusien.

Depuis janvier, le pays occupe un siège au conseil de sécurité de l’ONU en tant que membre non permanent, et ce, malgré les dénonciations du groupe des experts des Nations unies sur la République Démocratique du Congo et de plusieurs organisations de défense de droits de l’Homme qui l’accusent de soutenir la rébellion congolaise du M23.

C’est bien la preuve – explique une source onusienne – de la force de la diplomatie rwandaise au sein des institutions des Nations unies.

Par ailleurs, le président rwandais, Paul Kagamé, se rend régulièrement à New York. Selon plusieurs sources, il aurait ses entrées auprès du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, qui est véritablement celui qui décide, in fine, des nominations à ce niveau de responsabilités.

Ceci dit, le Rwanda a des arguments comme, par exemple, sa participation aux missions de maintien de la paix et notamment au Darfour, dans l’ouest du Soudan où le général Jean-Bosco Kazura a d’ailleurs servi à l’époque où il s’agissait seulement d’une mission de l’Union africaine.

Aujourd’hui encore, le Rwanda dispose de plus de 3 000 hommes au sein de la mission de paix conjointe Union africaine – Nation unies au Darfour (Minuad). Ce contingent – apprécié pour sa discipline et son efficacité – est toujours sous le commandement rwandais mais plus pour longtemps, c’est pourquoi Kigali cherchait à obtenir un poste similaire sur un autre théâtre d’opérations.

Malgré les accusations de soutien au M23, Kigali a toujours des relais au sein de l’administration américaine, ce qui n’est pas négligeable vu que les Etats-Unis contribuent à hauteur de 27% du budget des opérations de maintien de la paix.

Et puis, selon plusieurs sources, le Rwanda a profité de la concurrence entre le Tchad et la Cédéao pour s’engouffrer dans la brèche et se présenter comme la candidature la plus consensuelle.
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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 12:58

Lu pour vous

 

« Politique africaine, dossier « Justice et réconciliation ; ambiguïtés et impensés »

Lydia Samarbakhsh-Liberge

Cahiers d'études africaines [En ligne], 173-174 | 2004, mis en ligne le 08 mars 2007.

URL : http://etudesafricaines.revues.org/4705

  1. Politique africaine nous propose une réflexion à plusieurs voix sur les expériences de justice transitionnelle, menées dans quatre pays africains ayant traversé de longues périodes de conflits politiques meurtriers : l’Afrique du Sud, la Sierra Leone, le Rwanda, le Burundi.
  2. Les auteurs ont voulu aborder l’étude des différents dispositifs testés sans réitérer les analyses centrées sur les aspects cathartiques ou thérapeutiques, ni porter eux-mêmes de jugement ou dresser de bilan définitif de ces expériences, mais en cherchant à « souligner les points aveugles du discours international qui instaure et légitime » ces modes de résolution ou sortie de conflits avec, pour but ultime, la « réconciliation ».
  3. Il s’agit d’interroger les contradictions et paradoxes des discours qui sous-tendent et/ou nourrissent des pratiques et des conceptions mise en place sous l’influence d’intervenants extérieurs (que ce soit des ong ou des États). Élaborées selon des objectifs locaux et organisées au gré de contingences particulières, ces initiatives ont souvent été appréciées plus positivement à l’étranger que dans le cadre national concerné. L’exemple de l’Afrique du Sud est à cet égard intéressant à examiner, replacée dans un contexte international qui a évolué entre sa création (sortie de la Guerre froide) et la fin de ses travaux (« l’après-11 septembre »).
  4. Le coordinateur du dossier, Roland Marchal, qui voit dans la création de la Cour pénale internationale, des cours spéciales ou encore des commissions ad hoc, au cours de ces vingt dernières années, une « avancée dans le jugement des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité », s’interroge sur l’avenir de tels dispositifs dans un contexte mondial marqué par une volonté américaine de maîtrise hégémonique et unilatérale des rapports internationaux.
  5. La dissonance d’appréciation des commissions vérité — nous dirons, d’une part magnifiées et érigées en modèles par des instances internationales, d’autre part critiquées voire remises en cause dans leur propre pays — a appelé l’attention des auteurs.
  6. Les deux articles mettent chacun en exergue plusieurs éléments significatifs d’une problématique générale : « Dans quelle mesure la consolidation de la paix et la réconciliation auraient-elles pu se concilier avec la justice ? [et] en fonction de quels critères (de justice abstraite, de conjoncture politique), la réponse aurait-elle dû être formulée ? »
  7. Les regards et appréciations contradictoires des acteurs ou populations concernées, et, des observateurs, commentateurs voire soutiens internationaux rendent compte d’une tension irréductible entre des objectifs qui entendent être atteints par les mêmes moyens alors qu’ils ne concernent pas les mêmes « terrains ».
  8. Ainsi les contours, les conditions et la mise en œuvre de la « réconciliation nationale » obéissent à des dynamiques propres à chaque contexte, à des « spécificités locales » et « s’inscrit dans l’histoire » du conflit même qu’elle est destinée à résoudre.
  9. De ce point de vue, l’expérience sud-africaine, dont l’article d’André du Toit permet d’en bien saisir les étapes successives et les glissements d’objets et d’enjeux, montre en quoi l’activité — mais surtout l’aboutissement — de ces processus de justice transitionnelle demeure fragilisée par l’équilibre précaire sur lequel ils reposent. Cette précarité provient en particulier du haut niveau d’exigence que suscite un tel dispositif de règlement de conflit dans les populations particulièrement mobilisées par une demande de « justice » et le niveau relatif de « résultats » en la matière produits par la Commission. Ces attentes que certains auteurs du dossier qualifient — sans doute trop rapidement — « d’immenses et irréalisables » viennent heurter un projet qui serait trop consensuel. Mais le consensus ne serait-il pas admis par ces acteurs s’ils avaient vécu l’expérience qu’une partie, la plus fondamentale, de leur demande était entendue ?
  10. Le cas de la Sierra Leone (Aude-Sophie Rodella) permet peut-être d’envisager une évolution possible du dispositif initialement testé au Chili et en Afrique du Sud où, à des degrés divers et avec des résultats également à distinguer (il n’y eut pas d’amnistie générale en Afrique du Sud) — ce dispositif s’est résumé à l’établissement de structures ad hoc et d’un cadre censés répondre aux enjeux politiques de « réconciliation nationale ». La Sierra Leone s’est d’emblée dotée d’une Cour spéciale habilitée à « juger les plus responsables », rétablissant un certain équilibre (?) sur le terrain de la justice. Une solution « hybride », pour reprendre le terme de l’auteur, permettant sans doute de traiter distinctement, mais dans un même élan, le besoin de justice et l’exigence de paix.
  11. Les articles sur le Burundi (Christine Deslaurier) et le Rwanda (Danielle de Lame) abordent plusieurs problématiques sous-jacentes à la problématique générale énoncée. En particulier, celle de la réinvention de traditions et leur instrumentalisation dans un contexte politique prônant la mise en œuvre d’une justice « participative » censée permettre à la population de conduire enquête et procès sans l’assistance d’un magistrat.
  12. Concomitante à cette réinvention (présentée comme une « redécouverte » dans les pays concernés), est la problématique des rapports post-coloniaux et du règlement de la dette coloniale. Comment les génocides de 1994, mais surtout la nécessaire entreprise de pacification du pays, ont-ils dans les représentations respectives de l’État rwandais et de l’État belge, représenté, pour le premier, une occasion de s’exempter de toute responsabilité, et pour l’autre, une opportunité d’envisager désormais un avenir commun avec son ancienne colonie ? Les excuses officiellement présentées par la Belgique lors de la cérémonie du 7 avril constituent certainement un argument de plus pour D. de Lame.
  13. Le parti pris des auteurs du dossier est, certes, de souligner lesdites limites et d’alerter sur leurs carences mais aussi de mettre en évidence les spécificités et les caractéristiques de chaque contexte géopolitique qui pourrait déboucher dans chaque cas sur une re-formulation du dispositif.
  14. Outre les contradictions entre les perceptions et les analyses internes et externes, plusieurs séries d’autres dissensions et dichotomies posent question :
  15. - les contradictions des propres objectifs assignés aux commissions ou aux cours pénales ;
  16. - la dépendance vis-à-vis de puissances étrangères ou d’organismes internationaux, les mêmes qui ont le plus souvent permis à ces dispositifs de fonctionner (j’ajoute : difficultés réelles, voire blocages, lorsque ces instances ont eu à traiter de l’implication des États étrangers dans les conflits nationaux ; les exemples de la France ou des États-Unis et leurs rapports avec les services secrets sud-africains pendant l’apartheid — assassinat de Dulcie September ou d’Olof Palme sont éloquents…) ;
  17. - les contradictions appuyées entre « modernité » (figurée par l’injustice et le crime) et recherche d’« authenticité »/« tradition » (imaginée comme parfaite, harmonie, justice) ;
  18. - les contradictions rencontrées dans l’exercice même du pouvoir : transition démocratique et dispositif judiciaire adopté dans un cadre démocratique.
  19. Compte-tenu de l’attitude hostile des États-Unis, ces expériences et instances seraient-elles vouées à devenir une justice qui ne s’appliquerait qu’aux pays les plus faibles ? Une justice qui, au final, prendrait le risque de remettre en cause leur souveraineté et de devenir une justice de « vainqueurs » ? Le débat ouvert par ce dossier mérite, il est vrai, d’être approfondi.
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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 23:09

25 mai 2013
Xibaaru


Expulsion de Makaïla Nguebla : Ce n’est pas Macky, c’est encore…Wade !!!

 

http://xibaaru.com/wp-content/uploads/2013/05/macky-ngu%C3%A9bla.jpgDécidément, le gouvernement de Macky prend les sénégalais pour des demeurés et des moutons de Panurge. Tout ce qui est bon, vient de Macky Sall et tout ce qui est mauvais est l’œuvre ou l’héritage de Wade. Ils commettent des actes de violations des droits humains et le justifie par des décisions prises du temps de Wade.

Vendredi soir,  le gouvernement sénégalais s’est défendu des accusations d’Amnesty International, faisant suite à la publication de son rapport portant notamment sur l’expulsion du Sénégal vers la Guinée du réfugié tchadien Makaïla Nguebla.

Dans ce texte signé par le Secrétaire général du gouvernement, Seydou Guèye tient à nous rappeler que ‘’Monsieur Makaïla Nguebla, ressortissant tchadien, est arrivé au Sénégal le 10 mai 2005 en provenance de la Tunisie, avec un visa de court séjour, valable du 10 mai au 09 août 2005’’, rappelle M. Guèye. 

Monsieur Seydou Gaye écrit que  M. Nguebla a, avec le concours d’organisations de la société civile, introduit, sans succès, plusieurs recours entre 2008 et en 2010 auprès du chef de l’Etat de l’époque Abdoulaye Wade, en vue de disposer d’un document de voyage ou d’un titre de séjour’.

Pour le Secrétaire général du gouvernement sénégalais, ‘’c’est en raison de la situation d’irrégularité administrative dans laquelle il se trouvait, qu’il a été interpellé par les services de police et expulsé.

Wade a certes refusé de lui accorder le statut de réfugié politique mais il ne l’a pas expulsé. Et l’histoire retiendra que c’est Macky qui l’a expulsé vers un pays où les libertés fondamentales sont bafouées et où Makaila Nguébla risque sa vie.

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